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Égypte ancienne

-L/£gypte est située au centre de l'an- de la nature ; et ce fleuve mérite encore cien continent ; elle est arrosée par un le culte divin qu'une philosophie redes plus grands fleuves connus : placée connaissante lui décerna il y a plus de entre l'Asie et l'Afrique , ce n'est pas quatre mille ans. , Il est toujours le père sans quelque contradiction que la Géo- nourricier de l'Egypte , et les variagraphie moderne l'attribue tantôt à tions extraordinaires qui se manifestent l'une, tantôt à l'autre de ces deux par- périodiquement dans son état , exerties du monde ; enfin , communiquant cèrent une grande influence sur les vues avec l'Europe par une mer facile et de politiques et les établissements des prepeu d'étendue, elle sembla destinée, miers législateurs. >ar sa position naturelle , à devenir le De plus grands phénomènes moraux >erceau delà civilisation, à en répandre se développèrent encore sur cette terre es premiers essais et les premiers bien- dès l'origine des sociétés humaines, faits sur le reste de la terre. Alors l'isolement des peuples les em- Tout fut singulier ou mystérieux dans péchait de se rencontrer et de se comcette contrée à jamais célèbre. Les battre. La vallée du JNil jouit très-longpremières pages des annales humaines temps du calme si nécessaire aux nanous entretiennent de ses immenses tions comme aux individus pour élatravaux et de sa gloire; sa constitution borer de grandes pensées, et fonder physique était caractérisée par des phé- sur des bases solides la félicité publique nomènes particuliers, et le progrès des ou domestique. Le pays fut observé sciences n'a pas affaibli de nos jours avec une attention et une persévérance l'intérêt puissant qu'ils ont toujours inépuisables ; la connaissance des lois excité. du climat inspira des règles de police

Les sources du fleuve auquel elle est qui participèrent de la constance ae ces

redevable de son existence et de sa fer- lois; une expérience réfléchie concou-

tilité, nous sont inconnues comme elles rut sans cesse à les rendre plus com-

Vétaient aux plus anciens observateurs plètes et plus parfaites , et la con-

V Livraison. (Éoypts.) 1

L'UNIVERS

stitution politique se proposa de soumettre à des règles certaines les mouvements mêmes de la volonté et de l'intelligence générales, à l'imitation de ces lois éternellement semblables (jui soumettent chaque jour le sol de l'Egypte à l'action des mêmes phénomènes.

Les sages égyptiens s'attachèrent avec une rare prédilection à tout ce

2ui était en soi vrai, utile et durable, .e bonheur de tous était le but de leur étude de l'homme et de la nature, étude éclairée par la constance, fortifiée par la solitude; et ces sages comprirent heureusement que, pour arriver à ce noble but, ils devaient se faire à la fois rois et pontifes ; ils devinèrent ainsi les véritables fondements de la société humaine, eteelle qu'ils créèrenten « Égypte eut une durée qu'aucune autre n'égala et n'égalera peut-être jamais , t émoignage irrécusable de la puissance des lois habilement appropriées à l'esprit et aux mœurs du peuple qu'elles gouvernent, et aussi des lumières , du désintéressement et de la probité du législateur.

Notre esprit s'émeut profondément au spectacle de cette organisation morale et politique de l'ancienne Egypte,

2ui semble être sortie des mains du réateur toute dotée des institutions les plus nécessaires à son existence et à son développement social ; on ignore en effet ses origines, et aux époques les plus reculées auxquelles la critique historique a pu remonter, elle a retrouvé l'Egypte avec ses lois, ses mœurs, ses villes, ses rois et ses dieux; et en arrière de ces mêmes époques , il y avait encore des ruines d époques plus anciennes.

ATnèbes, des portions ruinées de divers édifices permettent de reconnaître des restes de constructions antérieures, employés comme matériaux dans ces mêmes édifices qui existent aujourd'hui depuis trente-six siècles. Où remonte donc la véritable souche de ces générations successives de ruines? 11 faut le craindre : les origines de l'Égypte sont peut-être dérobées pour toujours à notre légitime curiosité. Arnva-t-

elle par la voie si lente de l'expérience et du progrès au point d'avancement social où ses plus anciens ouvrages nous ,J'ont montrée ? ou bien , recutellé une science toute faite d'un autre peuple qui l'avait précédée dans cette voie de primitifs essais d'organisation sociale? Que de jours et d'années dans l'une et l'autre supposition!

De telles difficultés n'émeuvent, il est vrai , que les esprits qui les comprennent : on n'en trouvera la solution que lorsqu'on aura fixé avec certitude 1 époque où l'homme apparut sur la terre et celle où il s'essaya à la société avec une aptitude et des inclinations dont le degré et la force sont encore le secret du Créateur.

L'observation attentive des faits nous montre l'Egypte comme une société complètement réglée et soumise à des lois éprouvées par une longue expérience. Elle avait pour limites politiques ses limites naturelles. Le sol du pays avait été divisé en plusieurs régions , administrées par des lois uniformes pour toutes; un fleuve immense, par son cours naturel ou par des canaux habilement dirigés, portait sur tous les points la vie et la fécondité; une religion, qui avait pour dogmes les principes les plus élevés de la morale, se manifestait aux yeux du vulgaire par un culte bien propre par la magnificence des temples et le luxe des cérémonies à frapper tous les esprits, à saisir toutes les imaginations chez une nation d'ailleurs essentiellement religieuse et méditative. Le gouvernement, après avoir été sacerdotal, devint monarchique par une révolution; la couronne fut dès lors héréditaire de mâle en mâle , par ordre de primogéniture; le frère succédait au frère mort sans enfants survivants; et à défaut de fils, la fille succédait au père, et celui qu'elle épousait était le mari de la reine sans être roi. La nation était divisée en classes et non pas en castes ; le pouvoir royal était modéré par l'influence de la classe sacerdotale , en qui se concentraient les plus importants privilèges , l'interprétation des lois, l'administration de la

justice, la culture des sciences, des arts et des lettres, et les cérémonies de la religion : la classe des militaires défendait l'état, le peuple avait pour son lot la culture des terres, l'industrie et le commerce. L'antiquité classique tout entière a fait et conservé à rÉgypte une renommée de sagesse qui fait supposer que son gouvernement fat habituellement modéré et fondé sur les vrais intérêts du pays. Il subit cependant des révolutions intérieures qui amenèrent successivement sur le trône plusieurs races de rois; il subit aussi des invasions étrangères : le luxe de sa civilisation devait y attirer des peuplades moins policées. De vastes monuments publics , les plus grandes productions connues de l'architecture, ornaient la capitale et les principales villes de l'Egypte ; tous les arts avaient concouru à les embellir , la sculpture, \a peinture et l'emploi des métaux précieui, du verre et des plus riches émaux. L'Egypte exploitait des mines JJ des carrières , fabriquait les étoffes de lin, de laine et de coton nécessaires à ses habitants , et ne dédaigna pas d'admettre ou d'imiter les plus riches tasus de l'Inde. Les guerres l'avaient mise en communication avec l'intérieur de l'Afrique et les d i verses nations de l'Asie; et malgré cette activité intérieure de sa population et ses relations ao dehors, l'Égypte ne paraît pas Noir connu l'usage des monnaies de métaux. Celui de l'écriture était général, et l'invention de cet art admirable fut successivement perfectionnée et poussée jusqu'à l'idée si beureuse , si extraordinaire d'abord , et si simple aujourd'hui pour nous , des signes alphabétiques. On peut ajouter qu'aucun peuple ne fit de l'écriture un usage aussi fréquent, ni aussi varié; ses édifices publics en étaient couverts , et leurs ruines nous restituent encore, chaque jour, les débris écrits des coutumes publiques de l'Égypte et des transactions privées entre ses habitants.

Ce sont là les véritables signes caractéristiques d'une civilisation avancée, d'une législation régulière, d'une

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nation pleinement constituée, d'un état sagement policé. Nous avons dû donner d'abord de l'ancieBne Egypte cette idée générale qui préparera le lecteur et l'intéressera peut-être plus directement à l'étude des détails que nous allons présenter sur chacune des principales parties de notre sujet.

Il embrassera l'histoire entière de l'Egvpte , considérée dans sa constitution physique et morale, dans ses principales institutions, leur marche progressive ou rétrograde , enfin dans son influence sur la civilisation moderne.

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