POLITIQUE NATIONALE DE LA FRANGE
183Q, qui^ punition méritée par la dynastie de Finyasion, lui apparaît, à son retour de Grèce, comme le réveil de la nationalité française s'arrachant à la honteuse tutelle de la Sainte Alliance ! Avec quel désespoir il voit bientôt le gouvernement de Juillet s'agenouiller humblement devant nos ennemis, par eux se faire pardonner son origine, leur livrer de nouveau l'honneur de la France, consentir enfin à cette.servitude qui, naguère imposée par la force, venait d'être brisée par la force I Quels cris de rage, quelles prophétiques menaces il adresse à ces bourgeois sans conscience, à ces fiers constitutionnels, qui laissent la Russie égorger la Pologne, l'Autriche appesantir son joug sur ritalie, qui conduisent la France, ravalée au dernier rang des nations, écraser sous les ordres de PAngleterre un petit peuple dont le seul crime est de nous imiter I
« Les deux gouvernements qui ont précédé la République sont tombés pour s'être enrôlés dans la Sainte Alliance. La Restauration a eu son expédition de 1823, par laquelle elle a étouffé le libéralisme constitutionnel de TEspagne; elle Ta expiée en 1830. Le gouTernement de Louis-Philippe a eu en 1847 son expédition de Portugal, pour laquelle il a détruit la révolution portugaise; il Ta expié en 1848
Telle a été depuis Wuterloo la politique de la Sainte Alliance : faire servir la France d'instrument contre les amis de la France ; et pour cela deux buts étaient poursuivis à la fois. Premièrement, détruire par nos propres mains les gouvernements libres ; secondement, nous déshonorer par nos propres succès*. »
i 850 n'a pas voulu « échapper aux fourches caudines de la Sainte Alliance. » Mais maintenant que 1848 en a puni 1830, que va faire la France républicaine? Immobile tout d'abord au milieu de l'Europe soulevée, elle crie : Paix 1 quand il eût fallu crier : Guerre 1
L'Europe soulevée est bientôt ramenée sous le joug...
* La Crmade contre la république romiune, p. 3, 4.
Depuis lors, la France de 1789 a-t-elle reconquis sur les peuples Fascendant qu'on lui a fait perdre? Constituée une fois de plus en dehors des traités de Vienne, a-t-elle jeté aux nations serves la parole de vie? a-t-elle effacé sur la carte d'Europe la charte de 1815?...
Ne désespérons jamais de la France, et répétons avec Ëdgac Quinet * :
« Quelquefois, dans nos théories, je vois pâlir la France, la patrie, au profit du genre humain. Ne vous abandonnez pas à cette pente. Si Ton cherchait l'origine de cette pensée, ou verrait qu'elle est née, sous la Restauration, dans la nuit de Tinvasion, lorsque la France avait perdu la conscience d'elle-même. Ce système de renoncement à la nationalité est né dans le tombeau d'un peuple. Mais le mort est ressuscité; la France a retrouvé le sentiment d'elle-même; laissons Jonc là les pensées du sépulcre! D'ailleurs ne sentez- vous pas que cette terre que vous foulez est nécessaire au monde ? M. de Maistre dit que la France est investie d'une véritable magistrature dans l'univers; quand ses ennemis parlent ainsi, sont-ce ses enfants qui soutiendront le contraire? Les aveugles ne verront-ils pas que la magistrature continue avec la nécessité de la fonction ? que le peuple qui a fait la Révolution est nécessaire pour la diriger, pour l'expliquer et la développer?... Qui dira au monde le sens, la conséquence, l'esprit de cette ère nouvelle, si ce n'est le peuple qui l'a créée ou inaugurée? Ne faut-il pas que l'ouvrier subsiste pour surveiller ou réparer son ouvrage? Et d'ailleurs où est la puissance, où est la nation qui, à la place de la France, se charge de prendre la magistrature et les dangers qui y sont attachés? Où est le peuple qui a posé avec plus d'éclat les difficultés nouvelles de la bourgeoisie et du prolétariat, lesquelles enferment dans leurs flancs un monde inconnu? 11 ne faut que passer la frontière pour en apprendre beaucoup à ce sujet. Partout vous entendez les nations tranquilles, assises à leur foyer, répéter que la France cherche des périls volontaires, qu'elle ne peut se reposer, qu'elle se travaille pour un bien auquel elle n'arrive pas, qu'elle se consume au heu de jouir. Oui, en effet, elle se consume; et c'est pour la gloire du monde, pour les autres autant que pour elle-même, pour un idéal non encore attehit d'humanité et de civilisation ? »
^ Le Chrùtianisme et la Révolulion, au tome III des Œuvres compUtei, p. 272, 273.
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