‹ Èdifices de Rome moderne, ou Recueil des palais, maisons, èglises, couvents, et et autres monuments publics et particuliers les plus remarquables de la ville de Rome dessinès, mesurès et publièsChapitre 67 sur 104 · CLEMENT XII. PONT. .MAX · texte numérisé non relu

CLEMENT XII. PONT. .MAX

AQÜAM VIRGINEM

COPIA ET SALUBRITATE COMMBNDATAM CULTU MAONIPICO ORNAVIT ANNO DOMIWI MDCCXXXV. PONT. VI.

Une autre inscription, placée au-dessus de la première, dans la Irise du grand ordre, rappelle que les travaux furent complétés sous le pontificat suivant, celui de Benoît XIV.

Enfin, comme les statues et les bas-reliefs, exécutés en pierre ou en stuc, furent remplacés par dps ouvrages en marbre du temps de Clément XIII, cette amélioration a donné, lieu à une troisième inscription, placée dans la frise du petit ordre ionique, et conçue en «•es termes :

POSITIS SIOMS ET ANAULYPHIS TABL'LIS lUSSll CLEMENTIS. XIII. PONT. MAX.

OPtSS CliM OMNI CULTC ABSOLUTUM A. DOM. MDCCLXII.

La statue gigantesque de la niche du milieu représente Neptune, debout sur un char formé d’une conque, que traînent des chevaux marins dirigés par des tritons. Des eaux limpides jaillissent abondamment et de tous côtés de rochers, disposés avec beaucoup d'habileté sous les pieds du dieu. Les statues en marbre de Neptune, des tritons et des chevaux sont du sculpteur P. Bracci. Celles des deux niches, représentant l'Abondance et la Santé, sont dues au ciseau de Phil. Valle. Ces deux bas-reliefs sculptés au-dessus représentent : l’un,

NOTICES IIISTOIIK.il ES

' Une dernière gravure sur bois que nous plaçons ici reproduit une vue très-pittoresque d’une portion de l'aqueduc antique servant à amener l'eau à la fontaine de Trevi, et au pied duquel on a disposé lin vaste lavoir, desservi |>ar le trop plein des eaux.

/ ne du milieu de lu fontaine de Trevi, autrefois fontaine de l’eau

Termine.

Cette planche donne, de face, et par conséquent d'une manière plus distincte, la vue de la fontaine de Trevi, représentée en perspective fuyante dans la gravure précédente. Cette œuvre de l'architecte Salvi, à laquelle Milizia donne l’épithète pittoresque de strepitosa, présente un ensemble d’une grande richesse. Cette fontaine occupe malheureusement un emplacement heauroiip trop resserré, et il est regrettable qu’on n'ait pas songé à la débarrasser du fâcheux voi-

Agrippa ordonnant la construction de l'aqueduc, l'autre, la jeune fille indiquant la source aux soldats.

ET CRITIQUE*

sillage des maisons mesquines qui l’enveloppent, et à lui donner line place régulière et spacieuse, en rapport avec sa magnificence.

Port de Rij/etta, dit poil Supérieur, via di Hi petto.

(élément XI, en 1 70/j, fit disposer ce port pour le service publie iv. jj. et pour l’eniliellisseinent de la ville. C’est là qu'abordent les navires qui descendent le Tibre et viennent de la Sabine et de l'Ombrie, chargés de grains, de vins, d'huiles, de charbons, qu'ils déchargent en cet endroit. Alessandro Specclii, assisté de Cio. Fnntana, fut charge de diriger les travaux, consistant dans l’élévation d’un mur de soutènement demi-circulaire, autour duquel ont été disposés de larges degrés qui facilitent l’accès du fleuve. I«e travertin employé dans ces constructions fut emprunté à des portions d’arcades du Colisée, écroulées lors d’un tremblement de terre, en ijo3. Le ceutre «le là place est orné d’une fontaine, et aux extrémités sont deux colonnes graduées, tiù ont été marquées les crues extraordinaires du fleuve. .

On cite comme la plus terrible celle de i5y8, où les eaux atteignirent la lioule qui termine ces colonnes.

Pour donner une idée très-nette des localités, la j flanche 34w contient, outre le plan du port et de ses dépendances, une vue de cha«|uc rêve. Sur la vue de la rive droite apparaissent au loin Saint-Pierre et le Vatican, .et la chaîne du .Monte-Mario; et sur celle de la rive gauche divers monuments, notamment l’église S. Girolamo de’ Scliinvoni et le palais Borglièse.

PLANCHE 3âl).

Tombeau du cardinal Pietro Fcrrici, dans le cloître de la Minerva.

Ce tombeau est placé dans le cloître de la Minerva, près de la 1*. ». porte de ce cloître qui conduit à la fameuse bibliothèque Casana-

7 • 4 NOTICES HISTORIQUES

tense. confiée aux soins des Dominieains et une des plus riches de

la ville. La composition de ce tombeau est charmante, d'une grande délicatesse et d’une proportion excellente. L’ornementation en est exécutée avec un sentiment exquis.

Il est regrettable que les ligures, bien que d'un travail fini, laissent •à désirer sous le rapport du style.

r.es parties les plus remarquables de ce petit monument sont les arabesques des pilastres, la croix placée au-dessus du sépulcre, les griffes qui supportent ce sarcophage et les demi-guirlandes suspendues aux angles, à droite et à gauche de l’inscription. la? bon ajustement, des demi-chapiteaux qui se retournent sous l’architrave méritait d'être mentionné. Pour en bien faire saisir la disposition nous en reproduisons ici une vue perspective et le plan donnant les mesures de la saillie et de la profondeur.

Plafond de l'église S. Franrrsea Konntna.

, »«. la division des compartiments de ce plafond est variée et bien entendue. l.«es sujets principaux ou secondaires ont chacun leur importance relative et se balancent convenablement. Vu la hauteur du plafond et son éloignement de l’œil du spectateur, les ornements ont pu en être traités avec moins de finesse et de scrupule d’exécution que des objets plus rapprochés. Le* couleurs dont il est nuancé ont été distribuées avec goût. , *

ET CRITIQUES

Plan de ht chapelle Bologne! ti, via Aomentana.

Cette chapelle est située hors de la porte I’ia, au nord-est et à un mille de Home, au bord de la voie antique Nomentana. I.a disposition en est assez, bien conçue et assez bien 'étudiée, et elle serait parfaitement convenable pour la chapelle particulière du palais «l’un souverain. Deux escaliers, [.lacés derrière l'autel, conduisent d’une part à des tribunes publiques, et de l'autre aux pièees d'habitation pour le prêtre qui dessert la chapelle, et au-dessous desquelles «je trouvent la sacristie et ses dépendances.

Plan de l’église S. Carlo a ’ C rit it ta ri.

■ fa; quartier où est située cette église était habité par des fabricants d’éeuclles communes, appelées en latin eatina ou ralini; c’est de là que proviendrait, dit-on, la désignation qui lui est restée. I.e plan «le l’église est d’une disposition régulière. On est frappé, en y entçpnt, de l’effet produit par sa grandeur et par sa coupole, une des plus élevées de Rome; les «juatre pendentifs en sont décorés de peintures figurant les vertus cardinales, ouvrage célèbre du Dominiquïn. Quelques autres ouvrages de grands peintres y attirent encore des visiteurs ; mais l’architecture de l’édifice est dépourvue de goût. Il fut bâti en if.ia, sur les dessins de Hosati; la façade a été ajoute par J. B. Soria, architecte romain, né en i,58i et mort en i65i. .

Potles projetées par Bramante pour l’entrée principale dit palais délia (’anccUaria et pour celle de l'église S. Lorenzo in Danntso.

Nous avons consacré dans notre premier volume plusieurs articles à l’étude du palais de la Chancellerie, cette œuvre si caractéristùpie du talent de Bramante. A l’occasion de la planche Ko, qui en pré-

Mil. >|.

VI, il.

NOTICES HISTOHIQIIES

sente l’élévation, nous disions (page 224) <Iue * 1® Por*e du palais, n'étant pas d’un goût très-pur, ne méritait pas d’étre reproduite avec ses détails. » Cette porte lut établie sous la direction de Domenieo Fontana. Nous sommes heureux de pouvoir reproduire ici le projet de porte primitif, tel que l’avait conçu bramante lui-même, d’apres un manuscrit précieux dont l’écriture est de sa main. Notre cadre ne nous a pas permis de donner cette reproduction de la grandeur de l’original, qui est à peu près double de celle de notre gravure. .Mais les dimensions que nous avons dû adopter permettent de bien saisir l’ensemble et les détails de ce bel ajustement. En voyant la souveraine élégance, le style pur, la conception limpide qui brillent dans le projet de Bramante, on s'étonne que Domenieo Fontana, chargé par le cardinal Alessandro Montalto, neveu de Sixte A , de terminer cette partie restée inachevée du palais de la Chancellerie, ne se soit pas fait un devoir religieux de laissera cet édifice son complément naturel et harmonieux, en exécutant cette porte telle quelle avait été dessinée par l’illustre architecte du palais. I/es projets originaux étaient-ils égarés alors? C’est peu probable. Les deux dessins de portes de la façade du palais de la Chancellerie par Bramante durent être consentis à part, afin de servir un jour à achever son oeuvre. En effet, ses successeurs semblent s’en être inspirés; ilss\ •sont, à peu près conformés pour l’ordonnance générale; mais c’est dans les détails qu’ils se sont plu à les dénaturer. Qu'est il résidté de ce désir d’innover, auquel s'est abandonné Domenieo Fontana ? C’est tpie la porte dessinée par lui, non-seulement ne s’harmonise pas avec le style du palais, mais en rompt, d’une manière peu heureuse, l’unité architecturale. Une seule considération peut servir à expliquer, sinon à excuser, ce double outrage fait à Bramante et au monument : c'est qu'à l'époque oii Domenieo Fontana était appelé à compléter par cette dernière addition la façade de ce palais, plus de soixante-dix ans s'étaient écoulés depuis la mort de Bramante ; toute la première génération des grands architectes était éteinte; le

goût artistique s’était altéré, et l'architecture inclinait déjà vers son époque de décadence.

Porte de l'église S. Lorenz» in Dtimaso.

On sait que l’église S. Lorenzo in Damaso n’a point de façade vi, »j. propre; elle s’étend derrière un prolongement de la façade du palais de la Chancellerie. f>a porte d’entrée de cette église est placée à droite dans cette façade pour ceux qui la regardent en face (voir l'élévation de la planche 79, tonie Irr). Ce fut le cardinal Alessandro Farnese, neveu de Paul III, qui la fit exécuter sur les dessins de Vignole. k lat pureté de ses profils, disions-nous page a»6, la forme heureuse de ses consoles et l’ajustement du soffite du larmier la font regarder, à juste titre, comme un des beaux modèles qu'011 puisse offrir en ce genre. » (Voir tome Irr, planche 8'i.) Cependant ici encore, quelles que soient la belle entente des moulures et l'élégance des profils de cette porte de Vignole, n’y a-t-il pas lieu de reconnaître que cette oeuvre vraiment magistrale, si on la considère eu clic-même, n'est pas dans un rapport assez intime avec la façade de Bramante, à laquelle elle fut postérieurement ajoutée et dont elle devait devenir une partie intégrante? I ,es longues et riches consoles de sa corniche, les crossettes de ses chambranles ne sont-elles pas des motifs dans un sentiment nouveau, des éléments étrangers introduits inopinément dans cette façade? Quoique l'unité ne soit pas ici brusquement rompue, comme elle l'est par le style de la porte de Domenico Fontana, on est cependant disposé à soupçonner que Bramante, s’il avait pu terminer son oeuvre, l'aurait complétée dans un sens un peu différent de celui adopté par Vignole. Au lieu d’une simple conjecture, noys sommes encore heureux de pouvoir ici produire le dessin même de Bramante, relevé sur la même feuille manuscrite qui nous a fourni la première porte.

Maintenant, si l’on restitue par la pensée à la façade du palais de

NOTICES HISTORIQUES

la Chancellerie les deux portes projetées par Bramante, on comprendra de suite (indépendamment de la valeur intrinsèque des dessins, soit projetés, soit exécutés, qu’il ne s’agit pas du reste de comparer entre eux) que par cette seule restitution, cette façade, qui présente aujourd’hui dans le style de quelques-unes de ses parties quelque chose d’équivoque et de heurté, reprend à l’instant même toute l'unité harmonieuse et paisible de sa belle ordonnance.

Plan général et vue tir la place et îles édifices du Capitale.

Nous terminerons la longue revue artistique que nous avons entreprise des édifices de Rome moderne par les bâtiments du Capitole, de ce lieu célèbre parmi les plus fameux de l’histoire, situé aujourd’hui au centre de Rome, et qui fut l’Acropole, la citadelle sacrée du plus vaste empire. On sait que la |>ctite colline du Capitole, élevée de 121 pieds au-dessus des eaux moyennes du Tibre ( 1 4 ■ pieds au-dessus du niveau de la mer), était dans le principe inaccessible, excepté du côté du Forum, d’où ou y montait par trois rampes. A ses extrémités s’élevaient deux éminences, séparées par un terreplein désigné sous le nom d ' Intermontium, et où était un j>etit bois dont Romulus fit un asile. L’ Intermontium est aujourd’hui la place du Capitole, dont le nom a été bizarrement transformé par la langue italienne en celui de Campûloglio (champ d'huile). Une de ces éminences, celle située au sud-ouest et vers le Tibre, était la citadelle (une), comprenant dans son enceinte plusieurs temples, et où l’on conservait la cabane de Romulus; là aussi était la roche Tarpéienne. Sur l’autre éminence, située vers le nord, et où est aujourd hui l’église d ' Ara-CtvU, s’élevait le temple de Jupiter Capitolin, ce sanctuaire auguste de la puissance romaine, qui, fondé par Tarquin le Superbe, et trois fois incendié, fut rebâti par Sylla, par Vespasien et Domitien.

On en voyait encore les ruines au vm' siècle; au tx' siècle il avait entièrement disparu.

Le Capitole moderne ne répond pas à lu majesté des souvenirs que son nom éveille. A la place de la magnificence monumentale qui régnait en cet endroit privilégié de la Rome antique, on ne trouve aujourd’hui qu’une place de médiocre étendue, décorée de statues et de trophées, et entourée sur trois côtés d'édifices d’une architecture symétrique, mais qui n’a rien d'imposant. Avant que Michel- Augeeùt donné à cette place l'ordonnance régulière qu’elle a gardée, et qui forme encore un de ses principaux mérites, elle dut sans doute subir de nombreuses transformations, depuis l’époque où disparurent les derniers vestiges du temple de Jupiter jusqu’au xvic siècle. Ni le temps, ni l’ordre de choses nouveau substitué parle christianisme aux traditions du passe* ne durent cependant pas déshériter ce lieu célèbre de son importance historique. On sait que Pétrarque, sur l’invitation du sénat romain, vint s’y faire couronner le 8 avril 1 34 1 - Quelques années plus tard, en 1 34~ , Rien/i, dont Pétrarque fut l’ami et partagea les espérances républicaines, sc croyant appelé à renouveler l’entreprise des Gracques et à reconstifner la lil>erté antique dans une ville opprimée par une oligarchie de barons turbulents, entraînait par son éloquence la foule au Capitole et s’y faisait décerner le titre de tribun. C'est dans ce même palais du Capitole qu’il se vit assiégé, en 1 354, P81* ce niême peuple romain dont il était naguère l’idole. Reconnu pendant qu’il cherchait à se sauver, il fut entraîné au bas de l’escalier, devant le lion de porphyre égyptien où lui-même avait coutume de faire lire les condamnations; et là il reçut d’un artisan un premier coup qui devint pour la foule le signal de se précipiter sur lui. I,e lion de porphyre dont il est question dans ce récit n'a sans doute rien de commun avec les lions placés aujourd’hui au bas de la rampe et qui furent transportés ici au xvi'-siècle (voir plus bas, page -23). Une trentaine d'années après la mort de Rien/.i, le pape Bonifaee IX fit élever sur les restes de l’antique TabaJarinm

■NOTICES HISTORIQUES

un pillais, ou plutôt une forteresse, pour la résidence des sénateurs. Ce palais sénatorial, reconstruit depuis, occupe le fond de la place du Capitole.

Il serait intéressant de suivre à travers les temps les diverses transformations opérées dans celte place célèbre; niais les documents manquent. I.a vignette intercalée ici dans le texte, et copiée sur un ancien plan de Home gravé en 1 555, reproduit l'étal des lieux tel qu'il était antérieurement à cette date, et postérieurement à l'année 1 538, époque à laquelle la statue de Marc- Aurèle fut dressée au milieu de la place, comme on la voit figurée dans la gravure. Mais il n'y a point de traces encore «les bâtiments «pie Paul III chargea Michel-Ange d’élever à droite et à gauche de la place; et des masures s’étagent encore sur la pente nord-ouest de la colline, où devnit bientôt être établie lu rampe monumentale dessinée par lui.

Nous donnons encore ici, en regard, une autre vue du Capitole, réduite d’après une gravure du même temps.

Cette gravure, sans date (du moins dans l’épreuve que nous avong pu consulter, et «pii fait partie d’un recueil appartenant à la bibliothèque Sainte-Geneviève, à Paris), reproduit l'état de la place et des bâtiments du Capitole, antérieur de quelques années à «•elui exprimé dans une autre gravure du même recueil, datée de itioo, et dont nous parlons plus bas, page 72'J. F.n effet, dans la gravure mise ici sous les yeux,' ou voit une ancienne construction avec portirpie au rez-de-chaussée et loge au premier étage, à la place où devait bientôt s'élever le palais des Conservateurs, dessiné par Michel-Ange; et sur

ET CRITIQUE*

le mur qui lui fait face, on n'a pas encore appuyé la fontaine figurée dans la gravure de 1600.

Ih*s conservateurs désiraient (Vasari attribue ee désir an peuple romain) tirer le Capitole de son état d'abandon et lui restituer une partie de la splendeur monumentale qui convenait à la célébrité du lieu, dette décoration fut décidée par Paul III, qui chargea Michel- Ange d'en donner les dessiits. Le grand artiste était déjà âgé et avait d’ailleurs la direction de l'achèvement de Saint-Pierre, dette nouvelle tâche était la plus noble à laquelle un architecte pût être apjtelé dans Rome à cette époque. Et, il faut bien le dire : Michel-Ange est resté, sous quelques rapports, au-dessous de sh mission. Du reste il est juste de tenir compte des difficultés d'un terrain exigu et manquant de profondeur. D’nn autre côté, il faut se rappeler que la disposition générale de la place était iléjà fixée par les constructions antérieures pour les masses principales.

NOTICES HISTORIQUES

Quelque partisan qu’il fût <lu nouveau, Michel-Ange ne voulut pas s'écarter tles données primitives. Seulement, comme il sentait évidemment qu’une place de cette importance était trop petite, on le vit s'efforcer d’en agrandir l’effet apparent. C’est dans cette intention sans doute qu'il adopta cet ordre colossal d’un emploi nouveau et dont les malencontreuses imitations ont gâté tant de monuments depuis le xvt* siècle. Il fut mieux inspiré dans la disposition divergente qu’il donna aux façades des deux édifices de droite et de gauche, plus rapprochées à l’entrée de la place et plus écartées au fond, du côté du palais du Sénateur. Ce parti pris contribua à donner «lu jeu aux lignes de la perspective, à multiplier les ressauts et à rendre Uns formes plus accidentées et plus pittoresques.

les trois édifices qui encadrent la place sont : au fond, vers l'est, le palais «lu Sénateur; à droite, et vers le sud, celui des Conseivntriirs ; enfin vis-à-vis, à gauche et en pendant, le palais du Musée. Du «-ôté de l’ouest la place est fermt;e par une balustrade, et elle almutit au milieu à une rampe, ou gmt/ituiia, bordée également de balustradt-s et dont les larges degrés offrent un accès facile aux piétons. Michel-Ange établit seulement le soubassement et construisit l'escalier monumental du palais du Sénateur, qui fut terminé par d'autres architectes, comme nous le verrons à l’article suivant. Quant aux deux palais latéraux, ils furent élevés sur scs dessins; mais relui des Conservateurs seulement fut commencé de son vivant. Michel-Ange mourut en lr>f>4, et Vasari, qui publia en i ">f>H la seconde édition de ses J ies iIps Peintres, en parle comme d’un bâtiment qui n’est pas encore tout à fait' termine; mais il indique comme étant em’ore à l'état de projet l'édifice actuel du Musée et la grxulinata (i). line

tij Diriinpetto a qticsia (facciala'j ne Int a seguitare un* allia similo tli verso tramontana •voit» Araeeli, e dinanzi una «alita di liastioni di verso ponenle, quai «.ira pianu con un ricinlr» r jiara|M‘tlo di haUu&tri, dovr «ara IVntrata principale, con un ordine c havauicnii. sopra i quali va tutia la nobiltà délie Maine, di chr nggi c rosi riccp il Campidoglin-

Vas**!, JVfti dt Mw lui Agnnln Bnnwiront. .

KT CRtTIQlIKS.

gravure de l'an 1600 nous a conservé l'état du Capitole à cette date. Le palais des Conservateurs est construit ; celui du Musée ne l’est pas encore, et à la place de ce dernier il n’existe qu'une simple fontaine, et une arcade avec un fronton. Il parait que le palais du Musée ne fut bâti que sous Innocent X, qui occupa le trône pontifical de à tfi55. Le palais du Sénateur, dans la même gravure, a encore son ancienne façade; mais la tour carrée est renouvelée.

Au pied de la rampe, ou gmdiiiata, et à la naissance des balustrades qui l’accompagnent, sont deux lions de basalte et de style égyptien, découverts devant l’église S. Stefano del Cacco et transportés ici par ordre de Pie IV (j55ç)-t5(i5). lai partie supérieure des balustrades vient s'appuyer sur deux forts piédestaux portant des statues colossales de Castor et Poliux, dompteurs de. chevaux, en marbre pentélique. Elles furent trouvées dans le Ghetto, sous le pontificat de Pie IV, qui les fit restaurer par Valsoldo, et ce fut Grégoire XIII qui les fit mettre eu place. A droite et à gauche de ces statues, sur les balustrades qui bordent la terrasse, sont des trophées en marbre faussement désignés sous le nom de trophées de Marins. Ia?s antiquaires sont incertains sur l'époque de ces ouvrages, qui ornaient autrefois sur l’Esquilin un réservoir de l’eau Julia, et que Sixte V fit transporter au Capitole. Quelques-uns veulent les faire descendre jusqu’au temps de Septime Sévère; mais, d’après le caractère de leur sculpture, on est plus généralement disposé à les reporter au temps de Trajan. A la suite viennent les médiocres statues de Constantin et de son fils, découvertes dans les thermes de cet empereur, sur le mont Qnirinal. Enfin & l’extrémité de droite, du côté du palais des Conservateurs, est une colonne milliaire, qui marquait le premier mille de la voie Appienne et qui fut trouvée en 1 584, à peu de distance en dehors de la porte S. Sebastiano. L’autre colonne en regard, du côté opposé, n’est qu’une imitation moderne pour servir de pendant. . .

Au centre de la place est une statue équestre, en bronze, de Marc-

71*4 NOTICES HISTORIQUES

Anrèle, (Misée sur un piédestal lias et d’un goût peu sévère, dont le dessin esl attribué à Michel-Ange. Ce piédestal est d'uu seul bloc de marbre, provenant d'une architrave du forum de Trajan. l a statue de Marc-Aurèle, admirée de Michel- Ange, est un spécimen d’autant plus précieux, qu’il est le seul de ce genre de monuments de l’art antique ((u'oii voie à Home. Dés l’origine elle était dorée. Au moyen âge le cheval seul, d’abord, était dressé devant Suint-Jean-de-l.atran. I. a statue entière fut transportée, comme nous l’avons dit précédemment, en if>38 sur le Capitole.

Après avoir successivement passé en revue les divers monuments et les objets d’art qui concourent à la décoration de la place du Capitole, nous avons voulu en donner ici une vue qui en montre l’ensemble sous un aspect pittoresque et avec un effet de perspective tout à fait différent de celui de la planche 35a.

*•- Ür.

K T CltlTIQI I.S.

Sur le plan general tracé dans la planche 35a on remarque, dans l’intervalle entre le palais du Sénateur et celui du Musée, une suite de degrés s'appuyant sur ce dernier palais et conduisant à un |jortique servant d’entrée latérale à l'église «l'Ara- Celi. Ce portique, dont nous avons donné l’élévation dans notre premier volume, planche 4 (voir également la planche 354), est attribué à Vignole, ainsi que celui en face, établi à côté du palais des Conservateurs, au haut d’une rampe à degrés qui mène sur le monte Caprino.

Palais du Sénateur.

L'antique et glorieux nom de Sénateur et les fameuses sigles : S. P. Q. II. sont les seules traces de la vie politique de l'ancienne Rome que le temps, par une sorte de dérision, ait conservées jusqu’à nos jours dans la Rome moderne des papes. Ces dénominations seules subsistent; mais elles ne correspondent plus à rien de ce «pi elles servaient à exprimer dans l’antiquité. Le sénateur- actuel , qu’on pourrait considérer comme substitué à l'ancien préteur, est un magistrat nommé à vie et choisi parmi les princes romains. Il réside au palais du Capitole et il est le chef de la municipalité, représentée par d’autres magistrats nommtis conservateurs, et que l'on peut comparer aux anciens édiles. Ceux-ci sont choisis dans un certain nombre de familles nobles et renouvelés en partie tous les six mois.

Dans l'article précédent nous avons réuni «pielques renseignements sur l’histoire de ce palais jusqu'à l'époque de Michel-Ange. Il m'en éleva que le soubassement et l’escalier monumental à double rampe qui conduit au premier étage. (Pour la làçade du palais voir les planches 35a et 354-) I«a fontaine en avant du perron fut établie par ordre de Sixte V. Dans la niche centrale est une statue en marbre blanc et à draperies de porphyre, trouvée à Cora, dans le Latium, et représentant Minerve; on la désigne vulgairement sous le nom de Rome triomphante. Michel-Ange projetait de mettre ici une statue

NOTICES HISTORIQUES

colossale de Jupiter, dont les proportions se fussent mieux harmonisées avec la masse des statues du Ml et du Tibre, placées à droite et à gauche. Celles-ci sont en marbre de Paros et ont été trouvées sur le Quirinal ; on les croit de l'époque des Antonins.

Une gravure exécutée à Rome en i55q, d’après un dessin de l’architecte français Dupeyrac, et par conséquent postérieure de quatre ans à la mort de Michel-Ange, nous a conservé le projet de façade du palais du Sénateur tel que Michel-Ange l’avait conçu. Sur ce dessin la vieille tour du Capitole existe encore, et il y a une loge couverte au-dessus du perron de la double rampe d’escalier. Cette loge n'a pas été construite. En avant du massif qui porte les deux rampes d’escalier s'étendent deux degrés, à la place où on a depuis établi les bassins d'une fontaine.

Le projet de Michel-Ange fut modifié par ses successeurs : Giacomo délia Porta, éleva tout le premier étage; le reste des constructions fut terminé par Girolamo Rainaldi. De 1848 à i85o, ce palais fut amplement restauré par l'arcliiteete Calderari, pour y établir les bureaux de la municipalité romaine. Une porte d’entrée, avec un escalier pour aller à ces bureaux, fut ouverte du côté de la roche Tarpéienne.

I^e grand escalier à deux rampes de la façade donne accès, au premier étage (voir le plan, planche 353), à un grand salon, dont la forme a été modifiée il y a quelques années par l’architecte Gimporesi. Il est orné des statues colossales de Paul III, de Grégoire XIII et du roi de Naples Charles d'Anjou, qui, au xme siècle, fut sénateur de Rome.

I.a tour carrée qui domine l’édifice fut élevée sur les dessins de Martino Longhi, sous le pontificat de Grégoire XIII. Du haut de cette tour on jouit du plus beau panorama sur la ville et sur la campagne de Rome.

ET CRITIQUES

Plan fin premier étage des palais du Capitole. Elévation géométnde du palais des C onservateurs (cl 'du musée du Capitole). Pue de la place, prise sous le /tortir/ue du /mlais des Conservateurs.

Im façade reproduite au haut de la planche est commune aux deux bâtiments qui forment en quelque sorte les ailes de la place du Capitole, c’est-à-ilire au {mlais du Musée et à celui des Conservateurs, qui lui fait face.

Ces deux édifices furent exécutés d’après les dessins de Michel-Ange. Nous avons cherché ci-dessus (page 732) à établir à quelle époque eut lieu leur construction respective. Après lui on indique, comme ayant dirigé les travaux, Pignole, qui lui survécut neuf ans et lui succéda comme architecte de Saint-Pierre ; mais il est douteux qu'il y ait pris une part un peu considérable. L'achèvement des bâtiments du Capitole et l’élévation de celui occupé par le musée sont dus à Giaeorno délia Porta. Ce n’est toutefois ni à Michel-Ange ni aux architectes que nous venons de nommer qu’il faut imputer le dessin incorrect et bizarre de la fenêtre du milieu de chacune des deux façades. Cette déplorable addition fut introduite après coup par un architecte nommé Giaeorno del Dura.

Considérées dans leur masse, ces façades sont assez satisfaisantes; l’entablement du grand ordre est d'un assez bon caractère. Mais les . colonnes ioniques des portiques du rez-de-chaussée ne sont pas d’une proportion heureuse, et elles paraissent comme écrasées par l’élévation démesurée du grand ordre de pilastres corinthiens adossés aux pieds-droits des portiques, qu’elles flanquent à droite et à gauche , sans y adhérer. L’ensemble de cette disposition a été considéré comme une nouveauté.

« C’est au petit ordre de colonnes ioniques du rez-de-chaussée, • dit M. Quatremèrc de Quiney, « que .Michel-Ange adapta l’ajuste-

NOTICES HISTORIQUES

ment, alors inusité, de ce chapiteau ionique (à volute rentrante) auquel on a donne son nom, parce qu’il en fut l’inventeur. Il est possible, en effet, qu'il n'ait point eu, en son temps, connaissance des exemples antiques de chapiteaux ioniques dont les volutes retournent en dehors. Du reste son chapiteau tient de l'ionique le plus généralement employé, en ce que ses faces sont dissemblables et que ses volutes pendantes et ovales se contournent avec grâce. Il en diffère par l'addition d'un astragale et d'un gorgerin, et par la ligne courbe que décrit des quatre côtés son tailloir. Selon VVinckelmann, c’est une erreur de croire que Michel- Ange ait innové en ce genre. Il est vrai que les plus anciens chapiteaux ioniques ont leurs volutes placées dans une ligne horizontale, mais quelquefois aussi elles sont retournées, comme au temple d'Ereehtée. à Athènes. » ( HUtuirc de la vie et des ouvrages de Michel-singe, page l5o.) Il a pu d'ailleurs, ce nous semble, empruntera plusieurs monuments de Rome, et entre autres aux chapiteaux ioniques des huit colonnes du temple dit de la Concorde, l'évidement suivant une ligne courlie du tailloir et la disposition rentrante des volutes angulaires; seulement au lieu de la répéter sur les quatre faces d'une manière identique, il a conservé sur deux des faces le coussinet ou balustre du chapiteau ionique primitif.

On sait qu’on a réuni, dans les cours, l’escalier et les salles du palais des Conservateurs, des statues et des fragments antiques précieux, au nombre desquels se trouve la célèbre Ix>uve antique, en bronze, allaitant Romulus et Rémus. L'énumération de ces objets curieux ne rentre pas dans le cadre de cet ouvrage. Nous rappellerons seulement encore que c’est dans des salles de ce palais que sont conservés les fragments de marbre contenant les célèbres fastes capitolins.

Outre une galerie de peintures ( pinatoteca ), un musée consacré par Pie VII à la gloire de l’Italie moderne contient les bustes et les portraits d'Italiens illustres. '

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Musée du Capitole.

Il a etc parlé ci-dessus de la construction de ce palais, disposé pour recevoir line magnifique collection d’objets d'art. La- musée du Capitole, commencé par Clément Xll, fut successivement enrichi par Benoît XIV, Clément XIII, Pie VI et Pie VII. En i838, sous le pontificat de Grégoire XVI, il fut de nouveau remis aux soins et à la garde du sénat romain.

Dans la cour est une statue colossale de l’Océan, trouvée près d’un forum, dit : de Mars, et à cause de cela nommée vulgairement Marforio. Le génie satirique des Romains en fit pendant un certain temps une sorte de compère et d'interlocuteur d'un uutre torse antique ayant aussi une célébrité populaire sous le nom de Pasquino.

Un nombre considérable d’inscriptions, de statues, de bustes, d’objets divers, sont disposésdans les diverses salles, dites : des Inscriptions, des Bronzes, des Empereurs, des Philosophes, du Faune, du Gladiateur mourant... Sur les murailles d’un escalier du Musée ont été fixés les fragments du plan de Rome antique, en marbre, découverts au Forum, dans le temple de Romulus et de Rémus, et dont nous avons déjà eu occasion de parler (voir Eglise SS. Cosmo et Damiano, page 5(î0). Ces fragments, au nombre de vingt-six, furent réunis par Paul III dans les jardins Farnèse; Benoît \ i \ les recueillit de nouveau et les fit placer sur les murs de l’escalier qui mène au Musée du Capitole.

C ne des édifices du Capitole, prise de la montée à la nu-lie Tarpéienne.

De ce point de vue le palais du Sénateur se présente sous un nou- x. •<■. vel aspect pittoresque, et, par le mouvement des lignes que lui communique la perspective, par le développement et les ressauts multi-

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pliés de l'escalier à double rampe et de la fontaine au-dessus desquels il s’élève, il prend une sorte de grandeur théâtrale qui en exagère un peu l’effet réel, tel qu’il apparaît dans la vue de face, reproduite dans la planche 35a.

De l'autre côté de la place du Capitole ou aperçoit en face, au haut d’un escalier qui mène à l’église d'Ara-Celi, une partie du portique de Vignole (représenté tome I*’r, planche 4), où la pureté du style est d'autant plus sensible, qu’elle fait eonstraste avec la manière heurtée et sans finesse de Michel-Ange.

la tour carrée, qui se profile sur le ciel entre le portique de Vignole et le palais du Sénateur, est la torrc de Conti, construite en 1207 par Innocent III, de la famille Conti. S'il faut en croire Nibbv et quelques antiquaires, elle s’élève sur les ruines du temple de la Terre, construit à la suite d'un tremblement de terre, vers l'an de Home 4go, et qui, plusieurs fois rebâti, avait acquis assez d'étendue pour que le sénat s’y réunit quelquefois. Dans des fouilles faites en i8»5 on y a trouvé, à afi pieds de profondeur, un beau pavé de marbre et des tronçons de colonnes en granit rouge. Du reste il y a des opinions différentes sur le lieu où était situé ce templum Tel luris. Niebuhr le place entre le temple de la Paix et l’église S. Pictro in f'incoli, et par conséquent bien à l’est de remplacement indiqué par la torre dd Conti. Des historiens plus récents de Rome établissent, en rapprochant des textes anciens, qu’il s'élevait dans le quartier des Carénés, au pied du mont Cœlins.

Tant de révolutions ont bouleversé le sol de la Rome antique, que les hommes ont depuis des siècles perdu la mémoire des temples et des palais détruits, et dont les débris sans nom sont, depuis des siècles aussi , profondément ensevelis sous les cendres de la cité. Mais quelques rares monuments encore en partie debout, quelques fragments mutilés, épargnés par le temps, suffisent à renouer à travers les âges les traditions de l'histoire et de l’art.

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Parvenu rii ternie de nos pérégrinations à Irai ers les édifices de la Rome moderne, arrêtons-nous un instant ici pour contempler la ville éternelle, dans so.n ensemble, du liant delà tour du ('.apitoie, qui en offre une si belle vue. De ee point rentrai, à mesure que ses monuments semblent surgir sous le regard, les souvenirs de son passé glorieux s'éveillent et se pressent dans la pensée. Chaque relief du sol raconte une période historique. Ici, sur le mont Capitolin, on touche aux origines île la cité, à l'asile ouvert par Romulus, à la citadelle assiégée par nos ancêtres les Gaulois, à la roche Tarpéienne, à la prison Mamertine, au fameux temple de Jupiter, cette basilique païenne du monde romain. Au pied du Capitole s'étend le Forum, ce théâtre des luttes tribuniticnnrs de la république. Dans une autre direction, voici la rotonde du Panthéon d’Agrippa, encore debout depuis Auguste, mais vide, depuis plus de mille ans, des images de tous ces dieux qu'il devait régnir. Puis, au delà de ce Forum que notre regard dominait tout à l'heure, au milieu d'un emplacement désert, se dressent les ruines gigantesques du Colisée de Vespasien-, que les martyrs du christianisme arrosèrent de leur sang. Dans le voisinage du colossal amphithéâtre ou distingue l’arc de Constantin, expression dernière et déjà barbare de l’art antique dégénéré et mourant, bien qu’à peine un peu [dus de deux siècles séparent cette construction de la précédente; mais à côté de cette décadence et dans ee court intervalle de temps, le monde a vu s'accomplir une grande révolution : la religion du Christ, naguère persécutée, s'est assise sur le trône de Byzance avec Constantin.

C’était à Rome cependant que le christianisme devait fixer le siège de sa domination triomphante. Si nous dirigeons encore une fois nos regards vers un point opposé, nous verrons au loin, à l'écart sur l’autre rive du Tibre, par delà toute la ville antique et moderne, Saint-Pierre et le Vatican, le premier des temples de la chrétienté et le palais où siège le premier de ses évêques.

Ce palais a reçu en outre une destination, qui, à un autre îitre, en

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NOTICES HISTORIQUES

Tait une des merveilles du monde : il contient un immense et splendide musée, oii ont été recueillis les plus précieux trésors de l'art antique; richesse intarissable qui semble défier les études de la plus longue vie. Et ce n'est pas une des moindres singularités de la métropole chrétienne, de présenter dans la demeure même des papes, cette sorte de temple païen, où, parmi tout un peuple de statues, celles des dieux détrônés, échappées aux ravages des temps et des hommes, reçoivent encore les adorations des mortels; non plus, à la vérité comme images religieuses et vénérées, mais comme expressions sublimes du sentiment esthétique le plus idéal de la forme.

Ici se termine cette longue publication destinée à décrire Rome sous un des aspects qui lui assignent encore , après tant d’autres gloires, une prééminence particulière, sous celui du brillant développement de son architecture depuis l'époque de la Renaissance.

Qu'il soit un instant permis à l'artiste qui a consacré sa vie entière à cette étude, et qui, à travers tous les grands et mélancoliques sou- • veuirs de cette ville, si souvent parcourue, retrouve aussi les traces de son passé, d’évoquer ici ses souvenirs personnels!

Il y a bientôt trente-cinq ans , j’entrais pour la première fois dans cette admirable ville , qui devait me captiver si puissamment. Avec l’ardeur confiante de la jeunesse j’entrepris une tâche dont je ne mesurais pas alors toute l'étendue. Mes jours se sont écoulés dans ce labeur ; et pendant que je me livrais à cette étude, à laquelle j’ai dû de si douces jouissances intellectuelles, mes cheveux ont blanchi, et je touche à la vieillesse quand j'arrive au terme de mon ouvrage.

Ce n'est pas sans émotion que l'on se sépare, après une si longue accoutumance, d’un travail qui a été la préoccupation assidue de

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toute uue vie. Cependant Rome , qui est une mine inépuisable , m’offrait encore, pour le point de vue particulier de mes études, un magnifique sujet tjans la basilique de Saint-Pierre et le palais nu Vatican. La tâche était grande; mais le temps n'avait pas amorti mon ardeur. Ileureuv de reprendre mon ancienne rhaine, je commençai, il y a quelques années, ce nouveau travail, destiné à former une partie distincte et séparée de mon recueil des fùlijucs ilr Home ttnxlernc, et qui pourra également y être réunie et -en être le complément. Les dessins sont très-avancés et plusieurs planches sont déjà gravées. Libre désormais des soins que réclamait l’outrage que je termine aujourd'hui, j’espère pouvoir mener rapidement à terme cette dernière publication; je suis à un âge d'ailleurs qui m’impose l’obligation de me hâter.

.Vote üe l'êditeer. — La inoii a malheureusement surpris M. l.< tarouillv au milieu de son travail sur Saint-Pierre et le Vatican.

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