VII. — L4 RELIGION DE L*ÉGYPTE
La civilisation de TEgypbe est un mélange du génie de l'Afrique avqc le génie dç l'Asie* Comine son sphinx, elle a double nature, ^ le front pensif de Textrème Orient, les reins puissants des lions de la Lybie. »
De même que la source du Nil, le premier vestige de la société égyptienne est perdu dans les déserts d'Abyssinie, d'Ethiopie, danSiles profondeurs africaines. De xMéroé par« teet des colonies de prêtres qui, suivant le cours du fleuveroi, descendeAt 4 Thèbes, à Memphis, au Delta. Chaque fois qù*ils s'arrêtent, ils bâtissent des temples, lieux de refuge, points de rassemblement dea. populations diverses éparses dans le désert. La différence d* origine et de couleur des hommes constitue ici leur inégalité sociale : les castes s'établissent, pour ainsi dire, naturellement. Ix>ngten^s les villes, ainsi élevées autour des temples, restent a l'état d'oasisi, isolées les unes des autres. Vont constituer une unité nationale sous un dieu commun, il faut
* Cémié des Hèkpmm, \. fV, cli. ii.
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Finvasion des peuples pasleurs. Dès lors l-Égypie existe, et son existence s*identifie avec celle du fleuve qui la traverse.
I^e génie égyptien a été dévoilé de nos jours, en même temps que celui de l'Inde et de la Perse. Quoique Ton n'ait pas retrouvé les hymnes des prêtres, les poèmes d*Isis, là muette Afrique se traduit par une a Bible de pierre. » Ses livres sacrés sont ses obélisques, ses pyramides, ses nécropoles, ses hypogées, ses temples, tous « revêtus delettrès de granit. » Au fond de Tun de <5es^temples, Edgar Quinet pénètre, à la suite «d^ ChampoiKon le jeune et de Ottfr. Muller. Qu'y trouve^t-il ?
• Des colosses assis, aux tètos de lion, d'épervier, de bélier ; çà et là des momies de quadnipëje^, d^oîseaux, de serpents. Ce sanctuaire, si bien cacbë, qu'est-ce donc, sînotl TauCel oà la nature elle-même ébauche, conserve, fabrique éternellement les types de toute création animale? t
Et, signalant en quoidifTére TÉgypte de l'Asie, il la montre cherchant principalement la révélation dans le miracle de la vie organique. Son premier culte est le culte de ranirfhl, et n'est-ce pas le vrai rit de l'Afrique, «r la première sanction du Code noir? » Mais le sacerdoce civilisateor peu à peu relève jusqu'à un idéal, caché au vulgaire et dont le sphinx est l'image.
Sans recommencer la comparaison entre la Genèse hébraïque et la Genèse égyptienne, M. Quinet en signale smiottt la principale diflérence. Ici, chaque journée de la création répond à une incarnation, particulière, et il y a autant de dynasties diverses que l'on a compté d'époques dans la construction de f univers. D'abord apparaît l'être îrrévélé, insondable, Jupiter Ammen, le bélier couleur du ciel ; puis sa ténébreuse époase, Athor, la* dame de Nubie^ qui allaite le dieu enfant , incarné sous la forme du
monde naissant. Sous des noms divers, celte trinité con stitue le principe du dogme égyptien : le père, Ammon, Osiris, Knef; Tépouse nourrice, Mouth, Isis, Neith ; le dieu naissant, Orus, Khons, Malouli, se retrouvent dans chaque sanctuaire. Autour de cette monstreuse famille rôde son ennemi Typhon, une espèce de Satan. — Le dieu, issu d'Asie, s'incarne naturellement, en Egypte, sous la double figure du soleil et du fleuve, qui réfléchit son image. Il est le Messie attendu chaque année. Dès qu'il parait, la terre, son épouse, se couvre de fruits; il disparait, tout meurt. Où va-t-ii se perdre? D'où vient-il? Peutêtre ses eaux jaillissent-elles du sein d'Athor? En somme, rÉgypte confond sans cesse et le fleuve et le dieu ; le ciel tout entier ne lui semble être qu'un « yH éthéi^é. » Suppose4-on quelle devait être l'épouvante du peuple, quand, « sous Thaleine de Typhon, » le fleuve, le dieu manquait son incarnation? Cette épouvante explique pourquoi ce sont les monuments de mort qui représentent le mieux l'Egypte. Qu'étaient les pyramides, à Torigine? M. Quinet répond : « Des sépulcres de dieux. »
A l'instabilité divine, TÊgypte doit une partie de sa grandeur et de son originalité. Des vicissitudes du dieu l'homme profite pour se donner une valeur à lui-même; le sentiment de la personnalité, étouffé par le panthéisme oriental, apparaît sur les bords du Nil. On voit les Pharaons dresser leurs colosses en face des temples et s'asseoir pour Téternité, au fond des sanctuaires, à côté de la Irinité sacrée. Dans tous les monuments, les souvenirs de la vie politique, les batailles, les triomphes de l'homme, se mêlent aux mystères divins. Enfin, ce qui consacre cette apparition première de la personnalité, c'est le culte rendu aux morts. Les autres peuples brûlaient les cadavres ou les laissaient dévorer par les oiseaux de proie, la