‹ Éducation moderne et entrainement professionnelChapitre 8 sur 18 · CIVILISATION MODERNE ET EDUCATION · texte numérisé non relu

CIVILISATION MODERNE ET EDUCATION

On peut définir la civilisation, la somme des contraintes et des sacrifices de liberté persomielle que s'imposent les individus pour le bien de la communauté.

La vie du sauvage, qui est le contraire de la vie de l'homme civilisé, est faite, tout entière, d'isolement et d'égoïsme. Chaque individu, du moins chaque famille, mène, dans la tribu, une vie indépendante et isolée.

L'être humain, dans cet état d'avilissement, ne peut se convaincre qu'il a des devoirs à remplir à l'égard de ses semblables.

Il met sa gloire dans la satisfaction de toutes ses fantaisies, sans jamais vouloir admettre aucune restriction à sa liberté personnelle pour l'accroissement du bien commun.

Plus la civilisation augmente dans un peuple, et

plus sont nombreux les sacrifices que savent s'imposer les individus en vue du bien commun.

Les peuples européens, dans leur vie publique et privée, subissent, sans murmure, une foule de règlements et de lois, qui nous paraissent à nous, jeunes peuples de la libre Amérique, une servitude insupportable.

Ceux qui ont vécu dans les siècles passés seraient étrangement surpris à la vue, par exemple, de notre allègi'e soumission aux prescriptions de l'hygiène publique et privée ; et les progTès constants de la science et de la civilisation nous font apercevoir, dans l'avenir, bien d'autres asservissements auxquels les peuples futurs sauront se soumettre non moins allègrement.

Un des traits caractéristiques de la civilisation moderne, c'est le mouvement universel qui a porté tous les peuples à réduire en service public organisé, une foule d'emplois qui ont pour fin le bien général de la société, mais qui, jusqu'ici, avaient été laissés à la libre initiative des particuliers.

Le service des postes, celui du transport des voyageurs et des marchandises, le télégraphe, le téléphone, etc., sont, tour à tour, passés du domaine privé sous le contrôle direct de l'Etat.

Et, lorsque quelques-uns de ces services restent aux mains des grandes compagnies, l'Etat moderne édicté des lois et des règlement^, pour forcer ces compagnies à donner au public un service de plus en

EXTIÎAIXEMEXT PROFESSIONNEL 81

plus en harmonie avec les exigences d'un plus grand confort et d'une plus complète sécurité.

En la réduisant en service public, l'Etat moderne; a fourni à l'Education populaire tout l'appui de la force et des moyens d'organisation dont il dispose.

Pour subvenir aux dépenses considérables de cet important service, l'Etat offre d'abord la ressource presque illimitée de l'impôt moderne, avec ses emprunts sur obligations remboursables par de longues annuités.

De plus, il organise hiérarchiquement les différentes institutions, et leur fournit le bénéfice de l'efficacité d'un contrôle sanctionné par la puissance des lois.

Aussi rien ne paraît plus important, de nos jours, que d'écarter tous les obstacles qui pourraient empêcher les écoles catholiques de j)rofiter pleinement de tous les avantages qu'offre l'organisation moderne des Etats, pour l'avancement de l'éducation populaire.

Laisser les écoles neutres ou protestantes profiter seules des avantages de l'appui de l'Etat dans l'organisation de l'éducation populaire, est un des plus graves dangers qui menacent le catholicisme de notre époque. C'est contre ce danger que se sont liguées, en Angleterre, les forces combinées des catholiques et des anglicans.

Et c'est parce que les catholiques du Manitoba avaient été privés de cet avantage, de l'appui de l'Etat pour le maintien de leurs écoles, que Léon XIII lui-même a dû protester dans une encyclique célèbre.

C'est encore pour le même motif que, dans cet important document, le grand Pontife invite les catholiques de la malheureuse province d'user des lois existantes partout où il y a quelque moyen d'en atténuer la mal.

De nos jours, la moindre municipalité scolaire possède un pouvoir d'emprunt presque illimité; tandis que les frais de cet important service, qu'est l'éducation populaire, sont supportés également par tous, chacun suivant sa fortune.

Quand nous aurons pu convaincre les propriétaires fonciers que leur intérêt le plus cher exige que les écoles soient tenues sur le plus haut pied d'efficacité, nous ne les verrons plus hésiter à élever de plusieurs points la taxe annuelle qu'ils s'imposent, souvent avec trop de parcimonie, pour l'administration de leurs écoles.

L'esprit civique est souvent peu développé dans un grand nombre de nos compatriotes.

Combien sont encore persuadés que ce qu'ils déboursent sous forme de taxe ou d'impôt, même pour l'éducation publique, est une sorte de don, ime espèce d'aumône, qu'ils font à leurs concitoyens.

Ils ne s'aperçoivent pas qu'améliorer la condition, surtout la condition morale, de ceux avec qui l'on vit dans un contact journalier, c'est se procurer à soimême un bicu, grandement supérieur au léger déboursement imposé par la taxe publique.

Dans Ontario, ce sont les conseils de comté et non

EXTEAIXE.AIEXT l'KOFESSIOXXEL 83

les commissaires de chaque municipalité qui lixent le taux de la taxe scolaire.

Cette taxe est d'abord portée à un taux uniforme, qui permet au conseil de comté de fournir aux municipalités un revenu égal pour chaque école. Ensuite les municipalités, suivant leurs besoins particuliers, ■se font imposer, par le conseil de comté, un taux définitif, plus ou moins élevé, suivant les sommes qu'ils décident de dépenser pour leurs propres écoles.

De cette façon, les plus pauvres cantons, dans un même comté, sont aidés par les plus fortunés, et reçoivent sur la taxe uniforme levée sur le comté entier, la part égale qui revient à chaque école.

Ce système a encore pour avantage de remettre à la décision de personnes plus désintéressées, comme sont les conseillers de comté, l'importante question de la fixation du taux de la taxe scolaire, au moins en ce qui concerne la taxe uniforme.

Dans Ontario, d'ailleurs, la décentralisation en matière d'éducation est aussi complète que possible.

Xon seulement les instituteurs de chaque école sont le libre choix de la municipalité scolaire ; mais les inspecteurs eux-mêmes sont choisis et nommés par le conseil de comté, qui ne peut légalement attribuer cette fonction qu'à un candidat pleinement qualifié pour exercer un tel emploi.

Les écoles normales et l'inspecteur de ces institutions sont, cependant, sous la dépendance directe du irouvernement.

Un autre caractère de la civilisation moderne, c'est l'efficacité que l'on s'efforce d'obtenir de plus en plus entière dans l'administration des services d'uti; lité publique.

Il y a partout une heureuse tendance à confier à des commissions indépendantes de la politique, l'administration des principaux services de l'Etat.

L'œuvre importante de l'Education a gi'andement bénéficié de cette tendance de la civilisation moderne.

Partout on s'efforce de plus en plus de soustraire aux influences de la politique tout ce qui regarde l'administration des écoles.

Récemment, Ontario, qui a un Ministre et un Sous-Ministre de l'Education, a nommé un Surintendant de l'Education, chargé d'administrer, en dehors de la politique, tout ce qui regarde l'organisation pratique de l'enseignement.

Dans le domaine de l'éducation, depuis les principaux des écoles normales jusqu'aux moindres professeurs de l'école primaire, il serait peut-être impossible de trouver, dans cette province, une seule nomination purement politique. Tous ces fonctionnaires sont des hommes compétents qui n'ont dû leur emploi qu'à leur qualification professionnelle et légale, et à leur valeur personnelle.

L'esprit et les vertus civiques naissent et se développent sous l'influence de l'éducation sociale qui doit faire partie de l'œuvre d'éducation de l'école, à tous les degrés.

EX'iTvAlXE:,[EXT TEOrESSIOXXEL 85

Les profondes transformations que subit la société contemporaine, la puissance et la diversité des institutions économiques qui couvrent aujourd'hui de leur réseau le monde entier, le rôle que doit jouer chaque citoyen dans la gestion des affaires civiques, tout fait à l'éducateur un devoir de préparer ses élèves à la vie sociale, par une formation ad hoc.

Rien ne paraît plus important que d'initier, de bonne heure, l'enfant et le jeune homme, aux droits et aux devoirs du citoyen ; de leur donner des connaissances précises sur l'Etat et son fonctionnement administratif, sur les devoirs que la constitution impose aux citoyens et sur les droits qu'elle leur permet d'exercer.

C'est ainsi que le patriotisme s'éclaire et se fortifie, sous l'influence de l'éducation sociale que l'instituteur doit donner à ses élèves.

Un autre trait caractéristique de la civilisation moderne, c'est la préparation professionnelle que l'on exige, de nos jours, de quiconque aspire à exercer, dans la société, un emploi se rapportant à un service public.

Rappelons-nous dans quelles conditions, il y a à peine quarante à cinquante ans, le premier venu pouvait pratiquer les professions de médecin, d'avocat, de notaire ou d'instituteur.

La tendance actuelle est de créer partout des écoles

professionnelles pour l'entraînement svstêmatique de

Page 1