‹ Églises & chapelles du diocèse de ChartresChapitre 50 sur 65 · HGLISE DE SAINT-PIAT · texte numérisé non relu

HGLISE DE SAINT-PIAT

L’Eglise actuelle de Saint-Piat a été construite au XVIe siècle sous le règne de François Ier, vers 1535. Cette date 1535 se trouve gravée sur la pierre de deux contreforts de l’abside dans la cour du presbytère. Il est une autre date 1542 gravée sur une pièce de bois à la naissance de la voûte, au nord, près de la poutre ou entrait du milieu de l’église. A cette même poutre, mais au midi près de la muraille, on voit gravée, par les charpentiers, la tête de François Ier, du côté du chœur, et de l’autre côté une autre tête d’un personnage inconnu.

La primitive église , paraît-il, remontait au VIe siècle. On en retrouve encore aujourd’hui une partie de l’enceinte dans le chœur. Cette enceinte est en pierres de Berchères et en hémicycle, ayant hors d’œuvre 9 mètres de largeur ; ( mais il serait difficile

r . . - Une fenêtre de l’église dans son état primitif.

d en déterminer J a longueur ; elle est maintenant cachée sous le pavage.

La nouvelle église semble avoir été construite autour de l’ancienne. Cette nouvelle église, à l’intérieur, a 40 mètres de longueur sur llm 1/2 de largeur. On y remarque une grande régularité de construction. Les murailles, les contreforts, les fenêtres? la charpente, la voûte ainsi que les entraits et les aiguilles qui la soutiennent, tout a été disposé avec ordre et harmonie.

Les fenêtres sont grandes et ogivales et disposées toutes pour recevoir des meneaux ; mais ceux-ci n’ont été conservés ou rétablis qu’aux fenêtres du sanctuaire, du chœur, et aux deux pre-

mières fenêtres-de la nef. Nous donnons ici la disposition de l'une d’elles d une forme assez rare, elle est aujourd'hui munie d'un vitrail peint.

Les poutres et les filières, sur lesquelles repose la voûte, sont ornées de sculptures, de différentes figures d’animaux sj'mboliques, particulièrement de monstres marins. De même, les aiguilles du moins dans la partie qui repose sur les entraits.

A l'extérieur de l'église, au-dessus des grandes portes, au fronton, se trouve une niche sans ornements, dans laquelle il y avait autrefois une statue en pierre. Cette statue est actuellement dans l'église. Elle représente saint Piat, prêtre, revêtu d'une chasuble riche et gothique. Cette statue paraît plus ancienne que l'église.

Les grandes portes sont très anciennes. Dans la partie supérieure on remarque deux bas-reliefs représentant i'un le martyre de saint Sébastien et l’autre saint Roch avec son chien et l'ange traditionnel. Entre les deux bas-reliefs sur le montant de la porte on voit sculpté dans le bois un prêtre tenant un ciboire d'une main et de l’autre présentant une hostie.

Au midi, vers le milieu de l’église, se trouve une petite porte basse et cintrée. C’est, dit-on, la petite porte de l'ancienne église que l'on aurait conservée.

Le clocher n'a rien de remarquable. Il contient une seule cloche assez belle et de mojœnne grosseur. Sur une face de la cloche on lit : - L'an de grâce 1851, le dimanche, 6 juillet, fête des Sacrés- Cœurs de J. et M. j’ai été bénite par M. Louis Michel Le Brun, curé de Saint-Piat, et nommée Amédée-Ànastasie , par M. François Amédée Deshayes-Labiche et dame Hamard, née Yictorine Anastasie Duecrocq, » Et sur l’autre face : « MM. D. Rougeault, LL. Langlois, F. Lochon,R. Pichard, B. Ramolet étant membres du conseil de fabrique, j’ai été fondue aux frais de la commune par les soins de MM. Louis Alexandre César Bouju, maire, de Pierre Philippe Foulon, adjoint, et du conseil municipal. — Gallois fondeur breveté à Paris »

Il y avait autrefois deux cloches, la petite, pesant 716 livres, avait été bénite l'an 1781 , le 27 décembre, « et nommée Anne par maistre Louis Hutin Duval, écuyer fourrier des logis du roy, et par dame Anne Martine Artellier (1 ), épouse de maître Edme-

C est Anne Martine Arterier, mère du poète Col 1 i n-d'Harleville.

ympan de la porte d’entrée.

église de sain T- p i a t -- Vierge au fauteuil.

Martin Collin, avocat en Parlement, après avoir été fondue à Nonancourt par Nicolas Simonot, pour le prix de 200 livres. »

Le nom de la grosse ne nous est pas parvenu ; mais le 25 avril 1783, le battant se détacha et dans sa chute tua Marie Anne Girard, femme d’Emmanuel Mouton, vigneron, qui se trouvait dans l’église pour les vêpres.

Voici maintenant les objets remarquables que l’on trouve dans l’église.

1° Un sarcophage, servant actuellement de fonts baptismaux, en marbre blanchâtre, du IVe au Ve siècle. Sur le devant les douze Apôfres, accolés deux à deux, « binos et binos misit eos. »

Il était autrefois, paraît-il, au bas de la fenêtre de l’hémicycle de l'ancienne église et formait l'autel principal.

Il est classé parmi les Monuments historiques.

Il a été d’ailleurs publié par M. Edmond le Blant dans son ouvrage : Les Sarcophages Chrétiens de la Gaule. PI, II, fig4.

Voici le texte dont il l’accompagne.

« J’ai déjà mentionné ailleurs un sarcophage chrétien sans couvercle servant de fonts baptismaux dans l’église de saint Piat, près Maintenon.

« Sa partie centrale, très mutilée, nous offre, sous une arcade, un sujet fréquemment reproduit par les sculpteurs des basreliefs funéraires ; c’est le monogramme inscrit dans une couronne à lemnisques que supporte une longue croix. Aux branches de cette dernière étaient posées des colombes, dont les queues se voient encore sur les colonnes de droite et de gauche ; deux soldats, gardiens du Saint-Sépulchre et témoins de la résurrection du Christ, sont debout aux côtés de la croix ; sous les six arcades de droite et de gauche, on a placé les douze apôtres.

« Cette tombe formait l’autel de l’ancienne église, ainsi que M. le curé de Saint-Piat en a acquis la certitude en retrouvant, dans l’espace occupé par l’abside de cette dernière, un massif de maçonnerie présentant sur toutes surfaces les dimensions exactes de notre marbre.

« Il est difficile d’admettre que ce tombeau, si parfaitement semblable à ceux de la Provence1, n’en ait pas été apporté dans

1 II offre en particulier la plus grande similitude avec le tombeau n° 796 du Musée lapidaire de Lyon.

aine région où nous ne trouvons aucun monument de cette sorte, pour recevoir les restes de quelque personnage illustre par sa •sainteté ou par son rang. » . •

Ce sarcorphage, malheureusement très mutilé, mesure 2m de longueur, O1" 56 de hauteur, et 0m 80 de largeur. Les deux extrémités en retour sont ornées de lignes gravées en forme de damier.

Voir la gravure. M. Gillard en a donné une eau-forte dans ses Souvenirs (V Eure-et-Loir (3e série, pl. XX).

2° Une statuette de la Vierge au fauteuil, tenant l’Enfant Jésus en ses bras, le manteau doublé d’hermine et semé de fleurs de lis, O11' 55 de hauteur.

3° Une autre Vierge sculptée en relief, tenant l’Enfant Jésus sur son bras gauche, servant actuellement déporté de tabernacle, 0in50 de hauteur.

Ces deux morceaux, de la plus belle renaissance, sont conservés avec soin. Nous les avons reproduits par la gravure

4° Un bas-relief représentant en buste les personnages qui embaument le corps de Notre-Seigneur, lm83 de longueur sur 0,n58 de hauteur. Cette œuvre plus ancienne, que les précédentes et peut-être du XVe siècle, n’est qu’un fragment d’une de ces représentations à personnages du Saint-Sépulcre, si en vogue au mo\œn-àge.

On lit au-dessous l’inscription suivante : « Donné à l’église de Saint-Piat par Jacques Mouton et sa famille, le 6 mars 1846. — Inscription posée aux frais de la fabrique, 1853.

5° Deux petits bas-reliefs représentant la naissance de Notre- Seigneur et l’adoration des Mages. Même style que Je précédent.

6° Un bénitier en métal de cloche portant cette inscription en lettres gothiques. « L’an 1474, Jacques de Lambarde a donné ce bénitier à la confrérie de Sainte-Barbe des Mathurins. »

église de saint-piat — Vierge sculptée sur la porte du tabernacle.

7* Une croix en cuivre recouverte sur les deux faces d’un très riche feuillage, ayant un christ très remarquable, XIIe siècle. Au bout des bras, étaient fleurs de lis arrachées en 1793.

8° M. Gillard, de Nogent-le-Roi, possède dans sa riche collection une paix qu’il décrit ainsi : « C’est dans un hameau de la

commune de Saint-Piat que nous avons recueilli cette paix en cuivre.

Le travail accuse les dernières années du XVe siècle. Selon toutes probabilités elle provient de l’église de Saint-Piat qui possède un curieux orceau ou bénitier portatif, etc. » (Voir plus haut. §6). Cette paix a été gravée dans les Souvenirs cl' Eureet-Loir, série, II, pl. 3.

9° Lors du pavage du chœur de l’église, sous le pavé du sanctuaire, un peu en avant de la porte de la sacristie, on a trouvé trois cœurs renfermés dans trois boîtes de fer.

L'un d’eux recouvert d’une plaque de cuivre en forme d’écu de 0m12 cent, de hauteur contenait une inscription reproduite sur une tablette noire qui recouvre les trois boîtes scellées dans le mur du sanctuaire au midi. Voici cette inscription.

« *J- Ici est le cœur de messire Jean de Ligny, chevalier, conseiller du roi Louis XIII en ces conseils, seigneur de Grognevil, Saint-Piat, Chartainvilliers, Boigneville, Yermenonville et autres lieux, décédé le 13 novembre 1632, aagé de 64 ans. Priez Dieu pour le repos de son âme. »

Le curé de Saint-Piat, relate dans ses registres de catholicité la mort de « Charlotte Séguyer, dame de Sainct-Piat, vefve de feu messire Jean de Ligny, conseiller du Roy en ses conseils et maistre des requestes, seigneur de Sainct-Piat, décédée à Paris le 18e de janvier 1636. »

Et c’était à bon droit, car celle ci, comme tous les membres de cette illustre famille, était une bienfaitrice insigne de l’église. En 1634, elle avait donné à l’église 5 setiers 8 perches de terre près Harleville « pour entretenir d’huille ardante nuict et jour la lampe qui est devant le Saint-Sacrement. » ( Archives d'Eure et - Loir , G. 5163).

Un autre membre de cette famille envoya son cœur à la chère église de Saint-Piat :

« M. messire Jean de Lignv, conseiller du Roy en ses conseils d’état et privé, seigneur de ce lieu, aagé de 65 ans, est décédé à Paris, le 3 nov. 1682, dont le corps a été inhumé dans l’église des Bénédictins Blancs-Manteaux audit Paris, en la sépulture de sa famille, et le cœur apporté à l’église de céans, où il a esté inhumé le mardy 24e novembre. »

Ont été inhumés dans l’église : Jacques Bertin, vicaire de Saint-Piat, 20 octobre 1661 ; — Charles Lescureau, curé de Saint- Piat, le 3 juillet 1694 ; — - Biaise Chartrain, vicaire de Saint-Piat, 31 juillet 1694; — Alexandre Pichon, vicaire de Saint-Piat, 13 novembre 1740 ; — Claude Joseph Lambert, ancien auditeur de la chambre des comptes de Paris, le 30 août 1741 ; — Charles Bourdon, curé de Saint Piat, 13 avril 1747 ; — Denis-Claude Doublet, vicaire de Saint-Piat, 25 septembre 1769.

Depuis quelques années, grâce aux secours de la bonne Providence, l’église a reçu d’importantes restaurations.

La voûte en mauvais état a été réparée.

Le vieil enduit des murailles a été remplacé par un bel enduit en plâtre.

L’église qui, pendant 1 hiver au moment de grandes eaux était inondée, a été exhaussée de 0m40 cent, avec des pierres sèches et a reçu un solide pavage en carreaux hexagones, et les bancs vermoulus ont été remplacés par quatre-vingts bancs neufs et confortables.

Les fenêtres sont neuves ou restaurées : celles du sanctuaire, du chœur et les deux premières de la nef sont ornées de meneaux et de belles verrières. Dans les deux'grandes fenêtres à trois baies du chœur, comme souvenir de saint Piat, on a mis deux beaux tableaux rappelant l’une sa prédication et l’autre son martyre. — Au midi saint Piat accompagné de ses deux compagnons, saint Chryseuil et saint Eubert, instruit la foule qui l’écoute; au nord saint Piat, tient dans ses mains le sommet de sa tête que la hache du bourreau vient d’abattre; les chrétiens sont saisis d'admiration et les payens frappés d’épouvante. Vous les vitraux sont sortis de la maison Lorin de Chartres.

Les ornements sacrés, les chandeliers et croix d’autels sont également neufs ou restaurés.

L’autel de Ja Sainte Vierge ainsi que le maître-autel avec ses deux colonnes toscanes et son fronton triangulaire, surmonté d’une croix, ont été retouchés et rafraîchis. De plus le tableau du maître-autel a été enlevé et remplacé par une grande statue du Sacré-Cœur de Jésus. Puis d’un côté de l’autel on a élevé une grande statue de saint Piat et de l’autre côté une grande statue de saint Joseph.

En face de l’autel delà Sainte Vierge, au bas d’une fenêtre du chœur, on a établi un autel en chêne dont le devant est formé de deux grands panneaux en chêne découpés à jour; et de chaque côté de la fenêtre une statue de l’archange saint Michel, protecteur de la France, et une de l’Ange gardien.

Au bas de l’église on a fait du sarcophage un autel des fonts baptismaux et au-dessus de l’autel, sur un large socle, se dresse le groupe du Baptême de Notre-Seigneur.

Enfin, s’il plaît à Dieu, dans un temps plus ou moins éloigné, la grande fenêtre ogivale de J 'abside, qui a été bouchée quelques années avant la Révolution, se rouvrira pour nous donner la lumière du soleil levant, symbole du soleil de justice qui vient éclairer les hommes. Ses meneaux à double montant seront rétablis et un beau vitrail rappellera la condamnation et la mort de Saint-Piat. Dans le lointain le juge sur son tribunal — en avant saint Piat à genoux baisse la tête et un des bourreaux lève la hache pour le frapper. — Des chrétiens et des payens effrayés assistent à la scène.

En avant de la fenêtre, un bel autel gothiqiïe en pierre se présentera à la piété des fidèles.

Et les fenêtres qui en sont encore dépourvues seront ornées d'élégants meneaux, et le verre ordinaire sera remplacé par de splendides verrières.

Le dimanche, 9 octobre 1898, Monseigneur Mollien, accompagné de son vicaire général, M. Fournier, de M. le chanoine Genet, supérieur du Grand-Séminaire,. de M. le chanoine Métais, secrétaire de l’Evêché, de M. le chanoine Grandet, doyen de Mainnteon et des prêtres voisins, a béni solennellement tous cse travaux de restauration au milieu d’un grand concours de peuple joyeux et sympathique qui remplissait le chœur et la nef de l'église réparée et rajeunie.

Page 1