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pané^vniliH's , à peu f)ies complet , et qui déjà a obtenu quelque célébrité.
C'est ie rouleau de papyrus possédé par M. Sallier, d'Aix en "Provence, et que Champollion ie jeune, qui le vit en 1828, annonça au monde savant en ces termes :
« J'ai reconnu dans un paquet de papyrus égyptiens non funéraires, 1° un long manuscrit en fort mauvais état, ([ui m'a paru contenir des thèmes astrologiques en belle écriture hiératique ; 2° deux rouleaux contenant des ♦"spèces d'odes ou litanies à la louange d'un Pharaon ; 3° un rouleau dont les premières pages manquent, mais qui contient les louanges et les récits des exploits de Rhamsès-Sésostris , toutà-fait en style biblique, c'est-à-dire sous la forme d'une ode dialoguée entre les dieux et le roi.
« Ce manuscrit est de la plus haute importance, et le peu de temps que j'ai donné à son examen m'a convaincu que c'est un vrai trésor historique.
J'en ai tiré les noms d'environ douze nations vaincues, parmi lesquelles sont spécialement nommés les Ioniens , lowii, et les Lyciens, Louka ou Louki; plus les Éthiopiens, les Arabes, etc.
Il est parlé de leurs chefs emmenés en captivité, et des imj)Ositions que ces pays ont supportées. J'ai relevé avec soin tous ces noms de peuples vaincus, qui, étant parfaitement lisibles et en écriture hiératique , serviront à faire reconnaître ces mêmes noms en hiéroglyphes sur les monuments de Thèbes et à les rétablir s'ils sont effacés. L'existence de ce manuscrit est nn fait immense, et il porte la date de l'an IX , au mois de paoni , du règne de Rhamsès-le-Grand. »
A son retour d'Egypte, le voyageur fiançais revit à Aix cette précieuse relation historique, et la revit avec un i!ouvel intérêt , ayant reconnu ce incme texte du manuscrit hiératique, tracé en caractères hiéroglyphiqes sur la paroi extérieure sud d'un des palais de Thèbes, toutefois fort mutilé dans plusieurs passages.
On a recueilli à Aix, de la bouche de Champollion, l'cnoncé du plan de cet
antique poème historique en prose.
« Les Schéto (ou Scythes) s'exhortent à attaquer les Égyptiens; dénombrement de leurs chefs et des diverses nations leurs alliées dans cette guerre; un grand nombre de peuples de l'Asie occidentale y sont dénommés, et particulièrement ceux de l'Asie mineure, tels que les Lyciens et les Ioniens. — Dénombrement des forces égyptiennes.
Le roi les harangue pour les exciter au combat : c'est Rhamsès lui-même
3ui rappelle cette circonstance et le iscours qu'il prononça : « Et moi , dit « le texte, j'adressai mes paroles à mes <i fantassins ainsi qu'aux cavaliers, di- « sant : Préparez-vous , préparez vos « cœurs , ô mes fantassins, ô mes cava- « liers ; » et les guerriers répondirent à sa majesté, dont la vie soit heureuse; à leur bon seigneur, dont la vie soit heureuse ; et ils promettent de se montrer dignes de l'Egypte le jour de la bataille ; ils supplient le roi de les abandonner à leur ardeur, et ils s'écrient, en terminant leur discours : Donne la liberté au souffle de nos bouches ! — Le roi reprend ensuite la parole, et après quelques nouvelles exhortations , il met l'armée en marche et s'approche contre la plaie de Schéto. — C'était la sixième rencontre ; et le roi , semblable à un dieu, se précipite sur eux et en fait un grand carnage. —Au milieu de l'action, le roi ne cesse d'exciter ses combattants ; enfin la victoire se déclare pour Sésostris ; elle est complète.— Sésostris annonce à ses troupes qu'il vient de serrer la main du chef ennemi , et arrête le massacre des vaincus. — Récit du combat. — Les troupes de toute arme célèbrent la gloire du roi, et lui défèrent les titres les plus pompeux. — Le chef des vaincus vient haranguer Sésostris ; réponse du roi ; nouvelle harangue à l'armée; humble soumission de la mauvaise race de Schéto. » Tout annonce que cette mémorable bataille fut livrée sur les bords de l'Oxus et qu'elle fut suivie de la prise de Bactres, principal établissement des Scythes , et l'une des plus anciennes villes du monde- On sait avec quelle attention l'É»
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evpte s'attaclia à la conservation des documents de son histoire nationale.
L'existence de l'ouvrage que nous venons de faire connaître n'a donc rien de surprenant; il nous prouve aussi que les grands princes trouvèrent de dignes historiens, et les hommes distingués de la caste militaire, d'éloquents panégyristes. L'éloge des vertus militaires et de la science des comhats fut donc aussi pour la civilisation égyptienne une nécessité sociale.
Nous avons presque épuisé l'ensemble des notions historiques qu'il nous a été possible de réunir sur l'état de la caste militaire en Egypte , et nous pensons en avoir assez dit pour faire reconnaître son importance dans l'État, les règles générales de son organisation et son influence sur les brillantes destinées de l'Egypte. Implantée dans le sol, elle était mdestructible comme les monuments qui la couvraient de toutes parts ; sa dotation territoriale était la garantie de sa durée, de son aisance €t de ses services; les produits de plusieurs provinces lui appartenaient, et si l'on se souvient que quelques villes importantes, telles que Sais et Héliopolis, étaient plus spécialemant la résidence de la caste sacerdotale, que Panapolis est désignée comme particulièrement habitée par des ouvriers en lin et des tailleurs de pierre , peutêtre faudra-t-il aussi tirer une conséquence de plus de ce qui vient d'être dit des possessions de la caste militaire , et considérer les provinces dont les revenus lui appartenaient , comme étant aussi sa résidence ordinaire et celle des familles qui en faisaient partie. Enfin, on pourra peut-être aussi conclure de tous ces faits rapprochés, que l'Egypte était divisée en villes royales, villes sacerdotales, villes militaires et villes industrielles. Les Hébreux, élèves des Égyptiens , n'eurent-ils pas aussi leurs villes royales et leurs villes lévitiques?
On raconte qu'un roi, nommé Séthon par Hérodote, négligea beaucoup ]'ordre des guerriers, présumant qu'il n'aurait pas besoin de leurs services, et qu'il s'oublia jusqu'à les priver des
douze aroures de terre labourable concédées à chaque individu de la caste par les rois ses prédécesseurs et cbpisies parmi les meilleures terres. Mais peu de temps après, l'Egypte ayant été attaquée par une armée nombreuse d'Assyriens, aucun soldat ne voulut marcher. La classe des artisans , des marchands et des ouvriers , se rangea autour du roi : la protection des dieux vint à son secours, et l'Egypte ne fut point envahie ; son salut fut ainsi l'ouvrage de ceux que la loi ne chargeait pas de sa défense.
Ce fait peut déjà faire pressentir la décadence d'une Jantique et puissante institution. On a raconté, plus haut, l'émigration des garnisons du midi de l'Egypte, sous le règne de Psammétichus, parce que ce roi ne ies avait pas relevées à l'époque prescrite par la constitution de la caste. La décadence était donc alors plus avancée , et elle pourra prouver qu'une institution militaire , telle que celle qui fût créée en Egypte, n'assurera jamais à l'État qu'un patriotisme conditionnel, qu'un dévouement préalablement soldé. Du reste , l'histoire est là avec ses dépositions pour éclairer les recherches du philosophe sur les avantages ou les inconvénients des privilèges héréditaires, des corporations incommutables , propriétaires territoriaux, et nous aurons peut-être fourni quelques données à la solution de cette question, par les détails sommairement réunis ici sur une des plus anciennes institutions de ce genre, la caste militaire égyptienne.
Il nous reste à parler du peuple, qui était aussi une caste à laquelle on avait fait ses droits et ses devoirs ; mais on a compris d'avance que partout les premiers diminuent et les seconds s'accroissent pour chaque caste, selon qu'elle est plus bas placée sur l'échelle des institutions publiques r comme partout ailleurs , la caste po< pulaire était la dernière des trois en Egypte.
s XVI. DE LA CLASSE POPULAIRE.
Toute la portion de la population libre qui n'appartenait ni à la caste sacerdotale, ni a la caste militaire, composait en Egypte le troisième ordre de l'état, la caste populaire. L'agriculture, l'industrie et le commerce lui turent spécialement attribués par les règlements généraux et par un usage que fortifièrent le temps et l'habitude. Le peuple néanmoins exerçait une autorité politique dans deux des occasions les plus importantes pour l'état , à l'élection et à la mort des rois. L'élection ne fut pratiquée qu'aux plus anciens temps de la monarchie; pour les époques postérieures, tout au plus aux changements de dynastie; et à cet égard les rapports de l'histoire nous laissent dans une profonde incertitude.
Au contraire , l'autorité populaire à la mort des rois s'exerça aussi longtemps que dura l'antique constitution de l'empire égyptien. Après l'expiration du temps prescrit pour la durée du deuil public , la momie royale était portée en grande pompe à l'entrée du tombeau ; elle y restait exposée aux regrets ou aux malédiction î du peuple assemblé ; chacun avait la liberté de reprocher hautement au roi mort ses fautes et ses mauvaises actions. Un prêtre venait ensuite prononcer le panégyrique du prince , rappeler ses services et ses bienfaits. L'assemblée prononçait alors un jugement sans appel ; des" applaudissements nombreux accordés au panégyrique absolvaient le roi de tout reproche, et les suffrages du peuple accompagnaient sa dépouille dans le lieu préparé pour son éternelle demeure. Si la désapprobation populaire condamnait la mémoire du roi , il était privé de funérailles pompeuses, et l'autorité du juge s'étendait jusqu'au droit de faire effacer des monuments et des annales nationales le nom du roi frappé par ces solennelles condamnations.
Long-temps après la mort de IMénès , fondateur de la monarchie égyptienne, sa mémoire fut proscrite , à cause du grand luxe qu'il avait introduit dans les habitations domestiques. Sa gloire
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et sa renommée s'affaiblirent dans l'opinion; une imprécation contre son nom fut tracée en caractères sacrés dans le sanctuaire même du temple d'Ammon à Thèbes. Ce ne fut pas le peuple qui porta ce jugement contre le roi; mais il le confirma par une tacite adhésion. Il nous reste d'ailleurs des preuves plus concluantes de l'autorité redoutable que la constitution avait déférée à la caste populaire en Egypte, et des témoignages de l'usage qu'elle ne manqua pas d'en faire à l'égard de ceux de ses souverains qui, oubliant ou méprisant leurs devoirs, s'étaient justement attiré l'animadversion publique.
« C'est dans la vallée de Biban-el- Molouk, à Thèbes, dit ChampoUion le jeune , que sont les tombeaux des rois de la XVlir et de la XIX*^ dynastie.
J'y ai visité ces princes dans leurs demeures funéraires; ces appartements y sont couverts de sculptures et de peintures , pour la plupart d'une étonnante fraîcheur ; mais j'y ai vu un tombeaude roi, marteléiïun bouta l'autre, excepté dans les parties oii se trouvaient sculptées les images de la reine sa mère et celles de sa femme , qu'on a religieusement respectées , ainsi que leurs légendes. C'est, sans aucun doute, le tombeau d'un roi condamné après sa mort. » Le même voyageur a vu , dans la vallée d'El-Assassir, territoire de Thèbes, un édifice où une légende rovale a été systématiquement martelée dans une foule de bas-reliefs de ce temple , et il a reconnu que cette légende fut celle d'un Améoenthé, tuteur du roi Moeris pendant sa minorité, et en qualité de mari de la sœur du roi, appelée par son âge à précéder son frère sur le trône de leur père; et que, parvenu à sa majorité, Mœris, à qui la mémoire et l'autorité de son tuteur étaient odieuses , fit effacer son nom des monuments publics, avec le concours de l'autorité, qu'on invoquait dans ces solennelles circonstances. De notre temps , il y a de cela plus de 3500 ans.
On voit aussi au musée de Turin une statue en très-beau grès rougcàtrc,,
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d'environ quinze pieds de hauteur : c'est celle d'un Pharaon debout , dont le nom se lit sur l'agrafe de la ceinture qui lui serre sa tunique sur les reins. 11 tient de la main gauche une grande enseigne sacrée, et son nom est encore gravé en beaux hiéroglyphes sur le bâton de cette enseigne ; il se lit jusqu'à sept fois sur les diverses parties de ce même colosse. Une autre statue du même roi est au musée britannique; un second colosse , semblable à celui de Turin , a été acheté à Rome et transporté au musée égyptien au Louvre ; c'est toujours le nom de ce même Pliaraon qui se trouve répété sur les statues de Londres et de Paris. On l'a remarqué aussi sur les différentes portions du palais de Karnac à Thèbes ; on le retrouve enfin sur le bel obélisque de la porte du Peuple à Rome : ce nom est celui du Pharaon Mandouëi , de la XVIIP dynastie égyptienne; mais partout où ce nom existe, soit sur les images de ce roi , soit sur les édifices qu'il éleva, ce nom est soigneusement martelé, effacé, quoiqu'il soit exprimé par la figure même du dieu Mandou, dont le Pharaon portait le nom. La suppression systématique du nom de ce roi sur tous les monuments publics ne peut être expliquée que comme l'effet d'un de ces jugements sévères portés par le peuple égyptien contre ses méchants rois , au moment de leur mort.
Sur le palais de Louqsor, le nom du roi éthiopien Sabaco a été également proscrit et martelé; celui de Taraka, autre Éthiopien, fut également martelé à Medinet-Habou. Sous la domination romaine, cet usage subsistait encore, et l'autorité qui avait succédé à celle du peuple, succéda aussi à ses attributions dans le jugement du mérite des princes. Ce n'était plus, il est vrai, l'intérêt national qui s'exprimait dans ces solennelles circonstances : les passions de l'empereur remplaçaient les doléances du peuple. On lisait sur le temple d'Esnéh les noms des empereurs Septime-Sévère et Géta; Caracalla fit assassiner son frère Géta; sa mémoire et sou nom furent proscrits par l'autorité impériale dans toute l'é-
tendue de l'empire; cette proscription les atteignit jusqu'au fond de la Thébaïde : les cartouches contenant le nom propre de Géta sur le temple d'Esnéh sont aussi régulièrement martelés.
L'autorité morale du peuple égyptien sur la renommée de ses rois ne saurait donc être mise en doute, et peutêtre peut-on dire que quelque sagesse se révélait dans cette institution \)o\\tique , parce que tous les citoyens en jugeant et maudissant le roi mort sur le seuil de son tombeau, étaient appelés à exercer sur le roi vivant, sans l'embarrasser, une influence qui ne pouvait être dédaignée.
On ne saurait dire à quelle époque des annales de l'Egypte se rattache cette singulière institution politique , ni par quelle voie la caste populaire réussit à conquérir ces privilèges.
Le gouvernement théocratique repoussait de sa nature la concession d'un pareil avantage; le prêtre était tout dans cet ordre de choses, et le peuple n'avait à montrer que de la piété et de l'obéissance. Ce privilège indiquerait donc un temps oij des cir-' constances critiques auraient porté le sacerdoce égyptien à octroyer au
Ïieuple cette part morale dans les afaires publiques ; et comme l'histoire n'a conservé le souvenir d'aucune lutte entre l'autorité théocratique et toute autre autorité rivale, si ce n'est celle où Mènes força la tiare à s'abaisser devant l'èpée, époque où le gouvernement, de sacerdotal qu'il était, devint inopinément civil et militaire , il est permis de conjecturer que Menés , pour consolider les immenses résultats de sa périlleuse entreprise, s'allia avec le peuple , en se livrant à lui après sa mort ainsi que tous les rois ses successeurs, et s'en fit un utile auxiliaire au moyen d'une concession toute nouvelle qui investissait la caste populaire d'une intervention puissante , propre peut-être à la garantir des mauvaises passions desrois et des mauvais conseils de leurs ministres. S'il en était ainsi , ce iTe serait qu'un exemple de plus , bien ancien à la vérité , de. la bienveillance attentive des barons de tous les pays
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pour les pauvres communes quand ils avaient besoin d'elles pour lutter avec succès contre la couronnne. Quoiqu'il en soit , le droit attribué à la caste populaire , de juger les actes des rois , de condamner leur mémoire, et l'inévitable effet de ces jugements, ne sauraient être mis en doute : toutefois l'histoire a trop négligé les preuves fju'on aurait pu recueillir pour l'utilité de tous, de l'ancienneté et de l'efficacité de cette singulière institution po- ■ litique de la vieille Égygte.
La fertilité extraordinaire de la terre, un climat bienfaisant, de bonnes lois que l'expérience avait élaborées, et que le temps sanctionna; une administration active et bienveillante sans cesse occupée h établir et à consolider l'ordre public dans les champs comme dans les cités ; l'influence inévitable de la religion sur un peuple naturellement pieux , d'un caractère facile, et qu'Hérodote considèrecomme les plus religieux des hommes, permettent de penser qu'en Egypte la classe populaire fut heureuse, et que, occupée et laborieuse , modérée dans ses mœurs et dans ses voeux , elle trouva dans son travail les sources d'une aisance générale, et qui fut de longue durée.
Les familles y étaient habituellement nombreuses ; on voit dans les monuments les plus simples , peints sur un panneau de bois ou sculptés sur une dalle de pierre calcaire , et représentant les devoirs funèbres rendus aux chefs d'une famille par tous ses enfants , que leur nombre pour les deux sexes s'élève de huit à douze et parfois au-delà ; et si le luxe de ces monuments désigne des familles plus distinguées et des classes supérieures , ils rendent à l'égard de ces familles le même témoignage quant au grand nombre des enfants qui appartenaient à chacune ; les tableaux sculptés à Thèbes nous donnent la liste de neuf descendants mâles de Rhamsès-Méiamoun, et d'un nombre encore plus considérable de filles. L'ancienne société égyptienne différa en ce point essentiel cle l'état des sociétés modernes.