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ÉGLISE SAINT-GIMER

A CARGASSONNE (AUDE)

Les fondations d'un édifice variant suivant la nature du terrain et la profondeur à laquelle il faut chercher le bon sol, nous n'avons pas cru devoir nous occuper de cette question dans les monographies précédentes, qui n'offraient d'ailleurs aucun intérêt particulier à cet égard. Il n'en est pas de même pour l'église Saint-Gimer dont les fondations ont exigé un soin tout spécial et des précautions inusitées. L'édifice est planté sur un versant très-incliné dont le point supérieur est occupé par le chœur ; cette partie et un tiers environ de la nef sont bâtis sur le tuf, qui, à partir de là, décline sensiblement vers la façade où le terrain devient vaseux. Ne pouvant choisir un autre emplacement, il a bien fallu se décider à poser l'église, en grande partie, sur un sol factice de béton, c'est-à-dire depuis la façade jusqu'à la rencontre du tuf qui a été creusé dans une certaine longueur afin de dégager le chevet. Sous la nef la couche de béton a 2 mètres de hauteur, vers le clocher, elle est portée à 3 mètres. Depuis plusieurs années que la construction est terminée, il ne s'est manifesté aucun désordre, ce qui prouve, une fois de plus, qu'un sol factice bien établi offre toute garantie de sécurité. Nous tenons d'autant plus à signaler ce fait qu'il explique comment le chiffre porté au devis pour les fondations est aussi élevé. •

Examinons maintenant à un autre point de vue le monument qui nous occupe ; mais d'abord qu'on nous permette de placer ici quelques réflexions sur la manière dont on traite généralement nos églises modernes. Qui n'a entendu dire souvent et par bien des personnes : « Le style gothique est le seul qui puisse convenir à un monument religieux. » Nous ne prétendons nullement préconiser ou combattre cette opinion, nous constatons seulement qu'elle est très-répandue, ce que prouve d'ailleurs suffisamment le grand nombre d'églises élevées en France, et auxquelles on a tenté de donner, avec plus ou moins de succès, une apparence gothique. Malheureusement parmi ces œuvres, il en est peu qui soient sérieusement étudiées, beaucoup au contraire ne sont que des copies serviles ou même ridicules, et cela n'a rien de surprenant si l'on songe à la façon dont on procède souvent lorsqu'il s'agit de construire une église. Le programme dit presque toujours : « L'église sera élevée dans le style gothique du xne ou du xme siècle, » si les ressources sont modestes; « du xve siècle, » si elles sont plus grandes. Dans tous les cas, afin de donner une apparence aussi riche que possible, les matériaux qui seraient

indispensables sont exclus parce qu'ils sont trop coûteux, les murs sont exécutés en pans de bois et ravalés en plâtre, les voûtes dont la combinaison ne s'explique qu'autant que les arcs sont appareillés en pierre ou en brique, les voûtes, disonsnous, sont en lattis enduit, peu importe, pourvu que les arcs soient ogives ; le type qui a servi de guide ou de modèle existe dans le nord de la France ; on le reproduit dans le Midi, peu importe encore pourvu que l'église soit gothique. Cependant quand l'œuvre est terminée, chacun se récrie qu'elle ne répond pas au programme, qu'elle n'a pas de caractère, en un mot personne n'est satisfait, et il n'y a là rien qui doive étonner. C'est qu'en effet, il ne suffit pas de copier et surtout de copier maladroitement une église de tel ou tel siècle pour répondre aux exigences actuelles, il ne suffit pas pour élever un édifice d'un caractère monumental, d'habiller une carcasse quelconque d'éléments divers pris de côté et d'autre sans discernement.

A côté de ces tentatives déplorables, s'élèvent heureusement quelques constructions dans lesquelles on trouve une application sérieuse des principes du moyen âge à nos besoins et à nos goûts ; ces œuvres ne sont pas gothiques dans le sens qu'on attache généralement à ce mot, mais au contraire parfaitement de notre temps et possèdent un charme tout particulier parce qu'elles sont raisonnées. Nous avons déjà eu occasion, dans les livraisons précédentes, de donner quelques exemples à l'appui de ce que nous avançons, et la monographie de Saint-Gimer vient confirmer de nouveau notre dire. Il suffit d'examiner cet édifice, pour se convaincre que l'architecte a cherché, avant tout, à tirer parti des matériaux mis à sa disposition par raison de provenance ou d'économie ; ainsi nous sommes bien convaincu que l'emploi de la tuile creuse, comme couverture, a influé sur le monument tout entier, et il nous est facile de le prouver ; examinons pour cela la coupe transversale. Avec le système des voûtes en arcs d'ogive, plus le comble des bas côtés est plat, plus il est facile de restreindre la hauteur de la voûte principale, par suite celle de l'édifice, et par conséquent d'éviter les arcsboutants ; or la tuile creuse n'exigeant qu'une très-faible pente, l'architecte a profité de cet avantage pour placer aussi bas que possible la naissance des voûtes hautes, tout en laissant au-dessus du comble des collatéraux, des roses occupant toute la largeur de chaque travée, et donnant un grand jour à l'intérieur. L'emploi de la tuile creuse sur le comble des bas côtés a donc été pour beaucoup dans l'étude de la coupe, et par suite dans celle du plan, car il est bien certain que la largeur relative des nefs n'a pu être déterminée avant que la coupe m'ait été préparée ; supposons, en effet, que la nef centrale fût plus étroite, la naissance des voûtes restant au même point et le développement des arcs ogives étant plus court, l'espace compris entre la corniche supérieure et le comble du bas côté sera diminué et les jours deviendront plus petits. Si au contraire la nef est élargie, les roses qui suivent le développement des arcs, deviendront plus grandes et même trop grandes, puisqu'elles ne pourront plus se loger dans l'intervalle de chaque travée.

Ce raisonnement prouve donc que la tuile creuse a commandé les proportions

et par conséquent l'aspect de l'édifice, non pas seulement parce que les pignons devaient être forcément plats et que la couverture du clocher ne pouvait être élancée comme une flèche couverte d'ardoises, mais parce que de son emploi résulte un système général de construction tout particulier. Si nos lecteurs veulent hien examiner avec attention les planches de Saint-Gimer, ils verront que les détails comme l'ensemble sont étudiés sérieusement, c'est-à-dire que chaque chose a sa raison d'être et n'est pas le résultat d'une fantaisie.

La construction est exécutée en pierre de taille pour les piles intérieures, les arcs et les roses, en moellon piqué pour les contre-forts, et en moellon brut pour les tapisseries ; les voûtes de la nef et des bas côtés sont en briques de plat hourdées en plâtre; celles de la nef, étant plus étendues que celles des collatéraux, sont maintenues et posées sur des arcs ogives et arcs doubleaux en pierre de Beaucaire, tandis que celles des latéraux ne possèdent que des arcs doubleaux ; les unes comme les autres sont tracées suivant le principe de la voûte d'arête gothique. Nous ne croyons pas utile de donner dans le texte des détails plus étendus ; nous dirons seulement, pour l'intelligence des planches et du devis, que le grand appareil indique pour les soubassements la pierre dure de Villegly, en élévation, la pierre de Beaucaire ; que le petit appareil représente le moellon piqué ; le moellon brut est enduit de mortier à l'extérieur et à l'intérieur.

DEVIS (Résumé du Décompte général.)

MAÇONNERIE (fondations)

Béton

Moellon

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