‹ Édifices anciensChapitre 10 sur 50 · Reste de la seconde Bourse · texte numérisé non relu

Reste de la seconde Bourse

(Dans une propriété de la rue du Jardin)

d'autres, dont les noms ne sont pas parvenus jusqu'à nous, donnaient les plans d'édifices moins vastes. Nous avons dit que l'architecture civile empruntait alors ses ornements aux modèles religieux. Cette influence du style ogival sur les bâtisses privées perdure longtemps ; on la trouve encore à la fin du XVIe siècle, quand la Renaissance a conquis tous les esprits.

Une des plus anciennes maisons, où l'on pouvait vérifier l'ascendant persistant des formes tombées en désuétude sur les jeunes, existait encore, il

y a quelques années, au coin des rues de la Chaise et Zirk. Élevée pendant les premières années du XVe siècle, cette construction à deux pignons fut naturellement conçue sur le plan des maisons en bois. Voici ce qu'en a pu dire un auteur qui vit l'édifice. « Il présente au-dessus des fenêtres du rez-dechaussée, dont l'arcature est remplie par des découpures simulées flamboyantes, des ornements choufrisé qui servent de support aux fenêtres du premier étage ; au-dessus de chacune d'elles, cinq consoles à figures grotesques supportent une moulure à ogive faisant saillie, laquelle sert de couronnement au premier étage ; de belles sculptures, faites à une époque postérieure, décorent le dessus de la porte d'entrée. »

Un spécimen de la même catégorie, l'entrée de l'Hospice St-Julien,est venu jusqu'à nous sans grands dommages. Celui-ci, fondé en 1303, est, après l'hôpital Ste-Élisabeth, la plus ancienne institution de bienfaisance de la ville.

En 1311, Jean II, à qui l'on doit un des agrandissements d'Anvers, mit l'hôpital sous son patronnage en le dispensant de toute contribution. Dirigé par quatre personnages notables : l'abbé de St-Michel, le pléban de Notre-Dame, un échevin et un administrateur choisi dans l'ordre des Beggards, l'hospice refusait les bateleurs, les baladins, les joueurs de gobelets, les vagabonds, etc. Mais les pèlerins et les voyageurs pauvres pouvaient y passer une nuit ; il faut croire que cet article du

17. — Tour de l'hôtel du Bourgmestre Van Straelen. Courte rue Ste-Anne.

règlement fut modifié plus tard, car on lisait sur la

façade :

In dit Gasthuys van Sinte Juliaen, Mogen de arme passanten drymael slapen gaen.

18. — Vue intérieure de l'ancien hospice de la rue Otto Venius. (Disparu)

De toutes les constructions affectées au fonctionnement de cette institution, il ne reste plus que l'entrée de la chapelle. Au-dessus d'une porte sans aucun ornement, s'élève un puissant appareil constituant un portail à pignon accolé à la muraille,

fort proéminant, et appuyé sur des culs-de-lampe à simples moulures rectilignes. Sous l'intrados simulé, contre le mur formant tympan, se dessinent, en haut-relief, un arc ogival à redents lobés et munis de fleurons aux sommets.

Le même faux-arc se retrouve sur la façade d'une maison du Vieux-Marché-au-Blé. Cette habitation, jadis nommée de Kluis, avait été offerte vers 1468, par le Magistrat aux négociants de la Hanse Teutonique, afin de les engager à revenir à Anvers, ville qu'ils avaient abandonnée depuis quelques lustres. D'autres privilèges accompagnaient cette largesse intéressée. Les Hanséates, qui répondirent en grand nombre aux avances de notre commune, possédèrent cet immeuble jusqu'en 1568 ; nous verrons plus loin qu'à cette date leur nouveau local fut terminé.

Sauf le curieux arc trilobé qui couronne la façade, celle-ci ne présente plus d'autres caractères d'époque. Thys cite les inscriptions appendues au mur extérieur de cette maison, lors des fêtes de l'entrée triomphale de Charles-Quint et de Philippe II :

La justice et la paix rendent le trône stable ; Le pouvoir des tyrans ne fut jamais durable.

Une autre se trouvait sous deux cigognes, symboles de l'amour filial ; l'auteur cité la traduit par le quatrain suivant :

Du printemps, de l'hiver, moi qui suis le présage,

Je donne, ô jeunes gens,

L'exemple doux et sage, De la piété tendre envers les vieux parents.

L'ancien Hôtel de Ville, démoli en 1564, était sans doute plus âgé que les monuments cités à l'instant ; les reproductions nous le montrent franchement ogival. Au bas de cette frêle construction se

19. — La cour intérieure de l'ancien hospice de la rue Otto Venins. (Disparu)

trouvait un double perron sculpté à jour et portant quatre petits lions assis, tenant chacun un écu. Une porte, surmontée d'un arc en ogive redenté et fleuronné sur l'extrados du gable, s'ouvrait sur le tablier de ce perron. De part et d'autre une grande fenêtre, défendue par une grille, prenait toute la surface des murs. Deux statues dans des niches à dais côtoyaient le fronton de la porte. A Anvers, les statues de cette époque sont très rares. L'étage comprenait trois fenêtres grillées et autant

de niches destinées à des statues. Plus haut, aux quatre angles supérieurs de la bâtisse, étaient accolées des tourelles crénelées. Chacune portait une aiguille peu élevée et sommée d'une aigle semblable à celle qui couronnait le pignon à gradins dressé entre les tours de la façade.

On trouve encore les traces du style ogival dans quelques débris de façades (Vieux-Marché-au-Blé n° 70, reste d'une seconde maison appartenant aux Hanséates pendant le XVIe siècle), et dans l'ornementation d'un assez grand nombre de pignons. Le musée Meyer- Van den Bergh, longue rue de l'Hôpital n° 19, monument récent construit sur les plans d'une maison historique d'Anvers, offre aussi un motif de ce qui s'édifiait d'après ce thème. L'ancienne cure de l'église Ste-Walburge, démolie en 1884, était presque identique au Musée cité et à une façade disparue de la rue du Sac. Comme à la maison de la rue Zirk, le dessus des fenêtres de cette cure (fig. 11) était orné de découpures simulées

Page 1