ICI
i*"*^ Tsire,
2« Tac'a.
Nofré-Téri.
Rliam.scs 111 , Sésostris, fils de Ménepbtha I*', et de
i« Nojré-Aru
Isénofrc.
Iséiophê.
Siphtha-Ménepktha, mari de la reine.
Nofrèt.
La XI X*^ dynastie commenta l'an. . ,. , M74*.
EGYPTE
La dix-neuvième dynastie fut , comme les précédentes, originaire deTlièbes.
Le premier roi de la XIX* était le tiis du dernier de la XVIir : il y a quelques incertitudes sur les motifs qui guidèrent les Égyptiens dans la distinction des dynasties , et ce mot paraît avoir eu pour eux et pour leurs annalistes une acception différente de celle que les écrivains de nos temps lui ont unanimement donnée. Les meilleures autorités Oxent à six le nombre des rois de la XIX' dynastie ; le premier de tous porta le nom de Rhamsès ; il fut surnommé Méiamoun, Rhamsès aimant Amon. Son cartoucheprénom se lit en effet : Soleil gardien de vérité , aimant Amon.
De graves événements troublèrent les premières années du règne de ce prince, dont, toutefois, la durée fut extraordinaire, et il fut illustré par de grands succès dans de grandes entreprises militaires.
Les écrivains grecs des premiers siècles du christianisme nous ont conservé quelques passages textuellement extraits de l'ouvrage de Manéthon , où ces événements étaient consignés.
D'après un de ces passages , l'Égypte fut de nouveau envahie par les Pasteurs durant le règne d'un Aménophis , père de Séthos , appelé aussi Rhamsès. Aux premières menaces des Pasteurs , le roi pourvut d'abord à la sûreté de son fils encore en bas âge ; et bientôt après , incapable de résister aux efforts d.os barbares , il se retira en Ethiopie II fut contraint d'y demeurer pendant 13 ans; Séthos grandit, leva une forte armée, la mena en Egypte, il avait alors 18 ans; il vainquit l'ennemi , le chassa de nouveau vers la Syrie , et il jouit dès lors sans trouble de l'autorité royale.
Pour appliquer au règne de Rhamsès-Méiamoun cette narration de Manéthon, il suffit de considérer que ce roi porte dans les listes de ce même Manéthon ce même nom de Séthos , et sur les monuments celui de Rhamsès; double dénomination par laquelle Manéthon désigne ainsi le prince dont il raconte l'histoire. Le père de ce prince , le der-
nier de la XVIIP dynastie, régna bien peu d'années ; les Pasteurs l'avaient chassé de son trône; à sa mort, il n'avait pas de tombeau ; il fut placé dans celui de ses ancêtres: son séjour forcé en Ethiopie explique naturellement cette circonstance remarquable de la vie de ce roi.
Le second passage de iNIanéthon est relatif à un événement d'un autre ordre. Ce même Pharaon Séthos avait réuni de grandes forces de terre et de mer.
Il entreprit de lointaines conquêtes; et, en partant, il laissa à son frère Armais l'administration de l'Egypte, lui déléguant l'autorité royale, à la condition toutefois de ne pas ceindre le diadème royal , et avec la recommandation expresse de respecter la reine , mère de ses enfants , et les autres femmes du palais. Le roi cingla vers Chypre, attaqua ensuite la Phénicie, les Assyriens, les Mèdes, et , enhardi par d'éclatants succès , il se dirigea vers les nations de l'Oiient. Il apprit alors par des lettres du grand prêtre, que son frère Armais avait méprisé tous ses ordres , et était en rt volte ouverte contre son autorité. Séthos retourna en Egypte, y rentra par Péluse , et reprit la couronne et le pouvoir; Armais s'enfuit devant lui , et cet Armais se nommait aussi Danaus.
Ces circonstances conviennent en core au règne de Rhamsès-Méiamoun; ce prince fut un grand conquérant; les monuments subsistants nous en instruisent sans équivoque; les seuls tableaux historiques où figurent des entreprises navales , des combats sur mer, sont aussi de son règne; enfin, si l'on compte dans le règne de ce prince les 13 années passées en Ethiophie (puisqu'on ne les comprend pas dans le règne de son père, qui n'a été porté qu'à 5 ans et 3 mois), et qu'on y ajoute quelques années pour le temps de ses campagnes sur terre et sur mer, son règne ayant commencé en l'année 1474 avant l'ère chrétienne, la fuite d'Armais-Danaus sera fixée vers l'année 1450 , et c'est le temps même où l'antiquité classique place la venue en
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Grèce des colonies égyptiennes de Danaus.
Rliamsès-Méiamoun fut le quatrième de ce nom ; depuis qu'il avait été illustré par le plus glorieux des règnes, celui de Rhamsès le Grand , ce nom fut adopté par les rois tliébains qui lui succédèrent.
Aucun autre édifice de l'Égypte n'égale en étendue le gigantesque palais de IVIédinet-Habou (Thèbes), élevé par le roi Rliamsès-Méiamoun. Le lecteur a di^jà eu sous ses yeux la description de quelques parties de cette merveilleuse construction (voy. suprà, pages 68, 59, 15.5 à 158, et 241). Autour de ce grand monument s'étaient groupés les édilices élevés par des rois postérieurs : les siècles s'y étaient groupés aussi , et les arts y trouvent retracée toute leur histoire dans une réunion d'ouvrages d'époques très - diverses , comme le sont , sur le même sol et dans un espace circonscrit , un temple de l'époque pharaonique la plus brillante; un immense palais de la période des conquêtes ; un édifice de la première décadence sous l'invasion éthiopienne; une chapelle élevée par un des princes qui avaient secoué le joug des Perses ; un propylon de la dynastie grecque; des propylées de l'époque romaine, et, comme pour réunir les deux points extrêmes de cette chaîne chronologique, dans une des cours du palais pharaonique, des colonnes qui jadis soutenaient le faîte d'une église chrétienne; ajoutons à tant de confusions de temps et de noms, que les propylées élevés par l'empereur Antonin, et les propylons de Ptolémée - Soter II , sont construits avec les débris retournés du palais de Sésostris, démoli par les Perses, et v-jue le nom du roi éthiopien Taraka y a été martelé par Tordre du Pharaon Nectanèbe : ainsi les nations et les hommes s'y sont successivement éliminés :
éphémères triomphes dont un peu de temps montre toute la misère !
Les plus anciennes constructions de Médinet- Habou remontent au règne de Thouthmosis P^ Mœris fit exécuter la plus grande partie des décora-
tions; mais toutes les sculptures des façades supérieures , sud et nord , furent ordonnées par Rhamsès-Meiamoun ; et il paraît que ce roi se proposa , par ces travaux , de lier le temple de Mœris avec le grand palais dont il couvrit la butte de Médinet-Habou.
Ces scènes nombreuses , civiles , militaires et religieuses , tableaux où l'histoire égyptienne est écrite à grands traits et se manifeste à tous les yeux, ont été décrites dans les sections où la variété de leurs sujets avait marqué leurs places.
C'est aussi à ces admirables tableaux qu'on doit rapporter ce passage d«s Annales de Tacite (liv. ii ch. 60).
« Germanicus se rendit en Egypte pour en examiner les antiquités... De Canope il arriva bientôt à ïhèbes, et en contempla les immenses vestiges :
des inscriptions en caractères égyptiens, gravées sur de grands édilices , rappelaient l'ancienne opulence de l'Égy[)te. Il en demanda Tinterprétation à l'un des anciens parmi les prêtres , qui lui dit « que ces inscriptions annonçaient que l'Ésypte avait eu autrefois sept cent mille hommes en état de porter les armes ; que le roi Rhamsès , à la tête de cette armée , avait subjugué la Libye, l'Ethiopie, les Mcdes, les Perses , la Bactriane et la Scythie , et tenu sous sa domination l'Arménie, la Cappadore qui en est voisine , ainsi que la Bithynie d'un côté et la Lycie de l'aiitre, sur les deux mers. On y lisait, dans l'état des tributs imposés à ces nations , le poids en or et en argent, le nombre d'armes et de chevaux , la quantité d'ivoire et de parfums pour les temples , celle des grains et autres objets que chacune d'elles devait payer, et ces tributs égalaient ceux qui sont imposés aujourd'hui ou par les armes des Parthes ou par la puissance romaine. >>
G ermanicus , ajoute Tacite , vit aussi d'autres merveilles , la statue de Memnon , les Pyramides , le lac (Jlœris) et les canaux , réceptacles des superlluités du Nil ; enfin Éléphantine et
EG YPTE.
Syèae, limites alors de i'einpire romain ; et ces merveilles de l'Egypte du temps de Germanicus excitent encore , après dix -neuf siècles, l'admiration des peuples modernes: privilège à toujours assuré aux chefs-d'œuvre de la pensée et à ceux des beaux-arts.
La construction de l'incomparable édifice de Mcdinet-Habou fut dirigée par le basilico-grammate Pliori ; cet officier en a consigné le souvenir dans une des inscriptions religieuses du spéos de Silsilis. Trois autres inscriptions en caractères sacerdotaux, tracées dans ce même lieu , annoncent que le même officier s'est rendu à Silsilis au mois de pascliom , de la 6* année du règne de Rhamsès-Méiamoun ; il venait diriger l'exploitation des carrières pour les constructions de Wédinct-Habou. Dans un grand bas-relief du même spéos , le roi lui-même fait ses adorations au dieu Phtlia et à la déesse Pascht ( Bubastis ). Enfin une grande stèle représente ce même Pharaon adorant les dieux de Silsilis ; et ce monument fut exécuté par l'ordre du basilico-grammate Phori , qui prend les qualités de surintendant des bâtiments de Ilhamsès- Méiaraoun , intendant de tous les palais du roi en Égypte, et chargé de la construction du temple de Phre, bâti à Memphis par le Pharaon.
Il existe aussi quelques traces d'édifices élevés par le même prince non loin du Rhamesséum de Sésostris , à Louqsor ; et à Kourna , une inscription royale où son nom est tracé; à Karnac, il est écrit sur un a.utre temple. Il existe encore à Qous , l'ancienne Apollinopolis-Parva , les restes d'une stèle datée du 1"' paoni, de la IG^ année du règne de ce Rhamsès , et relative à son retour d'une expédition militaire : il conduit des captifs dont il va faire hommage aux dieux. Enfin on remarque parmi les papyrus du musée de Turin , des actes portant des dates des années G , 10 et 24 du règne de Méiamoun. Ce prince fut un des plus illustres; il fit de vastes conquêtes en Asie , et ses grandes actions ont fait quelquefois confondre les cir-
constances de son histoire avec celles de la vie de Sésostris : ce que l'antiquité a rapporté de l'un et de l'autre les place également au premier rang parmi les plus grands hommes des premiers temps.
Le tombeau de Rhamsès-Méiamoun est le plus grand et le plus magnifiquement orné des tombeaux qui "existent encore dans la vallée de Biban-el- Molouk ; Inais aujourd'hui le temps ou la fumée a terni l'éclat des couleurs qui le recouvrent; il est remarquable aussi d'ailleurs par huit petites salies percées latéralement dans le massif des parois du V et du 2'= corridor , cabinets ornés de sculptures du plus haut intérêt. L'un de ces petits boudoirs contient, entre autres choses, la leprésentation des travaux de la cuisine; un autre celle des meubles les plus riches et les plus somptueux ; un troisième un arsenal complet d'armes de toute espèce et d'insignes militaires des légions égyptiennes : ailleurs on a sculpté les barques et les canges royales avec toutes leurs décorations. L'un d'eux aussi nous montre le tableau symbolique de l'année égyptienne, figurée par six images du Nil et six images de l'Égypte personnifiée, alternées , une pour chaque mois et portant les productions particulières à la division de l'année que ces images représentent. Dans l'un de ces jolis réduits sont les deux fameux joueurs de harpe copiés par tous les voyageurs.
D'anciens Grecs visitant ce tombeau, y ont gravé sur les murs leurs noms et les motifs de leur visite : c'est ce qu'attestent plusieurs anciennes inscriptions grecques encore subsistantes dans ce tombeau.
Son entrée est à ciel ouvert sans sculptures, et à l'extrémité de ce couloir le plafond est soutenu , à son origine , par quatre piliers à tête de taureau, de face, en demi -relief et peintes. Quelques plafonds sont peints en bleu et parsemés d'étoiles blanches; des inscriptions sont tracées en bleu sur un fond jaune; les scènes religieuses y sont variées et nombreuses; la longue durée du règne de ce roi permit
L'UNIVERS
(le compléter et d'orner sa dernière demeure.
Cette vaste catacombe a donné lieu h une observation singulière. Elle a été levée par des ingénieurs de l'expédition d'Egypte, et Champollion le jeune en a reconnu un plan antique parmi les papyrus du musée de Turin. Voici la relation de ce fait unique dans les an- Jiales de l'archéologie :
« J'ai remarqué parmi tous ces papyrus des fragments chargés de lignes tracées dans diverses directions; je n'en voyais pas d'abord le sujet. Apres avoir rapproché tous les morceaux , qui font une grande feuille de plus de deux pieds, j'y ai reconnu sans nul doute le plan lavé d'une catacombe royale; le revers est presque entièrement écrit.
I-e dessin est tres-proprement fait, et l'on y distingue quelques repentirs d'une couleur très-pàle, comme avec un crayon de plomb. Cette catacombe est celle du roi Rhamsès-Méiamoun, et en voici la preuve. La commission d'Égypte a levé le plan de plusieurs tombeaux, et l'un de ceux qu'elle a publiés se rapporte exactement avec celui que donne ce papyrus; c'est le cinquiemedeBiban-el-Molouk, à l'ouest de Thèbes , et les bas-reliefs de ce tombeau offrent un grand nombre de fois le no.ni de ce Rhamsès-Méiamoun; de plus, on sait en Angleterre que des inscriptions grecques tracées sur les parois de cette catacombe annoncent que diverses personnes sont venues visiter ce tombeau de Rhamsès-Méiamoun; enfin la grande salle du plan sur papyrus présente le dessin à vol d'oiseau d'un sarcophage très -bien peint en granit rose ; le couvercle est orné de trois personnages portant des attributs divers: et c'est encore là tout juste la forme, par la pose, les proportions et les détails, du couvercle en granit rose aussi , tiré de ce même cinquième tombeau de l'ouest, rapporté par Belzoni , et qui porte en effet les noms et prénoms de ce Rhamsès- Méiamoun. Le rapprochement du plan sur papyrus avec celui de la commission d'Égypte, offrira quelques observations qui ne seront pas sans intérêt.
Il est remarquable que les contours de la montagne, indiqués sur les deux plans , se rapportent encore parfaitement; et ce qui mérite encore plus d'attention, c'est que chaque couloir, chaque chambre du plan sur papyrus porte une inscription hiératique , suivie de chiffres donnant des nombres trèsvariés : ce sont là sans doute les dimensions de chaque partie de l'excavation royale, et la commission ayant levé ces mêmes détails exprimés en mètres, on a ainsi un nouvel élément de la grande question des mesures égyptiennes. »
Mais quelque intérêt que présente cet antique dessin , le lecteur en accordera encore davantage au sarcophage même de Rhamsès-isiéiamoun, qui est aujourd'hui un des ornements du musée égyptien du Louvre : il y est entré avec la collection Sait, dont il faisait partie. C'est un magnifique monolithe en granit rose, de sept pieds de hauteur sur quatorze de longueur, d'une largeur proportionnée, creusé pour recevoir la momie royale enfermée dans plusieurs riches cercueils, et couvert de sculptures sur toutes ses surfaces intérieures et extérieures. Le couvercle de ce beau sarcophage , en granit rose également, était aussi orne de sculptures et d'inscriptions ; trois figures en bas-relief occupaient la partie supérieure; le nom du roi est souvent répète sur toutes les parties du monument. Le sarcophage est à Paris et le couvercle en Angleterre; il appartient à l'université de Cambridge. Il ne reste aucune trace de la momie du roi; son tombeau est de ceux qui ont été ouverts très-anciennement. Le musée du Louvre possède aussi plusieurs figurines funéraires du même roi ; elles sont en granit rose, en bois peint ou eu bronze.
RhamsèsIV^Méiamoun mourut après un règne de cinquante-cinq ans. Sa femme se nommait Isis; elle lui survécut. Le tombeau de cette reine fut l'effet de la pieuse attention de son fils aîné.
Ce prince se nomma aussi Rhamsès (le cinquième de ce nom) ; il succéda à
ÉGYPTE
son père vers l'année 1419 avant l'ère i;hrétienne.
Rhamsès IV avait laissé une nombreuse lignée : elle est, on peut dire, régulièrement enregistrée dans le temple de Médinet-Habou. On a déjà vu (page 157) la mention des tableaux où les dix fils du roi sont figurés en pied, en costume de prince (voy. pl. 25, n» 3), dans leur ordre de primogéniture, et les inscriptions qui accompagnent ces ligures coloriées indiquent les noms et les qualités de cbacun de ces princes au nombre de dix.
C'est sur ces précieux tableaux que reposent toutes les certitudes de l'bistoire à l'égard de la descendance et de la succession royale de Rhamsès IV, à l'égard même de la XIX° dynastie tout entière. Les listes des abréviateurs de Manéfhon contiennent pour cette époque peu de renseignements intelligibles. Les tableaux de Médinet-Habou y suppléent avec une incontestable autorité : il suffira de les décrire pour en doimer au lecteur l'intime conviction.
Il est en effet arrivé pour le fils de Rhamsès IV ce qui s'était passé pour le fils de Rhamsès III. Ce fils fut le treizième de ses enfants, celui qui , par le hasard des événements, succéda au roi son père; il était figuré à son rang, dans le tableau des vingt-trois fils de Sésostris; et, lorsqu'il eut été appelé au trône, on le signala dans ce même tableau, en changeant son costume de prince en habit royal, en gravant à côté de son nom de famille le cartouche qu'il adopta quand il fut roi. On en a agi de même à l'égard des fils de Rhamsès IV; à côté du nom et de la figure de chacun des quatre premiers, on a gravé un cartouche royal prénom ou nom propre, parce que ces quatre fils occupèrent successivement le trône après la mort de leur père. Sur les six rois qui composèrent la XIX^ dynastie, les tables de Médinet-Habou en nomment ainsi cinq à l'histoire.
Le règne du fils aîné, qui est le Rhamsès V de nos listes, fut long, mais il en reste peu de souvenirs historiques. Son cartouche-prénom, soleil gardien de la vérité, approuvé
par Ammon, suivi du cartouche nom propre Rhamsès, et accompagnés de quelques titres particuliers, tels que ceux de semblable au soleil pour toujours, modérateur de la vérité, se lit encore sur quelques monuments, sur une porte votive en bois de sycomore, l'une des plus belles pièces du musée de Turin; sur des stèles déposées dans d'autres musées; dans les inscriptions du temple de Chnouphis à Ëléphantine; sur quelques parties de Karnac.
Ce roi figure aussi , n'étant encore que prince, dans les pompes triomphales de son père à Médinet-Habou. La figure de Rhamsès V se voit dans la salle hypostyle de Karnac, dans les bas-reliefs des grandes colonnes; il y est représenté en pied , faisant à Amon- Ra l'offrande de son propre prénom royal : seigneur gardien de la vérité.
Le tombeau de Rhamsès V a été reconnu dans la vallée de Biban-el-Molouk : il est un des plus complets, des plus riches (preuve évidente de la longue durée du règne de ce roi ) , et nous en avons donné la description détaillée, pages 51 à 54, au treizième paragraphe relatif à l'état de la famille royale. C'est dans ce tombeau que se trouve la confession négative à laquelle l'âme était soumise en présence des ministres de Dieu. On y voit aussi , parmi les scènes symboliques relatives à la marche du soleil dans les deux hémisphères, image de la vie de l'homme, à la seconde heure, apparaître les âmes des rois, ayant à leur tête celle de Rhamsès V lui-même, allant au-devant de la bari, ou barque sacrée de Dieu, pour adorer sa lumière; et aux quatrième, cinquième et sixième heures , le même Pharaon prendre part aux travaux des dieux, qui font la guerre au grand serpent Apopbis caché dans les eaux de l'Océan. C'est aussi parmi ces peintures qu'on reconnaît un tableau des constellations et de leurs influences, pour toutes les heures de chaque mois de l'année, sur les diverses parties du corps humain qui étaient placées dans leur dépendance.
Le tombeau de Rhamsès V est un
L'UNIVERS
des plus complets de tous ceux qui existent dans la vallée de Biban-el- Molouk et dans la vallée de l'ouest : il est comme un type auquel on peut comparer tous les autres.
Les listes de Manéthon donnent à ce second roi de la XIX'' dynastie plus de soixante ans de règne. Ce fut lui qui assura à sa mère les honneurs d'un tombeau royal. Il faut conclure de la longue durée de son règne qu'il nacjuit peu d'années avant la mort de son père Rhamses-Méiamoun , et qu'Isis, sa nicre, ne fui peut-être pas la première femme de ce roi : elle lui survécut. Le nom de son mari ne se lit pas dans son tombeau ; on n'y trouve que celui de son fils Kliamsès V.
Dans les listes de Manéthon déjà publiées, le successeur de Rhamsès- Méiainoun est nommé Rapsis ou Rapsakes; mais im manuscrit de la bibliothèque royale le nomme positivement Rliamsès, et ce manuscrit est d'accord avec les monuments : c'est le Rliamsès V de nos listes. Il eut pour successeur un autre prince du même nom, qui fut Rhamsès VL
Frère du précèdent et second fils de IMéiamoun, il parvint à la couronne vers l'année 1358 avant l'ère chrétienne.
Rapproché des lisles de Manéthon, le tableau des dix fils de Méiamoun, dont les quatre premiers portèrent successivement la couronne, ne peut point être mis d'accord avec ces listes. Elles donnent , en effet , soixafite et une années au règne du (ils aîné, quatrevingt-cinq ans à celui des trois autres frères suivants , et il en résulterait que le dernier aurait cessé de vivre et de régner cent quarante-six ans après la mort de leur pere conmiun. Il y a donc du désordre et des erreurs dans la série des noms et dans les chiffres des listes qui nous sont venus des copistes de Manéthon, et l'ordre naturel de la vie des hounnes y commande de sensibles rectifications. En le prenant pour règle, sans trop nous écarter des chiffres consignés dans la diversité de ces listes, et accordant au fils aîné, Rhamsès V, soi.xante et un ans de règne, vingt ans au second, cinq ans au troi-
sième et autant au quatrième, il en résulterait que la mort du dernier serait arrivée quatre-vingt-onze ans après celle du père, mort à (âge de soixante ans, ce qui ne suppose pas au dernier de ses tils une longévité extraordinaire; il faudrait aussi porter le règne du dernier roi de cette dynastie à quarante-huit ans. Mais les autorités nous manquent pour accréditer ce système, quelque conforme qu'il soit aux prescriptions de l'histoire , dont la véracité, quand il s'agit de l'honuiie, ne peut se fonder sur des exceptions aux lois générales de la nature.
Dans cet ensemble de doutes, nous n'avons à indiquer ici que les noms des successeurs de Rhamsès V; les trois premiers furent ses frères, et portèrent aussi le nom de Rhamsès, et ce sont les VI% Vil' et VIII' de ce nom. Leur successeur, le sixième roi de la XIX' dynastie, fut aussi un Rhamsès (Rhamsès IX); il s'appela Thodoris, selon les listes de Manéthon.
Il nous reste peu de monuments du règne de Rhamsès VI. Avant qu'il fût roi , il remplit les fonctions de athlophore à la gauche du roi, basilicogrammate commandant de cavalerie, ajoutant à l'indication de ces charges militaires les titres de fils du roi , enfant de son germe et le chérissant.
Son prénom royal signifiait soleil gardien de vérité, ami d'Anunon. On le trouve au-dessus d'une porte, dans la deuxième cour du palais de Karnac, à Thèbes, sur les débris d'un obélisque, sur la fleur de lotus qui surmonte un sceptre appartenant au cabinet du roi , à Paris, sur une stèle de Sabout-el- Kadim , et très-fréquemment dans son propre tombeau.
Ce tombeau existe dans la vallée des rois, à Biban-el-Molouk; son entrée est à ciel ouvert; il est creusé à une petite hauteur au-dessus du fond de la vallée, dans une masse calcaire d'une couleur jaunâtre. Ce tombeau est un des plus conservés; les peintures abondent en sujets astronomiques religieux : les courses du soleil, les heures du jour et de la nuit, les luttes contre
ÊGYPTE.
redoutable Apophis, des tables de lever et d'influence des constellations, des scènes de métempsycoses, des litanies en l'honneur du roi, la félicité des bons , les châtiments des méchants , y sont figurés en des tableaux multipliés, qui ne permettent pas de refuser au règne de ce roi une durée approchant de celle qui nous a paru comme indiquée par les considérations précédemment exposées.
Rhamsès MI fut le quatrième roi de la XIX" dynastie; ce rang lui est assigné par le tableau de la famille de RliamsèsIV, à iMédinet-Habou. Au troisième de ses fils est en effet affecté le cartouche-prénom qui signilie soleil gardien de vérité, chéri d'Ammon et ap()rouvé par le soleil. Ce cartoucheprénom était constamment uni au nom propre Rhamsès, divin modérateur, qui se lit auprès de la figure en pied de ce même prin(;e dans ce tableau.
Ce Rhamsès est inscrit au même rang et sous ce même nom dans les listes de ÎMariéthon.
Le tombeau de ce roi est presque le seul monument qui nous reste de sa vie et de son règne. Il est creusé dans le flanc des montagnes de Biban-el- Molouk, non loin de celui de son frère Rhamsès VI : c'est le premier qu'on rencontre en venant de Kourna; il est à gauche, au fond d'un petit vallon.
Son avenue est à ciel ouvert, d'une largeur remarquable ; elle avait été stuquée avec soin. L'inscription tracée sur le listel qui surmonte le bandeau de l'entrée contient deux fois le prénom royal et le nom propre du roi, dans deux cartouches tels que ceux qui viennent d'être décrits. L'étendard royal orne les jambages de la porte; mais cette inscription est peinte et coloriée, et non sculptée, premier indice du court règne de ce roi. Les tabUaux qui décorent cette catacombe sont, pour la plupart, semblables à ceux du tombeau de Rhamsès V. Ces scènes symboliques de la puissance du soleil, symbole luimême de la puissance des rois , étaient consacrées par la religion, et se reproduisaient comme des types que l'impiété seule aurait pu altérer; les tables
pour inscrire les levers et les influences des constellations sont tracées, mais le texte n'y a pas été écrit. Le plafond de la salle principale est taillé en berceau, et la sépulture du roi existe dans la salle funéraire; toutefois ce n'est qu'un énorme monolithe en granit rose, ayant la forme d'un couvercle, travaillé à la hâte, posé seulement sur le sol, qui a été creusé pour rerevoir la momie royale. L'inscription funéraire de l'osirien roi y est grossièrement tracée, nouveau témoignage de la courte durée de son règne.
Son quatrième frère lui succéda : ce fut Rhamsès VIII. Son cartouche-prénom est tracé auprès de sa figure en pied, dans le tableau de Biban-el-Moiouk , et ce cartouche contient , comme ceux de ses frères, les premières qualifications de soleil gardien de la vérité, etc. Dans son cartouche nom propre, il est qualifié de Rhamsès, chéii par Phré, et par une autre divinité jusqu'ici inconnue. On a retrouvé les noms de ce roi sur deux stèles du musée de Berlin , mais avec une variante dans les signes, qui annonce la protection des dieux. Ce prince fut le dernier des fils de Rhamsès- Méiamoun, qui composent cette extraordinaire succession de quatre fils à leur père: ces deux générations, qui vécurent cent cinquante et un ans, comprenant cinq individus, peuvent avoir occupé le trône d'Égy[)te durant cent quarante-six ans. L'histoire des temps modernes n'a recueilli nulle part le souvenir d'un semblable phénomène:
il a pu toutefois se réaliser dans les limites des lois naturelles.
Le dernier roi de la XIX* dynastie fut aussi un Rhamsès (Rhamsès IX), mais on ignore à quel degré de parenté et à quel titre il succéda à son prédécesseur sur le trône: toutefois de bons motifs de critique historique ont assigné à ce roi la place qu'il a dans notre relation. Son nom se lit sur des monuments de Thèbes, et à des places qu'il n'occupe que parce que des rois reconnus pour ses prédécesseurs les ont laissées libres, ou bien sur des portions d'édifices construites d'ordinaire
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les premières, et dont les portions suivantes sont signées du nom des princes postérieurs à la XIX" dynastie.
Le prénom de ce roi exprimait les idées de soleil modérateur de justice, approuvé par Ammon, et son nom propre se lisait Ammon-Maï-Rliamsès ; il est accompagné de deux plumes, symboles ordinaires de la justice et de la vérité : quelquefois ce prénom et ce nom propre se trouvent abrégés sur quelques monuments.
Champoliion le jeune a publié un registre de recettes sacrées faites dans un temple de Thebes, pendant le règne de Rbamsès IX. Ce registre est distribué par annérs, et le nombre des années entières, dans cet antique papyrus, ne s'élève pas au delà de six.
Les listes de Mnnétlion indiquent aussi à la septième année la fin du règne du sixième roi de la XIX*" dynastie.
Son nom se retrouve cependant sur plusieurs édifices de Tbèbes, sur le sanctuaire du temple du dieu Kbons, sur diverses portions des édifices de Karnac, et dans la salle liypostyle.
Quelques amulettes portent aussi ce 4iom. Enfin le tombeau de ce roi existe encore dans la vallée de Biban-el-Molouk , à ïlièbes ; c'est le second à droite en entrant dans le vallon; il est situé sur le penchant de la montagne, à pe-u de hauteur au-dessus du fond de la vallée.
C'est dans ce tombeau que Champoliion le jeune se logea et s'établit pendant les trois mois qu'il consacra a l'exploration de cette vallée des tombeaux des rois. Il écrivait de ces lieux mêmes, le 25 mars 1829, ce qui suit :
« Nous passâmes sur la rive gauche du Nil, le 23 mars, et, après avoir envoyé notre gros bagage à une maison de lvourna, nous avons tous pris la route de la vallée de Biban-el-Molouk, où sont les tombeaux des rois de la XVIIP et de la XIX'' dynastie. Cette vallée étant étroite, pierreuse, circonscrite par des montagnes assez élevées et dénuées de toute espèce de végétation, la chaleur doit y être insupportable aux mois de mai , juin et juillet; il importait donc d'exploiter
cette riche et inépuisable mine à une époque où l'atmosphère, quoique déjà fort échauffée, est cependant encore supportable. Notre caravane s'y est donc établie le jour même, et nous occupons le meilleur logement et le plus magnifique qu'il soit possible de trouver en Egypte. C'est un roi Rhamsèsde la XTX'' dynastie qui nous donne l'hospitalité, car nous habitons tous son magnifique tombeau , le second que l'on rencontre à droite en entrant d-ans la vallée de Biban-ei-.Molouk. Cet hypogée, d'une admirable conservation, reçoit assez d'air et assez de lumière pour que nous y soyons logés à merveille; nous occupons les trois premières salles qui forment une longueur de soixante-cinq pas; les parois, de quinze à vingt pieds de hauteur, et les plafonds sont tout couverts de sculptures peintes, dont les couleurs conservent presque tout leur éclat; c'est une véritable habitation de prince, a l'inconvénient près de l'enfilade des pièces; le sol est couvert en entier de nattes et de roseaux; enfin les deux kaouas (nos gardes du corps) et les domestiques couchent dans deux tentes dressées a l'entrée du tombeau. Tel est notre établissement dans la vallée des rois, véritable séjour de la mort, puisqu'on n'y trouve ni un brin d'herbe, ni êtres vivants, à l'exception des chacals et des hyènes. »
L'avenue de ce tombeau est à ciel ouvert; les parois furent dressées, mais non polies; un mur supérieur en pierres sèches prévient les éboulements partiels. Une grande porte de belle proportion y donne entrée, et, comme dans tous les autres tombeaux qui ne sont pas du premier rang par leur étendue, on trouve dans celui-ci une partie des représentations religieuses qu'on observe dans les autres sépultures royales. La figure du roi s'y trouve de proportions colossales, la tète ornée de la coiffure de divers dieux; il remplit envers eux les devoirs prescrits par le rituel, et les légendes le disent chéri de tous. La salle sépulcrale est soigneusement ornée des peintures consacrées ; le sarcophage eu ac-
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cupe le milieu. Ce cercueil est en granit rose; son couvercle est encore en place, niais brisé; sa partie supérieure est ornée de la figure du roi couché; des inscriptions et des sujets sculptés couvrent le reste du monument; mais ils sont d'un travail grossier et peints en vert. Les parois d'un des corridors principaux sont occupées par la confession négative du roi; il n'est coupable d'aucun des péchés qui le priveraient de la miséricorde des dieux.
L'état de ce tombeau suppose un règne d'une durée plus longue que celle que le papyrus de Turin et les listes de Wanéthon accorderaient au roi Rhamsès IX. On voit aussi que le nombre des rois de cette XIX" dynastie ne pouvant être porté au delà de six, leur durée totale s' étant élevée à cent quatre-vingt-quatorze années, et les cinq premiers rois ayant employé les cent quarante-six premières, il en reste qnarante-huit pour le sixième. L'étendue, l'élégance et la belle construction du tombeau de Rliamsès IX nous portent à croire ce nombre d'années de son règne approximativement exact.
La XÎX" dynastie, qui occupale trône pendant cent quatre-vingt-quatorze années, finit donc de régner vers l'année 1279 antérieure à l'ère chrétienne.
Les écrivains grecs rapportent aux temps de cette même dynastie deux événements importants pour l'histoire : le renouvellement du cycle sothiaque et la chute de ïroie. Il est constant, par les résultats des travaux des mathématiciens anciens et modernes , qu'un renouvellement de ce cycle , ou de la période de 14 GO ans (voyez à la page 237 ci-dessus), s'opéra le 20 juillet de l'année 1322 avant l'ère chrétienne, et cette année appartient en effet à la XIX" dynastie. Selon notre liste, un Rhamsès régnait alors, et Théon le mathématicien , qui parle de ce renouvellement du cycle, nomme ce roi Ménophrès. Ce noni est bien égyptien; il signifie le serviteur de Phré (le soleil); ce fut, sans doute, le surnom du Rhamsès qui régnait alors.
Il est constant aussi que l'époque la plus généralement assignée par les
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chronologistes à la prise de ïroie, est contemporaine du dernier roi de cette XIX'' dynastie, et Pline dit formellement que ce roi , contemporain de la prise de Troie, se nommait Rhamsès :
c'est bien notre Rhamsès IX de notre XIX'' dynastie.
Toutefois les noms de ces rois, selon les monuments et selon les listes de Manéthon , sont assez variables ou même différents. Nous ne répéterons pas à ce sujet des explications généralement admises : les rois d'Egypte avaient plusieurs surnoms, et d'après cel usage ces surnoms, différents dans les divers écrivains , n'en désignent pas moins le même personnage. Pour la XIX*^ dynastie, nous nous sommes guidés à la lumière des monuments; nous invoquerons le même secours au sujet de la dynastie suivante, la XX^
Elle fut aussi originaire de Thèbes, et reposa dans les sépultures thébaines. Ses tombeaux se retrouvent encore pour la plupart dans les vallées réservées aux catacombes royales, et les rois qui les occupent sont tous encore des Rhamsès , de la grande famille à jamais illustrée par Sésostris.
Ces indications sont ici d'un grand prix pour l'histoire d'une dynastie dont les abréviateurs de Blanéthon ont indiqué le nombre des rois, douze, et la durée totale de leurs règnes réunis, cent soixante et dix-huit ans, sans ajouter à ces deux chiffres aucun autre renseignement.
Dans ce silence de l'histoire écrite, et, d'autre part, dans l'abondance des monuments originaux, la critique se guide par de sages analogies : ici l'on en trouve dans les dénominations , dans les titres royaux consacrés par la renommée des ancêtres, dans le lieu occupé par des tombeaux dont le voisinage et la réunion font considérer leur ensemble comme le tombeau commun d'une nombreuse famille.
On a donc attribué à la XX' dynastie les princes dont la formule, soleil gardien de la vérité, est inscrite la première, parmi quelques autres, dans leur prénom royal ; dont le nom propre est Rhamsès ou Raméri avec divers