DÉPARTEMENT DE SEINE-ET-0 1 SE
Parmi les petites églises du moyen âge que possède encore l'Ile-de-France, celle de Nesle est certainement une des plus remarquables. M. Viollet-le-Duc la cite dans le Dictionnaire raisonné de l'architecture ; il dit au mot Clocher :
« Le village de Nesle, près l'Ile-Adam, a conservé une charmante église dont la construction remonte aux dernières années du xiie siècle et qui s'est accolée à un clocher plus ancien (premières années du xif), de manière à placer ce clocher sur le flanc méridional du chœur. Cette église est dépourvue de transsepts, et le clocher s'est trouvé englobé dans le collatéral; il devait être primitivement détaché et bâti probablement le long d'une église à une seule nef. Le clocher de l'église de Nesle est un des mieux conçus et des mieux bâtis parmi les nombreux exemples fournis par cette province et cette époque, la plus fertile en beaux clochers. »
Quoique ce clocher se relie assez médiocrement à l'église et qu'il ne soit pas de la même époque, nous n'avons pas cru devoir le séparer de cette monographie ; d'ailleurs, il présente en plan une disposition qui, étant adroitement modifiée, peut trouver des applications. Il arrive souvent que la forme d'un terrain empêche l'architecte de placer le clocher dans l'axe principal de l'édifice et l'oblige à l'élever latéralement, surtout lorsqu'il s'agit d'une église sans transsepts, qui ne présente, pas la ressource de la croisée. On ne saurait certainement trop multiplier les exemples de clochers latéraux, et celui-ci peut être d'autant plus utile, que le parti des transsepts convient peu à des églises de bourgs ou de villages ; il donne à un petit édifice un aspect bien important et entraîne à des dépenses considérables comme maçonnerie et aussi comme charpente et couverture.
D'un autre côte, l'église serait-elle accompagnée de transsepts, un clocher central présente de tels inconvénients qu'on peut rarement le disposer ainsi ; en effet, il exige à l'intérieur des piles d'une large section, gênant la vue et la circulation et demande, pour ne pas paraître écrasé, une assez grande élévation au-dessus des combles. Du reste, dans bien des départements, cette disposition est rejetée d'une manière absolue par le clergé, parce qu'elle se prête mal au service des cloclies.
L'église de Nesle peut convenir à un bourg assez important et contient six à sept cents personnes sans comprendre, bien entendu, le chœur qui à lui seul est très-vaste. Ce monument est entièrement voûté ; la combinaison des voûtes de la nef mérite surtout d'être examinée avec soin, elle est fort habile et présente un intérêt tout particulier. Les architectes du moyen âge, dans l'étude d'un édifice religieux, se préoccupaient beaucoup de remplir deux conditions importantes et intimement liées l'une à l'autre : 1° Ne pas trop multiplier les points d'appui; 2° réduire autant que possible la hauteur du monument. En disposant les piles sur plan carré, la première de ces conditions se trouvait remplie, mais la seconde ne l'était pas, puisque les travées des collatéraux devenant très-longues, les arcs diagonaux qui commandent la hauteur des combles et par suite celle des fenêtres supérieures demandaient un développement considérable (il ne faut pas oublier que ces arcs sont toujours plein-cintre). Il suffit d'examiner le plan de l'église de Nesle pour reconnaître que l'architecte a complètement résolu ce double problème, et qu'il a trouvé un juste milieu très-satisfaisant en disposant les piles sur un plan barlong se rapprochant du carré. Craignant dans les voûtes hautes le trop grand développement des arcs formerets, il a renforcé le système par un arc doubleau intermédiaire portant sur une pile que soutient la tête de l'arc inférieur correspondant; cette précaution, nécessaire lorsqu'il s'agit des grandes voûtes de Notre- Dame de Paris par exemple, était peut-être superflue dans ce cas-ci, puisque les voûtes ne sont pas même disposées sur plan carré et que leurs dimensions sont après tout assez restreintes. Quoi qu'il en soit, cette disposition est fort ingénieuse et d'un charmant effet; le détail qui accompagne la coupe fera comprendre comment la pile située sous cet arc intermédiaire se trouve épaulée par un contre-fort extérieur que porte un second arc B, construit dans un plan parallèle à A, mais surélevé de manière à rester dissimulé au-dessus de la voûte.
La poussée des arcs doubleaux et diagonaux est maintenue par des contre-forts d'une plus large section et des triangles de maçonnerie élevés au-dessus des arcs doubleaux inférieurs.
Aujourd'hui l'église de Nesle est en assez mauvais état, les voûtes se sont écartées et ont dû être retenues par des tirants en fer ; il ne faut pas conclure de là que cet édifice a été mal conçu, mais attribuer ces désordres à la suppression des triangles de maçonnerie qui contre-buttent les voûtes hautes, à l'abandon dans lequel ce monument a été laissé, et enfin peut-être à une exécution médiocre. Il n'en a pas moins, d'ailleurs, duré plusieurs siècles et servira encore longtemps au village de Nesle qui est fier de son église, et à juste titre, car si elle est remarquable par sa combinaison générale, elle ne l'est pas moins dans ses détails; la sculpture en est très-belle, d'un bon style et toujours en harmonie avec l'appareil. Cet édifice est construit en petites assises de 25 cent, de hauteur en moyenne, formant parements extérieur et intérieur, et blocages de moellons ; s'il fallait aujourd'hui élever l'église de Nesle avec les mêmes matériaux, la somme que donne notre devis ne serait certainement pas suffisante; mais sans changer le caractère de l'édifice, et sans nuire en aucune façon à l'effet général, il serait possible d'apporter les modifications que nous avons introduites dans notre devis. Nous ne comptons en pierre que les piles, les appuis, bandeaux, pieds-droits et arcs de fenêtre ou intérieurs, et la remplaçons dans les parties du remplissage par du moellon piqué.
Ayant eu, dans une précédente monographie, l'occasion d'indiquer le genre de construction d'un édifice de l'Ile-de-France, nous ne nous étendrons pas davantage sur ce sujet en ce qui concerne l'église de Nesle, construite dans des conditions absolument identiques.
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