‹ Égypte et PalestineChapitre 84 sur 94 · MISSION PROTESTANTE · texte numérisé non relu

MISSION PROTESTANTE

Je visite l’église protestante anglaise et je me présente chez le ministre, jeune homme instruit et célibataire, il ne croit pas que le Saint-Sépulcre soit à la place qu’on lui fait occuper; le Calvaire serait, suivant lui, vis-à-vis de l’établissement des Russes ; d’antres ont pensé qu’il était à côté des murs de ta mosquée d’Omar.

Ici, les protestants s’occupent de convertii’ les juifs; le ministre ne m’en dit rien, mais M. Renaldi^v m’en a parlé. Un leur donne une somme d’argent, une maison.

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et on leur fait aj)prendre un état ; actuellement on les expédie pour l’Europe. Les juifs, pour punir les convertis, ont mis leurs noms sur la queue des chiens.

M. le ministre me dit que les pèlerins sont d’une grande exigence. Leur refuse-t-on ce qu’ils demandent, ils menacent de se faire grecs, arméniens, catholiques, et pour prévenir leur défection, on leur accorde ce qu’ils veulent. Dernièrement, le pasteur s’est débarrassé à grand’peiiie d’un pèlerin allemand qui voulait absolument coucher chez lui et qui menaçait de se faire grec. Les juifs convertis ne le sont qu’à moitié; le plus souvent, ils retournent à leur religion primitive. Quelquesuns même ne le sont que de bouche, mais ils font élever leurs enfants dans la religion protestante. Cette mission, très-coûteuse, ne donne que de piètres résultats.

Vers six heures, on me conduit au couvent des Arméniens ; dans une annexe de ce couvent demeurent les coptes abyssins. L’entrée de cette demeure est fort malpropre. On passe à côté d’un tas d’ordures qui exhalent une odeur infecte ; c’est à suffoquer.

Dans la cour, j’aperçois le long des murs quelques-uns de ces malheureux noirs que le fanatisme a conduits dans un pays où nécessairement ils doivent mourir rapidement; ils sont maigres, décharnés, tristes, mais leur ligure paraît s’animer quand je leur parle de leur pays ; ils sont d’Adoua, dans le Tigre. L’un d’eux, à mine distinguée, connaît les frères d’Abbadie. Ils savent qu’autrefois, chez eux, on mutilait les prisonniers de guerre ; ils savent aussi que les guerriers détachaient les organes génitaux des vaincus pour les suspendre à la tête de

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leurs montures, mais ils ignorent, disent-ils, qu’on ait suspendu de pareils trophées au cou de sa bien-aimée ou à son propre col. Ces pauvres malheureux sont loges et nourris par les Arméniens; je vois leur pitance et elle me semble fort maigre. La chapelle du couvent est bien pauvre et bien sombre, dans un angle, on voit une quantité de grandes cannes qui ressemblent à des béquilles, elles servent aux moines pour s’appuyer pendant l’office.

Ici, une colonne élevée dans une rue, indique toujours un scmctvaire, c’est-à-dire un endroit où s’est passé un événement pieux.

11 y a quelque temps, rien n’indiquait à Emmaüs le lieu où Jésus-Christ avait apparu à ses disciples. Un bon moine s’est mis dans la tête de trouver là un sanctuaire, et il y a réussi. Actuellement une vieille dame pieuse a acheté le terrain pour y faire bâtir un couvent.

Chaque couvent contient un sanctuaire on il y a droit d’asile, même pour les criminels. Les moines prétendent toujours que leur maison est à eux et ils ne reconnaissent pas l’autorité turque ; mais celle-ci est sauvée par les querelles des chrétiens.

Les moines fabriquent des objets de dévotion qu’ils vendent eux-mêmes. En Orient, le chapelet est un joujou, les musulmans le parcourent des doigts constamment, les Grecs, les Syriens chrétiens, en font autant.

A Jérusalem, il y a : un patriarche latin, un patriarche arménien, un patriarche syrien et un évêque anglican. 11 paraît que les prêtres syriens (schismatiques) ne peu-

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venl confesser s’ils ne sont pas mariés. Un évéqne syrien marié avait présenté M. de Saint-Seine à sa femme.

An Caire, il y avait deux dépôts de bibles anglo-araljes, l un a 1 entrée du Monski, l’autre rue Neuve, après la

poste européenne. Ici, près de l’hôtel, il y a nn dépôt de bibles anglo-bébraïques. Les Anglais dépensent beaucoup d’argent pour convertir quelques malheureux juifs d^jnl ils assurent le sort. Les juifs se vendent fort cher.

Le P. Valerga, italien, étant en voyage, est remplacé par l’abbé Quevauviliers, son grand vicaire. 11 y a ici des milliers de moines italiens et es])agnols et des nuées de moines grecs; ces derniers vivent avec leurs femmes. Au total, on trouve à peine deux ou trois prêtres français.

Les juifs tiennent à mourir à Jérusalem pour se faire enterrer dans la vallée de Josaphat; je crois même qu’ils payent leur rabbin pour cela. En général, les juifs de Jérusalem portent un chapeau de feutre noir, à grands l)ords, et une espèce de robe de chambre. De leurs tempes pend, de chaque côté, une mèche de cheveux trèslongue. Ils ont le teint très-blanc, mais leur costume leur donne l’air de grands imbéciles. Ils exercent toutes les professions manuelles. A Jérusalem comme à Jaffa, on demande peu de baschich; cela vous étonne quand vous sortez d’Égypte. Il n’y a des pauvres qu’aux environs du Saint-Sépulcre; là, par exemple, ils sont très-importuns, ils se placent constamment devant vous, vous regardent avec des yeux sup|)liants en vous tendant la main. Jérusalem ne vit que des aumônes de l’Europe, il n’y a ni commerce ni industrie.

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10 juillet.

Ce matin, j’ai pris un purgatif qui m’a fait du bien. J’ai mis des ventouses sèches à la partie antérieure de ma poitrine. J’avais quatre-vingt huit pulsations. J’étais agité, laihle. Je suis resté au lit jusqu’à deux heures de l’après-midi. Dans la matinée et jusqu’au soir, je me suis nourri de thé léger. Le soir, j’ai dîné un peu trop pour mon état. J’avais de la fièvre, mes jambes ne me soutenaient plus.

Un Anglais, qui habite l’hôtel Mont-Sion, chez madame Simon, a fait une excursion. Il y a trois jours, il couchait à Jéricho, sous la tente. Il s’est baigné dans la mer Morte, il ne pouvait s’y enfoncer malgré tous ses efforts; il dit qu’il en est sorti comme huilé. 11 paraît que l’eau est tellement chargée de sels, qu’elle donne cette sensation.

11 s’est baigné aussi dans le Jourdain, dont les rives sont magnifiques; il paraît que ce fleuve n’est qu’un torrent de cinquante à soixante pieds de large. Il y a peu de temps, un Américain a été entraîné par le courant, et son cadavre n’a pu être retrouvé. Je ne sais si on a faitde grandes recherches et si on a puni les conducteurs . Oui peut assurer qu’il n’a pas été assassiné?

H juillet.

A une heure, cette nuit, je me réveille. J’ai des rêves, je me remue sans cesse dans mon lit; quatre-vingt douze pulsations. J’ai la tete lourde et je saigne un [leu du nez; cela me soulage. Je vois l’avantage qu’il y aurait à faire

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saigner du nez dans les affeclions cérébrales. Quelques gouLlcs de sang, perdues parla muqueuse nasale, foui plus de bien que beaucoup de sajig perdu par la région sons-auriculaire, par exemple. Je me lève pour écrire, jusqu’à quatre heures, puis je dors jusqu’à neuf heures du matin. Je me lève vers onze heures; je déjeune un peu. Toute la journée, je suis faible. Le soir, je fais un léger diner. Vers dix heures et demie, cent pnlsalions. Je prends deux pilules de sulfate de quinine.

Cette nuit, j’entends les cloches du Saint-Sépulcre qui lapageiitde leur mieux. Â peine ont-elles fini, que j’entends un infâme charivari ; ce sont encore des cloches, mais quelles cloches !

On raconte qu’un Israélite, protégé espagnol, est mort ce matin à huit heures. On a procédé aussitôt à diverses opérations: pour s’assurer que l’individu était mort, on lui a mis une petite plume devant la bouche. La plume n’ayant pas remué, on a mis le corps à terre, en disant que l’homme qui n’a plus d’âme n’est pas digne de rester sur le lit; on l’a laissé ainsi une heure, puis on l’a déshabillé et on l’a couvert d’un diap de lit. Après cela, on lui a serré les flancs pour faire sortir les matières contenues dans le corps, puis on lui a donné autant de lavements qu’il a été nécessaire pour que l’eau introduite sortît parfaitement pure. Enfin, on a bouché l’anus afin d’empêcher les matières restées dans le corps de s’échapper. Il a été enterré au bout de deux heures. Les israélites croient que tant que le corps est sur terre, l’ânie voltige; mais à peine le corps est-il enterré, que l’âme arrive à sa destination. Ils disent que si 1 ame est

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jiislc, clic va au ciel; si elle est injuste, elle passe, soit dans le corps d’uu autre homme, soit dans celui d’un animal pour expier ses péchés.

he bonhomme était mort d’apoplexie.

12 juillet.

Le nombre des pèlerins s’élève à vingt mille par année ; ce chiffre paraît exagéré au vice-consul d’Espagne. Les Grecs possèdent les deux septièmes de Jérusalem et les Latins la dixième partie seulement.

Les Latins ont perdu tous les sanctuaires; ils ne possèdent plus que l’église Saint-Sauveur et le jardin de Gethsémani. Il possèdent également le Saint-Sépulcre, mais en communauté avec les Grecs, les Arméniens, les Coptes, les Abyssins. Il paraît que l’Espagne donne chaque année ; la propagande de Lyon fournit environ cent cinquante mille francs. Enfin, d’après le viceconsul d’Espagne, on donne quatre cent mille francs pour l’entretien de trois cents moines latins.

Avant 1834, on ne‘ pouvait venir à Jérusalem; c’est depuis Ibrahim-Pacha qu’il est permis d’y entrer. Il y a peu de temps encore, les Bédouins vous attaquaient le jour, aux portes de la ville, et les soldats turcs demeuraient impassibles.

11 y aurait encore des sanctuaires à acquérir; sanctuaire veut dire : a endroit où a eu lieu une chose sacrée. »

Un des principaux revenus des Grecs, ce sont les sommes variables, selon la fortune, que les pèlerins

payent pour se faire assurer une place en paradis. Ainsi, la femme de Daoud-Pacha a donné cinq mille francs.

15 juillet,.

Hier, toute la journée, j’ai été faible. Dans la matinée, j’ai pris du citrate de magnésie, puis dans le courant du jour, j’ai avalé deux pilules de sulfate de quinine. Ce médicament acheté chez X... me semble mal préparé. Je n’ai point remarqué qu’il donnât l’excitation passagère que m’occasionnait le sulfate de quinine envoyé par Sarradin. Hier soir même, j’ai eu de véritables douleurs d’estomac, comme celles qui se produisent à la suite d’un léger empoisonnement. J’ai peu déjeuné, et au moment du dîner, l’arrivée des aliments dans l’estomac déterminait une sensation pénible. Maintenant même (nuit du IM au 15 à trois heures vingt minutes du matin) j’éprouve les mêmes douleurs.

Aujourd’hui, l’Anglais qui logeait avec nous est parti sans nous dire bonjour. Décidément c’est un homme mal élevé; je m’en étais déjà aperçu bien des fois. Il se disait maître de pension à Liverpool; il avait une figure méchante ou plutôt désagréable, et bien qu’il parlât fort mal le français, il tenait à s’exprimer constamment en cette langue. Il a cependant fait une bonne action ; il m’a confié 5 francs pour remettre aux lépreux, dont il n’a pas osé s’approcher.

Pendant que j’écris, j’éprouve des coliques sourdes d’estomac. J’ai avalé certainement quelque mauvaise drogue.

\P1'ENDICK.

Je remarque la différence que peut fournir un thermomètre suivant le lieu où il est exposé. Sur la fenêtrenord, l’obtiens environ dix-sept degrés et dans la cour abritée du vent, dix-neuf degrés et demi.

A trois heures vingt minutes, j’entends une musique bruyante avec instruments à vent; il ne fait pas encore jour. C’est probablement un pèlerin de la Mecque qui rentre chez lui. Le bruit s’éloigne, il a dû réveiller bien des gens.

Jérusalem est une ville d’une tristesse sans pareille; y voir rire quelqu’un est un miracle. On n’y prend que des distractions religieuses : aller, par exemple, visiter les sanctuaires ; cheminer à genoux, un cierge à la main dans le Saint-Sépulcre; y passer la nuit afin de pouvoir y communier le lendemain.

Sur la route de Jaffa, hors ville, se trouvent trois mauvais cafés. L’un a une enseigne française, l’autre une enseigne grecque , le troisième est arabe, c’est le plus fréquenté, quoiqu’ille soit fort peu. Ici, on craint d’avoir l’air de se distraire. Dans la ville, il y a des cafés turcs et arabes.

L’hiver dernier, des jeunes gens ayant donné un bal dans une maison fort honnête, furent presque réprimandés parle patriarche latin (P, Valerga).

A Jérusalem, il y a à peine trois prêtres français: M, Quevauviliers, vicaire général, un prêtre ou moine corse, et puis un autre prêtre. A côté d’eux, des milliers de moines italiens, espagnols, grecs, arméniens; c’est le rendez-vous de tous les prêtres mendiants du globe. Supprimez les sommes qui leur sont envoyées de tous

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les pays, supprimez le pèlerinage restreint des musulmans, et Jérusalem ne sera plus qu’un horrible trou où grouille la plus triste espèce de juifs qui existe sous la calotte des deux.

Ici, les juifs exercent tous des professions manuelles, et les plus pénibles certainement. On les reconnaît à leur costume singulier.

A Jérusalem, le fanatismeest à la mode, c’est une occupation, une distraction du pays.

Dernièrement, à Bethléem, il y a eu de violentes querelles, une bataille même entre moines pour savoir à qui reviendrait l’honneur de balayer le devant de la crèche. * Cette crèche est un berceau en marbre superbe. En Europe nous la représentons tous comme une crèche de nos étables, bien qu’en Orient, il n’y ait jamais eu d’étable et encore moins de crèche. Cette licence ne devrait être permise qu’aux peintres, et encore elle prête aux eritiques.

A côté du séminaire de Sainte-Croix, on montre l’endroit où l’arbre avec lequel la croix a été faite, a été coupé. Le trou dans lequel la croix est supposée avoir été mise est creusé dans le roc et mesure deux pieds de profondeur.

Le ministre protestant croit que Constantin a choisi, à dessein, l’emplacement du Saint-Sépulcre dans l’intérieur.de la ville, afin d’empêcher qu’il pût être dépouillé par les Bédouins.

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lô juillet.

.\ trois heures et demie, j’entends une espèce de musique militaire. J’ignore d’où proviennent ces accords.

Les chambres de Jérusalem sont voûtées, élevées, avec fenêtres microscopiques. Ce sont des étouffoirs, de véritables fours. Au dehors, le thermomètre marque dixhuit degrés, et dedans, une fenêtre ouverte, il marque vingt-quatre degrés.

Quelquefois aussi, on trouve dans une chambre l’oritîce d’une citerne; il est difficile de combiner quelque chose de plus malsain

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