D EDUCATION MODERNE
enfin abandonnent prématurément leurs études, privés, pour le reste de leur vie, de toute véritable éducation.
Le maître sans formation pédagogique, trop souvent ne prend pas pour objectif, dans son travail journalier, un but éducatif.
Poursuivant habituellement une fin erronée, il est tout naturel que le chemin qu’il suit pour l’atteindre ne soit pas la véritable route.
Aussi presque tout est à reprendre dans les procédés d’un tel maître.
Son but, à lui, c’est de préparer aux examens ; de faire apprendre servilement le mot à mot du manuel classique ; de tenir les enfants dans la discipline, durant le temps qu’ils sont sous sa dépendance, et de leur fournir de l’occupation pour le temps de l'étude et à la maison.
C’est une tâche de manœuvre qu’il accomplit à, à la place du travail d’artiste qu’il aurait à faire.
Au lieu de voir dans les enfants à lui confiés, des âmes et des intelligences à former, à cultiver, à entraîner dans les bonnes habitudes, il se fait gardechiourme, et il subit, avec dégoût, les heures où il se voit contraint d'accomplir une besogne, sans intérêt pour lui, et dont il se hâte de se décharger au plus tôt.
I n'y a pas de principe sur lequel on insiste daà Ï
vantage dans les écoles d’entraînement pédagogique, que celui qui impose au maître l'obligation de pren-
dre soin de tous ses élèves ; de n’en laisser aucun échapper à son action formatrice ; et de donner Ja plus large part de sa sollicitude aux déshérités de la nature: à ceux dont les facultés intellectuelles ou morales exigent de sa part des soins plus assidus, un travail plus délicat.
Et, lorsque le maître en herbe fait sa pratique d'enseignement, sous le regard du professeur de pédagogie, celui-ci ne manque Jamais de bien observer comment le futur éducateur s’y est pris pour intéresser les enfants volages ou apathiques ; comment il s’est ingénié à ouvrir l'intelligence de ceux qui, dans la classe, sont les moins bien doués.
Mais le maître qui, avant de prendre charge d’une Ccole, n’a pas été formé suivant les principes de sa profession, agit, d'ordinaire, tont autrement.
Dans son esprit, et souvent même dans des parties différentes de la classe, il sépare ses élèves en deux groupes distincts : l’un composé des enfants naturellement intelligents, donés d’une mémoire heureuse, avant de linclination pour l'étude, et, par-dessus tout, une grande docilité de . aractère.
C’est le petit nombre: souvent un quart, un dixième de tout le groupe.
L'autre portion de la classe, vresque toujours la plus nombreuse, est composée des élèves naturellement indolents, à l'esprit peu ouvert, Où, par caractère, portés à l’indiecipline,
Ce groupe est connu sons le nom de cruches en argot du métier.
Tous les soins d’un tel maître seront pour le premier g oupe, les antres resteront dans abandon.
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Bien plus, ils seront sans cesse humiliés, écrasés sous le dédain et les dérisions du professeur ct de l’autre partie de la classe.
Tout tendra à leur rendre Ja vie dure et insupportable. Le maître ne cessera de leur répéter qu’ils feraient bien mieux d'abandonner l’école tout à fait, puisqu’ils sont une cause de retardement pour ce qu’il appelle les bons élèves.
Oh! combien d’âmes inmortelles, d’intelligences au reflet de la divinité, sont ainsi, chaque jour, sacrifiées, écrasées, ruinées cet rejetées prématurément dans la société où elles se croiront, toute leur vie, des êtres inférieurs, destinés à porter le joug honteux de la servitude !
Et si des générations entières devaient subir cette action déprimante de la mauvaise éducation, quel serait le sort d’une si malheureuse nation !
Le P. Monsabré nous décrit en ces termes l’homme de bien: “ celui dort les tendances natives au mal ont été réprimées par une chrétienne ée ‘ation:
“ C’est l’homme devenu intelligent .ns orgueil, riche sans ostentation ou pauvre sans ‘vie, prudent sacs dissimulatio:, fidèle à sa parole, en toute rencontre, plus attaché à la justice qu'à son intérêt.
“Il est ferme sans dureté, fort dans l’adversité, patient dans la souffrance, toujours prêt à rendre service, toujours ouvrant à la niisère une main libérale.
“Cor ‘ant dans l'amitié, pardonnant généreusement les injures, bannissant toute haine de l’ennemi, il réprime ses passions, règle ses appétits, veille sur ses sens, sachant se soumettre sans bassesee, commari-
der sans hauteur et sans dédain, et surtout inclinant
devant Dieu, avec une raison convaincue de sa gran- |
deur infinie, un cœur rempli d'un amour qui sur-
passe tout autre amour. (1) | Le grand orateur ne suppose done pas que l'hom- jh
ÿ me naît doué de ces qualités, mais il affirme que
l’homme de bien est celui qui a acquis ces qualités
par l'éducation.
Il y a encore d’autres causes qui tendent à soustraire ainsi prématurément l'enfant à l'influence civilisatrice de l’éducation ; mais nous y reviendrons. D'ailleurs toutes proviennent de la même source : l’ignorance dans le maître des principes qui devraient l le guider dans l'exercice de sa profession. AS Que ne faudrait-il pas dire, par exemple, contre ; | 4 cette manière d’enseigner, ou plutôt, de ne pas en- i seigner, qui consiste à prescrire aux élèves un certain nombre de paragraphes à apprendre par cœur, dans | 4 chacun des livres de la classe, pour les leur faire | réciter, à peu près à la lettre, le lendemain, sans même essayer de leur faire connaître le sens des mots qu’ils s’efforcent d’apprendre de mémoire !
Aujourd’hui, tout vrai enseignement se fait oral. - f ment et par le maître. 4: | Le livre n’apparaît que comme complément de ! l’enseignement donné par le professeur.
(i) Sixie me Conférence de 1976.
os EDUCATION MODERNE
Le proies. ur seul peut, en instruisant, faire l’éducation des ficultés. Et c’est là ce qui importe.
Car « :; pas l’homme le plus instruit de notions ‘ir ‘qui est le mieux préparé à entrer et à réus me Carrière donnée, mais l’homme le plus pr comprendre les idées, à en saisir les rapport pi profter de sa propre expérience et de cell "ns mn mot, ce ne sont pas les têtes Ji vs”, mais les “ mieux faites ”, qui Soni en “«ntes et les plus pratiques.
Les vriis p: -3 pourraient dire combien de
notions «{verses une seule leçon bien préparée et bien donnée, rend intellisibles à des esprits qui s’évei lent !
C’est le maître et non le livre qui donnera à l’enfant un enseignement rationnel et adapté aux intelligences qui le reçoivent, un enseignement vivant et actif, pratique et appliqué à des exercices variés.
Que faudrait-il encore penser de cette pratique absurde qui consiste à prescrire aux enfants, après six où sept heures d’un effort déjà au-dessus de leur apacité, deux à trois heures d’un travail insipide et sans intérêt, qui les feront peiner et se morfondro toute la soirée, pendant que le reste de la famille sera à se reposer tranquillement des labeurs de la journée ?
Ÿ at-il même un homme robuste qui voulût s’imposer une tâche semblable, durant une année entière ?
Doit-on s’étonner, qu'après cela, il y ait tant d’enfants dégoûtés prématurément de l'école, et qui ne rêvent qu’à l’abandonner au plus tôt ?
Si le maître prescrit des devoirs à faire à la mai-
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son, ils doivent être courts, contrôlés sans trop de rigueur, et ne consister qu'en la répétition de certains exercives déjà faits à l'école, sons la conduite du professeur.
Donner des lecons à apprendre ensuite réciter rigoureusement ; prescrire de longs et absorbants devoirs à la maison, puis en faire le contrôle le plus détaillé, durant le temps de sa classe ; gronder et punir tous ceux qui ne se sont pas montrés à la hauteur de cette tâche herculéenne ; tenir une comptabilité compliquée
des notes gagnées par les enfants durant la journée, en vue de la distribu-
tiou des récompenses ; Voilà, dans bien des écoles, la journée du professeur.
Mais, diront les sceptiques, vous ne vrétendez pas que ces écoles d’entraînement pédagogique, dont vous parlez, forment des professeurs qui font réellement la classe suivant votre idéal !
C’est une œuvre d’apôtre que vous nous pronasez là !
Voilà bien l’un des défauts mignons de notre race qui s'étale ici dans toute sa splendeur. On se proclame aisément supérieur aux autres. On déclare sans hésitation aucune que ce qu’il v a ailleurs est bien inférieur à ce que nous avons, et cela, sans se donner la peine de bien observer ce qui se passe dans les contrées qui nous environnent.
Ce défaut est d’ailleurs contre-balancé par le défant contraire de quelques-uns des
par cœu, les faire
nôtres, qui sont
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travaillés de la maladie du dénigrement systématique de leur pays.
Celui qui méprise, de parti pris, tout ce qui appartient à son pays est aussi déraisonnable que le chauvin dans son fanatisme patriotique.
Ceux qui croient qu’en éducation nous n’avons rien à apprendre des autres pays, seraient bien étonnés de voir quels éducateurs sortent, par exemple, des écoles professionnelles d’Ontario.
Nul doute que, dans un grand nombre de ces écoles normales, surtout si elles sont neutres, le maître n’apprendra pas à cultiver les sentiments religieux chez les enfants : mais, au moins, on lui enseignera à développer, dans les élèves, les vertus naturelles et sociales ; à ouvrir leur intelligence et à cultiver leurs facultés d'observer, de juger, de vouloir et de raisonner.
Ils ne sortiront pas de ces institutions sans être convaincus de la nécessité de bannir de l’école tout procédé qui, n’ayant pas un but éducatif, ne serait propre qu’à déprimer le carectère de l'enfant, à lui faire prendre l’école en aversion, et ainsi, compromettre à tout jamais son éducation.
L'absence de religion dans l’école est une grande lacune, une lacune fondamentale.
Mais, d’un autre côté, la religion ne peut pas seule suppléer à tout dans l'éducation. Elle ne saurait remplacer la science, et surtout le savoir professionnel.
La religion n’est-elle pas bien utile pour faire le bon médecin ? Et, cependant, quel est celui qui voudrait confier le soin de sa santé au plus religieux
des hommes, si, d’autre part, il le savait dépourvu d’une sérieuse connaissance de la profession médicale ?
La religion est encore bien utile à la garde-malade dans les hôpitaux; pourtant, on exige de nos religieuses qu'elles subissent l'entraînement d’un cours professionnel, avant de les admettre auprès du lit des malades.
Non, en éducation, la religion ne peut pas remplacer la science et la formation professionnelle.
Mais joignez, dans l’école, la religion et la science pédagogique, et vous aurez posé dans la société un des plus puissants facteurs de la gloire et de la prospérité d’une nation.
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ECCLE COMPLEMENTAIRE
ECOLES COMPLEMENTAIRES
Il est un malaise sérieux qui règne dans un grand nombre de familles, une véritable plaie dans notre
condition sociale, et dont nous nous sommes efforcés de faire toucher au doigt les causes principales dans un chapitre précédent ; nous voulons parler des trop nombreux enfants qui se dégoûtent de l’école et l’abandonnent prématurément, se soustrayant ainsi, pour toujours, à l’influence moralisatrice de l’éducation.
On donne généralement pour cause à ce vrai danger social, la pauvreté des familles, le grar 4 nombre d’enfants qu’elles élèvent, l'ignorance « : parents, qui n’apprécient pas à leur valeur les bienfaits de l’instruction et de l’éducation.
Pour nous, ces raisons ne nous semblent pas les principales.
L'enfant abandonne l’école prématurément parce qu'il se fatigue de la vie qu’il y mène.
Les parents ne font que céder aux volontés et aux sollicitations de leurs fils et de leurs filles, en disant :
“On n’envoie pas un chien chasser malgré lui. Puisque notre enfant n’aime pas la classe, il n’y travaillera pas ; autant vaut l’en retirer tout de suite ??,
Voilà en quels termes nous avons bien souvent entendu conclure cette affaire.
D'ailleurs, nous avons souvent pu constater que, dans les endroits où les écoles sont de vrais foyers d'éducation, les enfants les fréquentent volontiers, s'intéressent à leurs études et n’abandonnent l’école qu’à un âge suffisamment avancé.
Mais, lorsque l’instituteur ressemble plutôt à un contremaître d’usine, contrôlant le travail de ses subordonnés, qu’à un professeur instruisant lui-même ses élèves, les résultats sont bien différents.
Bien des maîtres semblent persuadés aue leur unique tâche consiste à prescrire le travail à faire et à en exiger l’accomplissemhent, rejetant sur l’enfant et même sur les parents, qui sont supposés aider l’enfant à faire ses devoirs et à apprendre ses leçons, tout le labeur de l'instruction.
. T1 n’y a que les enfants doués de qualités exceptionnelles d’intelligence et de volonté qui puissent suffire à un tel régime.
On ne saurait trop faire pour rendre à l’enfant l’école et la vie qu’il y mène intéressantes et attrayantes ; car priver prématurément une seule intelligence de l’influence civilisatrice de l’éducation scolaire, c’est un malheur ordinairement irréparable.
Voilà pourquoi, si nous voulons voir s'élever le
Le
travail
manuel à l'école primaire.
niveau intellectuel et moral de la nation, il ne faut rien négliger pour augmenter la moyenne des années où les enfants fréquentent l’école.
L'établissement d'écoles complémentaires paraît donner partout, à ce point de vue, des résultats vraiment efficaces.
Ce sont des écoles centrales vers lesquelles les en- “onts sont dirigés lorsqu'ils ont terminé leurs études à l’école primaire, et où ils suivent des cours plus avancés, sous la conduite de maîtres spéciaux.
Partout, aujourd’hui, à part les collèges et A igh Schools, on établit de ces écoles complémentaires, appelées écoles de continuation, Continuation Schools, destinées à recevoir les élèves d’un certain nombre d'écoles primaires, lorsqu'ils ont terminé leur programme d’études, pour les grouper ensemble, et leur faire continuer des cours plus avancés.
Tout le monde admet que c’est de quatorze à dixsept ans que le jeune homme forme définitivement son caractère et ses habitudes.
L'enfant de quatorze ans, serait-il pourvu de toute l'instruction désirable, devrait encore rester durant deux ou trois années sous la bienfaisante discipline de l’école, à la seule fin de compléter son éducation et de pourvoir à la formation de son caractère.
Que peut faire, dans le monde, l'enfant qui n’a pas atteint sa dix-septième année ?
Son jeune âge ne lui permet pas de prendre, dans la société, une position définitive.
En attendant il ira remplir dans les ateliers, dans les magasins, dans les grands hôtels, des emplois secondaires d’aides, de messagers, etc.
Il sera en contact journalier avec toutes sortes de gens, d’âges différents, ct sans respect pour sa jeunesse et son inexpérience. Il sera traité sans égards, et il s’accoutumera à subir sans murmure le joug de la servitude.
Aussi, lorsque ses dix-sept ans seront venus, et qu'il lui faudra songer à prendre place dans la société, il s’apercevra qu’il ne possède déjà plus le peu d'instruction qu’il avait acquise ; et surtout nous le verrons sans énergie, sans ambition, se croyant né pour être, à jamais, le serviteur de tous.
Au contraire, considérez le jeune homme qui sort de l’école à dix-sept ou dix-huit ans.
Il a grandi sous l'influence des conditions les plus propres à développer en lui toutes ses puissances viriles.
TT est instruit et conscient de sa valeur.
T1 a vécu dans un milieu où il s’est vu traité avec respect et dignité.
Il entre dans le monde la tête haute, le regard franc.
Sa taille, son âge et son éducation lui permettent de prendre, tout de suite, une place convenable dan: une des nombreuses carrières ouvertes à l’activité humaine. Là, il va, sans délai, faire usage de l’instruction qu'il possède, et pouvoir ainsi conserver et accroître ce capital précieux.
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Aussi, que ne fait-on pas, aujourd’hui, dans presque tous les pays civilisés, pour retenir l'enfant à l’école jusqu’à cet âge de seize à dix-sept ans !
Plusieurs ont déjà porté, de quatorze ans qu’il était, à seize ans, l’âge où, légalement, un enfant peut prendre un emploi dans un atelier ou un magasin ; et partout on organise, sur des bases de plus en plus solides, des écoles complémentaires, considérées comme un couronnement nécessaire à l’œuvre de l’école primaire.
Ces écoles existent depuis assez longtemps dans Ontario.
Jusqu'à cette année, c’étaient les commissaires chargés de l’administration des écoles primaires, dans un certain nombre de circonscriptions voisines, qui devaient s’entendre pour pourvoir au maintien de ces écoles centrales ; tandis qu’un inspecteur spécial était chargé de surveiller l’organisation et le fonetionnement de ces écoles supérieures.
Mais, dans la pratique, ce système donnant lien à des difficultés d’ordre divers, une loi vient d’être proposée au Parlement de Toronto, en vertu de laquelle, chaque comté sera divisé en un certain nombre de circonscriptions différente:, pour fins d'écoles complémentaires.
Un bureau de commissaires spécianx ser: “ln dans chaque circonscription pour prélever des taxes et pourvoir à l’administration de ces écoles,
Et voilà que, dans cette province, notre voisine, les moindres hameanx auront à leur portée, outre un
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collège où ÆLigh School, dans chaque comté, une école complémentaire, à proximité de leur demeure, où presque tous les enfants pourront recevoir une instruction plus complète que celle de l'école primaire.
Un pays qui sait ainsi élever d'un degré l’éducation donnée à la presque totalité de ses enfants, est un pays qui se hausse d’un degré au point de vue du progrès et de la civilisation.
ÎL est clair qu’une organisation similaire ne pourait qu'être bien favorable à l'éducation des enfants, dans notre province,
Ces écoles complémentaires devraient être organisées dans nos campagnes, dans nos villes et dans les centres un peu populeux, où il serait si facile d'y ponrvoir.
Toute ville qui possède plusieurs écoles devrait faire de l’une d’elles son école complémentaire, destinée à recevoir les premiers élèves des autres institutions environnantes, pour donner à ce groupe d'élite, sous la conduite de maîtres compétents, un cours d'instruction plus complet en rapport avec leurs besoins.
Montréal devrait posséder au moins trois ou quatre de ces établissements, pour y grouper les élèves des nombreuses écoles de l’est, du centre et de l’ouest.
Québec et bien d’autres villes devraient agir dans le même sens.
Ces écoles complémentaires devraient être gratuites, pour n’en pas détourner les familles peu fortunées, qui trouveront déjà difficile de se priver de
l'aide de leurs enfants jusqu'à cet âge avancé.
Elles devraient être ouvertes à tons ceux qui ont une instruction primaire suffisante.
Le cours de ces écoles sera d’an moins trois années d'études, en rapport avec les besoins de chaque localité. ;
Ne devrait-on pas établir iei, comme cela se pratique part mt ailleurs, des examens uniformes de fin d'études primaires, appelés examens d'entrée à l'école supérieure, soit collège on école complémentaire ?
Tout élève capable de snbir cet examen avec succès, jouit du droit d'entrer à l'école complémentaire.
Jusqu'ici, à peu près chaque école de no: grandes villes, isolément, s'est efforcée de maintenir une classe d’études supérieures, que l’on appelle générslement classe commerciale ou elasse d’affaires.
Mais qu’on y regarde de près et l’on s'aperc que cette unique classe, amalgamée à l'organiss : d’une école paroissiale, est loin de retenir les entau à l’école et de leur fournir des movens de cuiturc équivalents à ce que pourrait produire une institution séparée, qui grouperait les premiers élèves de rlusieurs écoles différentes.
Il n’y a rien de plus efficace pour déterminer enfants et parents à ne pas délaisser trop tôt l'école, qu'un cours d’études bien défini, qui permet à tous les intéressés de supputer d'avance le nombre d’années qui restent à parcourir, avant que je cours soit terminé.
Le système suivi jusqu’à présent dans nos nom-
breuses écoles de villes et de villages a été d’essayer de retenir des enfants, trois ou quatre ans de suite, dans la plus haute classe d’une école primaire, où ils se voient forcés de recommencer, chaque année, les mêmes études avec de nouveaux venus, bien inférieurs à eux en instruction. ù
Et combien petit est le nombre de ceux qui, avec ce système, ont pu être gardés jusqu’à un âge suffisamment avancé, sous l'influence salutaire d’une bonne discipline scolaire !
Les parents, généralement, retirent prématurément les enfants de l’école parce qu’ils les voient sans goût pour l'étude ; et les enfants se dégoûtent de l’école parce que le maître les conduit et les instruit par des procédés antipédagogiques, et aussi, parce qu’ils ne voient pas devant eux la perspective de pouvoir, au sortir de la plus haute classe de l’école primaire, entrer dans une institution supérieure pour y continuer leurs études.
D'autre part, les mots ont un effet magique sur les esprits.
Combien, par exemple, sont trompé: par les appellations de “cours commercial ” et de “ cours classique ” üsitées dans nos collèges !
Le père de famille qui, ne destinant pas son fils à une profession libérale, opte pour le cours commerciai, croit généralement que son enfant va faire un cours d’études analogue au cours classique, mais plus cn rapport avec la profession commerciale ou industrielle qu’il aura à exercer.
Quelle déception pour ce jeune homme, arrivé à l’âge de trente ans ! Il est intelligent, il occupe une position enviable dans le comineree ou la finance ; il
voudrait exercer autour de lui, et au profit de ses concitoyens, l'influence à laquelle lui donnerait droit un jugement sûr et une expérience pratique des affaires. Hélas ! il n’est qu’un ignorant, il a honte de lui-même, n’ayant recu, dans son cours commercial, qu’une culture intellectuelle insuffisante.
Pendant que ses confrères façonnaient leur esprit dans des études de littérature, de mathématiques, de sciences, d'histoire et de philosophie, lui, jouait au marchand, et perdait dans ces puérilités un temps précieux, qu’il aurait dû employer à la culture générale de ses facultés intellectuelles.
On peut dire, sans paradoxe, qu'il y a autant de commerce à apprendre dans un cours de géométrie et un traité de logique que dans un cours de comptabilité.
Ce qui fait le bon financier et l’habile homme d’affaires, c’est la vivacité de l'intelligence unie à un sain jugement, à un grand esprit d'observation et à une grande puissance d’abstraction et de généralisation ; ce sont surtout les études de mathématiques, de littérature, de sciences raturelles et de philosophie, qui développent et fortifient ces précieuses facultés.
Pour notre part, nous verrions sans regret le cours
Pour l'utilité des étudiants du cours classique, il conviendrait qu’un cours de comptabilité et de commerse fût donné à tous les élèves, une fois la semaine ou inême une fois toutes les deux semaines. Ce serait suffisant, après les études d’arithmétique et de comptabilité de l’école primaire, pour tenir les esprits en
contact avec les formes élémentaires de la comptabilité et du commerce, et empêcher que les jeunes gens qui ne se fixent pas dans les professions libérales, ne se trouvent tout à fait dépaysés, en entrant dans un comptoir de banque ou dans un bureau d’affaires.
Ceux qui désireraient agrandir l'horizon de leurs connaissances commerciales auraient toujours à leur disposition la ressource des cours de l'Ecole des hautes études commerciales.
Quant aux médecins, aux notaires et aux avocats, quelque connaissance des effets de commerce, de l’intérêt et de l’escompte, ete., ne pourrait que leur être fort utile dans l'exercice de leurs professions respectives.
D'autre part, cette addition aux études serait assez peu encombrante pour ne compromettre en rien le succès du cours classique tel qu’il est organisé dans notre province.
Aussi, l’école complémentaire ne devra-t-elle pas borner son travail à des études commerciales, mais comprendra un cours analogue au cours classique, moins l'étude des langues mortes.
Organisons donc, au plus tôt, des écoles complémentaires, et, chaque année, nous verrons sortir des faubourgs de nos grandes villes, des pléiades, que dis-je, des centaines de jeunes gens, intelligents, instruits et énergiques, pleins de confiance en euxmêmes et dans le succès qui les attend dans la vie.
Ils seront les employés préférés du commerce, de l’industrie et de la finance.
La parole est à ceux qui pourraient si facilement doter leur pays d’un si grand avantage.
Es — (éal ea Fa = © == FES