CONCLUSION
L'ouvrage de R. se compose, ain . je l’ai dit, de deux volumes de 400 pages chacun. C’est long! L'écrivain se répète et s’attarde souvent à des considérations éloignées du sujet. Il a le défaut de n’indiquer qu'imparfaitement, même quand il indique, les sources où il a puisé. La matière est parfois mêlée et les opinions sur quelques points bien surannées. Il y aurait à chicaner sur les principes concernant le progrès et la liberté. Voilà des réserves et quelques autres peut-être encore que l’on pourrait faire. Mais quels que soient les reproches qu'on puisse adresser à l’auteur, son ouvrage possède d’éminentes qualités de fonds. R. n’est ni unimitateur ni un simple collectionneur de faits ou d’anecdotes. C’est un chercheur patient, un analyste pénétrant et de la plus délicate
+ probité. Il pense par lui-mêmc, c’est pourquoi il a écrit un
livre original et qui restera. C’est un grand mérite d’avoir pu ajouter ainsi qu'il l’a fait à Rameau et à Casgrain. En somme, son ouvrage constitue un réquisitoire formidable et, à travers les nombreuses critiques dont il a été l’objet, il n’y a eu qu’une voix pour en reconnaître la supériorité. Dès 1894, l’auteur était créé docteur ès-lettres de l’Université Laval et membre de la Société Royale du Canada. Il est peu de journaux anglais, pa::ni ceux qui comptent, qui n’aient su gré à l’auteur de sen impartialité. Sa manière a plu à de nobles esprits, indignés de la fraude criminelle qui avait jusque là égaré l'opinion. Quant aux Acadiens, l’on se figure aisément l'accueil que cet ouvrage devait recevoir chez eux. ‘“ Ah ! Monsieur,” nous disait, il y a deux ans, un publiciste acadien, M. Landry, du journal L’Evangeline de Moncton, “ l'ouvrage de Richard est notre résurrection !”” De fait, jusqu’à 1894, l’on avait bien écrit en français et même en anglais sur les malheurs des Acadiens, mais il restait de nouvelles lumières à apporter sur le grand drame de la disper-
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sion. Richard a descendu les derniers masques et cloué pour jamais les sinistres acteurs au pilori de l’histoire.
Vivement impressionné par la lecture du livre, je me suis demandé parfois s’il n'était pas dangereux de parcourir ces pages où la race au milieu de laquelle nous sommes appelés à vivre apparait sous un jour aussi défavorable, Mais l’histoire comme la justice n'a-t-elle pas des droits imprescriptibles ? Tout en couvrant du manteau de l'oubli des haines fruit de temps malheureux qui ne sont plus et que ceux de demain finiront peut-être par guérir, nous ne devons pas laisser de lire notre histoire. Nous devons lire l’histoire de notre pays afin d'y retremper notre patriotisme, notre courage et nos espérances. Vous devons la lire afin d'apprendre à aimer de plus en plus nos ancêtres et cette France, notre mère, après tout si glorieuse et si grande, la patrie de Jeanne d’Arc d’où nous sommes sortis. Nous devons enfin la lire pour apprendre à révérer les desseins d’en haut et nous instruire.
A travers cette revendication si forte du droit contre la persécution et l’outrage par un descendant même du peuple martyr, il semble qu’il passe comme un souffle de cette parole du psaume : “ Les fils des opprimés seront comme des flèches lancées par une main puissante.”
J.-E. Prince.
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