ÉGLISE DE SAINT-NICOLAS DE MAINTENON
Saccagée à la Révolution, cette ancienne église paroissiale reste toujours désolée. Le duc de Noailles eut le projet de la restaurer et fit même ouvrir la tribune de Louis XIY, et la galerie qui y conduit fut ornée et repeinte; nous ne savons pourquoi ces projets furent abandonnés.
Des circonstances plus heureuses permettront sans doute de les reprendre bientôt.
Le monument d’ailleurs le mérite. Construit en 1521, d’après le document qui suit, ce gracieux édifice conserve la légèreté du style ogival en y ajoutant la grâce de la Renaissance. De larges contreforts, des fenêtres à meneaux et flammes, un pignon aigu, une flèche élancée et ajourée, se marient heureusement à l'archivolte à plein cintre décorée de rinceaux et de feuillages et à la rosace de la façade. A l’intérieur, la voûte ogivale à multiples nervures, aux retombées s’appuyant sur des consoles sculptées, le choeur semicirculaire ne protègent plus les tombes des fondateurs, des seigneurs de Maintenon, des chanoines et curés1, la flèche est veuve de la cloche bénite le J 4 juillet 1697, et nommée Françoise , par Charles d’Aubigné et Françoise-Amable d’Aubigné, sa fille.
1 Messire Jacques d’Angennes, évêque de Bayeux, prieur commandataire de Moustiers au Perche, seigneur de Bertoncelle, fils de Louis d’Angennes, seigneur de Maintenon et de Françoise d’O, décédé le 14 mai 1647, en son prieuré de Moustiers, âgé de 70 ans « après avoir tenu la crosse au bonheur de la ville et diocèse de Bayeux et les avoir conduits avec tout le soin et diligence d’un vray et vigilant pasteur l’espace de 40 ans et plus. » — Françoise Juliette de Rochefort, dame de Maintenon, Salver, Saint-Gervais, Blanville, Chanceaux,etc., «yssue de la très noble maison d’Urfay », extraicte des ducs de Saxe, du mariage de Pierre de Rochefort, seigneur de Salver, Saint-Gervais, etc., et de Rose de Lignières,de la maison de Courtenay, veuve de Charles d’Angennes, seigneur de Maintenon, décédée le 27 octobre 1647,
« son cœur inhumé au monument des différents seigneurs fondateurs de céans >» 30 décembre 1647. — Louis d’Angennes de Rochefort-Salver, bailly et capitaine de Chartres, marquis de Maintenon, seigneur de la Moutonnière, la Villeneufve, etc., 1657, 10 janvier, etc., etc. « Son corps ayant été mis dans un coffre de plomb fut ensevely en l’église de céans au monument des deffuncts seigneurs de Maintenon ses ancêtres ».
Parmi les chanoines de Saint-Nicolas inhumés dans leur église, citons : Jean Massard, prêtre, chefcier, curé et chanoine, âgé de 70 ans, 2 novembre 1687 ; Richard Bunoul, prestre, chanoine, âgé de 55 ans, 31 juillet 1688; Guillaume Boullé, prêtre, chevessier et curé « inhumé sous la tombe des chevessiers », âgé de 75 ans, 14 mars 1717 ; Guillaume-Henry Paizot du Plessis, chanoine chevessier, âgé de 70 ans, 27 avril 1717 ; Guillaume Drey, chanoine. 5 avril 1721; Robert Buisson, chanoine, 23 mai 1736; Jean-Baptiste Guélin, diacre, chanoine, 27 ans, 16 janvier 1748 ; Louis Fauveau prêtre, curé et chefcier, âgé de 80 ans, 16 août 1760 ; Louis Bonnet, chanoine et chefcier, âgé de 48 ans, 26 septembre 1774.
Voici l'acte de fondation de cette église.
>■ Jehan Cottereau, chevalier, baron de Maintenon, seigneur de Luxardière, de Vauperreux, de Montcourtoys et de Longueville en Thymerais1, conseiller du roy et trésorier de France, considérant et recognaissant les grans biens, grâces, prospérités et honneurs qu'il a pieu à Dieu faire à nous et à notre espouse Marie Turine2 et à ce que puissions. . . faire ensemble prières et oraisons pour nos pères et mères, frères, sœurs, enfans, parens et amis trépassés, avons puis naguère fait réédifier, croistre et construire tout de neuf l’église, ancienne paroisse, fondée en l'honneur de Mgr saint Nicolas, près et joignant de la basse-cour de notre château de Maintenon, laquelle et la dite cure sont demeurez en ruines pour les guerres qui ont esté le temps passé , et pour la tenuité des fruits d’icelle, en laquelle cure sont inhumez les sieurs et dames dudit château de Maintenon, ainsi que par les tombes et anciennes sépultures .registres et papiers peut aparoir, . . .pour laquelle réédification nous avons employé de nos deniers jusqu’à 7 ou 8000 livres et plus, laquelle cure estoit fondée par nos prédécesseurs seigneurs dudit Maintenon, lesquel s avoient laissé de leur domaine seulement de 20 ou 25 livres tournois de revenu par an;— désirant le service divin estre augmenté, prières et oraisons estre faites en icelle église et paroisse, avons délibéré sous le bon plaisir de N. S. père le pape et autres, mesmement des abbés et convent de Marmoutiers auxquels appartient le patronage de ladite cure, et en laquelle église Saint-Nicolas nous et notredite épouse avons délibéré estre enterrez, instituer, fonder et ériger ung chevercier et six chanoines prebendez, dont ledit chevecier aura cure, et deux enfans de chœur, lesquels enfans seront à notre volonté; desquels chanoinies la collation, provision et disposition apartiendra à nous et à nos successeurs, seigneurs dudit châtel de Maintenon, comme en patron lay, et de ladite chevecerie simple à monsieur l’abbé de Marmoutier qui n’en pourvoira qu’un chanoine pour célébrer les heures canonialles et divin service, matines, etc. — avons doté lesdits six chanoines prébendez en ladite église de
1 En sa qualité de seigneur de Longueville, Jean Cottereau avait la collation et pleine disposition de la chapelle dite des chevaliers en l’église cathédrale de Chartres, qui alors pouvait valoir trente livres; il l’affecta, « à l’un des enffans de cueur de la chapelle Saint-Nicolas, sans que nous et nos successeurs seigneurs de Longueville puissions la donner ou conférer à autre, que à l’un des dits enffans de cueur »
2 Marie Turine, féminise son nom ici et même dans sa signature. Elle appartenait à la famille de Thurin ou de Turin, assez répandue dans le pays chartrain. Au xvp siècle Jeanne Turin fut mariée à P de Ligneris, sieur du Loreau. près Epernon ; Bonne Turin, à la fin du xv* siècle avait épousé Pierre Poyet ; sieur du Loreau. En 1700, Cyprien Philibert de Turin, marquis de Ceton. seigneur de Glay, était vassal de la baronnie d'Authon .
Saint -Nicolas et deux enfans de cueur de 300 livres de rente que nous assignons, etc. — et feront ce que l’on fait es autres collégiales,— diront sur la sépulture de nous et de nostredite espouse, fondateurs d’icelle église, De profundis , etc. Donné audit Maintenon le 24 février 1521.
(. Bihlioth . Nationale, Mss. latin 5444, p. 286, d’après un vidimus du 10 jaqvier 1531, donné par devant Jehan de Villemar, licencié ez-decretz, seigneur de la Mothe et de l’Isle-Barbe, bailly de Touraine, par Mre Estienne Viau, notaire en la châtellenie de Tours. — - Archives départementale d' Eure-et-Loir , H. 2349. Original en parchemin, signé : J. Cottereau, Marie Turine).
L’œuvre de Jean Cottereau est digne d’attention.
Il était fils de Jean Cottereau, seigneur de la Lussardière et de Catherine de Launay. Merveilleusement doué, il devint trésorier et surintendant des financés de France, depuis Louis XI jusqu’à François Ier. La fortune sourit à ses efforts, et il se fit adjuger le château de Maintenon comme créancier d’Amaury de Loresse, par arrêt du Parlement de l’an 1505. Il prit rang parmi les plus nobles châtelains, et le 12 février 1526 il mariait sa fille aînée Isabeau à Jacques d’Angennes, seigneur de Rambouillet1.
Il aimait les arts, et les travaux qu’il fit exécuter dans son château, avec une munificence vraiment princière, font encore l’admiration de tous les visiteurs.
L’artiste qui exécuta la porte d’entrée de la chapelle, que nous reproduisons dans notre seconde gravure, d'après Y Encyclopédie d' architecture, fit école dans la contrée.
On s’en convaincra par la grande similitude du portail de l’église de Pierres, et en certaines parties, de la petite porte de l’église de Saint- Aignan de Chartres et de la porte de la maison du médecin Claude Hervé, rue du Grand-Cerf.
Les portails de Pierres et de Saint- Aignan sont à peine de 20 ans plus jeunes que la porte de Saint-Nicolas, car ils portent les dates de 1540 et 1541. S’ils sont d’une architecture plus grandiose et plus monumentale, leur ressemblance dans les détails de sculpture est frappante. Les motifs d'ornementation des intrados et du fronton sont exactement semblables , surtout à Pierres et à^Maintenon. En les rapprochant il est impossible de ne pas reconnaître qu’ils sont copiés sinon l’un sur l’autre, du moins sur les mêmes cartons et peut-être exécutés par la même main. Rinceaux, feuillages, arabesques, guirlandes, figurines ont été tracés et burinés avec la même finesse et un goût aussi pur. Sans doute le portail de Pierres est plus complet, plus achevé,
1 Une seconde fille, nommée Bonne, fut mariée à Guillaume de Beaune, baron de Samblancay, vicomte de Tours
mieux conservé surtout, mais ces deux morceaux d'architecture si semblables, voisins et contemporains, accusent une parenté qui nous paraît certaine. Au-dessus du bandeau du portail, il y avait deux niches en forme de pinacle, ajourées et fïeuronnées, comme à Pierres, mais le marteau révolutionnaire les a fait disparaître. De même ont été effacées les armoiries gravées à droite et à gauche. Heureusement les clefs de voûte nous les ont conservées intactes, soit dans la grande nef, soit aux arêtes, liernes et tiercerons de la chapelle de droite. On y distingue deux écussons : l’un à trois lézards montants surmontés d’un croissant en chef; le 2°, parti au premier de Cottereau, au second à la bordure engrelée , au chevron accompagné de 3 étoiles à 7 raies, 2 en chef, 1 en pointe.
Nous croyons pouvoir attribuer ces dernières armoiries, dont nous n’avons pas les couleurs à Marie de Thurin, femme de Jean Cottereau1. Aux clefs des cintres des arcades extérieures du château, elles alternent avec celle de Cottereau, et ce dernier ne pouvait partir son écu que des armoiries de sa femme.
Les auteurs lisent différemment les couleurs de l’écu de Cottereau : (rois lézards de sable sur fond d'argent , les autres disent sur fond d'azur. Le vitrail de l’oratoire intérieur tranche la question, le peintre a tracé trois lézards de sinople, J2 et / , sur fond d'argent au croissant de gueules en chef.
Ces armoiries devaient aussi être peintes sur la litre seigneuriale qui entourait l’église à l’extérieur et à l’intérieur. Ici on découvre également au-dessous de la bande armoriée quelques traces de fresques du XVIe siècle.
L’autel est profané, les fenêtres obstruées, les tombeaux violés. Où reposent les cendres du fondateur?
Malgré le désir qu’il en avait exprimé dans l’acte de fondation, Jean Cottereau, ni sa femme, ne semblent pas avoir été enterré dans la chapelle de Saint-Nicolas, du moins on n’en trouve nulle mention Peut-être, après le mariage de ses filles, est-il allé mourir à Meslay-le-Vidame dont il était aussi seigneur. Des fouilles pratiquées dans le sol de Saint-Nicolas pourraient seules donner une certitude, en tous cas révéleraient bien des choses.