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MOTIFS D UNE EXPOSITION PARTICULIÈRE

Depuis 1861, M. Manet expose ou tente d’exposer.

Cette année, il s’est décidé à montrer directement au public l’ensemble de ses travaux.

A ses débuts au Salon, M. Manet obtenait une mention. Mais ensuite il s’est vu trop souvent écarté par le jury pour ne pas penser que si les tentatives d’art sont un combat, au moins faut-il lutter à armes égales, c’est-à-dire pouvoir montrer aussi ce qu’on a fait.

Sans cela, le peintre serait trop facilement enfermé dans un cercle dont on ne sort plus. On le forcerait à empiler ses toiles ou à les rouler dans un grenier.

L'admission, l’encouragement, les récompenses officielles sont en effet, dit-on, un brevet de talent aux yeux d’une partie du public prévenue dès lors pour ou contre les œuvres reçues ou refusées. Mais, d’un autre côté, on affirme au peintre que c’est l’impression spontanée de ce même public qui motive le peu d’accueil que font les divers jurys à ses toiles.

Dans cette situation, on a conseillé à l’artiste d'attendre.

Attendre quoi ? Qu’il n’y ait plus de jury ?

Il a mieux aimé trancher la question avec le public.

L’artiste ne dit pas aujourd’hui : Venez voir des œuvres sans défauts, mais : Venez voir des œuvres sincères.

C'est l'effet de la sincérité de donner aux œuvres un caractère qui les fait ressembler à une protestation, alors que le peintre n’a songé qu'à rendre son impression.

M. Manet n'a jamais voulu protester. C'est contre lui, qui ne s’y attendait pas, qu'on a protesté au contraire, parce qu'il y a un enseignement traditionnel de formes, de moyens, d'aspects de peinture, et que ceux qui ont été élevés dans de tels principes n'en admettent plus d'autres. Ils y puisent une naïve intolérance. En dehors de leurs formules rien ne peut valoir, et ils se font non seulement critiques, mais adversaires et adversaires actifs.

Montrer est la question vitale, le sine quci non pour l'artiste, car il arrive après quelques contemplations qu'on se familiarise avec ce qui surprenait et, si l'on veut, choquait. Peu à peu on le comprend et on l’admet.

Le temps lui-même agit sur les tableaux avec un insensible polissoir et en fond les rudesses primitives.

Montrer, c'est trouver des amis et des alliés pour la lutte.

M. Manet a toujours reconnu le talent là où il se trouve et n’a prétendu ni renverser une ancienne peinture ni en créer une nouvelle. Il a cherché simplement à être lui-même et non un autre.

D ailleurs, M. Manet a rencontré d importantes

sympathies et il a pu s’apercevoir combien les jugements des hommes d’un vrai talent lui deviennent de jour en jour plus favorables.

Il ne s’agit donc plus, pour le peintre, que de se concilier ce public dont on lui a fait un soidisant ennemi.

Mai 1867.

Les œuvres exposées étaient :

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