‹ Éducation moderne et entraînement professionel [microforme]Chapitre 20 sur 29 · EDUCATION MORALE ET FORMATION DU CARACTERE · texte numérisé non relu

EDUCATION MORALE ET FORMATION DU CARACTERE

La recherche du bonheur est un sentiment inné et irrésistible, objet de la constante activité de tout être libre.

La nature ne nous permet pas d’être indifférents à la félicité.

Tous les travaux et les préoccupations des humains ont pour unique fin la recherche du bonheur pour eux-mêmes et pour ceux qui leur sont chers.

Ne lorsque l’homme, aveuglé par la passion, poursuit une fin erronée et aboutissant au malheur, c’est encore le bonheur qu’il veut atteindre dans la recherche d’un bien apparent et trompeur.

Demandez au chercheur d’or ou de pierres précieuses pourquoi il se condamne à une vie si pleine de travaux, de privations et de périls. (C’est que, pour lui, le bonheur c’est la richesse ct les avantages qu’elle procure.

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L'un des plus grands stimulants de l’activité du père et de la .uère de famille dans leurs absorbants travaux, ©’ :t la pensée qu’ils travaillent pour le bonheur présent et futur de leurs enfants.

Dans la poursuite de cette fin nécessaire, nul ne devrait mettre en oubli cette vérité, que le bonheur dépend surtout de l’état moral, non des circonstances dans lesquelles on se trouve.

L’homme heureux, c’est l’homme bon ; et devenir meilleur, c’est devenir plus heureux.

Rendre l'enfant bon ; l'aider à se débarrasser des défauts qui croissent en son âme, devenue, depuis la chute originelle, un champ aride où poussent la ronce et l’épine ; cultiver dans ce sol épuré, les germes des vertus morales, c’est donc lui procurer un opulent héritage, un bien incomparable: le bonheur.

Les biens relatifs: la fortune, la santé, la science, la vie terrestre elle-même, ne peuvent être considérés comme des fins par rapport au bonheur. Le cœur de l’homme n’est pas fait à la mesure de ces biens, mais à celle de l’infini, de l’absolu.

Ces biens sont appelés relatifs parce qu’ils n’ont de valeur que par le bon usage que l’on en fait, en s’en servant comme de moyens pour atteindre la fin dernière.

Si, au lieu de nous conduire à notre fin nécessaire, les biens relatifs nous en detournent, ils deviennent des maux.

Il ne faut pas, par exemple, conserver la vie au prix d’un acte de lâcheté. Mieux vaut mourir que de vivre indigne de la vie !

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Mourir ainsi, c’est vouloir vivre. Cette mort, c’est l’acte complet de la vie, c’est le triomphe de la vie immortel. ‘“ Celui qui perd sa vie la sauve ”, a dit la Sagesse incréée,

“Fais ce que dois, advienne que pourra ”: voilà la formule de la vie raisonnable et libre, de la vraie félicité terrestre.

“Il en est du bonheur comme des montres, a dit Champfort, les moins compliquées sont celles qui se dérangent le moins ”.

“ Le bonheur, si souvent et si faussement défini par les hommes, est l’adhésion que nous donnons à nos devoirs. Il est un effet de la sagesse plutôt qu'un présent de la destinée: il se compose, pour la part principale, de beaucoup de modération et de résignation ; et les sources les plus abondantes n’en sont ni la richesse, ni la santé, ni l'éclat de l'esprit, ni la beauté corporelle, mais la bonté et la charité. Pour vivre heureux, tout homme n’a qu’à vivre selon l’ordre divin. La joie de l’homme est dans son devoir ”. — (Louis Veuillot,)

L’homme le moins fortuné, aussi bien que le plus puissant millionnaire, peut done procurer à ses enfants, par le moyen d’une sérieuse éducation morale, le plus riche des héritages, celui seul qui doit être considéré comme un vrai bien, et sans lequel les autres biens sont souvent plutôt des maux: une âme virile, une volonté libre de la servitude des passions, un cœur attaché au devoir, source du vrai bonheur.

Mais l'instruction seule ne moralise pas l’homme; l’histoire montre assez qu’à une remarquable culture de l'esprit peuvent s’allier la faiblesse du caractère et la perversité du cœur.

Pour moraliser, il faut éduquer.

On ne saurait donc jamais trop développer dans les enfants le sentiment de l’honneur et de la dignité humaine, l'amour de ses semblables et le respect de la conscience.

Ces sentiments, cependant, si développés qu'ils soient, suffiront-ils à maintenir l'enfant, le jeune homme surtout, dans la pratique d’une vertu constante, malgré les suggestions contraires ?

Non.

Le Religion seule peut libérer complètement les âmes de la servitude des passions, dans leur présent état de déchéance. Seule elle fortifie la volonté, éclaire la conscience et assure à ses décisions une autorité victorieuse.

“Sans moi, vous ne pouvez rien” (1), a dit le Sauveur.

L'éducation morale qui ne s'appuie pas sur cette force divine est frappée de stérilité, privée qu’elle est de la sève vivifiante qui en est la source.

Le premier obstacle au perfectionnement moral est l’égoïsme, si profond chez un grand nombre d’en-

{1j S. Jean, Xv,41.

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fants. Il faut donc d’abord les détacher de l'amour exclusif d'eux-mêmes, pour ouvrir leur cœur aux affections généreuses et élevées.

A cet effet, cefforcez-vous de développer en eux la compassion, la charité, le support mutuel, la bienveillance à l’égard de tous.

Il faut, sans aucun doute, entourer l'enfant de tous les soins que réclame le développement et l'état normal des organes: nourriture, air, lumière, mouvement, jeu, exercices de gymnastique ; mais ces soins physiques doivent n'avoir rien d’excessifs.

De bonne heure l'enfant doit apprendre à dominer ses sens, ses appétits, ses impressions ; les réprimer, à les vaincre.

Qu'il s’habitue à supporter, non seulement sans trop s’en affecter, mais allègrement, la gêne, la fatigue, la douleur physique ; en un mot qu'il s’accoutume à se suffire, à se rendre et à rendre les autres heureux.

‘ Endureissez-le à la sueur et au froid, dit Montaigne, au vent, au soleil et aux hasards qu'il lui faut mépriser ; Ôtez-lui toute mollesse et délicatesse au vêtir et au coucher, au manger et au boire ; accoutumez le à tout ; que ce ne soit pas un beau garçon et dameret, mais un garçon vert et vigoureux ?”.

On lit dans “ l'Histoire de la campagne de Russie”, par le comte de Ségur, que ce ne sont pas les hommes les plus robustes qui ont résisté, mais ceux qui ont eu le plus de force d’âme, ceux qui, par l'énergie de leurs sentiments, ont su dominer les

sensations du corps aux prises avec la douleur physique.

Le général Christian Dewet, dont la longue persistance donna tant de peine aux Anglais, pendant la guerre sud-africaine, disait aux élèves du collège de Paarl, dans une distribution de prix qu’il présidait :

“J'ai vu, pendant trois années de guerre, ce que peuvent les hommes éduqués.

“ Savez-vous quels sont, en temps de guerre, les soldats fidèles et sans peur, sur qui l’on peut compter quand la bataille chauffe ?.... Ceux qui savent quelque chose et ceux-là seulement. A la fin de la campagre, sur cent soldats demeurés irréductibles, il y avait quatre-vingts lettrés. Tous les hommes du “veld” avaient abandonné nos rangs et renoncé à la lutte ”.

La prédominance de la vie sensitive ou animale sur la vie intellectuelle et morale, engendre inévitablement la paresse, la lâcheté, le vice.

T/enfant douillet, trop sensible aux petites privations, aux impressions désagréables des sens, est incapable de progrès, de dévouement, parce qu’il est incapable d’effort, de sacrifice.

Faire l’éducation d’un enfant, c’est précisément arracher à l’empire des sens et l’établir dans la dignité de la vie morale.

Tout ce que l’on ôte aux sens, aux sensations, on le donne aux sentiments, à la volonté, à la force du caractère.

L’excès de sens'b.lité rhysique étouffe la sensibilité morale ; le : nsr. : n’a point de cœur; il n’a pas de sentiment:, i: x’: que des sensations.

Joubert a dit: “Le devoir à l'égard de nousmêmes, c’est l'indépendance des sens ”.

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Les éducateurs — pères, mères, instituteurs — doivent donc mettre tous leurs soins à faire l’éducation de la sensibilité morale, dans ceux dont ils ont. la charge.

Car le cœur ou la sensibilité morale inspire, soutient, alimente la raison et Ja volonté.

Ce que l’on fait le mieux, c’est ce que l’on aime.

‘“ Se dévouer, c’est mettre son cœur dans son devoir ”.

L’émotion et l’intfrêt sont un facteur puissant pour le travail de l'esprit. Pour comprendre vite et bien les choses, il faut les aimer.

Voilà pourquoi le secret d’enseigner est d’intéresser; Voilà pourquoi un élève qui n'aime pas son maître ne fait pas de progrès.

“Que voulez-vous que j’apprenne à ce jeune homme, disait Socrate? Il ne m’aime pas ”.

On a souvent remarqué que le sentiment moral est généralement en avance sur la morale.

Que d’hommes qui n’ont pas des idées très nettes de l’honnête et du juste, qui ne sauraient pas les définir, mais qui en ont le sentiment profond et y conforment religieusement leur conduite ?

Il en est de même du sentiment du vrai et du sentiment du beau ; ils sont, eux aussi, sénéralement en avance sur la raison, puisque le goût comme la cons-

cience, sont des facultés mixtes où le cœur ne fait qu’un avec l'intelligence.

Lacordaire définit la conscience: “ la raison inspirée par l'amour ” ; et l'une des maximes de Vauvenargues est “qu’il faut avoir de l'âme pour avoir du goût ”.

Pour donner à l'éducation morale la plénitude de son développement, il ne faut pas moins travailler avec assiduité et dévouement à la formation des caractères.

C’est par les actes et par les exemples que se forment le cœur et le caractère, que se développent et se fortifient les affections pures et généreuses, la force d'âme, le sentiment moral, le sentiment religieux.

Rien de mieux que de mettre, de bonne heure, sous les yeux de l'enfant, des exemples de courage, de justice, de bonté, de reconnaissance, de dévoucment.

Il importe de lui apprendre sans retard, par des leçons et des exemples appropriés, à se vaincre, à être juste, bon, reconnaissant, dévoué, à ne s’inspirer que de nobles motifs, à se tenir en garde contre tout. mobile bas, égoïste, malveillant.

Il faut encore que l’éducateur se souvienne que l’on finit par aimer ce que l’on fait.

Qu'on se livre avec ardeur au travail, et le travail deviendra agréable.

Que l’on se conduise avec ses semblables comme si cn les aimait, et on les aimera.

Que l’on pratique assidûment ses devoirs religieux ct l’on aura la vraie piété qui, selon Joubert, “ exerce toute l’étendue de notre sensibilité ”.

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L'homme chez lequel l’ac:ion combinée de la raison et du cœur a le plus de puissance, c'est là l’homme d’une volonté forte e‘ suivie, allant au but avec courage, malgré les épreuves, les dangers, les passions

Faire la culture du caractère, e'est douce aider l'enfant à développer ses bonnes inclinations et à combattre les mauvaises, en un mot, à corriger ses défauts et à pratiquer les vertus moraies, naturelles et sociales.

Les défauts sont des maladies morales, de gravité diverse, auxquels l’éducateur doit oppeser des remèdes appropriés.

Chaque défaut, comme chaque maladie, demande son remède spécifique et son traitement spécial. On ne guérit pas par les mêmes procédés les penchants à l’orgueil et à la paresse, au mensonge et à l’emportement. Corriger l’enfant de ses défauts doit être l’une des principales préoccupations de léducateur.

Un des défauts les plus ordinaires de l’enfance, c'est la légèreté.

Il y a chez les enfant: deux sortes de légèret: <: l’une naît de l’âge, et l'âge lui-même se charge de 1: ‘almer ; l’autre, plus grave, et qui a sa source dans l'absence de qualités sérieuses, rend lenfant comme incapable de s’arrêter à un raisonnement pour le suivre, et de tenir aucune bonne résolution.

Sovez patient et modéré dans la répression de

l’une et l’autre forme de ce défaut; car à trop punir l'enfant léger, vous risquez de le rendre méchant.

Il convient que vous fermiez parfois les yeux sur quelques-unes de ses étourderies irréfléchies, afin de vous ménager une autorité efficace pour réprimer se: fautes plus volontaires.

Un autre défaut ordinaire à l'enfance, c'est le penchant au mensonge.

Cependant, il n’y a pas de qualité que l’on doive développer avec plus de soin dans les enfants, que la droiture et l’amour de la vérité, ainsi que la fidélité à la parole donnée.

Sans la franchise et la loyauté, peut-il y avoir une vie honorable

L’éducateur ne doit se donner de repos que lorsqu’il a su inspirer aux enfants une grande horreur du mensonge.

C’est une pratique salutaire de pardonner parfois une faute avouée sans détour, en considération de la noblesse de caractère et du courage qu'a montrés le coupable en convenant de ses torts.

Vous aurez encore à combattre, avec méthode et constance, le respect humain, qui guette l’enfant à son entrée dans la vie sociale ; la jalousie et la manie du dénigrement ; le penchant à la moquerie et à la taquinerie ; la mollesse de volonté et la paresse.

Pour corriger ce dernier défaut, il ne faut pas oublier que le désir d’être agréable à ses parents, c’est, pour l’enfant, un puissant stimulant à corriger son indolence et sa paresse naturelle.

Aux esprits emportés et orgueilleux, il faut opposer le calme, la douceur, la fermeté, la justice des pro

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cédés, et s'efforcer de leur faire comprendre qu'autant la suftisance, la morgne et le dédain déprécient un jeune homme et une jeune fille, et provoquent, en ceux qui vivent auprès d'eux, l'aversion et même le dégoût, autant la simplicité, la modestie et la bonté condescendante leur gagnent les cœurs,

Combattez la susceptibilité de ceux qui 'exagérent les manques d’égards dont ils souffrent : rappelezleur souvent la nécessité du support mutuel, pour vivre en bonne harmonie dans la se été et ne pas «e créer à so!-même une exisence insupportab

Enfin, » orin urt par le ridicule, la vanité, l'amour oropre, antardise, la gloriole, la fanfa ennade, Ja fatusté et a coquetterie,

Il est encore bien important de développer chez les enfants des habitudes d'ordre et de propreté

L’habitude de l’ordre influe sur les opération de l'esprit Le sur l’enchainement rationnel des idi elle se transporte dans la conduite des affaires do inestiques et commerciale. où elle fait gagner dn temps et éviter bien des mécomptes,

Faites aussi contracter aux enfants, de bonn heure, des habitudes de courtoisie et e distinetion.

La distinction est 12 miarq:, ‘e cachet du jeune homme et de la jeune fille bier 6. vés.

La politesse est, d’ailleurs, dérivation des vertus chrétiennes.

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Elle est comme la justiée en action, rendant à chacun les égards qui lui sont dus.

C’est encore la fleur de la charité, l’art aimable et, méritoire de s’oublier soi-même, de se montrer bon et sympathique envers tous, discret dans les exigences, délicat dans la conduite entière. Elle s’inspire donc aussi de la douceur et de la patience.

Un zèle industrieux fera une loi au père et à la mère, ainsi qu’à l’instituteur, de travailler sans relâche à développer dans les enfants tous les nobles sentiments: le respect pour l’autorité, l’âge, le mérite, la vertu, la faiblesse, l’infortune ; la reconnaissance pour les bienfaits reçus ; la compassion pour ceux qui souffrent ; la dignité personnelle, l’amour du bien, de la famille et de la patrie.

L'enfant dont l’éducation morale aura été faite avec tout le soin que comporte une œuvre d cette importance, prendra pour flambeau de sa vie la devise déjà citée des preux chevaliers du Moyen Age: ‘ Fais ce que dois, advienne que pourra ” ; ce doit être celle de tout homme, puisque c’est la formule de la vie morale.

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