Edgar Quinet
On ne |)eut parler d'Edgar Quinet, sans que deux autres noms viennent aussitôt sur les lèvres : Michelet, Mickiewicz. Et l'on se rappelle ce qui les unit, le glorieux enseignement du Collège de France.
De ces trois hommes, grands par le cœur, par l'esprit, par la foi et par l'influence, le pi-emier est moit, celui (jui apportait à l'Occident la pensée septentrionale et faisait entrer la Slavie dans le domaine de la Révolution française.
Le second, tantôt retiré dans son cabinet de travail, au milieu de ses livres aimés, tantôt s'en allant vers les régions où le soleil luit sur un ciel bleu, où la grande nature réchauffe et rajeunit les âmes que vieillissent et glacent les désillusions de la société humaine, toujours loin de la foule et du bruit, parachève l'œuvre immense à la(|uelle il a voué sa vie, la résurrection de la vieille France, et, de temps en temps, se repose et se refait, s'envolant à la suite de l'oiseau, poursuivant « l'infini vivant » jusque dans le monde des insectes, appelant les bénédictions des âges futurs sur les plus petits entre les petits, augmentant enfin l'histoire de toute l'immensité de la vie universelle et couronnant la fraternité des hommes de la fraternité des êtres.
Le troisième, exilé de sa patrie et de son temps, travaille encore et sans cesse, pour la gloire de l'absente, pour la conquête de l'avenir, cet héritage des déshérités. Planant au-dessus des tempêtes, qui n'ont pu ni le faire plier ni le briser, fort et calme, il relève, console, encourage les vaincus d'hier, vaincus d'un jour, des verbes anciens dégage le verhe des temps nouveaux, et, sans s'inquiéter si sa voix rencontrera quelque part un écho , trouble sans cesse notre silence en prononçant les mots sacrés de vérité, de liberté et de justice.
Lorsque ces maîtres parlaient, ils étaient entendus au loin. Autour de leurs chaires se pressaient, se succédaient, année par année, les plus intelligents représentants de la jeunesse française. Souvent aussi, dans ces salles à présent silencieuses, bruyantes alors mais de si généreux éclats d'enthousiasme, on voyait accourir les représentants de toutes les races vivantes ou endormies, dont on prêchait là le réveil et l'union. Et les uns et les autres, Français, étrangers, s'en allaient, régénérés eux-