AUX MÈRES DE FAMILLE
'espoir d’étre utile aux mères qui '*' j ont le désir de diriger elles-mêmes la première éducation de leurs en-
fants, a pu seul me faire abandon ner mes travaux habituels, pour entreprendre un minutieux ouvrage, bien différent de ceux qui m’ont valu quelque bienveillance de la part du public. Mais, quelle que soit la situation particulière d’une femme, elle ne saurait renoncer à
sa première , à sa spéciale vocation, celle d’être mère. Prononcez à l’oreille de la plus sérieuse , ou de la plus légère, le mot : Enfant, vous serez sûr d’en être écouté; faites parler sur ce sujet la femme du monde, ou la femme-auteur la plus brillante ou la plus célèbre, et vous serez tout étonné du nombre et de la justesse des observations que vous aurez à recueillir1 ! Dites à cette femme absorbée par les travaux de l’esprit, ou livrée à la dissipation : Venez; des enfants, des mères ont besoin de vous ; et vous la verrez tout quitter pour vous suivre.
! * rcmarnoer qu'il •*’«» prt*qnc |>a* de femmes-auteur*
qui n'aient «lit de* Ittrtl d'éducation. Beaucoup d’entre elle* «îoiïeut même a ce genre d'ouvrage* leur* plua beau* sucrés. On
K citer mesdames de Genlis , Campait , Guizot, Dufrmoy, de usai, Nerkcr-üiunure , etc. ; et, en poésie, les charmants cooies d'enfants de notre première muse , madame Desbordes-
Valmore.
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C’est pourquoi j’ai entrepris cet ouvrage.
Comme Marie dans l’Evangile, toute mère obéit à la voix qui lui crie : « Le maître est là, et il vous appelle. » Le maître pour elle, c’est l’intérêt de son enfant !
Ainsi je suis sûre d’etre entendue.
D’apres les remarques que j’ai pu faire, le plus grand obstacle qui s’oppose à ce que les mères instruisent elles -mêmes leurs enfants, c’est, nou le défaut de bons ouvrages d’enseignement, mais, au contraire, l’abondance de nos richesses en ce genre. On ne peut tout acheter, ni tout lire; on est arrêté par l’embarras de faire un choix, qui exige beaucoup de temps et quelques lumières; on attend, on hésite, et les années de l’enfance s’écoulent inutiles et inoccupées.
Il est, je le sais, d’excellents instituteurs qui dévouent leur temps et leur science à l’instruction du premier âge; mais tous les enfants ne sont point à portée de recevoir leurs leçons : il faut donc chercher le moyen d’y suppléer. C’est ce que j’ai tenté
J’ai consulté ma propre expérience et celle des mères de famille de ma connaissance. Je me suis aidée de l’avis d’hommes recommandables dans l’enseignement, et des travaux de mes devanciers; j’ai cherché, non la méthode la plus savante ou
LCCTDRF.
LECTURE
la plus ingénieuse, mais la plus claire et la â plus facile à appliquer.
Celle-ci s’adresse à toutes les mères, i" quelle que soit leur fortune ou leur édu- S cation, il ne faut, pour s’en servir, que du S zèle et de la patience, choses qui sont à :~ la disposition de chacun, et dont, au reste, nul enseignement ne peut sc passer.
On me pardonnera d’entrer souvent dans de puériles ou minutieuses explica- «S tions, telles que les demandent, je le pense, les jeunes esprits auxquels elles sont destinées. Je suppose toujours que c’est une ïj mère qui parle et qui cherche à se faire S comprendre, beaucoup d’entre elles peuvent faire, à cet égard, mieux que moi, et S modifieront la démonstration , selon l’in- S telligencc et le caractère de leur enfant.
Le cours entier d’enseignement, à partir des premiers principes de la lecture, for- S mera environ CENT leçons, contenues en -j cinquante livraisons, et soigneusement ; : graduées, selon le développement présumé de l’élève. Ce nombre m’a paru pouvoir ; ■ renfermer tout ce qui doit être enseigné S à un enfaut, depuis l’àgc de QUATRE ou ;; CINQ ANS, jusqu’à HUIT ou NEUF, époque où 2 la plupart d’entre eux quittent la famille
fiour le collège ou la pension ; époque où j* es plus riches commencent l’étude des S langues ou des arts d’agrément, où ceux ■£ qui le sont moins entrent en apprentis- ’’ sage.
J’ai divisé chaque leçon en plusieurs S séances, afin de ne pas fatiguer l’attention x des élèves. J’ai lâché de varier ces leçons x de manière à soutenir leur curiosité, sans :s cependant m’écarter de l'ordre progressif que je me suis tracé. :î
Je n’ai plus à ajouter que quelques oh- . servations générales sur la manière d'enseigner. s
Un enfant très-jeune ne peut guère sup- s porter communément plus de quinze à vingt minutes de leçon suivie; il ne faut ;ï donc pas le contraindre, sous peine de lui x donner le dégoût de l’étude. Un peu plus S tard on renouvelle la leçon dans la jour- f. née, |iuis on l'allonge peu à peu, à mesure : que 1 enfant acquiert la faculté de fixer son attention. ::
Faites, s’il est possible, que cette leçon
ait lieu chaque jour à la même heure ; cette régularité accélère les progrès.
Il sera bon, dans les commencements surtout, de ne montrer ce livre à l’enfant qu’au moment de la leçon; de ne lui en laisser voir que la page qui contient ce qu’il doit apprendre, et surtout de ne passera une autre que lorsque la première sera bien sue. Il est aisé de concevoir que l’enfant mettra plus de temps à parcourir la première moitié du cours qu à arriver à la fin de la seconde. Cela doit être ainsi ; tous les enfants non plus n’apprennent pas également vite. Peu importe, l’essentiel n’est pas de comprendre en plus ou moins de temps, mais d’arriver à comprendre.
Nous allons passer à la première leçon.
Peut-être les mères se plairont à voir leurs enfants la commencer, comme on devrait commencer toutes les actions de cette vie : par une prière.