‹ Edgar Quintet, sa vie et son œuvreChapitre 28 sur 109 · J. MICHELET · texte numérisé non relu

J. MICHELET

sait rester à son poste, que vienne ou non la récompense, attendant avec calme la victoire plus ou moins tardive, mais certaine; sentant à peine les blessures et les désillusions par lesquelles les faibles sont abattus, protégé qu'il est « par l'autorité de tout le genre humain. )>

Je viens d'exposer la double théorie qui sert de base et de lien à l'œuvre de MM. Michelet et Quinet. Ici, je n'insisterai point pour en faire apercevoir les effets à travers les différents livres des deux frères intellectuels. En examinant les Nationalités et les Religions^ je retrouverai l'occasion d'attester de quelle manière M. Quinet a fait l'application de sa théorie. Pour ce qui concerne M. Michelet, peu de mots me suffiront; car, en ce moment môme, il achève cette magnifique Histoire de France, dont tous mes lecteurs ont suivi avec intérêt la patiente élaboration.

M. Michelet l'a déclaré lui-même, à la fin de l'un de ses derniers volumes, la Ligue et Henri IV, son histoire n'est point impartiale. « Au contraire, elle est partiale, franchement et vigoureusement, pour le droit et la vérité. » C'est de la hauteur des principes éternels qu'il juge les actes du passé, sans pitié pour le mal, avec un inépuisable amour du bien, n'amnistiant rien, absolument rien, à cause du résultat, cherchant en tout Tintention et ne se laissant jamais éblouir par l'apparence. Comme Herder^ sachant lire, entre les hgnes écrites, les annales des temps écoulés, il découvre sous le symbole ce qu'il n'a pas pu trouver dans le fait, il force la légende à lui confier le soupir du peuple, que nul avant lui n'avait entendu; il con* vie l'art à lui livrer le sens intime des choses à demi

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traduites par les événements positifs; enfin, si je puis dire, évoquant du néant les époques diverses, il contraint chacune d'elles à se présenter devant lui, revêtue des vêlements, des voiles, des masques, à Taide desquels elle s'était efTorcée de tromper l'avenir, et il la met audacieusèment à nu. Ainsi M. Michelet compose une histoire qui n'est point un tableau, mais un spectacle vivant. A ce spectacle, éclairé de la vive lumière de la vérité vraie, du haut de la cité idéale fondée par Yico, assiste un philosophe, un moraliste sûr de lui-même, et toujours franc, approuvant, désapprouvant, applaudissant ou sifilant selon l'impression de sa conscience, au nom de l'humanité entière en son âme contenue. M. Michelet s'est appelé luimême, dans Y Insecte, « artiste-historien; » dansleP^Mpfe, il a nommé son histoire a résurrection. » Oui, son histoire est une résurrection, mais une résurrection complète, intime aussi bien qu'extérieure. Dans tous les écrits de ce maître, ce ne sont pas seulement les hommes et les choses du passé qui revivent, mais aussi les idées, essayées à la même pierre de touche, l'idée moderne, la Révolution.

Cette libre méthode, issue du cœur et de la raison, plutôt du cœur, est restée longtemps au ban, incomprise, inconnue du public, haïe par les catholiques parce que sans cesse elle conteste les décrets de leur providence extérieure et autocratique, traitée de folle poésie et de rêve par les doctrinaires, dont pièce à pièce elle démolit l'édifice funeste au sommet duquel trône le fatalisme.

Aujourd'hui, les catholiques, les théocrates, ne peuvent plus lui disputer Tinfluence qu'en les combattant elle s'est acquise dans toutes les âmes jeunes, dans toutes les consciences viriles. Le vieux système des Pères de l'Eglise, d'Augustiii à Bossuet, gît dans la poussière du passé, con-

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