‹ Égypte et PalestineChapitre 15 sur 94 · THÉRAPEUTIQUE · texte numérisé non relu

THÉRAPEUTIQUE

Avec les Arabes toutes les médecines sont bonnes. Ainsi en remontant le Nil, un de nos matelots avait eu un refroidissement au genou ou plutôt au-dessous du genou. Il vient se plaindre. Eu effet, il y avait du gonflement, de fortes douleurs à la pression, et de la claudication. Je frictionne la partie malade avec un liniment composé d’huile à brûler et de laudanum. Dans la journée même, le matelot reprend son travail malgré mes recommandations et le lendemain, il était complètement guéri.

Il y a quelques jours, Abmed-Simbel avait de fortes coliques; je lui fais avaler dix gouttes de laudanum sur un morceau de sucre et les coliques ont cessé. Les gens du pays ont toujours envie de posséder des drogues de précautions. Eu première ligne, ils. désirent de l’eau pour les yeux, puis du .sparadrap et des purgatifs. Personne ne m’a encore demandé des potions excitantes : Il paraît que cette fonction se fait bien.

On me tourmente conslammcnt pour obtenir des drogues. On sait que je dois partir et ou s’empresse de profiter de tout ce que je possède. Bien entendu on ne m’offre rien en échange de mes soins, et je serais mal venu si je n’ordonnais et ne donnais quelque chose.

Les médicaments que je fournis sont regardés comme une dette du voyageur. Médecins, n’ordonnez pas de l’hygiène, ils ne vous entendront pas. Conseillez, donnez toutes les drogues qu’il vous plaira, vous serez sûr d’être écoutés.

Les Arabes veulent toujours voir ce que vous avez, pour choisir ce qui leur convient ; aussi ai-je le soin de ne rien montrer du tout. Avec ce système, je puis leur donner ce qui me plaît, ils sont toujours contents.

Il m’est impossible d’indiquer ici les remèdes inventés par l’imagination arabe. Voici quelques faits eurieux. Un lépreux dont j’ai pris l’observation va trouver un médecin arabe très-renommé. Celui-ci a fait cuire un gros serpent avec lequel le malade s’est frotté les parties affectées. Pour se guérir de l’éléphantiasis, il y a des malades qui se font des plaies avec un canif pour y mettre soit de la graisse de marsouin, soit des. feuilles de figuier de barbarie ; d’autres mettent leurs pieds dans les matières fécales.

La religion musulmane reconnaît à quelques saints ou cheiks le pouvoir de guérir les malades. J’ai visité au Caire les tombeaux des cheiks et des derviches tourneurs.

1“ Saïd-llassan-Sadaka, mort il y a six cent cinquante-

sept ans. Tous les malades qui peuvent approcher de son tombeau sont guéris.

2® Adam-l)ada, mort il y a trois cents ans. Si un pauvre vient au tombeau et s’il fait une prière, il n’a qu’à mettre sa main dans la poche et il y trouve de l’argent. Je m’étonne fort qu’après cela il y ait tant de pauvres au Caire.

5® Abdul-Gclil-Effendi, mort il y a trois cent soixante ans. Sous le tombeau, il y a une pierre qu’ont ne voit pas, mais qui se transforme alternativement en diamant et en pierre précieuse.

La tradition rapporte que le grand cheik Elsdari pouvait aller à cheval sur des vitres sans les briser. Comme aujourd’hui, les vitres ne résisteraient pas, on a imaginé pour la fête de Dojeh, de faire marcher le cheval sur des hommes. M. Nada me dit que des gens gravement malades se jettent sous les pieds du cheval espérant y trouver la guérison. Ils s’en retournent avec des cotes enfoncées ou pis encore. Il faut que de pareilles gens soient fous.

Un jour qu’Ahmed-Simbel s’habillait devant moi, je remarquai suspendu à son cou, un petit paquet plat, fait, je crois, avec du sparadrap. Cette amulette grande comme un porte-monnaie avait été achetée à un homme qui avait écrit quelques mots dans l’intérieur. Elle a coûté sept florins. Appliquée sur une partie malade, elle guérit de suite. Je demandai à Ahmed pourquoi il jic l’avait pas appliquée sur son pied qui l’avait tant fait souffrir. 11 éluda ma réponse, mais il ajouta que son frère possédait une amulette grande comme les deux

mains t|ui guérissait toutes les maladies eu un jour. Je me gardai de le contrarier.

A côté de cette thérapeutique superstitieuse, je placerai quelques renseignements intéressants et curieux qui m’ont été fournis par des personnes recommandables.

Les enfants meurent surtout d’eclampsie ; cette maladie frappe plutôt ceux qui sont forts et vigoureux que ceux qui sont affaiblis. M. Rossin me dit qu’il prévient cette maladie en donnant aux femmes pendant la grossesse et l’allaitement, des médicaments antipsoriques homœopathiques ; cela, dit-il, lui a réussi. Il parait que le véquil du prince Alim avait perdu douze enfants. Depuis que M. Rossin a mis ce traitement en usage, le véquil en a pu élever cinq.

M. Maury s’est guéri d’une insolation en prenant simplement des bains de pieds et en maintenant des compresses d’eau vinaigrée sur la tête. L’insolation était faible. 11 paraît que M. le docteur Capuroço, médecin de la fabrique de Minieh, guérit cette affection en introduisant du sel imbibé d’eau dans l’oreille et en faisant frictionner le corps avec des compresses d’eau salée.

Madame Aivas m’affirme s’être guérie de fièvres intermittentes avec quinze gouttes de teinture de Cannabis Indica dans un verre d’eau. Elle n’avait pas d’hallucinations.

11 paraît que le Seunaar est un pays de fièvres. Les indigènes y sont sujets ainsi que les Européens. Pour se guérir, dit M. d’Arnaucl-Bey, les indigènes s’introduisent un morceau de bois dans le pharynx pour se

GÉNÉUALIïKS PATHOLOGIOUES.

faire soigner, ils prennent aussi une ])lante qui aurait de réelles vertus fébrifuges.

M. d’Arnaiid-Bey a pu constater les bons effets du changement de lieu. Ainsi quand il tombait malade, vite il changeait de résidence, et il recouvrait la santé. Ceci lui a toujours réussi pour toutes les affections.

Page 1