‹ Éducation moderne et entrainement professionnelChapitre 5 sur 18 · AYANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AYANT-PROPOS

immédiatemeut, et ainsi, d^' proche en proche, le mouvement se communiqne et s'étend à travers les espaces.

Xe pourrait-on pas dire qu'il en est de même du monde moral, et que le plus petit, le plus humble, le plus obscur, peut, s'il le veut, devenir le point de départ d'un mouvement plein de fécondité.

Yves Le Querdec (1) a dit : '" Le devoir ne consiste pas à faire grand, mais à faire ce que Ton a à faire, si peu que ce soit. Notre travail dùt-il être vain, nous devrions encore continuer l'eft'ort. Au fond, nous ne savons pas. Le résultat est souvent contraire à ce que non 5 attendions. Mais souvent aussi pour être autre, il n'est que meilleur. Les choses entreprises avec le sentiment du devoir réussissent toujours, une main attentive et bonne les conduit. Tout n'est que mystère dans les grands destins et les résultats. Seul le principe est clair qui est le devoir, et la fin seule est bonne, car elle est en la main de Dieu ''.

Nous trouvons dans ces quelques lignes la parole qui condamnerait toutes nos inerties et toutes nos abstentions, et qui expliquerait tous nos efforts, même ceux dont les résultats paraissent les plus incertains.

(1) Journal d'un évêque.

Ifî-

CRI D'ALAEME

CEI D'ALAEME

Tout récemment, (1) le supérieur ecclésiastique de l'un de nos collèges classiques disait, dans un discours prononcé à l'occasion d'un conventiun des anciens élèves, des paroles significatives qui dévoilent la source même du mal dont souffre notre système scolaire, et qui est la cause de l'agitation qui se fait partout sentir, répandant <laus les esprits le malaise et l'inquiétude.

Les paroles du vénérable Religieux ont trait ù l'in=!uffisance des ressources pécuniaires dont disposent nos maisons d'éducation, pour pouvoir s'outiller aussi parfaitement qu'il le faudrait, suivant les exi-

11) La Patrie, 2 juin 1909.

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gences actuelles de la science pédagogique, surtout en ce qui concerne la préparation professionnelle du personnel enseignant.

" C'est là, dit-il, notre côté faible: la science péda- ''' gogique. Le talent et le dévouement ne font pas " défaut, mais bien les moyens pécuniaires pour " former de bons professeurs ".

Bien peu de personnes, même parmi celles qui ont le devoir de s'intéresser particulièrement aux choses de l'éducation — journalistes, prêtres, instituteurs même quelquefois — savent, d'une manière quelque peu adéquate, ce que l'on entend, aujourd'hui, par la science de l'éducation.

Il en est ainsi d'ailleurs pour la plupart des professions.

Le vulgaire n'a pas la moindre idée des études longues, étendues et complexes auxquelles doivent se livrer, durant j)lusieurs années, les futurs médecins, les étudiants en droit, en génie civil, et même la simple garde-malade des hôpitaux, avant de pouvoir obtenir le brevet qui leur permettra d'exercer légalement leurs professions.

De même, les profanes, et même bien des instituteurs, parmi ceux qui n'ont pas eu l'avantage de suivre les cours d'une école professionnelle, ne soupçonnent nullement toute l'étendue et la complexité des études pédagogiques que comporte un cours professionnel, suivi dans une école normale bien à la hauteur des progi-ès de la pédagogie moderne.

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En effet, la pédagogie a fait des progi-ès énormes, depuis trente ans surtout.

C'est l'Allemagne qui a donné le branle et les autres nations ont suivi.

Ces progrès ont consisté moins dans la découverte de principes pédagogiques nouveaux que dans l'organisation sérieuse d'écoles d'entraînement professionnel, dans lesquelles les principes anciens, sortant des livres oii ils restaient lettre morte, prirent des formes vivantes, et entrèrent dans la p?-Htique des jeunes instituteurs formés par d'habiles maîtres.

Tant vaut le maître, tant vaut l'école.

C'est ce qu'on a partout compris : et tous les efforts pour améliorer l'enseignement se sont portés sur la formation professionnelle des instituteurs. Presque tous les pays se sont efforcés d'établir, depuis un certain nombre d'années, des écoles normales organisées sur des bases uniformes : chacun tâchant d'imiter ce que ses voisins réalisaient de mieux sous ce rapport.

Le règlement que publie chaque année le Département de l'éducation de la province d'Ontario, à l'usage de ses écoles normales, renferme, sur ce sujet, les indications les plus intéressantes et les plus suggestives.

Ontario a sept écoles normales oii se donne le diplôme du second degré ; deux facultés d'éducation, attachées aux universités de Toronto et de Kingston, pour conférer le diplôme du ])rouiior degré ; et une

2 s EDUCATION MODERNE

deiui-douzaiiic crécoles ])l•ofes!^iollnellt'^:', ditc-^ modèles, où se donne le diplôme de troisième classe.

Xul instituteur ne peut être diplômé par un simple examen de compétence ; le stage et l'entraînement de r école professionnelle sont toujours requis, quel que soit le degré d'instruction du candidat.

Toutes ces écoles professionnelles sont exclusivement destinées aux études et à l'entraînement pédagogiques.

Comme pour l'étude des professions libérales dans les universités, nul n'est admis dans ces écoles de l^édagogie, s'il n'a passé avec succès les examens attestant qu'il possède les connaissances scientifiques suffisantes, et variant suivant le degré du brevet auquel il aspire.

Cette mesure montre l'importance que l'on attache aux études et à l'entraînement professionnels, auxquels le futur instituteur devra se livrer exclusivement, durant son séjour à l'école pédagogique.

Le programme des études professionnelles des écoles normales d'Ontario, dont nous nous occupons présentement, est très précis, très étendu, très détaillé.

On y indique même aux professeurs combien de leçons ils devront donner sur chaque spécialité : Science de l'éducation et psychologie, soixante-dix leçons ; organisation et gouvernement de l'école, soixante leçons ; histoire de l'éducation, trente-deux leçons.

Puis vient la méthodologie spéciale : Méthode de l'enseigTiement des mathématiques, trois leçons par semaine ; méthode de renseignement de la langue,

sept leçons par semaine ; méthodologie des sciences, des arts, de la musique, du travail manuel, de la culture physique, etc.

Le règlement détermine encore que les futurs maîtres donneront chacun, au moins vingt-cinq leçons, aux élèves de l'école d'application, en présence d'un professeur de pédagogie et d'un groupe de condisciples ; et qu'ils observeront et critiqueront, au moins quarante leçons données par des condisciples ou des professeurs.

Quand on sait que ces écoles professionnelles sont sérieusement contrôlées, que chaque professeur est un spécialiste qui a lui-même été entraîné, non seulement comme instituteur, mais encore en vue de l'enseignement spécial qu'il doit donner à l'école professionnelle ; que les élèves-maîtres n'obtiennent leur brevet qu'après avoir passé un examen imiforme, préparé et corrigé par une commission prise en dehors des professeurs, on ne peut que féliciter les jeunes maîtres qui ont la bonne fortune de pouvoir s'outiller ainsi, et se munir d'une si utile formation, avant que de mettre hache en bois dans la difficile carrière de l'éducation.

Heureux les enfants confiés à de tels maîtres, si, à la connaissance de leur profession, ils joignent la flamme du zèle que comporte leur noble mission !

Heureuse la nation qui voit les générations entières de ses futurs citoyens ainsi élevés suivant les vrais principes de l'art pédagogique !

rv

La plupart croient que le plus grand mal engendré par l'absence d'entraînement professionnel chez l'instituteur, consiste dans l'insuffisance de l'instruction qu'il s'efforce de donner à ses élèves.

C'est encore là une erreur manifeste.

Sans aucun doute, le maître sans formation pédagogique enseignera peu et mal ; mais le plus grand tort qu'il puisse faire à ses élèves, et par eux au pays, dont ces enfants seront les citoyens de demain, c'est de les priver de la véritable éducation.

La formation pédagogique seule peut apprendre au maître que sa tâche principale consiste à former les caractères ; qu'il doit, avant tout, développer chez les enfants les vertus morales, naturelles et sociales propres à faire d'eux des homme? religieux, intègres, droits, énergiques, tolérants à l'égard des autres, sachant se respecter soi-même et se faire respecter de tous.

On commet une erreur semblable, lorsque l'on prétend juger de l'efficacité d'une institution ou d'un système scolaire uniquement d'après les résultats obtenus dans l'instruction des élèves.

Et l'erreur ne serait pas moins grande, si l'on condamnait tout un système d'éducation, uniquement sur les plaintes de quelques marchands, qui auraient eu à leur service des commis sortis de ces institutions, dépourvus de connaissances suffisantes en calcul et en orthographe.

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Ce serait mesurer une bien gTande chose par de trop mesquins côtés.

Il y a, de nos jours, une tendance à diminuer de plus en plus le nombre des examens et des concours dans les écoles: on les considère corome une entrave à la libre action du maître dans son œuvre éducatrice; l'examen ne pouvant guère porter que sur l'instruction, le maître est vite poussé à mettre toute son énergie à atteindre ce but secondaire de son œuvre et à négliger l'essentiel, l'éducation et la f^'mation de toutes les puissances de l'enfant.

C'est pour la même raison, que les expositions scolaires, si en vogue autrefois, ont à peu près disparu aujourd'hui dans le monde. On a constaté que cet étalage de cahiers d'écoliers ne prouvait rien par rapport à la véritable éducation.

La science de l'éducation apprend donc au maître que la culture des puissances de l'enfant constitue son œuvre essentielle, et que, même lorsqu'il cherche à inculquer à son esprit des connaissances utiles, il doit avoir moins en vue d'apprendre à l'élève telle ou telle vérité particulière, que de développer, à l'occasion de cet enseignement, les facultés d'observation, de raisonnement, de comparaison, do généralisation, etc., qui feront de cet enfant un homme à l'esprit ouvert, judicieux et éclairé.

On n'a pas exagéré l'importance du rôle de l'éducateur dans la vie des peujDles.

C'est lui qui forme le caractère d'une nation. Aussi la France a-t-ello pu dire, en 1870, que ce sont les instituteurs allemands qui lui ont infligé «a terrible défaite ; et l'Angleterre, de nos jours, n'ac-

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cuse-t-elle pas ces mêmes instituteurs allemands de mettre en péril, dans le monde, sa prépondérance industrielle et commerciale ?

Mais quelles sont les causes du manque de science 23êdagogique et d'entraînement professionnel chez nos instituteurs et nos institutrices, fait que nous révèlent les paroles autorisées que nous avons citées au commencement de ce chapitre ? Ces causes sont multiples sans doute, et nous aurons occasion de revenir sur cette importante question ; mais une des principales, est bien celle que signale le vénérable Supérieur, dans son récent discours, savoir: le peu de ressources pécuniaires dont disposent nos institutions scolaires.

ISTous vantons le noble désintéressement de nos religieux et de nos religieuses ; et nous nous réjouissons de posséder des écoles qui coûtent aux contribuables cinq fois moins que celles des autres provinces et des autres pays.

Est-ce là cependant une chose dont nous devrions nous réjouir ?

Quand un Frère enseigne pour le traitement dérisoire de vingt dollars par mois, et une Sœur, pour cinquante sous par jour, qui bénéficie de cet extraordinaire bon marché ?

Sont-ce les pauvres ?

ÎSTon.

N'énéralile Mctl' M arc.ukkite Iîourcuoys. Fomlatrice de la Congrcgalion de Notre-Dame.

ENTKAIXEMEXT l'ROFES&lOXXEL 35

Ce sout les propriétaires fonciers, sur qui seuls tombe la taxe scolaire.

Et si, à cause de ces quelques j^iastres de taxes que le cultivateur à l'aise et le gros propriétaire urbain, gardent dans leur gousset, les instituteurs sont forcés de se priver de la formation pédagogique qui leur est indispensable, parce qu'ils ne peuvent ni donner à leur formation tout le temps et le soin nécessaires, ni se payer les services de professeurs compétents, ni fréquenter les institutions où se donne un enseignement professionnel sérieux, croyons-nous être dans une condition qui soit propre à nous réjouir ?

î^e serait-il pas plus conforme aux vrais intérêts du pays de travailler à faire augmenter partout les taxes scolaires pour jiouvoir mieux rétribuer les services de nos instituteurs de toutes catégories, et ainsi assurer une plus gi'ande compétence aux maîtres qui façonnent, pour nous, la génération qui formera la nation de demain ?

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