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de Sorbon ne laissaient pas de préparer, parfois même de devancer l'avenir. Tel est le bienfait de l'effort applicpié aux spéculations de l'étude, quel qu'en soit l'objet : il fortifie la pensée et l'élève. C'est ici qu'en 1470, appelés par deux Sorbonnistes, Michel de Colmar et ses compagnons vinrent dresser les appareils d'oij sont sortis les premiers livres imprimés à Paris. C'est ici qu'en 1759, le cardinal de Soubise prenait pour sujet de son discours de clôture annuelle celte thèse : « que l'intérêt des rois et des gouvernements est que les peuples soient éclairés. » Certes, si la vieille Sorbonne n'a échappé ni aux erreurs ni aux passions de son temps, ce n'est pas un médiocre honneur pour elle d'avoir été la première à introduire en France l'instrument le plus actif de l'affranchissement de l'esprit humain, la première à proclamer la nécessité de l'affranchir pour tous par l'éducation.

Ainsi ii'était-elle pas iniiigne de devenir, au commencement de ce siècle, un puissant foyer de lumières. Avant 1789 l'enseignement supérieur n'existait pas. Volney, Lakanal, Condorcet, Fourcroy, en avaient tracé les cadres. Ce sont les grands cours de la Restauration qui en ont créé l'esprit. L'Europe savante avait les yeux attachés sur les chaires qu'occupaient en Sorbonne Biot, Thénard, Geoffroy-Saint- Hilaire, Guizot, Cousin, Villemaiu. A l'importance des inventions et des découvertes, à l'autorité des méthodes et des doctrines se joignait, pour les cours littéraires, l'action d'une éloquence austère, enflammée, pénétrante. Les leçons de la Sorbonne étaient suivies par le pays avec la même passion que les séances du Parlement où se discutaient ses libertés. Elles faisaient passer dans les âmes un souffle généreux. Elles ont répandu dans la France entière le goût de la culture supérieure, le respect de la science et de l'idée. Elles ont institué une tradition qui ne périra pas. INi les sujets ne manquent auxquels il soit possible d'intéresser un auditoire français, ni les maîtres (pii soient en mesure de traiter ces sujets avec l'ampleur qu'ils comportent. Les grands cours, ouverts à tous, accessibles à tous, conservent leur place dans la Sorbonne moderne. Rien ne saurait plus utilement contribuer à tenir haut l'esprit public, à le préoccuper des questions de critique, d'histoire et de philosophie, dont une démocratie ne saurait se désintéresser sans risquer de déchoir

aux yoiix de ceux qu'elle veut gagner h son exemple- à nourrir ce sentiment de luiéal dont la France a toujours vécu, dont elle a quelquefois souffert, qu'elle ne doit jamais se lasser d'honorer et de servir.

Mais des besoins nouveaux appelaient une organisation d études nouvelle. Une révolution s'est accomplie. Ce n'est pas dans le pays de Descartes qu'on peut considérer comme née d'hier « la recherche de la méthode pour arriver a la vérité ». Mais ce qui était demeuré le privilè^^e et comme la lumière supérieure de quelques savants de génie est devenu la règle et la condition de tout enseigne. ment. Nous avons la passion de l'exactitude. Kous vouons pénétrer, décomposer, voir, nous rendre compte. Les lettres, comme les sciences, ont leurs laboratoires et leurs mstruments de précision.

Parti, il y a vingt ans, de l'école des hautes études, ce mouvement d'investigation créatrice s'est transmis de proche en proche. A son tour la Sorbonne est devenue une école. Elle a distingué entre ses auditeurs et ses élèves, et elle s'est donnée à ses élèves sans compter. Aux grands cours elle a ajoute les conférences, et c'est dans ces entretiens plus rapproches que s'achève la leçon. Il ne suffit plus à nos maîtres de préparer les jeunes gens aux grades qui doivent leur ouvrir la carrière. Ils ne se contentent pas de leur apporter Ja science toute faite ; ils les exercent à la faire, en leur enseignant comment chaque efFort limité à un objet restreint assure le progrès commun.

Ne craignons pas que ce sévère apprentissage afTaiblisse, dans le développement intellectuel de la jeunesse, le sens large des idées générales, le goût, l'esprit, la grâce lumineuse, 1 art suprême de la composition, ce qui a été de tout temps, ce qui doit rester la force et le charme de notre génie national. Fondée sur une érudition sobre et bien digérée, l'éducation scientifique, comme on l'appelle, soutiendra 1 essor de nos facultés natives sans l'appesantir; elle en accroîtra la pmssance sans en diminuer l'attrait. Le dessin, a dit un maître de ce siècle, est la probité de l'art. La science, dirions-nous volontiers en appliquant la formule à toutes les manifestations de la pensée, la science est la probité du talent.

Ce sont les règles de cette discipline que nous avons suivies

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d-ins la transformation de tous nos établissements dVnsei- «niement supérieur : à la Faculté de Médecine, mise cette année en possession de ses pavillons de dissection ; à la Faculté de Droit, qui, dans son agrandissement assuré, doit trouver le développement, longtemps attendu, de sa bibliothèque; a l'Ecole supérieure de Pharmacie dont l'installai ion n'a pas d'é-ale en Europe; jusque dans les abris provisoires des cours de chimie et de physiologie de la Faculté des Sciences, auxquels nous avons dû ménager un asile en attendant qu ils retrouvent ici une hospitalité digne de notre grande école de savants, de cette école désintéressée, (|ui travaille pour l'honneur du nom français et pour le profit du monde entier. Les résultats, Monsieur le Ministre, répondront aux espérances qu'en avaient conçues vos prédécesseurs et dont vous aimez vous-même à nous entretenir. Jamais notre vie scolaire n'a été plus active, plus élevée, plus conforme a^ix vœux de tous ceux qui ont contribué à la créer. En 1656, un des contemporains de Richelieu, un membre de l'Académie française, après avoir rendu hommage à sa glorieuse entreprise, définissait malicieusement la Sorbonne « un pays de querelles où les écoliers sont toujours en trouble, les professeurs souvent en dispute ». Aujourd'hui la Sorbonne est un pays pacifié, où maîtres et élèves travaillent, chacun dans sa voie, tous l'œil fixé sur le but commun : l'avancement de la science: tous pénétrés du même sentiment: la passion pour la grandeur intellectuelle et morale de la France.

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