Entrée monumentale d'une
maison du XVIIe siècle.
Longue rue de l'Hôpital, n° 31 .
« La grande salle du premier étage est tout aussi remarquable par sa conservation et par son aménagement. Une lourde table en occupe le centre, tandis que dans l'un des murs latéraux s'ouvre une vaste cheminée, au manteau soutenu par des colonnes de marbre cannelées avec chapiteaux ioniques. Une peinture allégorique la surmonte. Trois fenêtres, aux petits carreaux sertis de plomb, aux volets garnis d'élégantes pentures en fer, prennent jour sur le Canal des Brasseurs. Au plafond, à boiseries apparentes, est suspendu un lustre en cristal de Venise. Les murs sont tendus de superbes cuirs dorés sur lesquels on a fixé, de ci de là, une grande composition picturale, des miroirs, des plans manuscrits, une statuette du saint patron de la corporation, et surtout le portrait de l'infortuné van Schoonbeke. Des chaises recouvertes de cuir, de lourds chenets en fer, des banquettes garnies de velours aux teintes harmonieusement effacées, complètent cet ameublement unique. Il y a quelques années, on conservait encore dans cette salle des verreries superbes, de splendides verres à pied d'un travail délicat, dont les brasseurs se servaient pour leurs réunions solennelles ; ils ont malheureusement été brisés lors de la désastreuse explosion qui ravagea, en 1889, une grande partie de la ville et surtout le quartier maritime.»
« Là, dans cette belle et antique salle, dit un autre archéologue, les souvenirs d'une époque, déjà reculée de nous, se présentent en foule à l'esprit ; on voit un instant dans ce seizième siècle, si brillant
et si tumultueux, si glorieux sous certains rapports et, en même temps, si rempli de forfaits qui sont
58. — Porte de la maison De Guide Ster.— Rue des Brasseurs, n° 5
la honte de l'humanité, où Anvers, qu'on appelait la Venise du Nord, était arrivé à l'apogée de sa
prospérité, où il vit commencer son déclin, sa décadence. Les personnes les plus indifférentes même sont vivement impressionnées en entrant dans ces lieux, généralement si peu connus, et cependant si dignes d'être visités. »