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LE SENS DE LA VU

Si l'ouïe, rharmonise, le complète, il peut plus particulièrement concevoir le Beau et l'exprimer : l'architecture, la sculpture, la peinture, la littérature, selon la spécialité de sa faculté vibratoire dominante, selon la force qualitative du goût et de l'odorat dont on ne connaît pas assez l'appoint et dont il s'intensifie, seront dans ses aptitudes.

Le diagnostic n'est pas autre chose, pour la connaissance du médecin, que l'emploi de tous ses sens intellectuels conscients de leur office, et sachant le remplir au point de vue de la pathologie pour la thérapeutique. Le même travail doit s'appliquer à la connaissance de l'Etre Humain pour déterminer la nature et la valeur de ses pouvoirs et de ses facultés.

Le sens de la vue, récepteur et générateur, est porteur des deux principes de la vie, le masculin et le féminin, et est doué d'une sensibilité excessive.

Sou éducation correspond à celle de l'Etre Humain lui-même; à celle du sexe masculin, (i) plus particulierement.il importe avant tout de l'éduquer objectivement; qu'il ait reçu et compris ce qu'il s'assimile avant de demander au toucher, à la main, de l'aider à produire. Il faut savoir voir pour s'exprimer selon ce qui est. Ceci est important dans l'enseignement du dessin.

L'Education, l'enseignement par l'image est une prise de possession de ce qui existe, mais il faut remarquer qu'elle contenie trop la vulgaire curiosité. Elle satisfait à la puérilité et n'excite pas la pensée.

V^oir est si bon, si précieux pour l'esprit, que la possibilité de la vue extérieure le grise et lui suffit.

// convient de se inéfier de lui, et de meubler la vue intérieure de façon à la rendre forcément pénétrante quand elle regarde.

Le Français plus que tout autre peuple a besoin de cultiver en pénétration le sens de la vue.

Il ne regarde pas ce qui se fait autour de lui. Et si en ce moment l'exode des campagnes vers les villes est si important, c'est qu'il ne voit pas que les grandes maisons de commerce passent aux mains étrangères ; c'est que ne regardant qu'un intérêt immédiat et mesquin, et une vanité rétrograde, le travailleur de la terre n'a pas su, dans l'union avec son semblable, contrebalancer la force de l'accapa-

(i) Voir Education Humaine^ même volume, et Les Educateurs pour paraître prochainement.

reur. Savoir voir^ pour les Français, c'est la plus utile Education Humaine, politique et pratique.

Le sens de louïe^ réceptif, détient la partie complémentare dei l'entendement Humain. Il correspond au qualitatif des facultés germinales, aux aspirations, aux tendances. Il est la vie sensible de l'intérieur à laquelle s'adresse le son et correspond l'harmonie, le rythme, l'articulation, le langage, la Pensée. Il s'alimente de l'extérieur et de l'intérieur.

Il entend à la fois la qualité des vibrations sonores produites dans le milieu où il existe et celle de son être.

Il est la complexité, et correspond à la chaleur de l'amour des facultés comme la vue est unité et lumière.

Ces deux sens supérieurs ont chacun leur vie propre.

Cependant l'ouïe demande le secours intellectuel et physique de la vue tandis que la vue peut ne s'aider que du concours physique de l'ouïe.

Le plus ou le moins d'accord de ces deux sens entre eux et leur prépondérance particulière dans TEtre, produisent toutes les différences de force qualitative des individus et des peuples.

Au sens de l'ouïe co'^respond la sensibilité affective, le centre de sensibilité sanguine : le cœur, la confiance.

C'est par lui que l'on pénètre dans l'âme. Il contient les chemins vers ce qui sent intérieurement, ce qui s'attache, ce qui pense et ce qui s'élève.

11 aime tout ce qui y correspond et est apte à ce qui le traduit. Les musiciens possèdent tous le sens de l'ouïe; et selon qu'ils sont pourvus du sens delà vue, mathématicien, concepteur, créateur, et qu'ils ont exercé la pensée et meublé la mémoire, ils deviennent des compositeurs, plus ou moins supérieurs, les traducteurs d'une Harmonie particulière. S'ils portent en eux, un chant de la vie puissant et parculier, ils en feront l'originalité de leurs œuvres.

Le Chant de la Viç

La vie donne à chaque être ou élément de vie qu'elle forme et anime par la nature dans un organisme de facultés, le moyen d'exprimer, par un son qui s'exhale des profondeurs du mystérieux et intime émoi d'exister, la qualité vibratoire de l'harmonie spéciale qu'il renferme et représente. Cette note particulière, que tout être,

lOO VERS LA vie!

si infime soit-il, joint au concert des mondes et plus particulièrement à celui de notre astre, c'est le chant de la vie.

Sur notre Planète, les êtres qui possèdent la faculté de chanter harmonieusement, de moduler ce chant delà vie sur un thème caractéristique, possèdent aussi celle de s'élever au-dessus de la terre, au-dessus des soucis de la conservation et de la reproduction et de conquérir la liberté, en possédant l'amour!

Tels sont les oiseaux, par leur vol, et les humains, par l'Intelligence, la Pensée, le Rêve, le Savoir, le Génie-créateur, l'Amour supérieur qui sait se reverser en Beauté, en Bonté, sur autrui.

Pour les oiseaux comme pour la race humaine, c'est la voix, qui traduit la spécialité, la qualité de la vibrance intime.

Mais tandis que l'oiseau exhale plus ou moins harmonieusement et mélodiquement des sons vibratoires dans ce que nous appelons son chant, l'Etre humain y joint la parole, le verbe, qui fait de son expression vibratoire, mélodique, aspirative, pensante, affective et sexuelle, non seulement celle de son harmonie intime, mais celle de l'état d'évolution où est arrivée la planète elle-même dont l'Humanité est la traductrice psychique.

C'est pourquoi nous devons constater et remarquer avec intérêt que si dans les volatiles, le mâle seul module la vibration spéciale à l'espèce qu'il caractérise, dans la race humaine, l'Homme et la Femme sont l'un et l'autre doués de la faculté de chanter.

La nature a déposé la preuve de l'égalité native et de l'équivalence des deux sexes dans le pouvoir expansif que chacun d'eux possède de révéler librement l'état intime et particulier de son (( moi )) vibrant et mélodieux.

Il n'y a pas de preuve plus jolie ni plus concluante à fournir, pour la femme qui revendique, auprès de l'intelligence et du cœur de l'homme, le droit de contribuer, parla révélation d'elle-même, à la réalisation de l'Etre humain rationnel, que d'évoquer ce pouvoir, que possède la Femme aussi bien que l'Homme, d'exhaler, de traduire, de préciser, la qualité du chant de la vie qu'elle sent vibrer dans son être. A mesure qu'elle sait mieux voir, qu'elle sait mieux entendre ce qui se passe dans les profondeurs de son « moi )>, plus impérieusement et plus distinctement, le chant de la vie murmure à sa conscience de vivre qu'il est le symbole de la vraie liberté et de l'amour pour les deux moitiés du couple complémentaire conscient, mais que sa note, à elle, manque dans le concert humain, comme elle manque à la liberté promise et cherchée; et qu'il n'y a

VERS LA LIBERTÉ ! lOI

pas, pour la Femme, d'œuvre plus haute ni plus belle à réaliser que de vouloir donner cette note, juste, consciente et bienfaisante, comme il n'est pas de témoignage plus probant de la Raison et de l'équité masculines que d'aider la Femme à pouvoir et à savoir l'exprimer dignement et librement.

Tous les humains ne chantent pas juste; leurs cordes vocales ne se prêtent pas chez tous à l'expression agréable de leur harmonie, par le chant. Cependant, faux ou juste, s'ils sont normaux et sains, ils peuvent tous le sentir et le faire épanouir. Et si leur être possède la sensibilité complète de tous les sens, de toutes les facultés, si la vie, en un mot, est agissante dans tout leur être exprimant et aimant, le chant qu'ils exhalent est juste et velouté; il possède toutes les qualités de l'Harmonie, de la Beauté, de la Bonté : il ravit, il charme, il attire, il vivifie et il console.

Généralement, comme l'oiseau, l'Etre humain chante pour s'exprimer lui-même. Il déverse le trop plein de son affectivité dans ce grand Tout qu'il appelle Infini, et qu'il sent seul capable de contenir et de compléter tout ce qu'il lui confie, tout ce qu'il lui rend après le lui avoir emprunté, tout ce après quoi il aspire, d'immense, de simple, d'éternel et de créateur.

Ce n'est pas pour ses congénères que le chant de la vie s'exhale de l'Etre; il est Vexpressioii de sa liberté et de son amour. Il part de son être et s'élance vers le grand foyer, vers le rayonnement, vers la lumière, vers la vie, qu'il traduit et dont il émane. C'est le chant du religare universel.

L'expression du chant de la vie, comme celle de ses autres pouvoirs, se modifie selon le sol, le climat, la latitude, la longitude, selon l'âme et les facultés psychiques de la partie de planète dont l'individu fait partie et qu'il habite, selon l'action solaire, l'altitude, la plaine, la montagne, la qualité et l'abondance de l'eau : lacs ou océans, fleuves, rivières ou ruisseaux.

La musique de chaque peuple, de chaque coin de pays reste autochtone, traduit son âme et tout ce qui, par l'ouïe et d'elle, sortît de son harmonie intime.

Les chants nationaux, les hymnes guerriers et nuptiaux, les chants d'amour et les berceuses l'expriment.

En France, la Marseillaise, qui répondit à un temps et en prolonge les raisons magnétiques dans nos générations perplexes, ne porte „.^^^^^^ .^ plus les fluides électriques correspondants aux moyens actuels de réaliser ce qui veut vivre et qui s'agite à la base de nos aspirations.

102 VERS LA vie!

Nettement notre chant national sépara la vieille France de la nouvelle; il entraîna les volontés; il aida et soutint les énergies dans la préparation du champ libre pour lldéal qui doit guider les jeunes générations.

Mais il glorifie ce qui fut le moyen d'action hardi, inévitable lorsqu'il s'éleva vibrant de toutes les souffrances, la guerre civile, dont nous ne devons vouloir à aucun prix.

La Marseillaise fit une rude besogne.

Mais si, dans ses accents, elle apportait la Liberté naissante qu'il fallait tout entière conquérir, elle n'est plus aujourd'hui l'expression adéquate au progrés accompli.

Voilà plus d'un siècle qu'elle entraîne les volontés agissantes.

D'où vient qu'un autre chant ne sort pas victorieusement de nos efforts ?

C'est que nul accord, nuls accents ne sauraient correspondre à

notre état de gestation ni le caractériser dans une forme précise.

Si le chant de la vie nouvelle vibre dans quelques individus, il ne soulève pas encore la nation tout entière.

Le trinôme Liberté, Egalité, Fraternité, n'est pas encore réalisé dans les esprits et dans les cœurs.

Travaillons avec courage.

LE CHANT La femme comme l'homme porte en elle le chant de la vie et les DE VÉRITÉ moyens de la traduire dans son essence.

Quand les deux sexes conscients, réalisés, vivants et libres dans toutes leurs facultés développées, sauront en expliquer les raisons et les appliquer par leurs moyens, ils comprendront ce que vaut en eux léchant de la vie, cette note particulière de l'Harmonie générale progressante. Ils sauront la traduire, chacun, selon la vérité de leur être.

Et quand, unis et connaissants, l'homme et la femme, le couple humain complémentaire, l'unité sociale consciente, sachant voir, sachant entendre et exprimer, associeront dans leurs créations la spécialité et la force intrinsèque de chacun, le progrès et le devenir seront sans cesse en possession de Tllarmonie immuable et progressante. Le but de la vie humaine sera près d'être réalisé.

La musique, traductrice du chant de la vie, ne sera plus seulement un art de composition basé sur une science qui s'alimente d'erreurs et de déviations imaginatives ; elle sera l'art lui-même, l'amour réalisé, la sensibilité exprimante, l'Harmonie simple, grandiose,

supérieure, la voix de la création et de la vie, le verbe mélodieux qui est le traducteur de la pensée profonde de ce qui est !...

Le sens de l'ouïe correspond ainsi au pouvoir de l'intelligence qui entend la voix, le chant de tout ce qui est.

Lorsque l'Individu possède à la fois le sens de la vue et le sens de l'ouïe, il est Goethe ou Wagner, comme il fut Salomon ou Marc- Auréle, Michel-Ange ou Léonard de Vinci.

L'éducation des sens est en réalité la détermination des pouvoirs de l'intelligence qu'ils actionnent et renseignent, selon l'Individu et sa Race (i), et la connaissance de la mesure et de l'orientation dans lesquelles, après leur culture, il peut s'en servir.

Le Français est trop bien doué pour l'exercice superficiel de ses sens. Il en est heureux et ne cherche pas assez le pourquoi intellectuel ils existent ni à quoi ils correspondent. Il est content de vivre quand on ne le secoue pas. Lorsqu'il s'aperçoit de sa misère, de sa faiblesse, de son ignorance, il en souffre, mais il ne sait pas comment s'y prendre pour en sortir. Il n*a pas de vie intérieure capable de déterminer, de soutenir le très bel organisme, la très supérieure objectivité qu'il possède.

La culture rationnelle qui doit surtout assurer dans l'individu le terrain et la force motrice évolutionnelle de son être moral veut que l'ouïe, comme la vue, sentent intérieurement.

Lorsqu'on opérera éducativement de cette manière, il n'y aura plus de doute sur la valeur de l'âme, cultivée dans ce qu'elle doit être.

Les générations comprendront que la partie qualitative et féminine de l'individu, l'âme, ne doit pas être plus sacrifiée que celle de la société : la femme.

Leur méconnaissance, leur infériorisation stagnante est douloureuse pour tous, pour tout un sexe, pour l'homme et pour le social.

Qu'on éduque et qu'on mate ce qui doit l'être, en connaissant ce que l'on doit vouloir réaliser, ceci est une autre question. El à mon sens, c'est la clé du problème : Réaliser la Femme dans ce qu^elIe est : L'entendement et le régulateur moral par excellence qui ne se connaît pas, voilà toute l'œuvre à accomplir ; car il ne faut pas

(1) Voir Etude des sens comparés des peuples. — Les Educateurs (en préparation).

VERS LA vie!

perpétuer dans l'ère de liberté et de savoir ce qui renouvelle et entrelient sans cesse en l'Etre Humain la tare originelle.

A notre époque, ce n'est pas le serpent, que roreille du couple humain doit entendre, ce n'est pas la perfide et impérieuse insinuation de la matière vivante, de la nature naturante ne comprenant pas ce que sont les pouvoirs de l'intelligence, c'est la voix de la Vérité et de la Vie ; l'action revendicatrice de la Femme si légitime et si haute, si noble pour l'Humanité, doit se baser sur la vérité, sur la raison, sur ce qui est.

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