Eglises de bourgs et villages
De tous côtés, en France, on élève des églises; dans les grandes villes comme dans les villages, les ruines ou les granges qu'on voulait décorer du nom de Maison de Dieu font place à des édifices neufs. Les horizons se peuplent de pointes de clochers; chaque commune, si pauvre qu'elle soit, veut avoir le sien. Malheureusement ce zèle n'est pas toujours couronné de succès, et bon nombre d'églises que nous avons vu élever depuis une quinzaine d'années ont déjà dû être reconstruites. C'est qu'en effet il est fort difficile d'élever une église assez convenable sans y mettre une somme assez importante ; et souvent les communes, comme les architectes, se sont laissé entraîner à sacrifier la solidité à l'apparence. Il est certain cependant que si un monument doit être durable, c'est l'église, l'église du village surtout, qui est le témoin et le centre de tous les événements publics ou privés auxquels se rattachent les souvenirs de la commune.
Souvent on a demandé aux administrations qui, par leurs conseils et leurs secours, contribuent à l'érection des églises communales en France, des modèles de projets, des types qui pourraient servir de guides aux constructeurs locaux. Mais ce n'est pas à l'administration à fournir ces éléments ; l'église est ou doit être une œuvre d'art : il est dès lors convenable de laisser à ceux qui sont chargés de ces sortes de travaux une entière liberté. Toutefois nous avons pensé que beaucoup d'architectes verraient avec intérêt et peut-être avec fruit comment leurs devanciers avaient pu élever à peu de frais ces charmants édifices religieux qui sont encore debout, bien qu'ils aient été élevés, il y a six siècles au moins, avec de faibles moyens. Beaucoup d'ouvrages ont donné des monographies plus ou moins complètes de nos cathédrales et de nos églises au moyen âge; mais il manque, pour les constructeurs appelés à élever des édifices modestes, un Recueil de ces anciennes églises de village que l'on trouve
éparses encore dans les environs de Paris, en Bourgogne, en Champagne et en Brie; édifices bien conçus toujours, exécutés avec des ressources minimes, d'un aspect gracieux et original, commodément disposés et durables.
Nous nous sommes donc imposé la tâche de former un Recueil de plusieurs de ces petits monuments les plus remarquables et pouvant servir de types encore aujourd'hui pour nos constructions religieuses. S'il ne s'agit pas de reproduire exactement ces types, du moins pourront-ils servir de point de départ pour faire mieux ; ce Recueil sera déjà utile s'il permet de faire aussi bien que par le passé.
Cet ouvrage étant fait dans un but beaucoup plus pratique qu'archéologique, nous avons, dans le texte relatif à chaque exemple, insisté davantage sur le système général de construction, sur l'emploi, la nature des matériaux, et tenté d'indiquer les modifications qu'il serait nécessaire d'apporter dans des conceptions nouvelles.
Grâce à l'obligeance de plusieurs architectes qui ont bien voulu nous communiquer leurs dessins, nous complétons ce Recueil par la publication de quelques églises modernes; ces constructions, inspirées de l'architecture du moyen âge, feront voir quelle application on peut en faire aujourd'hui, tant sous le rapport de la composition que sous celui des moyens d'exécution. Il a été joint à chacune d'elles un extrait du devis.
Parmi les églises anciennes ou modernes, nous avons cherché à réunir des exemples variés :
1° Au point de vue des dispositions générales, en présentant des églises à une et à trois nefs, couvertes soit par des charpentes apparentes, soit par des voûtes en berceaux, soit par des voûtes en arcs ogives ;
2° Au point de vue de la pratique, en donnant des exemples de construction en bois, moellon, pierre de grand et petit appareil et brique.