‹ Edgar Quinet: sa vie et son œuvreChapitre 104 sur 135 · L'ÉGLISE ET LA RÉVOLUTION. 57U · texte numérisé non relu

L'ÉGLISE ET LA RÉVOLUTION. 57U

Eli sa dernière leçon sur le Christianisme et la Révolution, Edgar Quinet exprime avec une rare éloquence quel est, selon lui, Yidéal de la démocratie. Tout d'abord, il tient à nous garantir contre les entraînements de la vengeance ; il ne veut pas que Ton rcve d'imiter la Terreur, car, dit-il, l'cchafaud est un ressort usé.

f La TÎe de rame, ajoute-t-il, la conscience insatiable de vérité et de justice, Tesprit de création qui descend perpétuellement en vous pour vous renouveler : voilà le ressort qui ne se brisera jamais. •

La religion est-elle chose morte? Non : car la conversation avec Dieu « ne peut et ne doit jamais manquer à l'homme. » Mais, depuis la Révolution et par elle, elle a cessé d'être chose publique ; le pouvoir spirituel est descendu dans le cœur de Thomme; dans sa conscience, hors de toute atteinte, se bâtit la nouvelle Eglise.

ff L'Etal ne peut rien sur cette Église, et cette Église domine FÉtat; car elle le juge, elle l'absout, ou elle le condamne; ses arrêts finissent par être exécutés. Un bomine, en grandissant intérieurement, en redoublant en soi, par un cfTort sublime, la vie morale, f:(it, sans qu'il le sache, une révolution dans le genre humain, qui, tôt ou tard, est obligé de se mettre à son niveau. »

I/individualité étant élevée si haut, Edgar Quinet la défend avec une admirable vivacité contre le matérialisme industriel, qui tendrait à n'en faire qu'un rouage servile de l'universelle machine. Il combat comme contre-révolutionnaires, toutes les utopies à la Campanella, qui tendraient à noyer l'homme dans des communautés tyranniques, où il n'aurait plus ni nom ni âme. Les véritables théories de la Révolution sont celles qui s'étudient à concilier la personnalité et l'association, qui veulent, dès icibas, réaliser un monde meilleur, unir sans briser, mettre en pratique à la fois la liberté, l'égalité et la fraternité.

Individu, famille, patrie, voilà le trépied sur lequel

580 I.ES RELIGIONS MODEHNES.

Fâvenir repose. Que l'individu s'élùve au plus haut degré de la vertu civique, que la famille avec la femme unie à rhomme dans une même pensée, non plus divisée par la foi, devienne une école de sacrifice, un véritable foyer d'amour; que la patrie, largement aimée, aime largement, par son propre bonheur, par sa |)ropre gloire, accroissant le bonheur général et la gloire de rhumanité ! Tel est le triple idéal sur lequel s'élève T idéal infini de la Révolution. Les obstacles brisés, elle veut être universelle, comme elle l'annonça dès son premier jour ; elle veut accumuler en elle tout l'héritage des siècles, concilier les principes sociaux épars dans toutes les civilisations, et, créant sans cesse, avancer de plus en plus vers la lumière.

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