‹ Eglises de bourgs et villages (volume 2)Chapitre 25 sur 28 · SOMME · texte numérisé non relu

SOMME

Dans certaines parties de la France où la pierre est rare, on fait généralement usage de la brique; seulement, au lieu de chercher à accuser franchement ce mode de bâtisse, qui dorme à un édifice un caractère tout particulier, on se contente de copier des formes adoptées pour la pierre; d'un autre côté, depuis quelques années, dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais, les briques moulées ont, à notre grand regret, obtenu un très-grand succès. Sans rejeter entièrement leur emploi, nous croyons qu'au moyen de dispositions ingénieuses résultant de l'appareil même des briques ordinaires, il est possible d'arriver à des résultats plus satisfaisants au point de vue de la décoration. Quelles que soient d'ailleurs les ressources que peut offrir la brique, il est difficile de se passer entièrement du secours de la pierre, ne fût-ce que pour certaines misons de construction; et aujourd'hui d'ailleurs il est assez facile, même avec des ressources très-modestes, de se procurer les quelques mètres cubes de pierres, pour ainsi dire indispensables, lorsqu'il s'agit d'élever un monument, comme une église, par exemple. Dans l'église de Dreuil, l'architecte a pris ce parti tout en construisant avec beaucoup d'économie; aussi présentons-nous, comme un très-bon exemple à étudier, ce monument, qui résume bien l'emploi simultané de la brique et de la pierre. Cette église se compose d'une seule nef, couverte par une charpente apparente dépourvue d'entrait; au premier aspect, on peut s'étonner de trouver des contre-forts dans un édifice qui n'est pas voûté, et cependant leur présence est très-motivée par la combinaison même de la charpente. De la disposition de cette charpente, résulte tout le système de construction ; aussi l'avons-nous reproduite à une échelle assez grande (Planche 5), qui donne en A l'élévation d'une des fermes, en B la coupe sur le milieu d'une travée, et en C l'élévation d'une travée en coupe longitudinale. Au droit de chaque contre-fort se trouve une ferme A portant sur le chapiteau d'une colonnette correspondante. Cette ferme se compose d'un arc en bois formé de deux cerces sur champ, pinçant entre elles, de distance en distance, des calles M et réunies par des boulons. Ces cerces sont composées de sortes de claveaux de bois posés bout à bout ; leur longueur est indiquée fig. A par les traits pleins ; l'extrémité des calles est représentée par les traits ponctués. Au-dessus de l'extrados de ces arcs se trouve un entrait relevé, reliant les che-

vrons correspondant à la ferme ; ces chevrons sont eux-mêmes pincés par les cerces de la ferme et reliés par les liens L qui sont boulonnés sur le poinçon. D'une ferme à l'autre, sont disposés quinze chevrons, au droit de chacun desquels se trouvent les fourrures destinées à recevoir le lambris ; ils portent sur la panne P ; la disposition de chacun de ces chevrons et sa relation avec la fourrure, sont indiquées parla fig. B. Le chevron du milieu porte ferme, comme on peut le voir dans la fig. C. Après l'examen de cette charpente, on reconnaît l'utilité des contreforts puisque, en réalité, chaque ferme n'est autre chose qu'un arc qui exerce une poussée au droit du contre-fort qui lui correspond. La disposition de cette charpente est très-ingénieuse ; elle a permis de se passer d'entrait et n'a nécessité qu'une dépense peu considérable relativement au résultat. Les murs considérés seulement comme clôture, n'ont qu'une épaisseur de 0m, 33 ; ils sont déchargés dans la partie supérieure par des arcs bandés d'un contre-fort à l'autre ; de cette façon, tout le poids de la charpente se reporte sur les points solides. C'est là un système bien complet, bien raisonné, et qui témoigne d'une entente parfaite de l'emploi des matériaux ; d'ailleurs, au point de vue de l'aspect, le résultat est trèssatisfaisant, et la façade latérale, comme la coupe intérieure, présente un véritable intérêt. Gomme nous le disions plus haut , l'architecte ne s'est pas contenté d'employer exclusivement la brique; mais aussi il n'a fait usage de la pierre qu'avec une très-grande économie, et ne l'a adoptée que là où une raison de construction l'y amenait presque forcément, c'est-à-dire pour le socle, les appuis de fenêtres, les pieds-droits, les glacis des contre-forts et les rampants des pignons. Ce n'est pas là du luxe, et réellement, pour un édifice qui doit durer, il faut absolument faire des sacrifices de cette nature. Que deviendraient bientôt toutes les parties exposées directement à la pluie, si elles étaient construites en briques ; de plus, comment obtenir avec la brique au droit des fenêtres des arêtes assez vives pour satisfaire l'œil; recourir dans ce cas-là, par exemple, à l'emploi des briques moulées, ce n'est pas résoudre la question, car, quoi qu'on fasse, le résultat est toujours mauvais lorsqu'il s'agit de lignes verticales, et d'ailleurs y aurait-il économie ? C'est tout au plus si la brique moulée produit, bon effet lorsqu'elle est employée en lignes horizontales, et encore la brique rectangulaire, appareillée avec goût, peut fournir des motifs de décoration bien autrement agréables. Employée sous des tablettes en pierre qui font bien sentir la ligne horizontale, la brique moulée donne d'assez bons résultats, mais seulement clans ce cas, selon nous.

A l'intérieur, l'église de Dreuil est recouverte de peintures à la colle ; le ton général de la voûte est bleu vert, la disposition de la charpente est accentuée au moyen de redessinés noirs et bruns; quant aux murs, ils sont recouverts d'une teinte de pierre et décorés d'un appareil brun rouge.

DEVIS SOMMAIRE

fr. c.

Terrassement et maçonnerie 27,010 G7

Charpente 5,333 32

Couverture 2,463 38

Plomberie 1,476 44

Serrurerie 3,143 50

Menuiserie 2,977 24

Peinture 333 80

Sculpture 700 »

Total 43,440 35

NOTA. — Les vitraux en grisaille provenant d'un don volontaire, nous ne les faisons pas figurer dans l'ensemble de la dépense. Ils ont coûté 4,000 francs.

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