L’EXILÉE
FRAGMENT
Vois-tu, mon bel enfant , venir un pèlerin ?
Sur le roc escarpé comme il monte avec peine ;
Il s’arrête , il reprend haleine :
A Peut-être avec sa vie il use un long chagrin.
*1 Rarement l’homme heureux porte au loin sa prière ;
5 L’infortuné s’isole; il cherche... il fuit son sort;
6 Sur l’indigent roseau parcourant sa carrière ,
;> Jour par jour il s’acquitte, il achèle la mort.
S- Pourquoi quitterait-il cette fraîche vallée,
•Z Où l’Ame sans repos doit dormir consolée; ÿ Où tant de ruisseaux purs l’invitent à s'asseoir ;
Z* Où je voudrais, mon fils , te descendre le soir ?
£■* Le soir , le jour, jamais nous n’y pouvons descendre , < Elle exila de nous jusques à notre cendre.
$ Le ciel y mil la paix , la paix n’est pas pour nous.
§ Sera-t-elle pour loi , qui dors sur mes genoux 1 •
§• Et l’enfant réveillé par la voix de sa mère,
L’enfant , qui ne sait pas que la vie est amère ,
% Tend les bras , et son œil , louché par le soleil ,
?£ Se referme indolent sous le doigt du sommeil.
2* Tu dors, enfant , tu dors! et le pèlerin passe Devant le vieux calvaire assis sur le rocher ;
On dirait qu’il voltige alentour du clocher,
>■:. Qui jette l’heure dans l’espace ; ÿ Et quand je vois au loin , traînant ses pas poudreux , jv Un voyageur courbé devant le vieux calvaire ,
Hélas ! je dis qu’il est mon frère ,
Car je crois qu’il est malheureux.
Qu’il vienne au moins chercher do l’ombre Sous notre toit d’argile , afin de le bénir ;
■> Et s’il y rentre un jour , un soir d’un hiver sombre , Qu’il y soit reconduit par un doux souvenir!
3* «Mon père, la chaleur vous accable et vous pèse. tZ Honorez ma maison , suspendez-y vos pas.
•£ Sur le chemin sans fleurs qui vous attend là-bas g; Attendez que du jour l’éclat brûlant s’apaise. t " Oh ! de vos pieds sanglants laissez-moi prendre soin ; Laissez-moi remplacer quelque absent qui vous aime : Prenez pitié de ceux qui vous pleurent au loin,
En prenant pitié de vous-même I 2 Asseyez-vous sur ce vieux banc,
2 La nuil est loin , la route est sûre ;
L’eau de la source et du lin blanc Rafraîchiront votre blessure ! »
Alors le pèlerin s'assit près du bouleau ,
Dont le vert pâle ornait l'indigente chaumière; Et ses yeux du soleil , qui se jouait dans l’eau , Évitèrent longtemps la railleuse lumière.
M*‘ Desbordes Yai. more.