POMPÉIA
ruines de Pompéia sont du même côté y, I. S» de la incr que le Vésuve. A nome, Ion ne iroove guère que les débris des monuments publics, et ces monuments ue retracent que l'histoire politique des siècles écoulés; mais à Pompéia, c’est la vie privée des anciens qui s’offre a nous telle qu'elle était ; le volcan qui a couvert cette ville de cendres l’a préservée des outrages du temps; jamais des édifices exposé* U l’air ne se seraient ainsi maintenus , et ce souveuir enfoui s’est retrouvé tout entier. Les peintures, les bronzes étaient encore dans leur beauté première, et tout ce qui peut servir aux usages domestiques est conservé d'une manière effrayante; les amphores sont encore préparées pour le festin du jour suivant , la farine qui allait être pétrie est encore là; les restes d’une femme sont encore ornés des parures qu’elle portait dans le jour de fête que le volcan a troublé, et ses bras desséchés ne remplissent plus les bracelets de pierreries qui les entourent eucore.
On ne peut voir nulle part une image aussi frappante de l'interruption subite de la vie; le sillon des roues est visiblement marqué sur les pavés dans les rues, et les pierres qui bordent les puits portent la trace «les cordes qui les ont creusées peu à peu. On voit encore sur les murs d’un corps-de-gardc les caractères mal formés, les figures grossièrement esquissées que l«?s soldats traçaient pour passer le temps , tandis que ce temps avançait pour les engloutir.
Quand on se place au milieu du carrefour des rues, d’où l’on voit de tous les côtés la ville, qui subsiste encore presque en entier, il semble qu’on attende quelqu’un, que le maître soit prêt à venir, et l'apparence même de vie qu’offre ce séjour fait sentir plus tristement son éternel silence. C'est avec des morceaux de lave pétrifiée que sont bâties la plupart de ces maisons qui ont été ensevelies par d’autres laves; ainsi, ruines sur ruines et tombeaux sur tombeaux. Cette histoire du monde où les épo-
ques se comptent de débris en débris , cette vie humaine dont la trace se suit à la lueur des volcans qui l’ont consumée, remplit le coeur d’une profonde mélancolie.
Qu'il y a longtemps que riiomine existe! qu'il y a longtemps qu’il vit, qu’il souffre et qu’il périt! où peut-on retrouver scs sentiments et scs pensées? L’air qu’on respire dans ces ruines en est-il encore empreint, ou sont-elles pour jamais déposées dans le ciel, où règne l’immortalité? Quelques feuilles brûlées des manuscrits qui ont été trouvés à Herculanum et à Pompéia sont tout ce qui nous reste pour interpréter les malheureuses victimes que le volcan, la foudre de la terre, a dévorées. Mais en passant près de ces cendres, que l’art parvient à ranimer, on tremble de respirer, de peur qu’un souffle n’enlève cette poussière, où de nobles idées sont peut-être encore empreintes.
Les édifices publics dans celte ville même de Poin|>éia, qui était uhe des moins grandes de l'Italie, sont encore assez beaux; le luxe des anciens avait presque toujours pour but un objet d'intérêt public. Leurs maisons particulières sont très-petites, et l’on n’v voit point la recherche de la magnificence , mais un goût vif pour les beaux-arts s’y fait remarquer; presque tout l'intérieur était orné de peintures les plus agréables et de pavés de mosaïque artislement travaillés ; il y a beaucoup de ces pavés sur lesquels on trouve écrit : Salut [Salve); ce mot est placé sur le seuil de la porte ; ce n’était pas sûrement une simple politesse, mais une invocation
ORTHOGRAPHE
à l'hospitalité. Les chambres sont singulièrement étroites, peu éclairées, n'ayant jamais de fenêtres sur la nie, et donnant presque toutes sur un portique qui est dans l'intérieur de la maison, ainsi que la cour de marbre qu'il entoure; au milieu de cette cour est une citerne simplement décorée.
Il est évident, parce genre d'habitations, que les anciens vivaient presque toujours en plein air, et que c’était ainsi qu’ils recevaient leurs amis. Rien ne donne une idée plus douce et plus voluptueuse de l’existence que ce climat, qui unit intimement l'homme avec la nature; il semble que le caractère des entretiens et de la société doit être différent, avec de telles habitudes , que dans les pays où la rigueur du froid force à se renfermer dans les maisons ; on comprend mieux les dialogues de Platon en voyant ces portiques sous lesquels les anciens se promenaient la moitié du jour; ils étaient sans cesse animés par le spectacle d’un beau ciel ; l'ordre social, tel qu'ils le concevaient, n’était point l'aride combinaison du calcul et delà force, mais un heureux ensemble d'institutions qui excitaient les facultés, développaient l’Ame, et donnaient à l'homme pour but le perfectionnement de lui-même et de ses semblables.
M*8 de Staël.