PREMIÈRE PARTIE
GAVESTON ET LES BARONS Une rue à Londres.
{Entre GAVESTON lisant une lettre ) GAVESTON. - « Mon père est décédé. Viens, Gaveston, partager le trône avec ton meilleur ami. »
Ah mots qui m'enivrent de délices ! Quelle plus grande félicité pour Gaveston que de vivre le favori d'un roi ! Doux prince, jaccours.Ces lignes, ces lignes de ta main, ces lignes amoureuses m'auraient déterminé à nager depuis la France jusqu'à cette grève, et comme Léandre, haletant sur la plage à
(0 Respectant autant que possible l'original, nous n'avons divisé la pièce ni en actes
eue nn ";.?"' r* '' "°"' ' '"^"^'^ '^"'""'^ P'""'^"^^'^ ''^'^' P^'"^!" ^««<^^ tranchées que nous mftu Ions : Gaveston et les Barons, La Guerre civile et Le Martyre d'Edouard.
révérendll'v"^ ? n"'"^"' "''"^^ ^^' '' '"°''- ''""^ ^'^n^eignons celui-ci d'après le révérend Alexandre Dyce, annotateur des œuvres de Marlowe. G. E.
l'approchede son amante, à mon arrivée radieuse tu m'eus pressé dans tes bras.
A mes yeux exilés la vue de Londres est comme l'Elysée pour une ombre nouvelle venue. Non point que j'aime cette ville ou ses habitants, mais parce qu'elle abrite celui qui m'est si cher, — le roi ! Que m'importe la haine de l'univers entier pourvu que je puisse reposer sur son cœur! Pourquoi les peuples arctiques s'inquiéteraient-ils de la lueur des étoiles, eux que réjouit jour et nuit l'éclat du soleil? Assez de plates courbettes devant les pairs arrogants ! Je ne fléchirai plus le genou que pour le roi ! Et foin de la multitude, ce monceau de cendres oij couvent quelques rares étincelles ! Rechercher la popularité? Autant retenir le souffle qui s'évanouit dans l'espace, à peine a-t-il frôlé ma lèvre?
[Entrent trois PAUVRES.)
Mais holà! Qui sont ces gens?
Les Pauvres. — De ceux qui désireraient servir Votre Excellence...
Gaveston. — Dis-moi tes talents?
Premier Pauvre. — Je sais monter à cheval.
Gaveston. — Mais je n'ai pas de cheval. — Et toi?
Deuxième Pauvre. — Un voyageur.
Gaveston. — Voyons. Tu me conviendrais bien en qualité de parasite. Tu me conterais ton odyssée durant le dîner. Et tes propos me feraient supporter ta personne. A un autre?
Troisième Pauvre. — Moi je suis un soldat qui fit la guerre en Ecosse.
GaveSTON. — Les hôpitaux ont été fondés pour ceux de ton espèce. La guerre n'est pas mon fait. Aussi fais-moi le plaisir de passer ton chemin.
Troisième Pauvre. — Adieu, et puisses-tu périr de la main d'un soldat, toi qui ne leur réserves que l'hôpital pour récompense!
Gaveston. — Lanlaire! Cette imprécation me touche autant que si une oie s'avisait de contrefaire le porc-épic et hérissait son plumage en se flattant de m'en percer la poitrine. Toutefois, il n'en coûte point de parler honnêtement au prochain; flattons ceux-ci afin qu'ils vivent d'espoir... — Vous saurez que je débarque à peine de France. Aussi n'ai-je pas encore salué mon seigneur, le roi. Si je prospère, je vous régalerai tous.
Tous. — Nous remercions Votre Seigneurie.
Gaveston. — Mais une affaire me réclame. Laissez-moi.
Tous. — Nous vous attendrons aux environs de la cour.
Gaveston. — A votre aise.
{Exeuntles PAUVRES.)
Ceux-là ne sont pas à ma convenance. Il me faut des poètes voluptueux, de beaux esprits, des musiciens, qui n'auront qu'à pincer une certaine fibre pour soumettre le roi à toutes mes fantaisies, La musique et la poésie font ses délices. Aussi le soir je lui offrirai des masques à l'italienne, de tendres
discours, des comédies, de vivants tableaux. Et le jour, lorsqu'il se perdra dans ses jardins, mes pages déguisés en nymphes et en sylphides viendront le lutiner, et mes hommes métamorphosés en satyres paissant le gazon des pelouses, accorderont leurs pieds fourchus en une ronde antique. D'aventure un aimable enfant, sous les traits de Diane, dorant l'onde furtive aux reflets de sa blonde chevelure ; les bras nus adornés de bracelets de perles, des branches d'olivier à la main, exposera aux larmes discrètes d'une fontaine ses formes dont nul mortel n'est admis à se délecter les yeux ; tandis que non loin de là un autre éphèbe figurant Actéon, épiant la baigneuse à travers le feuillage, sera transformé en cerf par la déesse irritée et, livré à une meute de chiens dévorants, agonira lentement sous leurs morsures. Tels sont les délassements favoris de Sa Majesté. — Mais voici que mon seigneur et mon roi, accompagné des nobles, sort de la séance du Parlement. Je me tiendrai à l'écart. (// se retire.)
{Entrent le Roi EDOUARD, KENT, LANCASTRE, MorTIMER
l'aîné, MORTIMER, le jeune, Warwick, Pembroke et leurs