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n'auront pas besoin de dire, ce dont vous vons souviendrez tous, c'est avec quel zèle ces niyilres ont mulliplié leurs soins pour se préparer en vons des héritiers de leurs niélhodes, des continuateurs de leurs reelierclies, des amis (le la science à laquelle ils ont dévoué leur vie. Afin de mieux assnrer le bienfait de leur direction, vous avez vonlu vons grouper librement à coté d'eux, sous leurs auspices; vous avez compris que, quelque assistance qu'on trouve autour de soi, il n'y a de force durable que celle qu'on tire de soi : c'est de ce sentiment qu'est sortie votre association.
Conçu avec résolution, le projet a été poursuivi avec safresse. On est assez disposé à ne pas refuser au tempérament Irançais l'enthousiasme et l'élan, les qualités (jui procurent la gloire ou le bonheur d'un jour; on nous accorde moins volontiers l'esprit d'organisation qui crée, la persévérance qui fonde. Nous sommes heureux de reconnaître dans votre jeune entreprise tous les caractères qui assurent la durée. Vous vous y êtes engagés modestement, presque obscurément, ne recherchant point le bruit, évitant même les occasions qui vous étaient offertes de vous produire. Vous aviz vécu chez vous, justement ambitieux de vous consliluer avant de vous répandre. Aujourd'liui vous avez votre siège social, vos assemblées, votre bulletin, votre budget, — budget qui se solde en équilibre, ce qui n'est point commun, — budget avec fonds de réserve, chose plus rare encore. Vous é{\oz vingt-cinq à l'origine; demain vous serez sept cents. Vous avez commencé avec deux chambres, vous occupi z maintenant deux étages. Vos meubles vous appartiennent, et vous payez l'impôt. Voilà le fruit légitime de dei:x années de conduite, j'allais dire d'administration, jud cieuse et suivie.
Le secret de cette sagesse, je le trouve dan^ v<js .slafiils : vons êtes une société d'assistance de travail. Les iiograiilirs de Franklin racontent qu'inquiet des passions cpii muIuui' de lui divisaient les esprits, il eût voulu former nu grand larli delà vertu et que. pour mieux di-teiininfr les c 'udilii ns de cette nouvelle alliance, il se proposait de p:.biier un livre sur « l'art de la vertu ». Le livre ne parut ptniil : il et dt plus facile d'en concevoir l'idée que de l'exécuter. Le parti ne se forma pas davantage, chacun se ftisaut trop ai.-ément de sa passion une vertu. Franklin se rédnisil alors, dil-on, à préparer un grand parti du travail, \oiis êtes, Messieurs,
ce parti. Il n'y a pas de lien plus sûr que le travail; et, ainsi que vous le disait éloquemuient le ministre que vous comptez parmi vos membres honoraires, rien ne saurait mieux vous garantir de la contagion du pessimisme et de la désespérance, ces maladies des volontés perverties et des âmes énervées. Le travail ne fût-il pas la plus élevée des jouissances, vous en devriez l'exemple viril dans une société où l'activité est la loi nécessaire. C'est la dette qui s'impose à votre patriotisme. Bien aimer son pays à votre âge, c'est se préparer énergiquement à le servir. La France a besoin de se sentir, par vous, jeunes gens, profondément unie dans le souci de l'avenir, laborieuse, saine et forte.
Ce que l'habitude du travail aura commencé, le goût des choses de l'esprit l'achèvera. Vous êtes ici tous ou presque tous appelés à conquérir des grades. L'un des bienfaits de la réforme de notre enseignement supérieur sera d'avoir fourni, aux services publics auxquels il se rattache, des praticiens mieux instruits, et préparé, pour les lycées et les collèges, le complément de personnel enseignant que l'École Normale, nécessairement réservée au petit nombre, ne pouvait leur donner. Mais, au delà de cette instruction professionnelle qui vous est si libéralement offerte, vos maîtres, vous le savez, visent une éducation d'une portée plus haute. Ce n'est pas seulement l'apprentissage d'une fonction qui vous est assuré dans des conditions incomparables, c'est l'apprentissage de la science même. Chaque jour vous voyez dans tous les ordres de la recherche et de la pensée le champ de vos études s'agrandir. En pliilologie, en histoire, comme en chimie et en physiologie, l'esprit d'analyse, pénétrant les faits, les classe, les coordonne, renouvelle, pour ainsi dire, la matière des connaissances humaines, et l'esprit philosophique, s'emparant à son tour de ces éléments, en établit la genèse et en déduit les lois. Ces grandes élaborations de la science auxquelles il vous est donné de prendre part en attendant que votre tour soit venu de les diriger, ne représentent pas seulement ce qu'on pourrait a])peler la part contributive de la France dans les conquêtes intellectuelles auxquelles elle a apporté de tout temps un si large concours; elles sont pour une société démocratique une indispensable condition de vie. Si, chez une nation où tout repose sur le suffrage de tous, il est nécessaire d'assurer à
tous le fonds du patrimoine commun, le devoir n'est pas moins impérieux de développer, chez ceux qui peuvent y prétendre, la haute culture sans laquelle un peuple serait bientôt amoindri et désemparé. En se répandant comme elle doit se répandre, sans compter, l'inslruclion court le risque de s'abaisser, si, par l'effort des meilleurs de ceux qu'elle a mis en lumière, elle ne s'élève. C'est la loi suprême en même temps que l'honneur d'une grande démocratie, défaire sortir de son sein une élite qui la dirige.
Un autre caractère mérite d'être signalé dans votre œuvre. I/isolement où vivaient les Facultés a pris fin. Confirmées, fortifiées même, cliacune dans son existence propre et son indépendance nécessaire, elles ont été du même coup rapprochées dans leurs intérêts généraux, de façon que les divers enseignements qu'elles représentent s'éclairent les uns par les autres et se complètent. Et comme si la pensée qui a inspiré le nouveau règlement n'était pas encore suffisamment marquée à votre profit dans la teneur du décret du 28 décembre 1885, un article additionnel a été inséré, portant que des mesures spéciales détermineraient les facilités de travail qui doivent vous être données pour ces études communes. L'objet de votre association générale, qui n'exclut point les associations particulières, mais qui les embrasse toutes, montre assez que vous vous faites vous-mêmes une idée juste de celte solidarité.
Ajouterai-je que les patronages, illustres entre tous, sous lesquels vous vous êtes de vous-mêmes placés, vous engagent et vous obligent. L'an dernier, c'était M. Chevreul qui présidait votre assemblée. S'il n'a pu venir ce soir, sa pensée, soyezen sûrs, est avec vous. 11 se prépare, j'en ai moi-même recueilli l'assurance ce matin en votre nom, il se prépare à accomplir vadiamment ce siècle de travail et de gloire dont il porte si légèrement le poids. Il a encore un bon exemple à vous donner sur ce poi^lt, il vous le donnera.
11 n'a pas dépendu de nous que sa place ne fût occupée [)ar M. l'asteur. Quelle fête pour tous de l'entendre parler de ses découvertes dans la langue simple et forte dont il a le secret comme de tant d'autres choses, et nous montrer une lois de plus ce que peuvent les lumières du génie secondées l>ar un labeur opiniâtre! Vous avez respectéle repos si légitimement du à cette pensée toujours tendue pour la science et
riuimanili'. Hlais M. Pasteur n'a pas voulu se dérober entièrcmenl à vos instances; il a tenu à vous témoigner ses sympathies par sa présence. Qu'il me permette d'attaciier son nom au souvenir de votre seconde assemblée générale, en lui oiïranl, comme au véritable Président de la séance, riiouniiage de notre respectueuse admiration et tous nos vœux pour la fondation de l'institut dont il va doter le monde.
A.N.NLXES. 29o