‹ Égypte et PalestineChapitre 30 sur 94 · HABITUDES DES PROSTITUÉES · texte numérisé non relu

HABITUDES DES PROSTITUÉES

Ce qui contribue à l’insalubrité des maisons en Égypte, ce sont les lieux d’aisances. En général, il y en a à chaque étage, mais comme ils ne sont pas couverts, l’odeur se répand facilement dans la maison. Les lieux sont au niveau du sol, et l’endroit par lequel les matières sont jetées a la forme d’une fente allongée ; aussi, est-il impossible ou plutôt difficile de les salir. Barement cette fente est recouverte d’une planche. Il en résulte que l’intérieur des maisons, surtout le rez-de-chaussée, infecte.

Les lieux d’aisances servent de cabinet de toilette aux filles publiques du Caire. Je les ai vues plusieurs fois y aller faire leurs ablutions. Ces pauvres filles sont fort propres, au moins autant qu’on peut en juger à cause de leur couleur chocolat. Les soins qu’elles prennent sont tels qu’ils semblent devoir être un moyen de transmission des affections vénériennes , cependant elles ne sont pas très-fréquentes.

Les filles du Caire vous massent tout le corps pour vous délasser les membres. Le jour du Ramadan, elles ne peuvent avoir de rapports avec les hommes.

M, deX... vint me voir avec sa maîtresse, dont j’ai

déjà pris le profil. H l’habilla en garçon pour circuler le soir. Sur son pantalon et sa chemise de femme, il lui mil une redingote. Dans ce costume, elle avait l’air d un garçon malpropre. Cette fille avait appris a dire en Arabe toutes les sottises que débitent les femmes les plus effrontées de Paris. Elle est Égyptienne; c’est la femme d’un agent de police de Damiette. M. de X... me dit qu’elle aime beaucoup le soiràlui raconter les contes des Mille et une Nuits ; elle parle quelquefois pendant trois heures. Je demande à M. deX..., si ces longues histoires ne l’endorment pas : « Oui, me répond-il, mais à chaque instant elle m’interrompt pour savoir mon opinion , et je lui répète de temps en temps : Safei\ c’est vrai. » Ces femmes arabes sont sans aucune espèce de pudeur ; ainsi, celle-ci dit tout haut devant son amant, qu’elle voudrait devenir ma maîtresse. Tout à coup elle se tourne vers son amant, et lui dit que je viens de lui offrir une guinée pour acheter ses faveurs.

A Assouan, les filles publiques habitent hors la ville, au bout de la plage. Comme je passais dans leur quartier, une femme m’aperçoit, court à moi, me saisit et j’ai toutes les peines du monde à m’en séparer. Plus loin, je suis arrêté par une petite noire fort jolie qui m’entraîne. Je la suis. Elle peut avoir de quinze à seize ans, elle est de Kartoum et porte un costume délicieux : petite chemise bleue à cause de la chaleur, pantalon blanc, petite calotte rouge avec un grand pompon noir à franges. Les cheveux sont divisés en petites tresses fort propres et sans mauvaise odeur. Elle a de gros bracelets en argent et une bague à l’annulaire de l’une

LlBEKTIiNAGE.

des mains. Au-dessous des reins, elle a une ceinture de perles de dil'férentes couleurs. On aurait pu faire d’elle un portrait ravissant. La maison qu’elle habitait avait un seul étage. Et d’abord, on entre dans une pièce basse, puis on va dans une cour où l’on prend un escalier droit sans rampe, qui mène à sa chambre. Pour tous meubles : un lit en osier .sur lequel il y a un tapis, une espèce d’escabeau en bois, des branches sèches de palmier. Cette jeune fille me montre qu’elle sait danser comme à Kartoum ; ce sont de simples mouvements du corps très-licencieux. Je lui enlève sa chemise bleue, qu’elle met à cause de la chaleur, car elle me fait voir des habits plus beaux. Elle a de fort jolis yeux, des mains et des pieds ravissants, la paume des mains est peinte avec le henné. Elle est absolument privée de poils; ses doigts sont minces, effilés, et ses mouvements très-gracieux. Je demeure un certain temps chez elle, car elle m’amuse beaucoup. En sortant de sa chambre je. suis saisi par une de ses voisines qui demeure sur le même palier et qui me demande haschich. Elle m’accompagne jusqu’à la porte, s’obstinant à placer sa main droite devant moi ; elle m’impatiente.

Au Caire, les maisons de tolérance sont nombreuses, on peut y entrer sans être tracassé par personne. Quelques-unes sont fort propres, on y trouve comme en France des salons de réception convenables. Comme on l’a vu précédemment, la chambre des prostituées est meublée simplement : un lit en fer, des matelas, un oreiller, quelquefois une chaise ou môme un fauteuil.

Les prostituées peuvent appartenir à toutes les classes

LIBEUTINAGE.

de la société; la classe des fellahs en fournit cependant le plus grand nombre. Certaines prostituées sont fort belles, mais souvent le tatouage les détigure ou bien elles allongent démesurément leurs oreilles en y suspendant tout ce qu’elles peuvent.

Elles sont susceptibles d’attachement, ce dont je ne me doutais guère, mais les nombreux témoignages que j’ai recueillis et mon expérience personnelle ne me laissent aucun doute à cet égard.

En général, elles se prêtent difficilement à ces raffinements de débauche si pratiqués en Europe. Beaucoup ont subi la circoncision. Chez une pauvre fille que j’ai examinée, les petites lèvres n’existaient plus, il ne res tait du clitoris qu’un petit pédicule inégal. On aurait dit que cet organe avait été arraché. Au-dessus, il y avait une bride transversale blanchâtre de tissu cicatriciel.

Quelques femmes s’épilent le pubis par fantasia, ce mot résume tout ici.

Les prostituées sont aussi capables de vengeance. Le 5 février 1862, j’aperçus sur l’Esbelkieh une femme qui se battait avec un jeune Arabe. Elle l’égratignait, lui donnait des coups, lui déchirait les habits et elle fii]it par le mettre tout nu, sur l’Esbelkieh même, à côté du café Duval.

libertinagk.

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