DES JÉSUITES
au protestatitisme! Dans les solitudes de la Louisiane et de r Amérique du Nord, théâtre de leurs plus belles victoires, c'est encore aux Anglais, toujours au protestantisme cpi'ils ont frayé la voie I Que reste-t-il des missions de la Société? Rien, si ce n'est le Paraguay, leur chef-d'œuvre, (K un État sans mouvement, sans bruit, sans pulsation, sans respiration apparente. »
Le jésuitisme intérieur, enseignant, missionnaire, étant connu , il reste encore à étudier le jésuitisme politique. Edgar Quinet a bien vu où Ton en peut trouver le secret : dans l'économie domestique de la Société. Elle comprend, d'après sa règle, approuvée au concile de Trente, deux sortes d'établissements : des maisons professes qui ne peuvent rien posséder en propre , des collèges qui peuvent posséder, hériter, acquérir. Dès la fin du seizième siècle, l'Ordre avait vingt et une maisons professes et deitx cents quatre-vingt-treize collèges; vingt et une mains pour refuser, deux cent quatre-vingt-treize pour prendre! Transportez dans la politique cette habileté économique, mesurez jusqu'où peut aller le jésuitisme si vous lui laissez mettre un pied, un seul pied, sur le terrain de l'État.
Politiquement, la Société de Jésus n'a rien créé; elle n'a jamais voulu que détruire, dans les monarchies minant le pouvoir au nom de la démocratie, dans les républiques sapant la liberté au nom de l'autorité. On Ta vu expulser trente-neuf fois par des gouvernements de formes opposées. — Au seizième siècle, on entend les jésuites jeter au vent ce grand mot : « Souveraineté du peuple. » A l'aspect du peuple, par eux travaillé, ils ont lieu de croire que le souverain commencera par se livrer à eux, et qu'ainsi ils pourront tuer la liberté avant sa naissance. En ce tèmps-là, de 1590 à 1620, ils poussent le zèle déma-
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gagîque jusqu'au régicide inclusivement. Toutes leurs théories, à cet égard, se trouvent résumées dans le Livre du Roi de Mariana, dont le but n'est point, comme le Livre du Pnnce, d'affranchir TÉtat, mais de Tasservir au clergé. Le roi, serf de l'Église, garde-t-il du moins une garantie vis-à-vis d'elle? L'Ëghse tient toujours suspendue sur sa tête la menace de l'assassinat I — Philippe II luimême disait des jésuites : « C'est le seul ordre auquel je ne comprenne rien ; » et il se gardait bien de ne les pas protéger. Quant à Henri IV, qui certes n'était pas lâche, il avait peur de la miUce sacrée, et c'est à cause de cela qu'il les rappela, après les avoir chassés. — Mais la doctrine du régicide ne pouvait avoir qu'un temps. Voici, dès 1603, qu'un jésuite grotesque, le père Cotton, « fourbe sous la figure d'un sot *, » est attaché à Henri IV en qualité de confesseur et d'espion. A partir de ce moment le poignard est remplacé par le confesseur royal, nuit et jour rôdant autour du trône, et qui peu à peu, sous les pères la Chaise et Letellier, finira par gouverner le roi.
« Partout où une dynastie se meurt, dit Edgar Quinet, je vois se soulever de terre et se dresser derrière elle, comme un mauvais génie., une de ces sombres figures de confesseurs jésuitçs. »
A partir du dix-huitième siècle, le jésuitisme poHtique change de front. A présent que la souveraineté du peuple menace de se réaliser, il en devient l'implacable ennemi. C'est un dogme antichrétien^ crie-t-il par la bouche de M. de Maistre, et avec M. de Bonald, conformément à la doctrine de son grand docteur Bellarmin, il veut unifier l'État et l'Eglise par la suppression du premier, il veul replacer la théocratie au-dessus des rois et des peuples décapités.
* h Michelet, Henri IV et Riûielieu, p. H4.