‹ Edmond de Nevers, le penseur et l'artiste [microforme]Chapitre 1 sur 9 · LE TRÈS HONORABLE ARAM J. POTHIER · texte numérisé non relu

LE TRÈS HONORABLE ARAM J. POTHIER

Gouverneur de l'Etat du Rhode Island

Excellence,

Non,—je n'oublierai jamais ce soir de septembre, où, sans vous connaître encore personnellement, sans vous avoir même jamais vu, je me présentais chez vous pour vous demander une faveur. Quelle audace de ma part, quelie téinérité! A la réflexion, je m'étonne d'avoir pu tant oser.

Il est vrai que ma démarche avait des excuses, —et de très bonnes. Je voulais donner, à Woonsocket, une conférence sur un de nos plus grands écrivains. Or, n'était-il pas tout raturel que je songeasse À mettre cette ‘‘lecture,’’ à base de sentiment patriotique, sous votre haut patronage ?—Que votre humilité ne s'effraie pas de ce que je vais dire! D'ailleurs, l'humilité n’a jamais consisté À ignorer ce dont on est capable, à méconnaître ce que l’on peut valoir.—De tous nos compatriotes des Etats-Unis, vous êtes certainement celui qui nous a toujours fait le plus d'honneur. Votre distinction est telle qu'elle vous a même fait paraître supérieur aux charges, pourtant si éminentes, que vousavez occupées. Les dignités, civiques et politiques, qui vous ont été conférées, empruntaient un lustre nouveau à votre prestige et à votre réputation si intacte. Et le suprême honneur que vous venez de recevoir, par votre élévation à la première Magistrature du Rhode Island, est simplement en harmonie avec vos mérites.

Votre mentalité, tout en s’adaptant, le plus heureusement du monde, aux formes complexes de vie que présente le milieu américain, est toujours restée essentiellement canadienne-française. Et

c'est À bon droit que nous vou

plus ‘représentatif de notre race,dans cette Nouvelle-Angleterre, où des destinées, très grandes pour elle, s'élaborent mystérieuse. ment. L'on peut donc s'expliquer que, me proposant d'aller faire une conférence, sur un sujet nous touchant tous de très près, dans la charmante ville dont vous êtes l'âme, j'aie eu immédic'ement l'idée de vous la voir présider, Votre distinction, vos états de service, étaient ma première excuse, J'en avais une autre, non moins valable, quoique d'ordre plus intime. Vous aviez personnellement connu cet Edmond de Nevers, -qui allait faire l'objet de mon étude: —vous ax iez toujours compris et apprécié son talent, resté si romantique, même dans un genre de travaux, apparemment incompatibles avec les dons d'imagination et le sens littéraire, Quand d'autres affectaient de l'ignorer, le critiquaient de haut, vous lui restiez fidèle, vous deviniez la portée lointaiue de son œuvre, vous aviez l'intuition de son mérite, de tout ce qu'elle contenait de vues suggestives, d'aperçus féconds, d'échappées sur notre avenir. Eh! bien, tout cela, Excellence,

votre amitié pour de Nevers, votre compréhension de son talent,

-ne vous désisnait-il pas pour patronner la ‘première lecture "’ À laquelle ses ouvrages eussent encore donné lieu?

On le voit, j'étais suffisamment autorisé, par toutes ces raisons,

iler vous ÿ'inviter. Et ma témérité reposait sur des motifs ass, sérieux pour me la faire pardonner.

— Comment dirais-je la bonté avec laquelle vous m'avez accueilli ? l'empressement que vous avez mis À accepter ma requête ?—Ce sont là de ces souvenirs que l'on garde en sou cœur, jalousement, et dont on ose À peine parler, taut on craint d'en profaner la fraîcheur. —Je voulais rester chez vous un quart d'heure seulement, pour ne pas trop prendre de vos heures précieuses: ét vous m'avez gardé tout un soir, —à me charmer par votre conversation élevée, la délicatesse de vos procédés. Comme j

trouvé infiniment hospitalière votre demeure, dont je franchissais le seuil pour la première fois, et dont l'atmosphère a quelque chose qui vous retient et vous captive !

—Au jour et à l’üeure fixés pour la conférence, vous étiez là, comme vous aviez promis. Et pourtant, la campagne politique, qui devait se terminer par un triomphesi éclatant pour vous, et pour nous aussi, battait son plein. Vous étiez en pleine ferveur d'élection. Votre candidature, —candidature vraiment “historique, ''—au poste de Gouverneur de l'Etat du Rhode Island, vous donnait mille soucis, vous appelait partout. Vous ne vous apparteniez plus, pour ainsi dire. La veille mêine, Monseigneur l'Evêque de Providence

regardons comme l'exemplaire le

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