‹ Égypte ancienneChapitre 4 sur 53 · III. LE FAYOIM ET LE LAC MCE RIS · texte numérisé non relu

III. LE FAYOIM ET LE LAC MCE RIS

On comprend tous les soins que le gouvernement de l'Égypte donna à rétablissement des canaux, quand on se rappelle que le sort du pays dépendait entièrement de l'inondation du Nil ; si elle avait manqué absolument , l'Égypte , si féconde , était frappée de stérilité , et la famine détruisait la population. Il était reconnu aussi que si elle était insuffisante, il y avait disette ; il en était de même, si l'inondation était trop abondante :

ces résultats dépendaient absolument de la quantité des pluies de PAbyssinie, et aucun moyen humain ne pouvait les régler selon les besoins du pays. La sagesse du gouvernement égyptien surmonta cependant ces difficultés. Il avait compris de bonne heure que les inondations du Nil pàr-

ÉGYPTE

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venues à une hauteur convenable pouvaient seules assurer l'abondance qui garantissait aussi le repos des peuples. Ce gouvernement entreprit de prévenir le mal qui résultait également d'une crue insuffisante ou excessive, et pour assurer ces immenses résultats, il fit disposer un réservoir d'eau de soixante lieues carrées de surface : c'est le lac du Fayoum.

Nous avons déjà dit qu'une coupure de la chaîne Libyque , située à une journée et demie au-dessus des pyramides de Sakkara, et large d'environ une lieue et demie, et qui s'élargit en s'enfonçant au couchant , conduit à une vaste plaine, au Fayoum, qui est un appendice de la vallée-du Nil, et qui égalait en développement l'étendue de la Basse-Égypte. C'est là qu'existent les traces étendues de la tous vaste entreprise sociale qu'ait iàte te génie de l'homme, je veux dire k lac Mœris. ta province où il était situé formait sous les Grecs et /es Romains un nome appelé d'abord Crocodilopplite et ensuite Arsinoïte , et par les Égyptiens, avant les Grecs, Piom , et Phaïom s mot qui désigne un lieu aqueux , marécageux , et que les Arabes ont conservé dans le nom de Fajrôum sous lequel cette province est encore désignée aujourd'hui.

La signification de ce nom permet de présumer que le sol du Fayoum fut d'abord occupé par un marais.

Selon le rapport des anciens, le pharaon Mœris en aurait fait un lac ; si l'on admet qu'il fit creuser ce lac dans la partie occidentale de la province , comme il avait près de quarante lieues de tour et une assez grande profondeur , il s'ensuivrait que les Égyptiens en le creusant auraient enlevé plus de onze cents milliards de mètres cubes de terre; ce qui ne peut pas être supposé : il faut donc admettre que le roi Mœris profita de la disposition naturelle du terrain pour y établir ce lac. Un canal , tiré du Nil et construit à travers les sables et les rochers, y conduisait les eaux du fleuve; vers le milieu du lac s'élevaient deux pyramides d'une grande hauteur,

surmontées d'un colosse assis, et Hérodote en conclut que le lac avait été creusé de mains d'homme. Mais on a pu y bâtir les pyramides avant que le oas-fond fut occupé par les eaux dérivées du Nil. ( Voy. la planche !». ) /

L'importance de ce lac, qui n'avait pas moins de 60 lieues carrées, était immense pour PÉgypte : il régularisait les inondations et rendait sans effet sensible l'inégalité des pluies dft tropique. Au moyen du canal tiré du Nil, le lac se remplissait lors de la crue des eaux, et s élevait au niveau du plus haut débordement ; quand le Nil décroissait, le lac était fermé par des digues et des écluses, et conservait les eaux jusqu'au mois de décembre ; on ouvrait alors les digues , les eaux s'écoulaient par deux embouchures , et elles contribuaient à assurer la fertilité dans le Fayoum , le territoire de Memphis et une partie de l'Égypte moyenne. Il suppléait ainsi à un débordement insuflisant , et pouvait prévenir les effets d'une trop grande inondation en retenant les eaux comme un vaste réservoir.

Ces grands intérêts étaient présents à l'esprit du roi qui ordonna ce vaste ouvrage d'utilité publique, et l'histoire a été reconnaissante en conservant au lac le nom de Mœris.

Ce prince, qui porta aussi le nom de Thutmosis dans les historiens grecs, régnait 1700 ans avant Jésus-Christ.

Son nom est encore gravé sur quelquesuns des plus grands édifices de Thebes, de la Nubie ; il reçut aussi les titres de bienfaiteur des mondes, serviteur du Soleil. L'obélisque qui est à Saint- Jean-de-Latran à Rome ? avait été érigé en son honneur en Egypte ; il y a aussi dans le musée de Turin une statue de ce roi ; elle est de proportions colossales , et en granit noir à taches blanches. Les prêtres égyptiens parlèrent de lui à Hérodote, quoique ce prince fût mort alors depuis plus de mille ans. Mœris a mérité, par les immenses ouvrages exécutés sous son règne , notamment par le lac du Fayoum , dont nous avons essayé de donner une idée, la renommée que l'his-

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toire lui a conservée jusqu'à nos jours.

Les eaux du lac du Fayoum, qu'on appelle aussi en arabe Birket-et-Karoun , ont un degré de salure très-considérable ; trois mois après que l'eau du NU y est arrivée, elle est six fois plus salée que celle de la mer, et ce-

fondant le lac n'est alimenté que par es eaux douces du Nil. Mais des efflorescences salines existent sur les berces du canal qui les conduit, et ces berges contiennent une quantité trèsconsidérable de muriate de chaux; la base calcaire du terrain du lac a quelques veines de sel gemme; on trouve aussi ce même sel dans les environs du lac.

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