‹ Éducation maternelle sisimples leçons d'une mére a ses enfantsChapitre 311 sur 549 · DE L’EAU · texte numérisé non relu

DE L’EAU

Regardons maintenant ce qu’on appelle l’eau. C’est un corps liquide, clairet transparent. D’un côté, il coule, il échappe, il s’enfuit. De l’autre, il pr«Mul toutes les formes des corps qui l'environ-

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tient , n’en ayant aucune par lui-même. Si l’eau | meurcrail aride. Quelle main les tient dans ces était un peu plus raré6ée , elle deviendrait une es- X réservoirs suspendus et ne leur permet de tomber pèce d’air, toute la face de la terre serait sèche et jg que goutte à goutte, comme si on les distillait par stérile. Il n’y aurait que des animaux volatiles: S un arrosoir? D’où vient qu’en certains pays chauds, nulle espece d’animal ne pourrait nager , nul pois- | où il ne pleut presque jamais , les rosées de la nuit son ne pourrait vivre : il n’y aurait aucun com- {S sont si adondanles qu’elles suppléent au défaut de mcrce par la navigation. Quelle main industrieuse S la pluie; et qu’eu d’autres pays, tels que les bords du a su épaissir l'eau en subtilisant l’air, et distinguer g Nil et du Gange, l’inondation régulière des fleuves, si bien ces deux espèces de corps fluides? Si l’eau g en certaines saisons, pourvoit It point nommé aux était un peu plus raréfiée, elle ne pourrait plus g besoins des peuples, pour arroser les terres? Feulsoulenir ces prodigieux édifices flottants qu’on g on s’imaginer des mesures mieux prises pour rennomme vaisseaux. Les corps les moins pesants | dre tous les pays fertiles?

s’enfonceraient d’abord dans l'eau. Qui est-ce qni a 8 Ainsi l'eau désaltère non-seulement les hommes, pris le soin de choisir une si juste configuration de S mï js encore les campagnes arides ; et celui qui nous parties et un degré si précis de mouvement, pour a donné ce corps fluide l’a distribué avec soin sur rendre l’eau si fluide, si insinuante, si propre 1 ^ la terre, comme les canaux d’un jardin. Les eaux échapper , si incapable de toute consistance , et néanmoins si forte pour porter et si impétueuse pour entraîner les plus pesantes masses? elle est docile : l'homme la mène, comme un cavalier mène son cheval, sur la pointe des racines ; il la distribue comme il lui plaît; il l’élève sur les montagnes escarpées, et se sert de son poids pour lui faire faire des chutes qui la font remonter autant qu’elle est

descendue. Mais l'homme, qui mène les eaux avec

tombent des hautes montagnes, où leurs réservoirs sont placés : elles s’assemblent en gros ruisseaux dans les vallées. Les rivières serpentent dans les vastes campagnes pour les mieux arroser. Elles vont enfin se précipiter dans la mer pour en faire le centre du commerce à toutes les nations. Gît Océan, qui semble être mis au milieu des terres pour eu foire une éternelle séparation , est au contraire le rendez-vous de tous les peuples, qui ne pourraient aller par terre d’un bout du inonde à l'autre qu’avec des fatigues, des longueurs et des dangers incroyables. C’est par ce chemin sans traces, au travers des abîmes, que l’ancien monde donue la main au nouveau, cl que le nouveau prête à l’ancien tant de commodités et de richesses. Les eaux distribuées avec tant d’art Jont une circulation dans laiterie, comme le sang circule dans le corps humain. Mais, outre cette circulation perpétuelle de l’eau, il y a encore le fl ux et le reflux de la mer. Ne cherchons point les causes de cet effet si mystérieux. Ce qui est certain, c’est que la mer vous porte et vous reporte précisément aux mêmes lieux à certaines heures. Qui est-ce qui la foit se retirer et puis re-

tant d’empire, est à son tour mené par elles. L’eau g venir sur ses pas avec tant de régularité? Un peu est une des plus grandes forces mouvantes que l'homme sache employer pour suppléer à ce qui lui manque dans les arts les plus nécessaires par la petitesse et par la faiblesse de son corps. Mais ces eaux, qui, nonobstant leur fluidité, sont des masses si pesantes, ne laissent pas de s’élever au-dessus de nos têtes et d’y demeurer longtemps suspendues.

Voyez-vous ces nuages qni volent comme sur les ailes des vents? S’ils tombaient tout à coup par de grosses colonnes d’eau , rapides comme des torrents, ils submergeraient et détruiraient tout dans l’endroit de leur chute , et le reste des terres de-

plus, un peu moins de mouvement dans cette masse fluide déconcerterait toute la nature. Un peu plus de mouvement dans les eaux qui remontent inonderait des royaumes entiers. Qui est-ce qui a su prendre des mesures si justes dans des corps immenses ? Qui est<e qui a su éviter le trop et le trop peu? Quel doigt a marqué à la mer la borne immobile qu’elle doit respecter dans la suite de tous les siècles, eu lui disant: Là vous viendrez briser l’orgueil de vos vagues? Mais ces eaux si coulantes deviennent tout à coup, pendant l’hiver, dures comme des rochers. Les sommets des hautes montagnes ont

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même en tout temps des glaces et des neiges , qui sont les sources des rivières, et qui , abreuvant les pâturages, les rendent plus fertiles. Ici les eaux sont douces pour désaltérer l’homme; là elles ont un sel qui assaisonne et rend incorruptibles nos aliments. Enfin, si je lève la tête, j'aperçois dans les nues qui volent aft-dessus de nous des espèces de iners suspendues pour tempérer l’air, pour arrêler les rayons enflammés du soleil et pour arroser la terre quand elle est trop sèche. Quelle main a pu suspendre sur nos tètes ces grands réservoirs d’eau? Quelle main prend soin de ne les jamais laisser tomber que par des pluies modérées?

Fénelon.

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