‹ Éducation maternelle sisimples leçons d'une mére a ses enfantsChapitre 140 sur 549 · L’EXILÉE · texte numérisé non relu

L’EXILÉE

FRAGMENT

Vois-tu, mon bel enfant , venir un pèlerin ?

Sur le roc escarpé comme il monte avec peine ;

Il s’arrête , il reprend haleine :

A Peut-être avec sa vie il use un long chagrin.

*1 Rarement l’homme heureux porte au loin sa prière ;

5 L’infortuné s’isole; il cherche... il fuit son sort;

6 Sur l’indigent roseau parcourant sa carrière ,

;> Jour par jour il s’acquitte, il achèle la mort.

S- Pourquoi quitterait-il cette fraîche vallée,

•Z Où l’Ame sans repos doit dormir consolée; ÿ Où tant de ruisseaux purs l’invitent à s'asseoir ;

Z* Où je voudrais, mon fils , te descendre le soir ?

£■* Le soir , le jour, jamais nous n’y pouvons descendre , < Elle exila de nous jusques à notre cendre.

$ Le ciel y mil la paix , la paix n’est pas pour nous.

§ Sera-t-elle pour loi , qui dors sur mes genoux 1 •

§• Et l’enfant réveillé par la voix de sa mère,

L’enfant , qui ne sait pas que la vie est amère ,

% Tend les bras , et son œil , louché par le soleil ,

?£ Se referme indolent sous le doigt du sommeil.

2* Tu dors, enfant , tu dors! et le pèlerin passe Devant le vieux calvaire assis sur le rocher ;

On dirait qu’il voltige alentour du clocher,

>■:. Qui jette l’heure dans l’espace ; ÿ Et quand je vois au loin , traînant ses pas poudreux , jv Un voyageur courbé devant le vieux calvaire ,

Hélas ! je dis qu’il est mon frère ,

Car je crois qu’il est malheureux.

Qu’il vienne au moins chercher do l’ombre Sous notre toit d’argile , afin de le bénir ;

■> Et s’il y rentre un jour , un soir d’un hiver sombre , Qu’il y soit reconduit par un doux souvenir!

3* «Mon père, la chaleur vous accable et vous pèse. tZ Honorez ma maison , suspendez-y vos pas.

•£ Sur le chemin sans fleurs qui vous attend là-bas g; Attendez que du jour l’éclat brûlant s’apaise. t " Oh ! de vos pieds sanglants laissez-moi prendre soin ; Laissez-moi remplacer quelque absent qui vous aime : Prenez pitié de ceux qui vous pleurent au loin,

En prenant pitié de vous-même I 2 Asseyez-vous sur ce vieux banc,

2 La nuil est loin , la route est sûre ;

L’eau de la source et du lin blanc Rafraîchiront votre blessure ! »

Alors le pèlerin s'assit près du bouleau ,

Dont le vert pâle ornait l'indigente chaumière; Et ses yeux du soleil , qui se jouait dans l’eau , Évitèrent longtemps la railleuse lumière.

M*‘ Desbordes Yai. more.

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