DES ACCOUCHEUSES
Il y a une école pour les sages-femmes au Caire.
Cette année, elles sont au nombre de quatre, elles étaient dix il y a quelques mois et dix-sept il y a deux ans. On les reçoit à l’école à l’âge de douze ou quinze ans, on ne leur demande aucune instruction.
La durée des études est de douze années. Les élèves apprennent la lecture, l’écriture, les accouchements, un peu de petite chirurgie, quelques notions sur les maladies des femmes et, un peu d’ophthalmologie.
Madame Tamerahan est professeur d’accouchement. Seid-Achmed-Rachi donnait des leçons de pathologie interne et d’ophthalmologie, mais il a été renvoyé. Un vieux cheik, choisi vieux à dessein, enseigne à lire et à écrire. Autrefois les élèves sages-femmes apprenaient le français.
Site Tamerahan ou madame Tamerahan reçoit dixhuit bourses par an, soit 2000 fr. environ. Elle faic une leçon par semaine. Outre les accouchements, elle pro-
ORGANISATION MÉDICALE
fesse encore la petite chirurgie. Autrefois, il y avait d’autres maîtresses pour enseigner la lecture et l’écriture, mais on les a renvoyées. A la fin des études, les élèves sont examinées par l’ex-professeur en chef qui a épousé, je crois, Abdéraham-Bey, par Méhémed-Ali-Bey et d’autres professeurs.
. Bes élèves sont ^enfermées comme dans un harem ; jamais elles ne sortent; et chaque mois, la sage-femme en chef les visite, afin de bien constater qu’elles sont toujours vierges. Elles sont payées et reçoivent de 60 à 115 piastres par mois. On les marie à leur sortie de l’école.
Les femmes enceintes accouchent au rez-de-chaussée, dans une salle voisine de la classe, puis on les remonte au premier.
Je pénètre un jour dans la salle des cours, au moment de la leçon ; aussitôt la maîtresse et les élèves se lèvent pour nous faire honneur, mais sans nous saluer ; elles se couvrent la face et ne montrent que l’œil droit.
Le jour même de l’accouchement, la naissance doit être déclarée par l’accoucheuse ; si elle négligeait de le faire, elle serait punie et privée de l’exercice de sa profession. Elle fait écrire sur le registre du médecin du quartier les noms du père et de l’enfant ; il n’est pas question du nom de la mère. Dans le même registre, on fait inscrire les morts.
Au Caire, il y a dix quartiers médicaux ; par chaque (juartier il y a deux médecins, plus une sage-femme.
Les accoucheucss n’ont pas de cheik. Elles se crpeent accoucheuses elles-mêmes. En général, elles succèdent
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à leur mère. Pour prix de ses soins, la sage-femme reçoit des personnes peu aisées : un tabaris; des personnes riches : un habillement complet qui varie quant à la richesse, et de plus, une ou deux guinées ; cela peut aller jusqu’à dix.
L’accoucheuse doit assister la malade pendant quarante jours. ’ f
La loi musulmane ne défend pas au mari de voir sa femme jusqu’au moment de l’accouchement. En général, après la naissance de l’enfant, le père cesse de s’approcher de la mère pendant quarante jours, mais il n’y a aucune règle à cet égard.
En général les médecins ne voient pas les femmes malades; les accoucheuses sont chargées de ce soin. Elles examinent les malades et prescrivent les remèdes qu’elles jugent à propos d’administrer.
Elles constatent aussi les décès chez les femmes mortes et chez les petites filles.