‹ Eglises de bourgs et villages (volume 2)Chapitre 27 sur 28 · ÉGLISE DE MONTBRON · texte numérisé non relu

ÉGLISE DE MONTBRON

(CHARENTE

Parmi les diverses exigences auxquelles l'architecte doit satisfaire dans l'étude d'un plan d'église, la disposition des chapelles exigées par le programme est un point qui présente de sérieuses difficultés. La chapelle de la Vierge, entre autres, possède, au point de vue du culte, une importance majeure; elle est l'objet, de la part des fidèles, d'une vénération toute particulière; elle doit donc, par conséquent , occuper une place spéciale , bien marquée, et qui ne permette pas de la confondre avec aucune autre chapelle. Aussi la place-t-on généralement à l'abside, dans l'axe principal de l'édifice, derrière le maître-autel. Cette disposition, naturellement écrite, peut toujours être adoptée lorsqu'il s'agit d'une église qui possède des collatéraux tournant autour du chœur; mais dans une église de dimensions restreintes et ne renfermant qu'une seule nef, la difficulté est beaucoup plus grande. Aussi voyons-nous, dans presque toutes les églises de campagne, la chapelle de la Vierge placée le long ou à l'extrémité du transept et faisant pendant à une autre chapelle. Ce parti est banal ; il n'est pas franc et ne répond pas à l'idée religieuse toute particulière qui s'attache à une chapelle dédiée à la Vierge. En un mot, l'idée n'est pas rendue, le programme n'est pas rempli.

De tous les plans d'églises une seule nef que nous connaissions, celui de Montbron, est certainement celui dans lequel ce point ait été le mieux compris ; nous ne prétendons pas que la disposition soit irréprochable ; mais, à coup sûr, elle peut donner une bonne idée et aider à résoudre le problème. Si , dans ce monument, nous supposons le maître-autel placé sous le clocher, les fidèles peuvent accéder à la chapelle de la Vierge située dans l'axe principal et aux quatre petites absidioles qui l'accompagnent , et qui renferment également des autels secondaires. A la vérité, la communication n'est pas largement] entendue, l'espace est trop restreint entre les piles du clocher et les murs latéraux du transept ; mais, en principe, cette disposition est heureuse et originale. Quant à l'abside elle-même, elle est admirablement comprise et produit, à l'intérieur comme à l'extérieur, un très-bel effet. La partie supérieure, tracée sur un plan circulaire, porte sur les

arcs correspondants aux coupoles des chapelles, dont toute la combinaison lui sert d'épaulernent : elle est terminée par une coupole demi-sphérique qui est accusée extérieurement et domine les absidioles. Chacune des parties de cet ensemble est couverte par un comble particulier composé de dalles. Les transepts sont aujourd'hui dénaturés et couverts par des combles en appentis ayant leurs faîtages le long du clocher ; nous avons , dans cette monographie, reconstitué la disposition primitive et rétabli les combles à deux égouts terminés par des pignons s'arrêtant à leur base sur une corniche régnant avec celle de la partie haute du choeur. Le clocher porte sur quatre piles isolées et se trouve épaulé par des arcs qui le réunissent aux murs du transept; il est surmonté intérieurement d'une coupole à huit pans, dont quatre sont portés par des trompes, et deux rangs de corbeaux rachetant l'encorbellement : cette disposition est très-ingénieuse et d'un aspect monumental. A sa sortie des combles , " le clocher redevient carré jusqu'à l'étage du beffroi , et repasse de nouveau à l'octogone, mais sur un plan irrégulier, c'està-dire que quatre des pans sont plus petits que les autres : ce parti n'est pas heureux et donne à la portion supérieure du clocher une forme indécise et molle. Quant à la nef, elle est voûtée par un berceau plein cintre en maçonnerie, renforcé de distance en distance par des arcs-doubleaux retombant sur des colonnes engagées. Les jours qui éclairent l'intérieur de la nef et de l'abside sont rares et étroits; aujourd'hui, ils nous paraîtraient certainement insuffisants. Quoi qu'il en soit, et malgré les divers défauts qu'on puisse reprocher à ce petit édifice, il mérite d'être connu. Pourrait-il être reproduit tel qu'il est? Certes, non; mais il présente, assurément, au point de vue de l'étude, un véritable intérêt, et renferme, sous le rapport de la construction et delà combinaison générale du plan, des dispositions qui peuvent être mises à profit.

Page 1