LA CITADELLE
e la citadelle qu'Alvarez de Tolède, duc d'Albe, avait fait construire d'après le projet de l'ingénieur Pacciotti, il ne restait plus aucune trace en 1869, lors de la démolition de la Citadelle du Sud. Par contre celle de Farnèse, construite sur l'emplacement de la forteresse du duc d'Albe, présentait encore quelqu' intérêt.
La construction de la première fut imposée à la population anversoise sous prétexte de réduire les troubles constants qui agitaient la cité. En 1567 les travaux commencèrent ; on nivela un grand terrain en supprimant les moulins qui l'encombraient, deux forts de défense, et ce qui restait encore de la vieille Chartreuse. En octobre de la même année, Albe, accompagné de quatorze cents hommes, vint activer la construction de ce qui devint pour nous un véritable repaire d'ennemis. Plus tard, on y ajouta une église, sous les S.S. Philippe et Jacques. Chacun sait comment fut détruite
60. — Porte décorée de la fin du XVIIe siècle. — Rue Mutsaert, n° 30.
la statue qu'Alvarez fit dresser dans la cour de la Citadelle. Grande, de bronze, elle représentait le proconsul le bras étendu d'un geste de commandement, les pieds sur une figure symbolisant le peuple et la noblesse.
Les soldats qui accablèrent la ville en 1576, lors de la Furie Espagnole, logeaient dans cette forteresse. Aussi, l'année suivante, après leur départ, la population entière, sans distinction de classe, se dévoua-t-elle à sa démolition.
Malheureusement, cet édifice hostile fut réédifié, en 1585, par Alexandre Farnèse. En 1746, les troupes du maréchal de Saxe prirent la Citadelle. Enfin, le 27 octobre 1830, elle bombarda la ville pendant six heures.
Son entrée monumentale, construite par Farnèse, qui se trouve reproduite ici (fig. 31), peut servir à se former une idée de l'aspect de cette construction et aussi à indiquer, par un exemplaire simple et peu chargé, le style des portes de cette époque et la disposition des appareils qui les constituent. C'est un arc régulièrement construit, de pierres ayant les mêmes proportions depuis la base des pieds-droits jusqu'au niveau des sommiers. Plus haut, elles bâtissent uniquement les reins ou écoinçons qui ne sont pas soutenus par une archivolte ou arc distinct. Le long côté des pierres rayonne vers le centre de l'arc. Celui-ci repose sur une imposte peu apparente si ce n'est par ses proportions un peu plus développées que les autres pierres de l'appareil. Cette imposte prend toute la largeur
du pied-droit et se maintient encore dans la constitution de la sorte de contrefort qui s'élève au milieu des deux bases du portail. Ce membre, s'élargissant
61. — Pignon de la maison n° 30, rue Mutsaert (voir fig. 60).
graduellement vers le haut, est orné de trois de ces moulures pinniformes si abondantes sur les monuments élevés à la fin du XVIe siècle et au commencement du siècle suivant.
Cette disposition régulière dans la construction
des portiques existe en principe, à presque toutes les entrées monumentales des maisons particulières (voir les figures). Quoique reposant sur de fausses colonnes, Tare de la maison dite de Vier Winden est conçu de la sorte (fig. 32). Quand ni l'arc, ni les pieds-droits ne sont bâtis de cette manière, on retrouve, dans la même situation que si elles en formaient seules le corps, des pierres coupant à intervalles réguliers les montants de la porte, ainsi que l'archivolte.
Ces colonnes aux fûts et piédestaux à bandes et à bossages ornés de têtes de lions et d'arabesques variées, ainsi que les perrons à doubles rampes qui apparaîtront plus tard, les spacieuses cages d'escaliers, les somptueux décors des balustrades et des fenêtres, tout cela est ajouté par les artistes modernes aux éléments de l'architecture inspirée de l'Italie ancienne. Les cinq ordres de colonnes, avec quelques motifs ornementaux, furent imités des monuments romains. Outre ces emprunts, les maîtres modernes ont pris au style romain, diverses formes de coupoles et l'arc, simple demi-cercle. Les hautes voûtes, les tours élevées, les arcs-boutants et les contreforts subsistèrent comme souvenir de l'époque ogivale.
« Dans ses premiers essais, le style de la Renaissance n'est encore souvent qu'un simple style de transition dans lequel l'ornementation des derniers temps de l'ère ogivale, les pendentifs, les dais, les pinacles et les clochetons, se marient à l'un ou à l'autre ordre. L'arc surbaissé y prédomine aussi