‹ Education et instruction (volume 4)Chapitre 68 sur 87 · Décret du 'IH juillet 1882, art · texte numérisé non relu

Décret du 'IH juillet 1882, art

5. « Aujourd'hui le baccalauréat de l'enseignement spécial n'est accepté par aucune administration. Dans les contributions indirectes, par exemjile, on recevra un candidat qui apportera un cerlilicat constatant qu'il a fait ses éludes jusqu'en troisième avec plus de faveur qu'un bachelier de l'enseignement spécial. » (Enquête, lycée d'.\lbl, p. 872.)

•4. « Malgré les plus grands efforts, les lycées de Paris et ((uelques rares lycées de province sont à jteine arrivés à constituer la cinquième année de l'enseignement spécial. La multiplicité et la difficulté des épreuves du baccalauréat de l'enseignement spécial, jointes à l'absence de sanction, en détournent les candidats. Les élèves qui se destinent aux carrières scientili(juos abamlonncnt, comme par le jiassé, l'enseignement spécial au bout de la troisième ou de la quatrième année pour les classes de maihématiques de l'enseignement classique. » {Enquête, lycée Janson de Sailly, rapport jirésenlé par M.M. lirettling, censeur des études, et Fourlcau, professeur de physique, p. CSU.)

ENSEIGNEMENT SUI'KniEUR. 221

contro plus do bon vouloir, à en juger par l'onquête. Dans un grand nombre d'assemblées — facullés, lycées ou collèges — il a obtenu les honneurs dune discussion sérieuse, passionnée même parfois, à son profit*. Il est. somble-t-il, peu d'esprits qui lui restent décidément hostiles- ; la plupart reconnaissent qu'il a, qu'il doit avoir >a place''. Un demande en sa faveur des élablissomenls ilislincts^; on sollicite des privilèges bien déterminés pour les diplômes auxquels il aboutit ; on compte sur l'opinion pour les réclamer, et sur les pouvoirs publics pour les accorder^. Des juges en mesure de suivre le mouvement des esprits n'hésitent même pas à proposer de fondre le baccalauréat es sciences avec

1. Enquête, facullé dos sciences de Dijon, p. 208; — de médecine et de pharmacie de Lille, p. 276; — de droit de Paris, p. 587 et GOt; — des sciences de Rennes, p. 81S; — des sciences de Toulouse, p. 863, 866. — Lycée d'Avignon, p. i" ; — Caen, p. U5 ; — le Havre, p. 153; — Chaiiiiiont, p. 220 ; — Lyon, p. i26 ; — Janson de Sailly, p. G81 et 6Si; — Orléans, p. 757; — Reims, p. 7ii; — Pontivy, 837. = Collège de Nice, p. 29; — Grasse, p. 54; — Ajaccio, p. 35; — Tulle, p. 199; — Casse), p. 311 ; — Sainl-Amand, p. 551 ; — Gap, p. 378 ; — Chalon-sur-Saône, p. 4-25; — Celto. p. 309 ; — Perpignan, p. 310, 511 ; — Nogent-lf-P.otrou, p 570, 5H ; — Meauv, p. 776; etc. = Recteur de Besançon, p. 70 ; — Grenoble, p. 588; — Poitiers, p. 813.

2. Enquête, faculté de droit de Paris, p. GOi. = Collège d'Avignon, p. 17. = Recteur de Poitiers, p. 815.

3. Enquête, faculté des sciences de Dijon, p. 208 ; — de médecine et de .iharmaciftd^ Lille, p. 276; — de Rennes, p. 818, etc.

- l. fn<7M(?/<?, collège de Cassel, p. 311.

. 0. « La nécessitO-se fera bientôt sentir de donner plus d'iuiportance au baccalauréat de l'enseignement spécial et de le regarder comme suflisanl pour les places où il n'est besoin ni de grec ni de latin. On peut •ijouter que toute tentative pour diminuer l'imporlance de l'épreuve classique actuelle est un pas fait vers l'accroisscnienl de l'enseignement spécial. Il y a donc lieu, ce semble, de donner satisfaction à un double besoin : laisser la situation s'établir et apporter à un baccalauréat classique plus riche, où le grec aurait une place plus large, les meilleurs éléments du pays (c'est par là que seraient sauvegardes les intérêts des classes supérieures) ; d'autre pari, abaisser devant l'esprit industriel la barrière actuelle nuisible à un autre ordre d'intérêts, non moins pressants, quoique d'une nature moms relevée.» ilCnqucte, lacullé des lettres de Caen, p. 157.) — « Il faut de toute nécessité accorder de sérieuses garanties aux examens de l'enseignement spéc.al. Sans doute il n'y a pas lieu de dema ider pour les dcu.x enseignements des privilèges

222 ENSEIGNEMENT SUPÉIIIEUR.

le baccalniirônt spécial'. L'intention manifeste est de laisser se faire, de seconder même une sélection qui permette à la jeunesse de suivre ses penchants raisonnes

identiques; sans quoi, aboutissunl an niinie point, ils n'unt pins qu'à se confondre. Mais on peut demander, pour le diplôme d'oludes de 5' annOe, l'admission au volontariat; [lour le baccalauréat de ô" année, l'admission à Saint-Cyr, à l'École l'olylcehnique, à l'administration des Finances, aux Postes, etc. (Enquête, collèse de Remiremont, p. 5t>lJ — Ci. lycée de Caen, p. Mo ; — de Reims, p. 741. = Collcfie de Gap, p. 578 ; — Perpignan, p. 510 ; — Meaux, p. 7"t>, etc. = An lycée de Saint-Quentin, p. 2V.1, on irait jusqu'à l'égalité absolue des droits : le baccalauréat de l'enseifrnement spécial conférerait pour les écoles, excepté pour l'Kcole Normale Supérieure, les nièines droits que le baccalauréat de l'enseifinement classique. Cette proposition n'a été adoptée qu'à 2 voix de inaj()nté. Toutefois l'assemi)Ice a demandé à l'unanimité qu'il y ait un baccalauréat assurant des droits sérieux aux élèves de renseignement spécial. — Voir sur les avantages attribués aujourd'hui au bacca lauréat de l'enseignement spécial, tome 11, i Enseignement secondaire tpécial .

\. « Chacun sait ce qu'il faut penser de la médiocrité, pour ne pas dire de l'insuffisance absolue, des connaissances en latin (je ne paile p3> du grec), en histoire, en français même, de la plupart des aspirants au baccalauréat es sciences. Il n'est pas douteux que le savoir littéraire d'un bachelier spécial, pour être limité à la littérature française, est bien |)référable à ce mensonge d'érudition latine qui se dissinmle mal, au baccalauréat ôs sciences, sous les ambitieuses épreuves de la version latine et de l'explication desauteurs latins. Je conclus en demandant résolument que le baccalauréat spécial prenne la place du baccalauréat es sciences, qu'il lui emprunte son programme et même son nom ou un nom voisin, celui de baccalauréat es sciences appliquées, jiar exemple. » {Enquête, lecteur de Douai, p. 545. — Cf. p. 547.) — « La faculté des sciences ne verrait aucun inconvénient à su|iprimer le latin et les questions de philosojiliie dans le programme du baccalauréat es sciences; ce qui permettrait d'idenlilier celte épreuve a\ec le baccalauréat es arts ctd'cvitei' ainsi une multiplicité d'examens et de programmes destinés à faire la preuve des études d'enseignement secondaire. » [Enquête, faculté des sciences de Poitiers, p. 785.) — « Quant au baccalauréat es sciences et au baccalauréat de l'enseignement spécial, la Commission estime que ce dernier «•oiiféro de tiop médiocres avantages et donne trop peu de droits ix ceux qui l'ont obtenu, et que, d autre part, la connaissance du françai.-ou bien d'une langue vivante est au moins aussi utile que la connaissance du latin à des jeunes gens qui se destinent à la carrière militaire, à l'industrie ou au commerce. Aussi jngc-t-elle que ces deux examens devraient être réduits à un seul, et que la version latine, dans ce cas, serait avantageusement remplacée par une composition IVançaise ou une composition de langues vivantes, au gré des candidats. » [Enquête, lycée de Nancy, p 420.) — Cf. lycée de l'ontivy (opinion de la Commission», p. 851; — AIbi, p. 872. = Collège d'Ajaccio, p. 5j ; — de Meluii, p. 7Cj.

i.i: DArr.Ai,\im:.\T. 2.7.

c[ logilimes dons les voies ouvlmIi's par les besoins tl'un monde transformé'.

Cnjicliision. — Et quel bénéfice pourrait-il y avoir, en eiïet, pour le pays, à conserver sur les bancs de l'enseignement gréco-laliu des jeunes gens qui pourl'aient fort utilement, pour eux et pour les autres, porter ailleurs l'effort d'une application éclaii'ée*. En sauvant cette catégorie d'élèves qui végètent, et en les rendant à leur activité naturelle, ce sont les études <lassi(iues que du même coup on peut espérer de relever. Elles ne perdront rien à se séparer de ceux qui ne leur appartieiment point; elles peuvent tout gagner à s'assurer plus fortement ceux qui veulent leur rester lidèles^. Allégé du poids qui l'écrase, le ressort des bonnes études se redressera; le baccalauréat, puisqu'il on est le signe reconnu et, quant à présont du moins,

1. € Ne vaul-il pas mieux comprendre que, dans noire société prolondénienl modlliée, renouvelée, des besoins impérieux et les luttes de la vie active nstreignent singulièrement la place de ces études désintéressées auxquelles on se livrait auv siècles passés? (Enquête, l'ecteur de lnjun, p. 2Ô0.;

2. « L'abaissement des éludes littéraires et par suite celui dt; la culture générale qu'elles donnent à l'esprit sont des faits trop certains, qui vont déjà s'aggravant cbaque jour avec le système actuel. Il est incontestable, d'autre part, que les besoins de l'époque rendent clia<]ue jour plii> nécessaire l'extension des études positives et pratiques. Si l'on ne veut pas, en conséquence, que les éludes littéraires meurent avant peu de consomption, il faut trancher dans le vif et en faire résolument l'apanage d'une petite élite. » (Enquête, faculté des lettres de Douai, p. ÏS.j.t

5. « La variété des aptitudes a pour conséquence la variété des programmes, dit M. Paul Laffite ; s'il est déplorable qu'un enCanl soit condamné, au nom de l'égalité, à dix ans d'études pour lesquelles il n'a aucun goût, il serait aussi déplorable que celui qui peut tirer profit de ces études en lût pri%é. Le paradoxe est le même de vouloir supprimer l'enseignement classique et d'en vouloir faire la règle commune.... Ne disons plus : « Faut-il que la jeunesse tout « entière apprenne le latin? » Mais; « Faut-il enseigner le latin à uni- « partie de la jeunesse ?• La réponse n'est pas douteuse, si l'on admet qu'un grand peuple a besoin de lettrés, d'historiens, d'érudits, de légistes, tout comme il a besoin de savants, d'agriculteurs, de commerçants, de manuracluriers. » [Le paraduic de l'éjnliU', i'rjalilr dans l'enseifjucment.)

difficile à changer, se relèvera ; renseignement libre, qu'il n'est possible de régler que par l'exemple, sera entraîné dans le mouvement commun. Sans doute on modifie les institutions dont on améliore les formes; mais on ne peut espérer de les rajeunir qu'en y infusant un sang nouveau. Développer l'enseignement spécial en étendant, dans la mesure qu'il comporte, à ceux qui le suivent, les avantages sociaux qu'ils ont le droit de partager, et, par une bonne constitution des examens de passage, affranchir l'enseignement classique de tous ceux qui lui nuisent sans profit pour eux-mêmes, telle est peut-être aujourd'iiui, en attendant mieux, la solution la plus praticable de la question du baccalauréat.

EXTRAIT DES PROCÈS-VERPAUX DES DÉLIDÉfiATIO.NS DU CONSJ-IL ACADÉJIIQL'E. — AGRANDISSEMENT DE LA FACULTÉ DE MÉDECINE.

(Voir page 8.)

Séance du 29 octobre 1851.

M. Lemaire, qui a été chargé, dans la dernière séance, de l'examen d'une réclamation d'honoraires formée par M. de Gisors, arcliitecte de l'École de Médecine, fait son rapport en ces termes :

Avant d'examiner les pièces que vous m'avez remises pour vous faire un rapport sur la réclamation de M. de Gisors, architecte de l'Kcole de Médecine, j'ai dû e prier de me donner une connaissance authentique de ses travaux, de ses dépenses, et des ordres en vertu desquels il a opéré.

M. de Gisors s'est rendu près de moi; et, dans une conférence assez longue, i'ai acquis la preuve certaine des faits suivants :

1° Le 24 juin 1829, en verlu des instructions émanées du Conseil académique et transmises à M. Landré Beauvais, alors doyen de la Faculté de Médecine, M. de Gisors s'est livré à la rédaction des projets définitifs et des devis estimatifs de tous les travaux à exécuter pour la construction nouvelle de divers hâtiments destinés à l'École de Médecine et à l'hospice clinique qui en dépend.

2" Le 9 août suivant, cette rédaction était achevée et remise par lui à M. Landré Beauvais; elle se compose de huit dessins

LN3. SIP. 1j

226 ENSEIGNEMEINT SUPKitlEUR.

et de deux devis estimatifs très détaillés. Le premier devis comprend les travaux nécessaires pour construire deux ailes de bàliment à droite e( à gauche de la l'ontaiue actuelle, sur la place de l'École-de-Médeciue, et pour agrandir et restaurer l'hospice actuel; le montant de cette déj)ense est estimé à •i90 000 francs. Il s'agit dans le second devis d'établir des salles de dissection et un musée d'anatomie dans l'ancien bâtiment des Cordeliers ; d'élever un nun- de clôture et de soutènement sur la rue Racine projetée et arrêtée par ordonnance royale de 1821, et enfin de construire un pavillon d'entrée aux salles de dissection et au jardin botanique. L'estimation de cette dépense monte à '2i0 000 francs. Le total de ces deux estimations est donc de 710 OÛO francs.

5° M. de Gisors a remis également un état qui renferme l'évaluation et les superficies de terrains appartenant à l'École de Médecine qui pourraient être vendus à son profit, soit pour former la rue projetée, soit pour construire des maisons particulières ; il a joint également à ce travail l'évaluation des autres terrains occupés en IbSl par le collège Saint-Louis.

Par une décision que vous avez prise le 15 août 1829, vous avez nommé une commission pour examiner ces projets; elle était composée de MM. Lebeau, président, Breton, Cahier, ïhenard, Lemaire et Landré Deauvais, chez lequel, comme doyen de la Facidté de Médecine, plusieurs conférences ont eu lieu. Un membre du Conseil des bàlimenfs civils, M. Rohault, inspecteur général, fut appelé pour donner son avis sous le rapport de l'art; le résultat de ces conférences et l'avis de l'inspecteur général furent favorables à M. de Gisors.

Mais comme il paraît probable aujourd'hui que l'exécution de ces projets est ajournée pour longtemps, M. de Gisors réclame les honoraires qui lui sont dus pour la rédaction de ses travaux; il les évalue à la somme de 11 855 francs, y compris ses déboursés : il établit son calcul sur la jurisprudence du conseil des bâtiments civils près le Ministre des Travaux publics, qui alloue aux architectes 1 | pour 100 du montant de leur (h^vis. Or ces devis s'élèvent, comme je l'ai dit plus haut, à 710 000 francs; donc l'évaluation est juste, car 1 I pour 100 do 710 000 francs produit 11 855 francs.

Le doyen actuel de la Faculté de Médecine, noire liono-

rable collègue M. Orfila, vous a coniiminiqiié son avis dans sa lettre du i"' septembre dernier : il a conclu, après un mûr examen des pièces, que la réclamation de M. de Gisors méritait d'être accueillie avec intérêt par l'autorité supérieure. Toutefois, considérant la ditTiculté des circonstances, il vous propose d'accorder un acompte de cinq mille francs, savoir '289t! fr. 20, pour les déboursés dont les dépenses sont cijointes, et le surplus pour rindeniiiiser, quant à présent, des travaux auxquels il s'est livré pour la conception et rédaction de ses projets.

J'adopte cette conclusion, et j'ai l'honneur de la soumettre à votre approbation, quoique M. de Gisors n'ait demand(', pour le moment, que de rentrer seulement dans ses déboursés de 2890 fr. 20, en attendant des moments plus favorables pour obtenir la totalité de ses honoraires.

Le Conseil académique, après avoir entendu la lecture de ce rapport et après avoir pris connaissance des observations de M. le doyen de la Faculté de Médecine;

Attendu que les honoraires de M. de Gisors ont été calculés par lui d'après le montant des travaux dont il a fait les devis, lesquels travaux n'ont point encore été exécutés;

Attendu que leur exécution paraît être indéfiniment ajournée;

Est d'avis que, sans rien préjuger sur l'indemnité à laquelle M. de Gisors aurait droit pour la confection des devis dont il s'agit, il y a lieu, quant à présent, de payer à cet architecte la somme de 289t3 fr. 20, montant de ses déboursés, dont il produit les quittances et qui fait l'objet plus spécial de ses instantes réclamations.

2i:8 ENSEIGNEMENT SL'I'ÉRIEliU.

EXTRAIT DES PROCÈS-VERBAUX DES DÉUDÉHATIONS DU CO.NSEtL ACADÉMIQUE. AGBANDISSEJIK.NT IiE LA FACULTE DE MEDECINE.

(Voir page 9.)

Srance du li janvier 1852.

M. Lebeau, au nom de la commission spéciale, nomméo dans la séance du 7 de ce mois, fait son rapport au sujet du projet de prolongement de la rue lUicine sur un terrain dépendant de l'École de Médecine de Paris, projet auquel se rattache un plan de réparation et reconstruction à faire pour le service de cette Faculté.

Le Conseil, après avoir entendu ce rapport, prend la délibération suivante :

Le Conseil académique, vu la lettre de M. le Ministre de rinstruclion publicpuî et des cultes du 6 janvier courant, adressée à M. l'inspecteur général de l'académie de Paris, par laquelle, en transmettant au Conseil académique les pièces relatives au proloii^-oment de la rue Racine sur un terrain dépendant de l'Kcole de Médecine et dont elle est en jouissance, il invite le Conseil académique à donner son avis sur la double question des conslruclidiis à faire dans les bàlimenls existants et sur le terrain dont jouit la Faculté, d'après les plans de M. de Gisors, arcliilecle, et de prolongement de la rue Racine avec celle de La Harpe au moyeu de la perle des terrains qui resteront libres de l'autre côté de la nouvelle lue, et de la subvention en argent à accorder tant par la Ville que par la caisse de l'Univer>ité ;

Les demandes réitérées des doyens de la Faculté de Médecine, teitdant à ce que la ville de Paris fasse les réparations nécessaires aux bâtiments des anciens Cordeliers et aux pavillons destinés aux dissections;

L'ordonnance royale du 5 janvier ii<2'2, amsi conf;ue ; la

rue Pi.iriiiP, à Paris, sera prolongée sur une même lar^renr jusqu'à la rencontre de celle de La Harpe;

Les plans dressés en IS'2i(. par M. (lisors, architecte de rÉcole de Médecine, en conséquence d'un programme qui, en prélevant le sol nécessaire pour le pi'olongement de la rue Racine, et réservant une portion considi'rable de terrain susceptible d'être aliéné, avait pour but, au lieu de se borner à faire des réparations incomplètes, de n'^aliser immédiatement, dans l'intérêt de la science et de l'humanité, la création reconnue indispensable d'une clinique d'accouchement, de deux cliniques chirurgicale et médicale avec leurs accessoires, et la construction de pavillons de dissection susceptibles de faciliter l'instruction des nombreux élèves qui fréquentent l'école ;

Vu lesdits plans, d'après lesquels, en restreignant le terrain nécessaire aux bâtiments à réparer ou à construire, et retranchant, sur le terrain dont est en jouissance l'École de Médecine, les trois cents toises environ qui doivent entrer dans le prolongement delà rue Racine jusqu'à celle de La Harpe, il reste de l'autre côté de la rue environ huit cent quatorze toises de terrain susceptibles d'être vendues ;

'Les devis dont le total, en réunissant les divers éléments qui composent la dépense, monte à iOO 128 francs;

l.a correspondance entre M. le ministre de l'instruction publique et M. le préfet de la Seine dans le courant de !85l, relative aux réparations à faire aux bâtiments de l'École de Médecine et aux moyens de réaliser le prolongement de la rue Racine par l'abandon du terrain nécessaire à ce prolongement ;

La Iftîre de M. le proviseur du collège Saint-Louis, qui, dans l'intérêt de la santé des élèves, invite M. le préfet à faire réaliser le prolongement de la rue et à éloigner ainsi et à isoler des bâtiments du collège les pavillons de dissection;

Celle de M. le Ministre des Travaux publics et du Commerce, par laquelle il provoque auprès du ministre de l'Instruction publique ra!)andon du terrain nécessaire au prolongement delà rue Racine jusqu'à celle llaulefenille ;

Les observations de M. le doyen delà Faculté de Médecine, «lesquelles il résulte qu'une réparation partielle aux pavillons de dissection serait une mesure précaire, et entraînerait une

^ôO ENSEIGNEMENT SLPÉRIEIR.

dépense en pnrc perte ; que, dans l'intérêt de la science et de la salubrité pnblique, il convient d'exécnter les plans dressés par M. Gisors, de lever l'exécntion de ces plans au prolongement de la rue Racine vers celle de la Harpe ; que ce prolongement satisferait à tous les besoins; qu'à moins de détruire l'établissement lui-même, il convient d'abandonner toute idée de prolongement de cette rue Hacine vers celle Hautelouille; qu'enfin des terrains libres restant à vendre atténueront d'autant les dépenses;

La réponse du Minisire de l'Instruction publique à celui du commerce, qui, en adoptant le prolongement de la rue Racine ^ vers la rue de La Harpe, s'oppose au même prolongement vers celle llaulefeuille comme inutile et tendant d'ailleurs à enlever sans compensation une partie des bâtiments et du terrain dont jouit la Faculté de Médecine et qui lui sont nécessaires ;

Considérant que, dans l'état d'instruction où se présente l'affaire, le Conseil est appelé à donner son avis sur les questions principales suivantes :

1° (jiiel que soit le système à adopter, ou de simples réparations aux bâtiments et aux pavillons de dissection, ou d'exécution complète des plans de M. Gisors, architecte, ya-l-il lieu de prolonger la rue Racine dans la direction de celle llaulefeuille?

2° Doit-on se borner à faire aux pavillons de dissection et aux bâtiments de la Faculté de Médecine les réparations nécessaires pour les conserver dans leur état actuel?

5° Ne convient-il pas au contraire d'embrasser dans son ensemblele système d'amélioration résullantdel'ensemble des plans présentés, et, pour en faciliter l'exécution, de combiner ce système avec le prolongement de la rue Racine dans la direction de celle de La Harpe?

•4" Dans le cas d'affirmative, par quels moyens peut-on pourvoir aux dépenses que nécessitera la réalisation de ce double projet?

En ce qui louche la première question :

Considérant que le prolongement de la rue Racine se dirigeant vers la rue llaulefeuille n'existe qu'en projet; qu'il aurait pour conséquence inévitable, en traversant le terrain de la

Faculté de Médecine, de détruire l'ensemblede rétablissement ; qu'en efft-t cinq des six pavillons de dissection actnolliMiionl existants seraioutdotruits; qu'une partie du jardin botanique disparaîtrait; que. pour réaliser ce projet, il faudrait entamer dans une proportion considérable une propriété jiarlicnlière située sur la rue de l'École-de-Médecine et le bâtiment dit l'Ancien Ciiapitre ; que les dépenses qu'entraînerait ce prolongement seraient considérables et bors de proportion avec le but d'utilité publique qu'on se propose; que ce but sera au contraire atteint d'une manière plus convenable si l'on effectue le prolongement dans la direction de la rue de La Harpe; qu'ainsi il n'y a pas lieu d'adopter le prolongement dans la direction de la rue Hautefeuille.

En ce qui concerne la seconde question :

Considérant que, si les simples réparations à faire aux bâtiments et aux pavillons semblent devoir conserver les choses dans l'état où elles sont aujourd'hui et ménager la dépense, on ne peut se dissimuler que cet état de choses est bien loin de répondre aux besoins généraux;

Considérant que ces pavillons de dissection sont d'une distribution incommode; que trois touchent immédiatement un établissement public, le collège Saint-Louis, et des maisons particulières; que leur conservation dans celte localité, sous le rapport sanitaire, est l'objet de vives réclamations; qu'ils ne peuvent même suflîre à l'instruction des nombreux élèves qui fréquentent l'école ; qu'il est du devoir de l'administration publique de voir les choses dans un ordre plus élevé ;

Que dans l'intérêt de l'humanité et des sciences il convient de faciliter aux élèves les moyens de compléter leur instruction;

Que se borner à faire de simples réparations serait adopter une mesure précaire, se jeter dans une dépense provisoire, alors qu'à une époque plus ou moins rapprociiée on sentira mieux la nécessité d'entrer dans une voie plus large, et que la ville de Paris voudra réaliser le prolongement de la rue Racine;

Qu'ainsi il y a lieu de renoncer aux simples réparations à faire aux bâtiments et aux pavillons de dissection.

Sur la troisième question :

Coiisi(i(''rant que, si rexéoulion compl("'(e(]es plans deM. de Tiisors, arcliitecfo, est rccoiiiiuo utile, cette exécution ne peut être séparée de celle du prolongement de la rue Racine dans la direction de celle de La Harpe, puisque ce prolongement entraine avec soi, par la division du terrain dépendant de l'école, la destruction absolue de trois des pavillons de dissection, le déplacement du réservoir d'eau qui alimente la Faculté, le retranchement d'une portion du jardin botanique et qu'enfin ce prolongement tend à créer des moyens de subvenir d'autant à la dépense d à projets de M. de Gisors ;

En ce qui touclie le prolongement de la rue Racine dans la direction de celle de La Harpe :

Considérant (jiie, dans cette localité, cepercemeiîl est favorable à la circulation, que son importance, qui tend à ouvrir une communication facile avec la ])Iace de l'Odéon, est incontestable, (|ue son utilité a été reconnue depuis longtemps, puisipie, d'u!"e part, dans la vue de sa réalisation. l'État, en vendant comme domaine national l'église Saint-Côme-Saint- Damien, a imposé à l'acquéreur l'obligation de livrer gratuitement à la Ville le sol nécessaire à la rue, et que, de l'autre, l'ordonnance royale du 5 janvier 1822 a prononcé l'ouverture de cette rue ;

Considérant qu'en satisfaisant ainsi aux besoins de la circulation, l'ouverture de cette rue contribuera à la salubrité publique, à celle du collège Saint-Louis et des maisons environnantes, et procurera, par la vente des terrains laissés sans emploi, les moyens de subvenir à une partie de la d('peii«;i' ([ue doit entraîner le projet à exécuter; que, pour réaliser ce prolongement au moyen de 300 toises environ retranchées sur le terrain de la Faculté pour le sol de la rue, la ville n'aura à acquérir que la maison de M. Mouliés, surla rue des Fossés-Monsieur-le-I'rince, et à payer à M. l'opot une indemnité pour une portion de sa propriété traversée parla rue, et à subvenir aux frais dépavage;

En ce qui touche les plans d'amélioration et de constructions dressés i)ar M. de Gisors :

Considéiaiil que, dans l'état de choses actuel, les pavillons

de dissection ont été rcconnns insiilllsants; que, dans le système du pi-olonpMiient de la rue Itaeine, trois de ces pavillons étant entièrement détruits, il faut pourvoira leur remplacement dans une proportion qui soit en harmonie avec le nombre des élèves qui s'occupent d'anatomie, et faciliter ainsi à ces élèves un moyen d'instruction qui soit, pour ainsi dire, simultané avec les autres cours qu'ils suivent à l'École de Médecine; que, pour rendre, dans l'intérêt de la société et de l'humanité, ces moyens d'instruction complets, il est indispensable d'établir dans les bâtiments de la Faculté une clinique d'accouchement et deux cliniques médicale et cliirurgicale, avec leurs dépendances et accessoires ; que les plans présentés, réduits, après beaucoup d'études, à ce qui est nécessaire, compléteront un établissement qui satisfera aux besoins de la société et de l'enseif^nement, et qui sera digne de la capitale et de la juste réputation dont jouit l'École de médecine de Paris; qu'ainsi il y a lieu d'adopter ces plans;

En ce qui touc lie les moyens de pourvoir à la dépense, abstraction faite de la dépense inliérente au prolongement de la rue Racine, au pavage de cette rue, qni est une charge de la ville de l'aris :

(Considérant que les bâtiments et terrains occupés par la Faculté de Médecine composaient les dépendances de l'ancien couvent des Cordeliers; que cet immeuble était resté dans le domaine del'i^tat; que le décret du 9 avril 1811 en a concédé la propriété à la ville de Paris, mais avec affectation spéciale des localités à l'Kcole de Médecine et sous les autres conditions y exprimées; que le prolongement de la rue Racine et l'exécution des projets d'amélioration et de construction adoptés laissent de l'autre côté de cette rue, distraction faite d'une zone comprenant environ trente toises pour procurer aux externes l'entrée du collège Saint-Louis, sept cent quatrevingt-quatre toises de terrain dont la vente à opérer par la ville de Paris produira, d'après ses instructions et la chaleur des enchères, un capital important;

Considérant qu'il parait juste que la ville de Paris contribue aux dépenses à faire, d'une part, d'une somme de 120 000 fr. au moins, en compensation : 1° de la dépense qu'elle serait incontestablement obligée de supporter dans l'état actuel [)oiu' les simples réparations à faire aux bâtiments et aux pavillons

loi ENSEIGNEMENT SLI'ÉltlEUU.

(Je disseclion, dépense dont elle sera déchargée; 2" de la destruction de ces pavillons et de l'obligation de les reconstruire; 3° de la dépense nécessitée par la construction des murs de soutènement sur la rue, murs de soutèneniont commandés par la déclivité du sol de la rue ;

Considérant d'autre part que l'abandon lait par la Faculté de Médecine des huit cent quatorze toises de terrain dont la jouissance lui est dévolue par le décret, des trois cent \me toises formant le sol de la rue, et la facilité ouverte à la Ville d'opérer la vente de sept cent quatre-vingt-quatre toises de terrain restant libre, donnent ouverture à une indemnité en (laveur de la Faculté; que l'équité commande d'attribuer à la Faculté la moitié du prix que produira la vente des sept cent i|uatre-vingt-quatre toises de terrain; que ces 120 000 fr., et la moitié du prix des terrains à vendre avec le concours à obtenir et offert par les propriétaires à raison du prolongement de la rue, et la sidivention que M. le Ministre de l'Instruction publique est disposé à fournir, mettront la Faculté de Médecine en mesure de réaliser les projets d'améhoration ; qu'ainsi il pourra être i)(iui'vu à la dépense;

Le Conseil est d'avis :

1° <)u'il n'y a pas lieu d'opérer le prolongement de la rue Racine vers celle llnutefeuille;

2° Qu'il ne convient pas de se borner à faire aux bâtiments et aux pavillons de dissection existants les réparations qui tendraient à laisser les choses dans l'état précaire où elles se trouvent;

5° Qu'd y a lieu, par la Ville et à sa charge, en prenant, sur le terrain de la Faculté, le sol nécessaire au prolongement de la rue Racine dans la direction de la rue de La Harpe, de réaliser ce prolongement;

4° Qu'il y a lieu d'approuver les plans de construction et d'amélioration dressés par M. de Gisors, d'après les réductions qu'ils ont subies;

5° (Jue, pour subvenir à la dépense qu'entraînera la réalisation de ces plans, indépendannnent du concours offert par les propriétaires et de la subvention que M. le Ministre de l'inslructioii publique est disposé à fournir, la Ville devra fournir : 1° nue subvention de 120 000 fr. en compensation du leiiaiu occupé par la rue, de la deslrudion des pavillons,

ANNEXES. 2:.r>

de l'obligatioa de leur reconstruction et de celle des murs de soutènement sur la rue; "I" que la Ville, à titre d'indeni nité de l'abandon de jouissance des sept cent quatre-vingtquatre toises de terrain qui seront vendues par elle, payera la moitié du prix que produira celte vente, après qu'elle aura été réalisée.

251) . e:sseignement supérieur.

EXTRAIT DES PROCKS-VEtiDAl X DES DÉUBÉRATIONS DE LA PACULTi DES SCIENCES. — ACnANDISSEMEM DE LA SORBONNE.

(Voir page 18.)

Séance du Mi novembre 1857.

Rapport présenté par M. J.-A. Dumas pour êlre adressé au Minisire de riiistruclion publique au nom de la Faculté des Sciences.

Monsieur le Minisire,

Dans la lettre que vous nous avez fait l'honneur de nous adresser le 19 octobre dernier, vous manifestez le désir que la Faculté des Sciences de Paris vous signale les amélioralions qu'elle jugerait nécessaires pour renseignement scienliiique. Une grave pensée vous préoccupe, c'est la décentralisation des lumières; vous voudriez que les Facultés des départements pussent s'élever à la liauteur de celle de la Capitale. Telles sont presque textuellement les expressions dont vous vous servez. Nous sommes heureux. Monsieur le Ministre, de les pouvoir reproduire ici : elles nous permettent d'espérer ce que nous souhaitons depuis longtemps. Convaincus que votre projet, si favorable à l'avancement des sciences, obtiendra l'assentiment universel parce qu'il est en harmonie avec les plus vives et les plus impérieuses tendances de notre époque, nous nous sommes empressés de re(:herclier ce qu'il y aurait à faire pour en préparer et en assurer l'exécution. D'importantes questions ont été soumises à vin sérieux examen. Toute proposition utile a été accueillie avec laveur. Mais, comme il est dans la nature des choses que les améliorations naissent les unes des autres progressivement, la Faculté a dû faire la part du présent et celle de l'avenir.

Monsieur le îliiiislre, nous vous parlerons d'abord des Facultés des départeinenis, qui n'altendent que votre appui pour s'avancer d'un pas ternie vers le but que vous avez si nettement marqué. Puis nous pppellerons voire attention sur la P^icuité de Paris, à laqrelle on a conlié l'Iionorable mission de former d'babiles prolesseurs, sans lui l'ournir les ressources indispensables pour la bien remplir. C'est un oubli que votre prévoyance se hâtera de réparer.

Sans doute nous souhaiterions avec vous, Monsieur le Ministre, que l'enseignement des Facultés départementales ne fût nulle part au-dessous de celui de la Capitale, et nous avons la confiance que, si ce progrès ne dépendait que des talents et du zèle de MM. les professeurs des déparlements, nos vœux ne tarderaient pas à s'accomplir. Mais il existe un obstacle dans l'institution même des Facultés départementales. Si l'enseignement y est incomplet, c'est que les chaires et les professeurs y sont en très petit nombre. Considérons que la Faculté de Paris qui, très certainement, n'a pas encore tout le nécessaire en hommes et en choses, compte pourtant quatorze chaires ayant des attributions distinctes et un nombre égal de professeurs; tandis que les Facultés de Montpellier et de Lyon, les plus favorisées de celles des départements, n'en ont que sept; que celles de Strasbourg et de Toulouse n'en ont que cinq ; que celles de Caen et de Dijon n'en ont que quatre ; que celle de Grenoble n'en a que trois. CouuTient, avec des moyens si inférieurs, serait-il possible d'obtenir des résultats égaux?

Nonobstant ces observations et quelque désir que nous ayons que les sciences se répandent en France et contribuent à sa gloire et à sa prospérité, nous comprenons que le moment n'est pas venu de mettre les Facultés des départements sur le même pied que celle de P.iris. Mais s'il faut renvoyer à d'autres temps cette immense amélioration, rien n'empêche, du moins, qu'on ne fasse dès à présent un premier pas pour se rapjtrocher du but. 11 suffit pour cela d'établir une parfaite égalité entre les sept Facultés des sciences des départements, en prenant pour type celles de Lyon et de Montpellier,

i' Un professeur de mathématiques pures ; 2° — d'astronomie et de mécanique ralion-

nelie;

5^ Ua professeur de physique;

4° — de chimie ;

5° — de zoologie et de physiologie animale ;

6° — de botanique et de pliysiologie végétale;

7° — de minéralogie et de géologie.

Il y aurait donc à créer dès à présent :

1° A Caen . ... 1 cliaire d'asironomio;

2 chaires d'histoire naturelle ; 2° A Toulouse . . 2 chaires d'histoire naturelle ; 5° A Strasbourg. . 2 chaires d'histoire naturelle ; 4° A Dijon . . . . 1 chaire d'astronomie;

2 chaires d'histoire naturelle; 5° A Grenoble . . 1 chaire d'astronomie;

1 chaire de chimie;

2 chaires d'histoire naturelle.

En tout, trois chaires d'astronomie, dix chaires d'histoire naturelle et une de chimie. Bien entendu qu'il serait accordé aux Facultés les aides et conservateurs indispensables.

Il faudrait que le professeur d'astronomie enseignât aussi toute la partie de la mécanique rationnelle nécessaire à l'intelligence et au système du monde; mais nous insisterions très fortement pour que la chaire ne fût confiée qu'cà un astronome connaissant la pratique des instruments, sachant observer et pouvant servir la science dans cette direction. La présence d'un astronome déciderait les villes à fonder des observatoires ou, du moins, à en faciliter l'établissement.

A ceux qui demanderaient comment l'histoire naturelle peut à elle seule exiger la création de dix chaires nouvelles, nous répondrons que cette science est devenue si vaste que l'étude approfondie et complète de l'une de ses trois grandes divisions est beaucoup plus que suffisante pour occuper la vie entière d'un seul homme, quelle que soit d'ailleurs sa capacité.

Cinq des sept Facultés des Sciences fondées dans les départements n'ont chacune jusqu'à ce jour qu'un professeur pour enseigner la minéralogie et la géologie, la botanique et la physiologie végétale, la zoologie et la physiologie animale.

A>>'EXES. 259

Or ces sciences remplissent six cours de notre Faculté sans que la matière soit épuisée. Comme il n'est donné à personne de faire l'impossible, le professeur de Faculté départementale est réduit à la nécessité do mesurer sa tâche sur la diu'ée de son cours, soit qu'il traite à fond d'une seule partie, soit qu'il partage également son cours entre toutes.

L'enseignement est donc incomplet ou superficiel. Dans ce dernier cas, qui est le pire à nos yeux, le professeur passe son temps à préparer des leçons pour discourir sur une multitude de branches de l'histoire naturelle (pii ne lui soni pas également familières, et n'a pas le loisir de s'y livrer à des recherches profondes. Ceci est grave. L'Jionneur des Facultés exigerait que toujours le génie investigateur des maîtres se portât en avant des connaissances acquises. Ces hautes écoles ne seront en possession de donner une forte impulsion à l'enseignement qu'autant qu'elles fixeront l'attention publique par l'excellence des doctrines et l'importance des découvertes. C'est alors en effet que les élèves afflueront de toute part pour suivre des Cours illustrés par les travaux des professeurs.

En considérant quelle serait la position de MM. les professeurs d'histoire naturelle des Facultés d'^partemenlales, il est aisé de prévoir la direction qu'ils donneraient à leurs cours. Chacun, dans sa partie, enseignerait sans doute l'ensemble de la science ; mais en même temps il ferait en sorte que ses élèves acquissent les notions les plus exactes sur les produits naturels de notre sol. Par là tous les professeurs concourraient puissamment à un travail qui ne s'accomplira jamais sans leur assistance : c'est l'histoire naturelle, grucrale et particulière de la France, sur laquelle nous ne possédons encore que des notions très incomplètes. L'exécution de ce prand travail fe recommande à double titre : elle reculerait les limites de la science; elle ouvrirait une large voie aux plus utiles applications.

Nous pensons, .Monsieur le Ministre, que, si vous approuviez la proposition de porter au nombre de sept les chaires des Facullés des sciences des départements qui n'en ont que trois, quatre ou cinq, il conviendrait de les créer sans délai; mais en même temps nous serions d'avis qu'on ne se hâtât pas de nommer les professeurs. Quelques explications sont

nécessaires pour justifier ces deux opinions qui, au premier aperyu, otïrent une sorte de contradiction.

Quand il s'agit de faire choix des professeurs pour les Facultés des Sciences, il ne suffit pas que de brillants examens et des thèses soutenues avec succès témoignent que les candidats ont conservé Uii souvenir intelligent des cours qu'ils ont suivis. On attend d'eux des preuves plus irréfragables de leur capacité scientifique. Ce n'est pas trop de vouloir qu'ils se soient déjà fait connaître avantageusement du monde savant par des travaux originaux. Or les sujets en état de produire de pareds titres ne sont pas communs. Cette pénurie provient de deux causes: la rareté des chaires et linsuflisance des traitements. Des jeunes gens doués d'heureuses dispo^itions et qui ont le sentiment de leur force, n'ont garde de s'engager dans une carrière sms présent et sans avenir. Chez les nations voisines où les élèves payent les professeurs des universités, les sciences mènent souvent à la fortune. Ici l'enseignement universitaire est à la charge de l'Llat. Nous applaudissons à cette munificence nationale, et certes nous ne demandons point que le trésor public enrichisse les professeurs, mais nous dirons que c'est donner à la jeunesse des déparlements une bien mince opinion de l'utilité des sciences que de traiter si mesquinement les savants qui les enseignent dans les chaires les plus éminentes. Ajoutons que ce serait œuvre d'écpiilé d'élever b'S Facuitt's des Sciences, ne fût-ce que pour affaiblir la disproportion choquante qui existe entre elles et les Facultés de Droit et de Médecine.

Ces réflexions que nous vous soumettons, Monsieur le Ministre, plus encore dans l'intér-'t de la société que dans l'intérêt des hommes qui suivent la carrière di-s sciences, nous déterminent à préciser noire pensée par un chiffre. Nous croyons que àOOÙ francs est le moindre traitement que l'on puisse offrir aux professeurs des Facultés des Sciences des départements, et nous demandons qu'il soit fixé à ce taux.

Si Paris, qui possède beaucoup plus d'établissements scientifiques et plus de professeurs célèbres qu'aucune autre capitale, ne fournit que très rarement des sujets aux chaires des départements, n'en cherchons pas d'autres causes que celles (pii viennent d'être indiquées. Tant que cet état de choses subsistera, le projet généreux, sage et patriotique de

'/écon (r.iliser les lumières, ne sera qu'une utopie; mais en flvoir liaultMnent exprimé la pensée est déjà un présage certain de sa future exécution.

On comprend maintenant que la nécessité de la création immédiate de nouvelles chaires et la convenance de l'ajournement de la nomination des professeurs, sinon dans tous les cas, du moins dans un grand nombre, n'olfrent rien de contradictoire et sont indiquées par les circonstances présentes.

Personne plus que'nous, ilonsieur le Minisire, ne désire l'établissement de Facultés dans beaucoup de villes importantes du royaume qui sont encore privées de ce bienfait ; mais si nous reconnaissons qu'il est très difficile de trouver aujourd'hui un petit nombre de professeurs pour mettre l'enseignement de cinq des Facultés existantes au niveau des Facultés de Lyon et de Montpellier, à plus forte raison sommes-nous convaincus que les sujets manquent pour la formation des Facultés nouvelles. Cette mesure, dont votre zèle éclairé hâtera sans doute l'exécution, est le second pas à faire dans la carrière du perfectionnement.

Ce qui dépend dès aujourd'hui de la volonté du gouvernement est de donner aux Facultés existantes tous les moyens matériels de remplir leur mission, et l'intérêt public exige qu'il commence par la Faculté de Paris, puisqu'elle est chargée plus paiticulièremeiit que toute autre de former des professeurs. Nous allons aborder sans détour les questions que sa situation nous parait de nature à soulever.

Quand on connaît les services que l'enseisufinent de la Faculté des Sciences de Paris rend chaque année à la jeunesse, à l'État; quand on sait combien ses cours sont suivis, il doit paraître peu probable qu'elle ait quehpie chose à réclamer.

Cependant on pourra se convaincre, par les détails dans lesquels nous rdlons entrer, que la Faculté des Sciences de Paris a besoin que son matériel soit soumis à un remaniement complet, qu'elle ne peut s'accommoder be.uiconp plus longtemps de l'étroit espace où elle est logée, et que, sous le rapport du nombre des chaires, elle a aussi quelques demandes à former.

Quel est le rôle de la Faculté de Paris ? 11 est évident

ESS. SCP. IG

qu'elle a pour objet de préparer la jeunesse aux épreuves de la licence es sciences, de l'ajïn'galion et du doctorat es sciences. De plus, elle répand dans le public la connaissance des sciences exactes par ses cours, auxquels tout le monde peut être admis, sans aucune distinction. C'est sous ce dernier point de vue que la Faculté des Sciences de Paris se présente à qui n'eu étudie pas xin ])eu prolondérnent l'organisation. En effet, ce mélange d'auditeurs appartenant aux classes les plus élevées de la société et de jeunes gens qui ont un but positif, un état à acquérir, cette aflluence de jeunes savants étrangers qui viennent terminer leurs études à la Faculté, tout cela forme un ensemble qui donne à l'enseignement de la Faculté un caractère spécial qui a pu faire naître des idées inexactes.

En voyant nos amphithéâtres remplis en grande partie d'auditeurs qui n'auront rien à réclamer de nous, une fois le cours terminé, on s'est accoutumé peut-être à la pensée que les rapports de la Faculté avec ses élèves commençaient et cessaient avec ses cours. 11 n'en devrait pourtant pas être ainsi, et il y a longtemps qu'on s'en serait aperçu si les élèves de la Faculté avaient tous été dans le cas d'y prendre un grade quelconque, s'ils arrivaient tous entre ses mains bacheliers es sciences, pour en sortir licenciés ou docteurs. Car, obligés de subir des examens sévères, ils n'eussent pas manqué de réclamer des moyens d'instruction que la Faculté ne leur donne pas. Mais ne devons-nous pas faire, dans un grand but d'utihté publique, ce que nous n'aurions pas refusé à l'intérêt particulier des candidats à la licence î

Propager la connaissance des sciences, en perpétuer l'enseignement, tel doit être notre but, et pour l'atteindre nous devons nous aider de tous les moyens matériels nécessaires.

Ainsi l'on comprend facilement combien il serait nécessaire que les jeunes gens qui aspirent à la licence, au doctorat, à l'agrégation, et, en général, que tous nos auditeurs pussent compléter dans une bibliollièque spéciale les études qu'ils font dans nos cours. Rien de plus utile qu'une bibliotiièque composée par la Faculté des Sciences, placée sous sa direction, lui appartenant, et affectée au service des auditeurs de ces cours. Cette bibliothèque, qu'il faudrait ouvrir non seulement le jour, mais le soir, et qui serait placée au

cenlro môme du quartier des éludes, rendrait dos services essentiels à la jeunesse. Quand on peut éclairer un doute en sortant de ramphitliéàtre et qu'il suffit pour cela d'entrer dans la bibliothèque qui l'avoisine, on le l'ait. S'il faut attendre au lendemain, aller ailleurs, on l'oublie, et le temps qu'on aurait consacré à de sérieuses études se perd en frivolités. Quand on voit à quelles séductions de toute espèce sont exposés les jeunes gens qui fréquentent les écoles de Paris, on ne peut s'empêcher de regretter de la manière la plus vive qu'on n'ait rien prévu jusqu'à ces derniers temps pour préparer à ces jeunes gens un bon emploi de leurs soirées. Les professeurs de la Faculté demeurent convaincus de l'utilité certaine que présenteraient à ce sujet des bibliothèques spéciales ouvertes le soir. Le succès qu'obtiennent queli[iies cabinets de lecture le prouve à l'évidence. Et pourtant (piel est le cabinet de lecture qui puisse se procurer les grandes collections académiques, vé'ritables trésors de la science auxquels il faut toujours recourir? On ne peut s'empêcher de craindre que, soit à cause de son éloignement, soit par le défaut de spécialité, la bibliothèque Sainte-Geneviève ne remplisse pas tout à fait l'objet qu'on s'est proposé en l'ouvrant le soir et qu'elle ne soit pas fréquentée par les étudiants. Et pourtant ce sont les étudiants surtout qu'il importe d'arracher à l'oisiveté des cafés.

La Faculté s'est prononcée d'une manière unanime sur la convenance ou plutôt la nécessité de créer une bibliothèque spéciale à l'usage des auditeurs qui fréquentent ses cours. Celte opinion dérive de celle qui a présidé à l'ensemble de son travail. Elle croit pouvoir réclamer, en effet, sous tous les rapports, une existence large et distincte ; elle voudrait obtenir un commencement d'exécution, qui permet toujours mieux de marquer clairement le but et de l'atteindre.

Mais si l'on n'admettait pas la convenance que nous croyons voir à ce projet général, ou si des considérations du moment obligeaient à en retarder l'exécution, nous demanderions tout au moins que la bibliothèque de l'Université fût modifiée de telle sorte qu'une salle spéciale y fût consacrée aux sciences; que cette salle fût ouverte le soir aux élèves et tous les jours pendant la durée des cours; qu'un fonds annuel fût réservé pour l'acquisition des ouvrages scientili-

244 ENSElGiNEMENT SUPERIEUR.

ques; qu'enfin l'emploi de ce fonds, ainsi que la direction de celte portion de la l)ibliolliè(|ue, fussent dès à présent placés entre les mains de la Faculté des Sciences.

La Faculté craindrait d'avoir été imparfaitement comprise, en ce qui concerne la création de cette bibliothèque, si elle n'ajoutait qu'elle n'a pas voulu former une bibliothèque académique ou scientifique à l'usacre des professeurs, mais bien un cahincl de lecluve scientifique, créé et dirigé par elle à l'usage des étudiants.

Là ils trouveraient les journaux scientifiques les plus importants de l'Europe ou de l'Amérique et les ouvrages nécessaires à leurs études. On aurait de chaque ouvrage autant d'exemplaires qu'il le faudrait pour suffire aux demandes. Sous aucun prétexte, on n'eu laisserait emporter aucun par personne, pas même par les professeurs de la Faculté.

La Faculté suppose qu'une telle bibliothèque coûterait environ 50 000 fr. pour le premier fonds. Elle pense qu'il faudrait consacrer en outre 5000 francs à son accroissement annuel en livres, aux abonnements, enfin aux reliures.

Ce que nous disons d'une bibliothèque spéciale pour les sciences, nous devons le répéter au même titre pour les collections diverses qui devraient servir de conq)lément iudispensable à un grand nombre de nos cours.

Comment un élève pourra-t-il reconnaître les substances qu'il a vues pendant quelques secondes entre les niains du professeur de chimie ? Comment aura-t-il pu démêler la structure d'un appareil de physique un peu compli(|ué pendant le court espace de temps où le professeur Fa mis sous ses yeux? Où retrouvera-t-il les minéraux, les roches qu'il a entrevus à peine dans nos cours ? Toutes ces questions, il faut les faire également en ce qui concerne les cours de zoologie et de botanique.

Wous n'hésitons point à le dire — et tous les amis des études solides partageront notre opinion, nous en sommes convaincus : — la Faculté des Sciences de Paris devrait avoir non seulement une bibliollièque sp(!ciale, mais de plus des collections de chimie, un cabinet de physi(iue, des collections d'histoire naturelle, véritables bibliolliè(jues de la science où les élèves viendraient se familiariser à loisir avec les objets réels.

ANNEXES. Uo

Qu'on n'ai'le pas dire que les élèves pourront édidicr nilleurs, au Jardin du Roi par exemple, les objets dont il s'agit; ce serait une erreur. Ce que nous voulons, ce sont des collections pour l'enseignement, tel qu'il se pratique à la Faculté ; un enseignement limité, clair et concis. Il nous faut des collections limitées, nettes et parlant vivement aux yeux. Laissant au Jardin du Roi les raretés, les doubles, les séries complètes, nous voulons réunir les objets les plus vulgaires, les mieux connus, les exemples les plus tranchés, enfin ce qu'il laut et seulement ce qu'il faut à notre enseignement. Le luxe du Jardin du Roi éblouirait nos élèves, qui perdraient plus de temps à y chercher réchantillon qui les intéresse qu'ils n'en pourraient certainement consacrer à son étude.

Or la Facullé de Paris n'a rien en produits chimiques qu puisse être mis sous les yeux du public. Elle a même à ce sujet, quelle (pie soit la décision prise sur l'ensemble de ses réclamiilions, une demande urgente à faire pour remettre sa collection de produits chimiques au niveau des besoins actuels, et cette dépense ne saurait se retarder sans les plus graves inconvénients.

Il n'en est pas de même du cabinet de physique, quoiqu'il soit incom])lft à beaucoup d'égards ; il est en état d'être placé sous les yeux des élèves avec utilité. Les collections de minéralogie et de géologie sont à peu près sulfisantes, quoique les besoins du cours exigent qu'elles soient complétées. La collection de zoologie laisse beaucoup à désirer, et le peu que la Faculté possède en ce genre se détruit rapidement, la salle de cette collection étant trop humide pour que les préparations puissent s'y conserver. Remanpions enfin que la Faculté ne possède aucun local qui soit disposé de manière à se prêter à une exposition publique. Il lui faudrait une galerie qui put recevoir tous les objets dont il s'agit et qui fût arrangée de façon à permettre une surveillance exacte et facile.

La Faculté est même si mal logée, encore bien qu'elle soit établie dans un bâtiment vaste et très convenablement placé, elle est si mal logée que la situation à cet égard mérite une sérieuse attention.

Le laboratoire de chimie est tout à fait insuffisant ; la zoologie n'a pas de laboratoire ; la physique est dans le m ■me

cns ; la salle pour les examens est trop petite ; elle est humide et froide d'une manière vraiment lïiclieuse.

Parmi nos amphithéâtres, il en est doux qui donnent sur la rue et où les leçons sont interrompues à chaque instant parles voitures, etc. On a même laissé, par une inadvertance inexplicable, s'établir une ligue d'omnibus dans celte rue; bien plus, on a permis aux chevaux de relais qui lui sont nécessaires de s'installer sous les fenêtres mêmes de ces amphithéâtres qui sont au rez-de-chaussée. Cet état de choses est vraiment intolérable, et nous osons compter sur l'intervention de M. le Ministre pour le faire cesser, d'autant plus qu'au moment de la sortie des cours il arrivera tôt ou tard de graves accidents par le passage des voitures qui descendent la rue au milieu de la foule des élèves.

On voudrait trouver à la Faculté de Paris, pour l'enseignement des sciences expérimentales, les ampiiitbéàtres disposés avec le soin et la prévoyance qui ont présidé à la construction des amphithéâtres analogues établis récemment dans d'autres pays. A la Faculté, en effet, les expériences se préparent en vue du public, et le professeur ne peut en aucune façon s'assurer que les préparations soient bien exécutées. Dans les établissements étrangers dont nous parlons, toutes les préparations sont faites dans un laboratoire contigu à Fampliithéâlre et communiquant avec lui à volonté. Les appareils arrivent sur des chariots et servent aux démonstrations dès qu'ils sont utiles. Le professeur peut donc, avant la leçon, s'assurer que les dispositions ont été bien prises, et les auditeurs, qui ne sont jamais distraits par aucune circonstance étrangère à la pensée du professeur, lui accordent luie attention bien plus soutenue.

L'administration de l'Kcole Polytechnique vient de demander, pour l'enseignement de la chimie, un amphithéâtre de ce genre ; et pourtant ces dispositions sont bien plus nécessaires dans un établissement public comme la Sorbounequ'à l'Ecole Polytechnique.

On voudrait donc à la Faculté des Sciences un amphithéâtre de chimie susceptible d'être mis en communication avec le laboratoire, de telle sorte que toutes les opérations pussent être présentées aux élèves au moment opportun et sur une grande échelle.

L'enseignement de la physique réclame un amphithéâtre

orienlé de telle façon que l'on puisse y exécuter convenablement toutes les expériences d'optique. Il faudrait (jii'il fût disposé de manière à communiquer librement avec le cabinet et le laboratoire de pliysique. Dans l'état actuel des choses, à la Faculté, le transport des appareils de cabinet à l'amphithéâtre est une opération périlleuse à la fois pour les appareils et pour ceux qui l'exécutent; car il faut porter des machines souvent fort pesantes et toujours délicates dans leur construction, à travers des escaliers étroits et pardessus toutes les banquettes de l'amphitiiéàtre.

La physique et la chimie demandent chacune un ampliithéàtre. 11 résulte beaucoup d'inconvénients pour l'enseiiinement de leur réunion dans le même local. Il serait trop loni,^ de les énumérer, et du reste ils dérivent tous de l'impossibilité où se trouve chaque professeur de prendre aucune disposition durable dans un amphithéâtre qui, chaque jour, change de destination.

La Faculté est tellement préoccupée delà nécessité d'organiser deux amphithéâtres pour la physique et la chimie avec leurs dépendances, elle attache une si grave importance à la création de ses collections publifpies, qu'elle regarde comme un devoir de dire ici toute sa pensée.

Sans doute, s'il s'agissait d'élargir un peu l'espace qu'elle occupe à la Sorbonne, il serait facile, avec de faibles dépenses, de lui donner quelque emplacement de plus. Mais ce n'est pas là ce qu'elle désire, ce qu'elle réclame. Elle voudrait un local où l'enseignement des sciences expérimentales, où l'enseignement des sciences d'observation pussent recevoir tous les secours matériels dont on ne pourrait les priver sans nuire profondément aux progrès des élèves. Or la Faculté ne peut comprendre comment on arriverait, sans défigurer la Sorbomie, à y créer les salles de collections et les amphithéâtres dont elle vient de parler.

La Faculté des Sciences se croit donc fondée à demander qu'il soit construit un bâtiment spécial pcfur elle, sans pouvoir entrer ici dans aucun détail sur les moyens d'exécution qu'elle aurait à proposer.

En supposant que la Faculté des Sciences possédât des ampliithéâlres mieux disposés, des collections propres à être mises sous les yeux du public, une bibliothèque scienti/ique

spéciale, un jardin botanique approprié à son enseignement , entin des caliinels convenables pour les recberclies des professeurs, il lui manquerait encore un complément très digne de la sollicitude du clief de l'Université.

Tous les ans un concours s()écial donne le titre d'agré'^é =i quelques jeunes gens pleins de Z(Me et d'ai'dcur, déjà éprouvés par de sérieuses études et qui fout l'espoir de l'enseignement des sciences. C'est parmi eux que sontclioisis les professeurs de nos collèges; c'est parmi eux qu'il faudra clioisir un jour, nous l'espérons du moins, la plupart de nos professeurs de Faculté.

Si ces jeunes gens se destinent aux études malbémaliques, nen ne leur manque pour compléter leur éducation. Mais s'il s'agit d'en faire des pliysiciens, des astronomes, des naturalistes, leur instruction, incomplète encore, ne saurait se passer des travaux pratiques qui, seuls, peuvent es initier au maniement des appareils. Sous ce rapport, 1 éducation de l'Ecole Nurmale est et sera toujours insuffisante.

On aura fait faire un grand pas aux sciences le jouroù l'on aura pris uw résolution très simple et bien peu onéreuse à l'Etat, la résolution suivante :

Deux agrégés seraient attachés aux cours de ciiimie de la Faculté ; ils travailleraient dans le laboratoire, soit à la préparation des leçons, soit aux recberclies qui seraient dirigées par les i)rofesseurs; — deux agrégés seraient attachés de la même manière et au même titre au laboratoire de physique;— un agrégé serait placé à l'Observatoire de l-aris pour en suivre les travaux, si l'on ne préférait fonder un observatoire à la Faculté même. l'rovisoiremeiit, du moins, on pourrait demander à l'administration du Muséum de vouloir bien ouvrir les laboratoires du Jardin des Mantes à trois agrégés, qui s'y perfectionneraient dans leurs études d'histoire naturelle.

Ces agrégés recevraient un traitement faible, mais suffisant. Ils seraient renouvelés tous les ans par moitié.

11 faudrait les considérer comme des élèves de l'Fcole Polytechnique admis à passer aux écoles spéciales des laines, des Ponts et Chaussées, de Metz, etc. Il faudrait donc leur accorder le même traitement, c'est-à-dire environ liJOO francs par an, indépcmiaminciit de leur trailcnient d'ai;régé.

Celte inslilution donnerait anx agrégés de l'Université un aoct's assuré aux chaires de Faculté. En elTct, ce concours (les études théoriques et des études pratiques eu ferait des liomnies parfaitement préparés pour rendre de grands services aux sciences. Ils travailleraient à leurs progrès, et ce serait justice que de les récompenser plus lard de leurs efforts.

Dans l'étal actuel des choses, rien de cela n'a lieu. Les agrégés manquent de pratique, et les cabinets ou appareils qu'on leur confie demeurent généralement stériles entre leurs mains. Ils n'ont jamais vu comment on en tiie parti.

En un mot, il s'agit d'assurer la perpétuité de l'enseignement des sciences expérimentales, chose nouvelle, mais dont ou conçoit la haute importance dans l'état de notre civilisation. Ce rôle appartient de droit à la Faculté de Paris.

Parmi les améliorations que la Faculté croit devoir réclamer, il en est une que sou importance aurait dû peut-être faire placer au premier rang; c'est la création d'un cours de mécanique expérimentale.

i'ersonne n'ignore quel est l'immense développement des arts mécaniques en Angleterre, et tout le monde est disposé à convenir de la supéiiorilé que les Anglais conservent sur nous à cet égard. Mais on sait moins qu'en ce qui concerne les arts chimiques il en est tout autrement, et que, sous ce rapport, nos manufactures jouissent d'une supériorité incontestée.

Celle diffi-rence s'explique facilement quand on voit comment les connaissances chimiques, puisées dans les cours publics, pénètrent dans nos ateliers, nos manulaclures et en révolutionnent successivement tous les procédés. Notre supériorité incontestée en tout ce qui concerne les arts chimiques s'explique donc par l'éclat que l'enseignement de la chimie en France conserve depuis quarante ans, et en particulier par le succès soutenu des cours de chimie de la Faculté.

La réaclion de l'enseignement des sciences sur la pratique des arts industriels est donc à la fois prompte et efficace en France. Abandonner le perfectionnement de nos arts mécaniques à la pratique seule, c'est donc agir conlraireinent

aux précédents et peut-être même conlraircraent au tour d'esprit national.

Nous regardons comme éminemment utile un enseignement qui aurait pour but de n'-paudre des idées saines de mécanique dans le public qui fréquente les grandes écoles, et démettre les résultats api)licablos de la mécanique rationnelle à la portée des jeunes gens qui ne possèdent que les mathématiques élémentaires. Cet enseignement, nous en avons la conviction, produirait d'immenses résultats.

Parmi les objets que ce cours devrait embrasser, nous citerons les suivants :

L'évaluation du travail des macliines; —^ les lois du frottement; — la description des or(ja)ies des machines; — la théorie des en(jrena(ies ; — les phénomènes relatifs à V écoulement des liquides et la description des machines propres à les élever; — les rou"s hydrauliques; — les courants d'air considérés comme force motrice: — f étude détaillée des machines à vapeur,eic.

Pour des jeunes gens qui ont reçu déjà une éducation libérale et qui sont destinés à devenir propriétaires, industriels, capitalistes, l'utilité de ces connaissances est évidente, et nous pensons que la Faculté de Paris ne remplira complètement sa mission qu'alors qu'une chaire de mécanique expérimentale sera fondée dans son sein et largement pourvue de tous les moyens matériels nécessaires à son enseignement.

La Faculté n'ignore point que toute demande de ce genre soulève des objections, et qu'en proposant la création d'une chaire de mécanique expérimentale dans son sein, elle semble prendre un rôle qui aji^iartient au Conservatoire des Arts et Métiers.

Si cette assimilation était faite, la Faculté déclare qu'elle ne l'admet point, et elle le déclare à l'unanimité. En effet, le Conservatoire s'adi'esse aux industriels, aux chefs d'atelier et. n'exige aucune éducation préalable; il entre dans tous les détails qu'exige la construction ou l'emploi des machines. La Faculté s'adresserait <à des jeunes gens déjà pourvus du grade de bachelier es sciences, ou possédant les connaissances que ce grade exige. Klle leur donnerait les grandes notions de la mécanique expérimentale, celles qui doivent entrer dans l'éducation de tout lionnne bien élevé, au temps où nous

ANNEXES. 'JJl

vivons, sans vouloir entrer dans les détails du mélior de constructeur de machines.

Lu enseignement analogue à celui que la Faculté réclame existe à l'École i'olytechnique, et son utilité n'y est point méconnue.

Relativement aux mathématiques, la Faculté pense qu'il y aurait lieu, dans Félat actuel de la science, à en compléter l'enseignement. Pour appliquer avec succès l'analyse, il l'aut eu avoir étudié les principales branches. Or le cours de calcul différentiel et intégral, qui doit se faire en une seule année h la Faculté, ne peut renfermer que les éléments de l'analyse transcendante. Tout ce qui se rapporte aux intégrales délinies, à leur application à l'intégration des équations, aux différentielles partielles ou au calcul des différences fhiies, en est exclu. 11 en est de même de la théorie des transcendantes elliptiques, de la théorie des nombres, et d'autres tliéories non moins intéressantes. Or, comme ces différentes branches de l'analyse en constituent la partie la plus diflicile et qu'elles servent le plus souvent dans les applications, il en résulte (jue les professeurs do mécanique et de calcul des probabilités sont souvent forcés d'interrompre leurs cours, pour donner à leurs auditeurs un supplément d'instruction analytique.

La durée de leur cours en est donc diminuée sans que l'enseignement de l'analyse en soit réellement plus complet pour cela.

En conséquence, la Faculté pense que, pour remplir cette lacune, on pourrait charger deux professeurs de renseignement du calcul différentiel et intégral. Dans ce cas, le cours se ferait en deux ans, et chaque année l'un d'eux commencerait son cours.

Tour compléter autant que possible renseignement des sciences mathématiques, il serait nécessaire de fonder à la Faculté une chaire de physique mathématique. C'est là que seraient exposées et discutées la théorie analytique de la chaleur, celle de l'attraction capillaire, celle des vibrations des surfaces élastiques, et en général tout ce qui concerne le calcul des actions moléculaires, qui depuis quelques années ont fait l'objet de tant de beaux travaux de la part de nos plus illustres géomètres. Ce serait certainement favoriser le développement des questions élevées de la physique, et très

252 ENSEIGNEMENT SUPÉUIEUR.

prohahlement préparer Tépoquo où la théorie générale de la cliiinio pourra mettre à prolit les ressources du calcul.

Après la lecture rie ce projet de rapporl, une discussion s'était engagée dans la Faculté.

Voici l'extrait du procès-verbal qui s'y rapporle.

Dans ce rapport on trouve un passage où l'on demande la création d'une l)ii)li()tiièque particulière pour la Faculté des Sciences. M. Tiienard élève des olijcctions contre cette disposition; il lait remarquer qu'on ne pourrait trouver un local convenable et faire en outre les frais d'un bibliothécaire, d'un aide, du chauffage et de l'éclairage, etc.

M. Dumas répond que tout son rapport est destiné à établir la nécessité de donner à la Faculté un local séparé de celui des Facultés des Lettres et de Théologie, comme le sont celles des Facultés de Droit et de Médecine; que d'ailleurs l'organisation de la bibliothèque est telle actuellement qu'on ne peut considérer celte bibliothèque que comme un établissement propre à la Faculté des Lettres.

M. Mirbel observe que le local actuel est beaucoup trop étroit, mais qu'il lui parait difficile d'obtenir une bibliothèque séparée.

.M. Libri expose que, dans l'état actuel des choses, quoique la bibliothèque porte le titre de bihliotlièque de l'Universilé, elle n'est réellement que celle de la Faculté des Lettres, ouvrant et fermant en même temps que les cours de cette Faculté, qui d'ailleurs s'y considère comme seule dominante.

M. Thenard dit qu'il ne faut demander au ministre que ce qu'il peut accorder et qu'on peut espérer en obtenir; qu'en conséquence il faut se borner à désirer seulement que l'on augmente le local ainsi que le nombre des livres de sciences qui s'y trouvent et qui seraient réunis dans une pièce séparée; que surtout il faut demander que des fonds annuels soient destinés à l'achat des livres de sciences, et que la Faculté soit chargée d'indiquer quels sont ces ouvrages.

MM. de lîlainville, Libri et Francœur appuient cette proposition et demandent que la bibliolliè(iue soit ouverte le soir, ainsi que cela est exprimé dans le rapport de M. Dumas, afin d'offrir aux élèves un asile et de les enlever aux lieux de réunion qu'ils ne fréquentent que trop. Ils demandent nièine

ANNLXES. CJô

que les lionres d'ouverliire de la bibliothèque soient telles, que les élevés qui cultivent les sciences puissent, à la suite des leçons, aller consulter les livres qui traitent le même sujet, atln de lever leurs dirilcullés et leurs doutes avant que leur zèle se trouve refroidi ou leur mémoire perdue.

M. Tlienard promet d'appuyer de tout son pouvoir les justes demandes de la Faculté. 11 désire d'ailleurs que le bibliothécaire et le sous-bibliothécaire soient pris, l'un dans les lettres, l'antre dans les sciences.

La Faculté décide que le rapport exprimera le vœu que la bibliothèque ait une enceinte séparée pour les élèves de sciences; que des fonds spéciaux soient accordés chaque année pour en augmenter le nombre; que le choix en soil lait parles professeurs de la Faculté; qu'enfin la bibliollièque lie rLniversité soit ouverte le soir, et aussi aux heures de la journée qui seront réglées dans l'intervalle des cours.

Un autre passage, relatif à l'utilité des manipulations chimiques et physiques de la part des élèves, est supprimé, d'après l'observation de M. Dulong, à raison des frais que cette mesure exigerait, et surtout des dil'ticultés d'y introduire de l'ordre. Cependant M. Dumas fait o])server qu'à l'étranger ces manipulations sont admises, et que l'instruction publique y trouve de granda avantages.

Le rapport demande qu'un cours de mécanique expérimentale soit introduit dans la Faculté, et fait comprendre toute l'utilité de ce cours pour les succès de nos arts industriels et l'enseignement des masses. M. Tlienard dit que celte proposition a déjà été faite, mais qu'elle a trouvé des oppositions; il sera très empressé d'appuyer celte demande : mais, pour le mettre en mesure de réussir, il faut qu'on lui donne un programme, qu'il réclame de M. Dulong.

La discussion s'ouvre sur ce sujet; M. Mirbel dit qu'il a sujet de craindre que l'on ne suppose que ce cours serait mieux placé au Conservatoire des Arts et Métiers.

M. Dumas insiste sur la nécessité de créer cette chaire dans la Faculté des Sciences, et prédit le succès qu'obtiendrait cet utile enseignement. Il pense que ce cours, loin d'être remplacé par celui du Conservatoire, qui n'est destiné qu'aux ouvriers et chefs d'atelier, ce cours, fait comme il le con(;oit, ne pourrait être compris que par des jeunes gens déjà assez instruits dans les sciences mathématiques; par cvemitle, il

2ù-i ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUH.

serait propre aux élèves reçus bacheliers èsscicnces physiques iuix (ils dos mnnuracturicrs et à ceux qui se proposent (rétal)lir des fabriques industrielles.

M. I.ibri conçoit ce cours plus élevé que ne le snppose M. Dumas; il pense que l'euseisnement donné dans tous les autres cours de la Faculté ne snllil pas pour donner l'instruction aux élèves qui veulent connaître les procédés de la mécanique pratique, et qui n'y trouveraient que des généralités et des notions superlkielles. 11 faut exposer les principales applications de la mécanique à l'hydraulique expérimentale, aux cours et écoulements d'eau, à la surface motrice qu'ils produisent, aux moyens de l'employer, et enlln à beaucoup d'autres sujets aussi difficiles qu'importants. M. Libri ajoute que M. Bidone est chargé spécialement, à Turin, de faire un cours d'hydraulique, et que ce cours y a le plus grand succès.

M. Beudant dit qu'à cet égard, dans les pays étrangers, les sciences sont beaucoup plus complètement enseignées qu'en France.

M. Dumas propose que la Faculté décide qu'un cours de mécanique expérimentale, en trente-six leçons, soil demandé pour la Faculté des Sciences.

M. Franciour fait remarquer que, loin de pouvoir considérer le cours élémentaire de mécanique du Conservatoire comme remplissant le but qu'on se propose, il est reconnu que le cours qui est fait à l'Kcole Polytechnique sur ce sujet est insuffisant, et que, dans les écoles d'application du tiénie, de l'Artillerie, des Ponts et Chaussées et des Mines, cette science est de nouveau enseignée. 11 rappelle à cet égard les beaux travaux de MM. Poncelet, Navier, etc., et l'on reconnaît, par les ouvrages publiés par ces savants, que ces leçons sont élevées au même degré que celles de la Faculté des Sciences.

M. ïhenard insiste ponr qu'on lui remette un i)ro;4rannue; M. Dulong dit que la phrase qui a été insérée à ce sujet dans le rapport lui parait suffisante pour faire juger de l'importance de l'enseignement delà mécanique expérimentale dans la Faculté. 11 ne consent pas à rédiger d'autre programme, observant d'ailleurs que ce sujet est, par sa nature, si distinct de la physique, que ce ne serait pas à lui qu'il faudrait le <lemander.

ANNEXES. 'ijj

Sur la proposition de M. Libri, au litni d'insérer dans le rapport de M. Dumas la création d'un cours de niatiiématiques supplémentaires, on demandera que le cours de calcul différentiel et intégral dure deux ans, soit fait par deux professeurs, et puisse ainsi comprendre diverses théories que maintenant il est impossible d'enseigner, sur les intégrales délhiies, le calcul des variations, le calcul aux différences Unies, etc.

>JV

EXTRAIT DES PROCES -VERBAUX DES DELIBERATIONS DE LA FACULTÉ DES SCIENCES. — AGRANDISSEMENT DE LA SORDO.NNE.

(Vdii'pagelS.)

Séance du 18 septembre •1846.

Rapport présenté par M. Dumas, conseiller de lUniversité, doyen de la Faculté des Sciences de Paris, au nom de la Commission chargée d'examiner la question d'agrandissement des bâtiments de la Sorbonne.

Monsieur le Ministre,

Dans une visite que Votre Excellence a faite à la Sorbonne, dès les premiers moments de sa rentrée au Ministère, elle a pu se convaincre, de nouveau, de l'état l'àclieux de l'installation des Facultés qui s'y trouvent logées. L'installation de la Faculté des Sciences, en particulier, déjà si défavorable à la dignité de l'enseignement il y a quelques années, est aujourd'hui tellement en désaccord avec les besoins de la science, avec les exigences d'un auditoire nombreux et choisi, qu'il n'est plus possible d'ajourner la solution des questions qu'elle soulève. Votre Excellence en a été vivement émue, et elle a voulu qu'un rapport circonstancié lui fit connaitrc les moyens de porter un remède prompt et efficace à un mal qui mine dans sa source la prospérité de l'enseignement scientifique (le la ville de Paris, et qui depuis trop longtemps en arrête les progrès.

A l'époque où la Faculté des Sciences fut fondée, on la regardait plutôt comme constituant une commission d'examen pour les grades universitaires qu'elle est chargée de décerner que comme un véritable corps enseignant. Du moins est-on porté à le penser, quand on voit qu'elle fut

fondée, en quelque. sorte, à la coiuiilion de n'avoir aucune collection, aucun laboratoire, et qu'on admit en principe et en pratique qu'elle vivrait d'emprunts faits au Jardin des plantes, à l'KcDle l'olyteclmique ou au Collège de France, établissements qui lui avaient fourni tousses professeurs des sciences naturelles ou expérimentales.

.Vais l'expérience ne tarda pas à montrer à quels inconvénients, à quels embarras, à quels désordres ces empnmts exposent les cûlleclions publiques. Dientùt la Faculté fut obligée de se créer des ressources propres, et cette nécessité est devenue de plus en plus impérieuse, à mesure que les professeurs nommés à l'origine de la Faculté ont été remplacés, leurs successeurs n'étant pas tous titulaires de quelque autre chaire munie d'une collection propre au grand enseignement dont ils sont chargés.

La Faculté des Sciences a donc essayé de pourvoir à ses besoins par elle-même, et, par conséquent, de créer un cabinet de physique, un laboratoire de chimie et des colleclions d'histoire naturelle.

Elle n'a pas perdu de vue que ces collections, ce cabinet, ce laboratoire avaient pour but de satisfaire aux besoins d'un enseignement déterminé, conforme aux programmes adoptés par l'Université, limité aux principes généraux de la science du moment, et qu'ils étaient bien distincts conséquemment des cabinets ou collections du Muséum, par exemple, où tous les détails de la science doivent être représentés.

Mais lorsque la Faculté fut logée à la Sorbonne, il avait paru suflisant de lui assigner quelques amphilliéàtres et quelques salles d'examen; il ne faut donc pas s'étonner si, malgré toute la réserve qu'elle s'est imposée dans la formation de ses collections, elle n'a. jamais pu trouver moven de les loger. C'est en vain qu'elle a mis à profit tous les événements, toutes les chances qui laissaient libres quelques-uns des emplacements de la Sorbonne; c'est en vain qu'autour d'elle une sollicitude efficace lui a fait trouver des ressources souvent inespérées : les besoins croissants de la science ont toujours dépassé au centuple les faibles accroissements qu'elle pouvait se procurer de la sorte.

Depuis quelques années, un fait grave est venu ajouter à sa détresse, en ajoutant aux exif^ouces de son enseignement.

E.>S. SLP. 17

Aujourd'luii il ne suffit plus de renseigiiompiit oral, dont on croyait pouvoir se conlentor autrefois. L'exemple de l'Kcole Polytechnique a dès longtemps fait voir que, si l'on ajoutf à cet enseignement oral un système de leçons pratiques, les élèves font des progrès bien plus sûrs et bien plus rapides. En France, les facultés de médecine, les écoles de pharmacie, les écoles industrielles; à létranger, presque toutes les Universités ont adopté ces manipulations qui mettent les élèves dans le cas de vérifier par eux-mêmes tout ce qui leur a été enseigné dans les cours publics; qui les familiarisent avec le maniement des substances chimiques, avec l'emploi des inslrumenls, avec les méthodes de dissection ; qui les façonnent à l'art difficile d'observer, à l'art d'expi''rimen(er, source vive et inépuisable de toutes les grandes découvertes de la société moderne. Priver jilus longtemps la Faculté de l'aris de cette arme nouvelle et puissante, ce serait la condamner à un abaissement auipiel personne ne voudrait consentir.

Mais on comprend dès lors quel doit être le malaise de la Faculté de l'aris, jetée dans un bâtiment où rien n'est fait pour elle et où elle n'a trouvé que des amphithéâtres mal disposés et insuffisants, où elle n'a jamais pu installer ses collections, et où elle ne saurait trouver aucun moyen d'organiser des laboratoires propres à l'instruction pratique de ses élèves.

Elle trahirait tous ses devoirs envers ses élèves, envers la science, si elle ne réclamait pas de la manière la plus pressante le terme d'un état de gène devant lequel viennent se briser toute l'énergie et tout le zèle de ses professeurs.

Votre Commission a parfaitement apprécié celte situation, et elle va la faire ressortir, en mettant en parallèle l'élat présent de la Faculté des Sciences, l'état auquel on pourrait l'amener en utilisant quebiues parties de la Sorbonne à sou profit, enfin l'état auquel il faudrait la porter pour la niellie au niveau des besoins de la science et pour y créer les imtbodes d'enseignement si bien mises à profit dans les autres établissements d'instruction.

Dans son état actuel, la Faculté des Sciences possède trois am|)hithéàtres ; aucun d'eux n'est ventilé ; deux d'entre eux donnrnt sur la rue et sont exposés à toutes les interrui)lions que le bruit des voitures occasionne. Le troisième est si bas

que les auditeurs y épi'ouveut bientôt un malaise extrême. Tous ces aniphilliéàtres sont mal éclairés. Ceux qui sont, affectés au service de la physique, de la chiniie ou de l'histoire naturelle n'ont, avec les collections ou cabinets qui doivent les desservir, que des communications très incommodes.

Ces cabinets eux-mêmes sont d'une déplorable insuffisance. Le cabinet de physique est obligé d'entasser tous ses instruments ; le cabinet d'histoire naturelle perd tous ses échantillons, que l'huniidité détruit. Le laboratoire de chimie expose rétablissement aux chances d'incendie les pins graves, obligé qu'il est de profiter d'une foule de recoins obscurs pour loger des produits ou des appareils qui ne peuvent plus se placer dans son étroite collection.

L'enseignement de la mécanique, celui de l'astronomie n'ont jamais pu se développer à la Faculté, faute d'appareils ou d'instruments de démonstration, faute de localités favorablement disposées pour les expériences ou les observations.

Si le service de la Faculté, en ce qui concerne les cours ou les collections, est en souffrance, que dire des salles d'examen et du secrétariat? A cet égard, la Faculté ne s'est jamais montrée bien exigeante, mais elle est forcée de reconnaître, par une expérience qu'il serait cruel de prolonger, qu'en plaçant la salle de ses examens et son secrétariat dans une localité excessivement humide, on n'a pas assez tenu compte de l'effet très fâcheux qui pouvait en résulter pour la santé des professeurs ou celle des employés.

Ajoutons à ce tableau que ces amphithéâtres, ces salles de collections, ces cabinets ou laboratoires, tous insufllsanls, la plupart dans un état d'humidité déplorable, sont disbéminés dans toutes les parties de la Sorbonne et ne se prêtent à aucun arrangement convenable pour les besoins du service. La physique, la chimie, l'histoire naturelle ont dû répartir leurs collections de toutes parts, et rendent ainsi tonte surveillance du matériel impossible, son bon emploi très difllcile.

La Commission était depuis longtemps convaincue qu'il ne fallait pas songer à laisser la Faculté des Sciences dans la situation où elle se trouve; mais l'examen circonstancié des localités qui lui sont affectées, et leur comparaison avec celles que possèdent les autres établissements d'instruction publique

de Paris, ont produit sur elle une impression vive et pénible qu'elle essayerait vaiDemenl de vous faire partager, si vous n'aviez pas vu de vos propres yeux tout ce qu'il y a de triste dans celte situation.

Si la Faculté des Sciences devait à tout jamais se borner à un enseignement oral, si ses collections devaient toujours rester fermées au puljlic, si elle entendait persévérer dans son ancien système d'enseignement, elle n'aurait pas d'élèves, mais seulement <les auditeurs. En ce cas, il serait possible de l'installer à la Sorbonne, en construisant quelques bâtiments accessoires pour ses laboratoires et ses colloclions.

Un plan qui sera' mis sous les yeux de Votre Excellence prouve qu'avec une dépense de 600000 à 800000 francs on pourrait construire une galerie parallèle à l'aile orientale de la Sorboiine, et dont la longueur, d'environ cent mètres, permettrait de loger les collections de cbimie, le cabinet de pliysique, les cabinets d'histoire naturelle et la collection de mécanique.

Les diverses divisions de cette galerie seraient d'ailleurs mises en communication avec les amphithéâtres placés au rez-de-chaussée de l'aile orientale de la Sorbonne.

Quant aux convenances de l'enseignement oral, ce projet serait irréprochable, si la galerie projetée ne se trouvait pas forcée de s'éclairer exclusivement au couchant, si elle n'était pas privée d'air et de lumière par l'église de la Sorbonne et par l'aile orientale de la Sorbonne elle-même.

Mais en supposant même que l'enseignement oral trouvât toute satistaclion dans ce projet, il n'en resterait pas moins impossible de rem])lir les vœux légitimes de la Faculté, en ce qui concerne les collections destinées aux études des élèves ou les laboratoires affectés à leurs manipulations.

Est-il utile, est-il indispensable que la Faculté passe d'un système sous l'influence duquel elle a rendu aux sciences des services non contestés, à un système nouveau, et rajeunisse ainsi sa constitution intérieure et ses procédés d'enseignement? Pour quiconque a examiné avec queli|ue soin la marche des sciences, leur application si générale de nos jours, il devient manifeste que la Faculté de Paris ne peut plus demeurer séquestrée dans une abstraction philosophique.

S'agit-il de l'enseignement des sciences pures, elle doit

ANNEXES. 26i

s'aider de tous les moyens matériels qui ont tant de prise sur riiitelligence et sur la mémoire. Elle doit placer sous les yeux et en quelque sorte sous la main de ses élèves tout ce qui peut leur permettre de préciser leurs études, de les approfondir, et, par conséquent, elle doit former des collections publiques à leur usage; elle doit créer des laboratoires pour leurs manipulations.

Ces collections publiques, formées, en ce qui concerne la chimie et riiisfoire naturelle, d'échantillons de ciioix, disposés de façon à faire ressortir leurs caractères et limités aux objets dont la connaissance est nécessaire à une éducation scientifique générale, seront du plus grand secours pour les élèves qui revoient la matière du baccalauréat, pour les études de ceux qui se préparent à la licence.

Le cabinet de physique, la collection des instruments d'astronomie, le cabinet des machines mettront de même sous les yeux des élèves, à chaque instant, des appareils qui, montrés aux leçons d'une manière trop rapide, n'ont pu être examinés par eux qu'au détriment de l'attention que les paroles du professeur exigent.

La vue de ces objets, de ces appareils, sans cesse placés sous les yeux des élèves, les classera dans leur esprit, par cette mémoire des choses, si sûre et si distincte de la mémoire des mots, à laquelle ils sont forcés de recourir quand ils se contentent de lire leur description dans des traités élémentaires.

Les laboratoires que la Faculté réclame, elle entend les appliquer, non seulement aux manipulations de la chimie, mais aussi aux manipulations de la physique et de la mécanique, aux études pratiques de la minéralogie et de la géologie, enfin aux dissections de l'histoire naturelle.

Elle veut que les élèves soient exercés à toutes les opérations de la chimie pratique, à l'emploi de tous les instruments de précision : la balance, le goniomètre ; de tous les instruments de recherche : le microscope, etc.

La Faculté se promet, avec le concours de ses agrégés, d'heureux et prompts résultats de ces modifications; les agrégés interviendront auprès des élèves pour diriger et surveiller les travaux pratiques, et compléteront au besoin les lacunes de l'enseignement oral.

C'est ainsi que les choses se passent à l'École l'olylech-

262 ENSEIGNEMENT SUPÉRIEL'H.

nique; c'est ainsi qu'elles se passent à l'École Normale; c'est ainsi qu'elles doivent se passer à la Faculté, qui, en somme, est l'école libre des sciences, tandis que dans les deux écolesqu'on vient de citer, il y a monopole au prolit de quelques élèves spéciaux.

La justice veut que le bienfait reconnu comme indispensable pour les élèves d'exception soit mis à la portée des élèves libres.

Le principe d'émulation qu'on a voulu introduire dans le concours de l'agrégation perdrait toute sa force, si les moyens d'instruction développés, à si juste titre, à l'École Normale ne l'étaient pas au même degré au profit des élèves libres dans les Facultés.

Et d'aill(>urs, qui ne serait touché de la haute utilité de ces laboratoires livrés à toute l'ardeur d'une jeunesse instruite déjà et impatiente de gloire et de succès? Que do découvertes, que de travaux utiles viendront s'accomplir par ces générations qui, se succédant sans cesse, demeurent toujours jeunes, ardentes, prêtes à obéir au moindre signal de leurs professeurs, lières de devancer parfois leurs inspirations !

Ces laboratoires sont à la science ce que les ateliers de peinture sont aux beaux-arts. La Faculté des Sciences deviendra une école et s'entourera d'élèves destinés à prendre rang parmi les maîtres, si elle peut leur ouvrir ses ressources précieuses, ces laboratoires où viendront se reproduire et s'épurer toutes les grandes découvertes du temps , où il viendra s'en préparer et s'en accomplir peut-être quelques-unes.

Ces vœux, que la Faculté renouvelle aujourd'hui, elle les a cent fois mis sous les yeux de vos prédécesseurs. L'impuissance où elle était réduite à cet égard lui a fait tenter toutes les voies sans succès; jusqu'ici les obstacles semblaient grossir, à mesure que les prières devenaient plus pressantes.

L'honneur de la Faculté exige qu'elle rappelle à Votre Excellence que ces laboratoires de manipulations et de recherches qu'elle espère enfin obtenir de sa bienveillance éclairée, il y a dix ans et plus qu'elle les réclame comme l'une des exigences fondamentales de son institution

Si ce vœu n'a pas été satisfait, si la France a été privée de dix générations de jeunes gens façonnés à l'élude pratique

des sciences et à l'art d'en faire sortir d'utiles découvertes, ce n'est pas à la Faculté qu'il faut s'en prendre : elle a compris ses devoirs et n'a rien négligé pour réussir dans les demandes qu'ils lui dictaient.

Au point de vue de la science pure, qui, jusqu'à présent, constitue le caractère essentiel des cours do la Faculté, les additions et développements qu'elle réclame sont devenus nécessaires, si l'on veut maintenir en France l'enseignement des sciences à la hauteur où il est porté dans des pays voisins.

Mais ces mesures deviennent bien autrement indispensables, si la Faculté des Sciences est destinée à réunir, dans un avenir prochain, la science pratique aux études philosophiques, qu'elle a, jusqu'à ce moment, plus particulièrement envisagées.

Beaucoup de bons esprits sont convaincus que le moment est venu de fonder dans l'Université une licence ou un doctorat es sciences pratiques, qui serait en harmonie avec la licence en droit et le doctorat en médecine, et qui prémunirait la société contre ces conseillers qui, se donnant à euxmêmes des brevets de capacité et de science, offrent à l'industrie, sous le titre d'ingénieurs, une coopération qui pourrait être mieux garantie.

Ils ne croient pas qu'avec les développements immenses que prennent aujourd'hui les applications de la mécanique, de la physique, de la chimie, il soit permis à l'Université de se tenir en dehors de ce mouvement qui s'opère autour d'elle ; ils la regardent comme obligée de faire pour les sciences pratiques ce qu'elle a fait pour la médecine ou le droit, ce que l'État a fait pour la marine ou la guerre, pour les ponts et chaussées ou les mines.

Ils supposent que les exigences du service des chemins de fer où la vie de tant de voyageurs est sans cesse menacée, que les besoins de tant d'usines où la vapeur et les autres moteurs mécaniques jouent un si grand rôle, assigneraient une place utile et lucrative à des hommes qui auraient subi un examen authentique et qui seraient porteurs d'un diplôme garant de leurs connaissances mécaniques.

ils croient que l'art des constructions civiles aurait beaucoup à gagner, si nos architectes faisaient preuve non seulement de ces connaissances artistiques, de ce goùl éprouvé

qu'on clierche à leur transmettre, mais aussi de ces notions exactes de physique pratique ([ui leur sont indispensables pour prévoir et assurer les moyens de cliauffage et de vciililation qui man(iuent dans toutes leurs constructions. Cetle mesure produirait, à la fois, économie générale de combustible, assainissement de nos habitations et amélioration certaine de la santé pnblifiue.

Ils admettent (pie des épreuves caj)ables de constater des connaissances étendues en chimie praticjue ouvriraient à la jeunesse, dans nos fabritines si variées et si nonibreuses, dans nos exploitations agricoles si dignes de la sollicitude de l'État, une vaste carrière. Leur coopération éclairée agrandirait de toutes parts le cercle de la production, tout eu abaissant le prix de revient des produits; elle accroîtrait le bien-être des masses tout en assurant mieux encore les bénéfices des propriétaires du sol ou des usines.

En résumé, on croit qu'avec le développement de l'industrie, qu'avec l'influence extraordinaire que les sciences exercent aujourd'hui sur ce développement et par suite sur toutes les branches de la richesse publique, sur la situation de toutes nos fortunes, il est tout aussi néce.^saire d'introduire dans la société des hommes d'une science pratique, garantie par la licence ou le doctorat, qu'il l'ait jamais été de lui donner des licenciés ou des docteurs pour la discussion des intérêts des citoyens ou pour le gouvernement de leur santé.

Convaincu que la Faculté des Sciences devra bientôt se mettre en mesure de satisfaire à ces besoins d'une civilisation nouvelle, on pense donc que l'espace étroit qu'elle occupe aujourd'hui, que l'espace un peu plus large qu'on pourrait lui offrir par la création d'une galerie parallèle j l'aile de la Sorbonne où seraient placés ses ami)luth(''àtrcs, sont si loin des exigences véritables du rôle qu'elle devrail remplir, qu'on n'hésite pas à proposer en sa faveur des améliorations calculées sur une base plus l.arge.

En résumé-, il s'agit de créer une Faculté des Sciences vraiment digne de ce nom et où les élèves trouvent réunis, comme dans nos Facultés de Médecine, tous les moyens d'instruction, c'est-à-dire des cours publics, des collections d'éludé à leur usage, une bibliothèque spéciale, des laboratoires pour leurs études pratiques, et où ils soient soumis à de fré-

qiionts examens par les agrégés, afm que leurs progrès journaliers soient constatés et garantis.

l'our amener la Faculté des Sciences à cet état nouveau, il faut une étendue de terrain considérable; en ell'et, les laboratoires de chimie, d'anatomie exigent des cours spéciales et réservées. 11 en est de même des laboratoires qu'on pourrait créer en vue d'y faire exécuter par les élèves certaines expériences de physique mécanique.

En outre, l'administration d'une Faculté ainsi développée, la surveillance de ses collections exige que le doyen, le secrétaire et quelques employés soient logés dans l'établissement.

Eutin des salles d'examen plus nombreuses deviendraient tout à fait indispensables, si l'on développait le système des examens journaliers faits par les agrégés de la Faculté, et où les élèves régulièrement inscrits viendraient puiser des conseils et essayer leurs forces avant de se présenter à l'examen définitif de la Faculté.

En adoptant ces diverses bases, on arrive à établir qu'une surface d'environ 4000 à 5000 mètres carrés est nécessaire pour l'emplacement de la Faculté des Sciences.

On peut la trouver soit en transportant la Faculté hors de la Sorbonne, ou même hors du quartier Latin, soit en agrandissant la Sorbonne du côté de la rue Saint-Jacques ; soit en l'étendant, au contraire, du côté de la rue des Slathurins.

Tous les avis sont d'accord pour repousser la translation de In Faculté des Sciences hors de la Sorbonne, hors du quartier Latin.

L'alliance de la Faculté des Lettres et de la Faculté des Sciences est également ulde à l'une et à l'autre; elle le deviendra de plus en plus à mesure que chacune d'elles aura mieux déterminé son but et les moyens de l'atteindre. Il est bon que les élèves de la Faculté des Sciences se tiennent au courant des procédés de la critique qui s'appliquent à tout, et des secrets de ce style qui persuade et qui éclaire, secrets nécessaires pour toutes choses et pour tous. 11 convient que les élèves de la Faculté des Lettres soient initiés à ces grandes questions que la science agite de nos jours et qui donnent à la société de nouvelles forces dont l'histoire devra tenir compte, à la poésie de nouvelles images qu'elle saura s'approprier.

Comment séparer de ces deux Facultés la Faculté de Théologie? Faudrait-il que les ministres du culte, que les personnes pieuses qui en suivent les cours, fussent détournés de venir prendre place sur des l)ancs où ils entendront décrire et expliquer les merveilles de la nature, où ils pourront puiser une connaissance approfondie de l'histoire et de la philosophie? Non, sans doute, l'étude de la terre et des cieux, celle des êtres qui animent notre gloire, l'examen des lois qui président au mouvement des astres, de celles qui règlent la vie de la plante la plus humhle ou du moindre ciron, enfin l'étude de l'intelligence humaine elle-même, fout cela rentre trop clairement dans le vaste domaine de la théologie pour qu'il soit hon de séparer des autres Facultés celle qui enseigne la science de Dieu.

On pense donc qu'il faut maintenir cette alliance étroite et salutaire qui fortifie les trois Facultés par leur union et leur rapprochement, par la fusion de leurs auditeurs. L'austérité de la pensée, l'élégance du langage et la sûreté du goût; l'habitude de l'observation, de la recherche et le génie de l'invention, tout ce qui soutient le cœur de l'homme, tout ce qui élève et ennoblit son intelligence, continuerait à trouver place autour du même foyer, si le vœu de la commission était satisfait.

11 ne reste à résoudre qu'une question de convenance locale. Faut-il transporter les développements de la Sorbonne du côté de la rue Saint-Jacques? Faut-il, au contraire, les porter du côté de la rue des Mathurins?

Dans la première hypothèse, on favorise l'alignement de la rue Saint-Jacques ; on se place à proximité du collège de France ; on crée un vaste ensemble d'une régularité qui se prête à des distributions faciles, commodes et dignes d'un grand établissement public. Mais on est forcé d'acquérir des maisons qui ont vue sur la rue Saint-Jacques ou sur la place des Poirées, et l'on est conduit ainsi à des dépenses considérables pour l'acquisition du terrain.

En prolongeant, au contraire, la Sorbonne du côté de la rue des Mathurins, on atteint des maisons mal situées, d'une valeur moindre, et on ouvre une rue qui, partant de la place Cambrai, viendrait aboutir, si elle était prolongée, à l'École de Médecine, et préparerait ainsi une facile communication entre le faubourg Saint-Germain et le pays

Latin, c'est-à-dire entre les principaux quartiers de la rive gauche.

Mais cette rue couperait obliquement le grand axe de la Sorbonne ; elle fournirait donc un lorrain mal préparé à rétablissement des bâtiments qu'il s'agit d'y fonder; elle donnerait, il est vrai, à la Sorbonne, une façade, une grande entrée, mais celle-ci serait oblique à l'axe du monument; enfin, toutes les maisons actuelles de la rue Saint-Jacques demeurant à leur place, la Sorbonne, qui a tant besoin de calme et de silence, ne serait pas plus isolée qu'aujourd'hui des bruits qui troublent son enseignement.

Tout en tenant compte de la différence importante qui se remarque dans le prix d'acquisition des divers terrains nécessaires dans les deux systèmes, la Commission s'est prononcée, à l'unanimité, en faveur d'un projet mixte qui étend la Sorbonne jusqu'à la rue Saint-Jacques et à la place des Poirées, et qui l'isole du coté de la rue des Mathurins par une rue qui pourrait, au besoin, demeurer à l'état de projet, mais dont l'utilité est facile à comprendre. Le programme adopté par la Faculté, et joint à ce rapport, est pleinement satisfait par l'avant-projet que M. l'architecte de l'Université a préparé sur ces bases.

Votre Commission est donc d'avis, à l'unanimité, qu'il y aurait lieu de porter ce projet au Conseil des bâtiments civils et de le soumettre ensuite à une discussion contradictoire avec la ville de Paris.

Elle pense, en effet, que la ville de Paris devrait intervenir et se charger de l'achat des terrains ; l'Etat, de son côté, demeurant obligé à l'égard des constructions nouvelles à y élever, constructions qui, du reste, deviendraient la propriété de la ville et devraient être entretenues par elle en bon état de réparation à l'avenir, selon le contrat général passé entre la vilie et l'Université.

La Faculté des Sciences, mise en possession de son nouveau logement, laisserait vacants divers emplacements disséminés dans les bâtiments de la Sorbonne et occupés par ses collections ou ses amphithéâtres. En les attribuant à la Faculté de Théologie, à la Faculté des Lettres ou à l'Académie de Paris, on com|)léterait facilement l'installation définitive de ces trois services. La Commission regarde comme inutile de rien prévoir à cet égard en détail ; elle croit que c'est à un examen ultérieur à en décider plus tard.

208 tiRSEIGNEllENT SUPÉRIEUR.

Elle fait reinarquor, toutefois, que la Faculté de Théologie a son atnpliitliéàtre placé au second étage au-dessus de l'entresol, dans un local d'un abord diflicile et incommode.

Cet ampliilliéàtre ne contient que !250 personnes ; or la Faculté aurait besoin d'un anipliitiiéàtre mieux situé et plus spacieux, soit pour quelques-uns de ses cours, soit pour les thèses du doctorat, qui sont toujours soutenues avec solennité et qui attirent un grand concours.

La Faculté de Tiiéologie réclame : 1° y\n amphithéâtre pour GOO à 700 personnes; 2" un ampiiithéàtre jiour 200 à 2Ô0 personnes; 5° une salle pour les examens; 4° un secrétariat.

La Commission croit utile de rappeler, quant à la Faculté des Lettres, qu'elle ne possède qu'un seul amphilhéàlre trop étroit pour quelques-uns de ses cours, qui pourtant n'osent pas aborder la vaste enceinte de la salle du Concours général.

Enlin il y a deux points qui se sont présentés incidemment à la discussion, et sur lesquels la Commission n'a pas d'avis formel à exprimer, sans doute, mais sur lesquels elle désirerait fixer l'attention de Votre Excellence.

La Faculté des Sciences a émis souvent le vœu qu'il fût institué, à la Sorbonne même, une bibliothèque spéciale des sciences placée sous sa direction •. Votre conunission, ayant à examiner si, dans les nouveaux bâtiments de la Faculté, il y aurait à se préoccuper de l'installation d'une bibliothèque, a cru qu'il était plus convenable de laisser à la bibliothèque de l'Université son unité actuelle, d'en faire la bibliothèque de l'Académie de Paris, et de la diviser en trois départements : celui des lettres, celui des sciences et celui de la théologie, avec un bibliothécaire et trois sous-bibliothécaires ; chacun, de ces derniers pourrait être choisi sur la présentation de celle des Facultés, dont le service spécial lui serait conhé;le fonds d'accroissement de la bibliothèque pourrait être partagé et mis en partie à la disposition des Facultés.

Le second point qui s'est offert à la délibération de votre Commission a trait à la salle de distribution des prix du Concours général.

1. Divers rapports de la Faculté qui remontent h près de six années demandent, d ailleurs, que cette bibliothèque spéciale des sciences soit ouvfite le soir It la jeunesse des écoles. Ce vœu va eulin obtenir salisfaction,

La salle actuelle est insuffisante, et sa décoration manque de dii^qiité et de convenance ; elle menace ruine.

Trouver un local propre à recevoir '2500 à 5000 personnes est chose dilVicile et quelquefois nécessaire pourtant à Paris, indépendamment des besoins réguliers et annuels du Concours général.

Votre Commission, frappée de ces considérations, approuve une disposition qui lui a été proposée par M. l'architecte de ri'niversilé et au moyen de laquelle, eu prolongeant vers la rue Saint-Jacques le bâtiment de l'église actuelle de la Sorboime, on obtient une salle propre à former un amphithéâtre poin- 'J500 personnes, au moins.

Les débouchés faciles de ce vaste local, son heureuse liaison avec les bâtiments des trois Facultés et ceux de l'Académie de Paris, réunissent toutes les convenances que l'Université est en droit d'exiger; son indépendance des autres bâtiments de la Sorbonne est telle d'ailleurs qu'on pourra toujours l'afiecter momentanément à d'autres services, sans (pit' ceux auxquels la Sorbonne elle-même est consacrée en éprouvent la moindre gène.

Conclusion :

La Commission vient donc, d'un avis unanime, prier Votre Excellence de vouloir bien envoyer le programme de la Faculté des Sciences et l'avant-projet préparé par M. l'architecte de l'Université, au Conseil des bâtiments civils. La Commission pourra en discuter avec lui les bases et les détails, pour le I)réparer à un examen ultérieur qui en serait fait avec .MM. les délégués du Conseil municipal de la ville de Paris.

A la suite de ce rapport, le Ministre prit l'arrêté suivant :

xNous, Ministre secrétaire d'Ktat au département de l'Instruction publique, grand-maître de l'Université de France;

Considérant (|ue le service de l'Académie et des Facultés, et parliculiérenient de la Faculté des Sciences, exige des améliorations et agrandissements dans l'édifice delà Sorbonne ;

(jiie les dépenses à faire doivent être, en partie, à la charge de la ville de Paris, en partie à la charge de l'État;

Vu la lettre du 29 août dernier, par laquelle M. le Préfet de la Seine désigne les membres du Conseil nnmicipal qu'il propose d'adjoindre aux membres dt> l'Universilé qui seront choisis par nous, à l'effet de composer une conunission mixte chargée d'examiner le projet de restauration et d'agrandisfement qui nous a été présenté ;

Avons arrêté et arrêtons ce qui suit :

Art. 1".

Il est formé, pour prendre connaissance des plans et rapports relatifs aux travaux projetés à l'édifice de la Sorbonne et émettre, à cet égard, un avis motivé, une commission mixte composée de délégués de l'Université et des membres du Conseil municipal de Paris désignés par le Préfet de la Seine.

Art. 2.

Sont nommés membres de ladite Commission :

MM. le baron Thenard, chancelier de l'Université, pair de France, président ;

L'Inspecteur général vice-recteur de l'Académie de Paris ;

fialis, membre du Conseil municipal;

Pelassy de l'Ousle, membre du Conseil nnmicipal;

Périer, membre du Conseil municipal;

Horace Say, membre du Conseil municipal ;

Mortimer-Ternaux, membre du Conseil municipal ;

Dumas, doyen de la Faculté des Sciences ;

Victor Le Clerc, doyen de la Faculté des Lettres;

L'abbé Glaire, doyen de la Faculté de Théologie;

Puuillet, professeur à la Faculté des Sciences.

M. Durand, arcliitecte de !a ville, et M. de Gisors, architecte de l'Université, seront adjoints à la (^onnnission en qualité d'architectes.

Fait au chef-lieu de l'Université, le 18 septembre 18iG.

Signe : Salvanuï.

EXTRAITS DES PROCÈS -VERD.VUX DES DÉLIBÉRATIOSS DE L\ FACULTÉ DES SUENCES. — AGRANDISSEMENT DE LA S0U150NNE.

(Voir page 24.)

Séance du 15 décembre 1874.

Présents : MM. Milne Edwards, Chasles, Jamin, de Lacaze- Duthiers, Duchai tre , Deialosse, Desains, Hébert, Ilermite, Puisoux, Briot, Bouquet, Deville, Bert.

M. le doven rappelle à ses collègues que, sous le ministère de M Jules Simon, il a été mis en demeure d'exprimer les vœux des membres de la Faculté au sujet des besoins des différentes branches de l'enseignement dont elle est chargée, et que chacun des professeurs lui a remis à cette époque une note de ses desiderata.

Ces notes avant été communiquées à M. l'architecte, celui ci a bien voulu se rendre à une réunion officieuse des membres de la Faculté. Il a alors déclaré qu'il serait impossible de donner satisfaction à l'aide des terrains destinés à la Faculté des Sciences d'après le projet d'agrandissement de la Sorbonne, dressé vers 1852, mais qu'au moyen de combinaisons administratives on pourrait probablement lui donner tout l'espace qu'elle désirait, à la condition de la transférer dans les annexes du jardin du Luxembourg.

11 avait été d'abord question d'un emplacement bordant le boulevard Saint-Michel: mais ce lot, disponible dans cet emplacement, lui paraissait trop exigu, et il avait proposé un projet de construction sur un terrain contigu au jardm du Luxembourg, à l'allée de l'Observatoire et à la rue d'Assas. M. l'architecte pla(;a sous les veux de la Commission le plan en question.

M. le doven fit observer que, vu l'éloignement, la faculté se trouverait isolée à tel point que les études auraient beaucoup à en souffrir, et il appela son attention sur d'autres

combinaisons. M. le doyen n'ayant pas été autorisé à consulter la Faculté dans ces questions, aucune trace des conversations qu'il vient de rappeler n'existe dans les procèsverbaux, mais la plupart de ses collègues ont dû en garder le souvenir.

Le vote récent du Conseil municipal rend urgent l'examen de la question soulevée. Dans la dernière séance du Conseil des doyens, plusieurs membres ont signalé les inconvénients d'une séparation entre la Faculté des Lettres et la Faculté des Sciences. M. le doyen pense qu'en vue de nous conserver à la Sorbonne, l'Administration centrale serait disposée à nous donner la totalité des terrains bordant la rue Saint-Jacques, de la place Gerson à la rue des Écoles, ainsi que les terrains vagues en retour sur la rue des Écoles et la rue de la Sorbonne; il pense que, dans ces conditions, la Faculté, tout en ayant moins d'espace que dans le projet du Luxembourg, pourrait être installée d'une facjon très convenable. M. le doyen informe l'assemblée qu'il a obtenu l'autorisation verbale de consulter oriiciellement la Faculté à ce sujet.

M. Duchartre trouve qu'il serait désastreux pour l'Université que la Sorbonne cessât d'être le centre de l'enseignement scienliOque et littéraire, que, pour sa part, il préférerait être à l'étroit plutôt que de voir la Faculté s'éloigner, non seulement de la Faculté des Lettres, mais du collège de France, de l'École de Médecine, du Muséum, en un mot, de quitter le quartier des Écoles.

M. de Lacaze-Dulliiers appuie l'opinion de M. Duchartre. M. Jamin émet le même avis. M. Hébert reconnaît que ce transfert présenterait de grands inconvénients, mais que la Faculté ne peut pas vivre dans les conditions actuelles, et que, si l'on ne donnait pas aux laboratoires un espace très considérable autour de la Sorbonne, il lui paraîtrait indispensable de s'en aller.

M. Bert trouve également que c'est chose grave que le déplacement de la Faculté; que, dans son opinion cependant, il serait préférable d'aller au Luxembourg si l'on offrait des compensations au point de vue de la facilité du travail; que, si l'on reste à la Sorbonne, il est nécessaire d'attribuer au service de la Faculté des Sciences tous les terrains disponibles autour de cet établissement. Encore aurait-on de la peine à trouver là une installation suffisante, sinon pour le

AlN'XEXES. 273

présent, du moins pour l'avenir; que, pour ce qui est de la question au point de vue parlenienfaire, tout fait craindre qu'on ne disjoigne l'École de Médecine de la Faculté des Sciences, les plans de la prenîière étant terminés et la question complètement étudiée.

M. le doyen propose de renvoyer l'étude de la ([uesliou de l'établissement des services de la Faculté sur les terrains avoisinant la Sorbonne à une commission composée des membres de la Faculté qui ont des collections on des laboratoires. La Faculté appuie cette proposition et décide qu'elle se réunira à très bref délai.

Séance du 18 décembre 1874.

Présents : MM. Milne Edwards, Desains, Duchartre, Jamin, Briot, liouquet, Cbasles, Hébert, Bert, de Lacaze-Dulliiers.

Le procès-verbal de la séance du 15 décembre dernier est adopté.

M. le doyen informe l'assemblée que M. Lbeureux, arcliitecte du cinquième arrondissement, a été convoqué pour donner des renseignements, qu'il se tient à la disposition de l'assemblée. M. Lheureux est introduit.

M. le doyen demande à M. l'architecte si, comme on l'a dit, la Ville aurait l'intention de prélever une bordure de 55 mètres environ sur le terrain du Luxembourg qui serait concédé à la Faculté des Sciences et limité par l'allée de l'Observatoire, la rue d'Assas et la rue de rAbbé-de-rKpéi% terrain d'une superficie de 15 000 mètres carrés. M. l'arcliitecte dit qu'aucune réserve n'a été faite et que la totalité du terrain sera abandonnée à la Faculté. Il met sous les yeux des membres de l'assemblée le plan qu'il a étudié, et il donne à plusieurs membres les explications relatives au mode dinslallation des différents services. M. le doyen remercie M. Lheureux, qui se retire.

M. Dert dépose la proposition de loi renvoyée à la commission du budget, ayant entre autres pour objet la construction d'une Faculté des Sciences de Paris.

M. le doyen informe l'assemblée que les professeurs intéressés se sont réunis avant-hier pour voir comment on pourrait s'établir sur les terrains avoisinant la Sorbonne et limi-

EXS. SLP. 18

tés par la partie nord de la Sorbonno, la rue de la Sorbonne, la rue dos Ecoles et la rue Saiiil-Jaciiues jusqu'à la place- Gerson. M. le doyen pense que, dans ces conditions, il pourrait être donné satislacliou à tous les services, et qu'il y aurait lieu de demander que la Faculté restât à la Sorbonne; il dépose un croquis du projet d'installation.

M. Bert pense (ju'il ne faut encore rien demander ; qu'on est en présence de deux plans; qu'on pourrait, dans l'indécision, conclure que les éludes ne sont pas encore achevées, et voir venir.

M. Duchartre n'est pas de l'avis de M. Bert. Il pense que, si la Faculté a un intérêt majeur à rester à la Sorbonne, il faut le faire counaitre et arriver avec des éludes terminées; que c'est dans ces conditions que la Faculté arrivera à la réalisation de ses vues.

M. de Lacaze-Dutbiers fait observer que la Faculté s'est déjà prononcée sur son désir de rester à la Sorbonne. M. le doyen répond que, jusqu'à présent, il n'y a eu aucun vote, et qu'avant d'eu référer au Ministre il désire soumettre au vole de l'assemblée les décisions à prendre par la Faculté.

M. Bert propose d'ajourner la suite de la discussion au dimanche '2() décembre. L'assemblée, à la majorité des voix, décide que le vote sur la question sera remis au dimanche 20 décembre à 1 heure, et qu'une convocation sera adressée à cet effet à chacun de ses membres.

SCancc du 20 décembre 1874.

Présents : MM. Milne Edwards, Chasles , Ilermite, Hébert, Puiseux, Delà fosse, De ville, Bouquet, de Lacazc-Duthiers, Briot, Ducharlre, Desains, Jamin, Bert,

Le secrétaire donne lecture du procès-verbal du 18 décembre, qui est adopté.

M. le doyen, reprenant l'exposition du croquis qu'il a déposé à la der/.ière séance, fait remarquer que, s'il y avait insuflisance pour l'installation des services de la Faculté, on pourrait augmenter considéiablenient la surface en élevant uno pai'tie des liàtinients.

M. II. Saiiilp-(:i;iirc Dcville voudrait les cours à la Sorbonne^ les tra\;m\ pi;)li(iii(;s au Luxembourg.

M. Bert convient qu'il y a un inconvénient très grand à quitter la Sorbomie; mais il y a un terrain de 15 000 mètres carrés qui est offert; en quittant la Sorbonne, on perdra des auditeurs, mais au Luxembourg on aura des élèves; au Luxembourg d'ailleurs, l'isolement ne sera pas aussi complet qu'on peut le craindre, puisque l'École de Pharmacie. l'Hôpital des cliniques doivent y être installés. Au surplus, des moditications dans le régime de l'enseignement sn[)éneur peuvent amener un plus grand nombre d'élèves; des docteurs peuvent être autorisés à faire un enseignement libre indépendant dans les Facultés ; ils demanderont des moyens d'action, et la îSorbonne ne pourra plus s'étendre, puisqu'il n'y aura plus de terrains libres avoisinants. En résumé, on peut s'installer dans les terrains avoisinant la Sorbonne d'une manière à peu près suftisante pour les besoins actuels, mais il n'y aura rien de réservé pour un avenir qui n'est peutêtre pas trop éloigné.

M. Deville pense que, l'étude des sciences s'étendant dans les lycées, le nombre des élèves des Facultés augmentera, sinon dans les cours, au moins dans les faboratoires ; qu'en ce moment il ne peut recevoir tous les élèves qui se font inscrire pour les laboratoires d'enseignement et que, par conséquent, il faut de la place; aussi votera-t-il comme M. Bert.

M. Duchartre ne croit pas que la Faculté doive s'éloigner de la Sorbonne : l'auditeur d'un coure devient quelquefois un élève ; d'ailleurs le nombre d'élèves n'augmentera que lorsque les grades acquis assureront une situation aux travailleurs. 11 considère qu'il faut de moins en moins compter sur un public ayant un goût désintéressé pour la science; d'ailleurs le nombre d'élèves ne diminuera-t-il pas par la création de grands centres universitaires? Il y a des conditions qui font de la Sorbonne le foyer des études : il est prudent d'y rester.

MM. Hermite et de Lacaze-Duthiers, comme M. Duchartre, pensent (|u'il ne faut pas s'éloigner des établissements scolaires qui nous entourent.

iM. le doyen ne voit pas l'avenir aussi en beau que M. Bert. S'il y a affluence d'élèves, la Faculté obtiendra les laboratoires dont elle pourra avoir besoin; et si l'espace manquait dans le périmètre de la Sorbonne, il ne voit pas pourquoi on n'é-

tal)lirnit pas dos Inboraloires annoxos sur les terrains du lycée Louis-le-Crand ou do la rue des Cordiers; mais, pour le moment, il y aurait pent-(Mre dauLicr à ([uiller la Sorbonne. En tout état de cause, il croit devoir soumettre nu vote de rassemblée les propositions suivantes, qu'il transmettra à l'autorité compétente, si elles sont adoptées:

1° La Faculté estune qu'il lui est impossible de s'installer dans les bâtiments qui lui étaient attribués du côté de la rue Saint-Jacques dans le plan pour ragrandissenienl de la Sorbonne présenté vers iSoS.

Cet article, mis aux voix, est adopté à l'unanimilé.

2° Qu'elle pourrait être bien installée dans les bâtiments nouveaux qu'occuperait la totalité des terrains situés au nord et à l'est de la Sorbonne actuelle et limités par la rue des Écoles, la rue Saint-Jacques jusqu'à la place Gerson.

L'article mis aux voix, le résultat du scrutin donne 12 voix pour l'adoption, 2 voix contre.

0° Qu'il y aurait, pour l'enseif^nement, des inconvénients graves à son éloignement de la Sorbonne; mais que, dans le cas où la totalilé des terrains susmentionnés ne pourrait lui être attribuée, il serait préférable de la transjiorler sur les terrains adjacents au jardin du Luxembourg, dans les bâtiments nouveaux indiqués sur le plan dressé par M. l'arcbitecte et limités par l'allée de l'Observatoire, la rue d'Assas, la rue de l'Abbi^'-de-rÉpée, d'une contenance d'environ 15 000 nièlres carrés.

Le scrutin doiuie 8 voix pour l'adoption, 5 voix contre.. 4 bulletin blanc : l'article 3 est adopté.

A" Qu'à la condition d'être installée conformément aux indications contenues dans l'article 2, la Faculté demande à rester à la Sorbonne.

L'article 4 est adopté, le scrutin donnant U voix pour l'adoption et 1 voix contre.

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