VICO
temps transformés et ils nous apparaissent comme revêtus d'une seconde vie. Leurs idées, antipathiques, divergentes au moins, lorsqu'elles étaient marquées du sceau de leur personnalité, en se dépersonnalisant, si j'ose dire. se sont attirées, associées, unies. Complétées par des idées nouvelles, acquises, grâce à Texpérience d'un siècle, — le siècle de la Révolution, — et issues du génie propre de deux historiens-philosophes en marche vers Tavenir, elles ont enfanté un système vraiment nouveau, que sans doute les premiers créateurs n'avaient point prévu et qui compte aujourd'hui parmi les influences auxquelles ohéira l'âge présent en prononçant son dernier mot sur l'histoire et les destinées de l'humanité.
Je m'efforcerai donc d'exposer brièvement et clairement la double philosophie historique de Vico et de Herder, en marquant le sens et le développement que lui ont donnés MW. Michelet et Quinet *.
c Tracer, dit M. Michelet, tracer Thistoire universelle éternelle qui se produit dans le temps sous la forme des histoires particulières ; décrire le cercle idéal dans lequel tourne le monde réel, voilà Tobjet de la Science nouvelle ; elle est tout à la fois la philosophie et l'histoire de rhumanité.
« Elle tire son unité de la religion, principe producteur et conservateur de la société.
ff Jusqu'ici on n'a parlé que de théologie naturelle. La Science nouvelle est une théologie sociale, une démonstration historique de
* Voir llerder, Idées sur la philosophie de Ihisloire, 3 volumes in-8*, traduction Quinet. — J. B. Vico, Œuvres cfunms, 2 volumes in-8», traduction Michelet. — Edgar Quinet, Œuvres complètes, tome II, Introduction à la philosophie de V histoire de Vhumanité; Essai sur les œuvres de Herder; VUltramontanisme, 5« leçon; tome Hï, Philosophie de F histoire de France; lome IV, Révolutions d'Italie, ch. v, etc.; tome X, note, p. 318-
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la Providence, une histoire des décrets par lesquels, à l'insu des hommes et souvent malgré eux, elle a gouverné la grande cité du genre humain.
« Qui ne ressentira un divin plaisir en ce corps mortel, lorsque nous contemplerons ce monde des nations, si varié de caractères, do temps et de lieux, dans Tuniformité des idées divines? »
Tel est, en effet, le sublime spectacle que semble avoir entrevu Vico. Catholique, avec le baptême, il a reçu le dogme de la vie extérieure de la Providence. De lui-même, librement, il affirme la vie intérieure de la Providence dans rhumanité, idée entrevue dès l'origine de la société chrétienne; et, cette affirmation, il s'acharne à la prouver avec autant d'évidence qu'un théorème mathématique. Mais*, afin de se mettre à Tabri de l'accusation d'hérésie, encore trop périlleuse en son temps, il évite d'embrasser l'histoire du Peuple de Dieti^ trop strictement tracée par les livres sacrés; il se retranche dans l'histoire romaine, païenne, discutable- par conséquent. Mais n'est-ce pas là déjà une énorme audace, n'est-ce point de l'hérésie? Ce qu'ont fait Galilée et Newton, pour le monde physique, il le refait pour le monde moral; avant tous, seul de son époque, durant trente années, il cherche, il pressent, il devine, il constate que les nations, elles aussi, tournent sous l'action d'une gravitation particulière et que leur marche a ses lois comme la marche des astres. Par bonheur pour lui, le clergé contemporain ne comprit pas, et le hardi penseur put impunément transporter l'idée de Providence dans le monde antique, du paganisme luimême faire une révélation divine, inventer une sorte de christianisme païen, précurseur de l'autre, faire voir Dieu partout, même là oii il n'eût pas dû se manifester, selon l'orthodoxie romaine.
La base de tout son système est dans cette vérité, avant