PREMIÈRE ÉDUCATION
Les enfants sont très-difficiles à élever en Égypte; il existe parmi eux une mortalité effrayante; sans cela, la population augmenterait considérablement. Les fièvres de l’enfance ne sont pas suivies d’accidents graves, mais les convulsions sont presque toujours mortelles.
Rachid-Effendi me raconte qu’il n’a pu conserver de garçons. Il en a perdu trois.
Le premier est mort à un mois et demi ;
Le deuxième, à un mois ;
Le troisième, à deux mois.
Us ont tous été emportés par des convulsions ; comme on lui assurait que les deux premiers étaient morts
KNFANTS.
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parer (jii’ils n’avaioiit pas été circoncis, il a l'ait circoncire le Iroisiéine, maison vain. llacliid-Efrendi a eu six Mlles; il n’en a jamais perdu. Uuand les enfants ont des convulsions, les j)oings sont serrés, les nuiins rap-
prochées de la poitrine, les hras ployés. Ils maigrissent et une attaque les emporte. 11 est rare de voir les petites
Mlles atteintes de convulsions, aussi vivent-elles plus
facilement.
Je crois, du reste, qu’en Orient il y a beaucoup plus de Mlles que de garçons. Tne statistique dans ce genre serait fort curieuse. On arriverait peut-être à recon-
naître que la multiplicité des femmes amène la production d’un plus grand nombre de Mlles que de garçons : il y aurait là cause et effet. Peut-être les enlauLs des deux sexes naissent-ils en proportion égale , mais les garçons sont plus difficiles à élever. On devrait rechercher combien il reste à vingt ans d’individus de l’im et de l’autre sexe. On reconnaîtrait aussi peut-être (juc l’homme afhiibli par des rapports sexuels (réquents n’est plus assez puissant pour engendrer des garçons.
Dans une certaine partie du Poitou, on élève plus facilement des ânesses (pie. des baudets. Ceux-ci meurent fort jeunes, malgré les soins qu’on leur donne, tandis que les finesses se conservent facilement. Dans les espèces animales, il y a, je crois, jilus de femelles que de mâles, surtout chez les animaux qui vivent à l’état sauvage.
Je fais reinanpier à M. Nada qu’ici les enfants sont jaunes , malingres ; il me répond que cela tient à la mauvaise nourriture, au manque de soins. Je pense
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qu’il faut surtout accuser les grandes chaleurs, car j’ai trouvé tous les enfants pâles et maigres.
Au Caire, la religion prescrit d’allaiter les enfants mâles pendant deux années. Quant aux lilles, elles sont moins favorisées, la religion dit ([u’il ne faut les nourrir qu’une année. Cependant il n’y a pas de règle suivie. Beaucoup de mères dépassent le temps indiqué par la religion et donnent le sein pendant deux ans et trois ans aux garçons, et ])cndant deux ans aux lilles. Quelques enfants tettent plus longtemps encore; il y en a (pii marchent et qui ne sont pas sevrés.
Ou emploie deux piTparations imiir narcotiser les enfants, afin de les empêcher de crier la nuit et de réveiller leur mère. Ce soûl :
r Le talhyzé (ce qui veut dire chose qu’on lèche). Le talhyzé est composé de beurre et de tètes de pavots; M. Nada ignore la proportion des deux substances. La mère eu met un peu sur son index et elle passe son doigt ainsi chargé dans la bouche de l’enfant, qui se narcotise dès ipie le poison a agi;
2® Le Chamerch, nom donné à un bulbe desséché de colchique (pie l’on vend chez les droguistes. On pulvérise ces bulbes et on fait cuire la jioudre dans du beurre avec des tètes de pavots réduites aussi en poudre. On donne à cette préparation la consistance de conserve, et la mère l’emploie comme le talhyzé.
En général, on ne donne ces préparations narco» tiques que vers le sixième mois après la naissance.
D’autres fois, on les leur donne bien avant cette époque ; ou continue jusqu’à ce qu’ils soient sevrés. Beau-
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coup de mères les administrent à leurs enfants tant qu’ils crient la nuit.
On vaccine les enfants.
Dans quelques provinces., deux ou trois jours après la naissance, la sage-femme, pour fortifier le nouveauné et lui ôter du mauvais sang, lui fait sur tout le corps une série d’entailles. J’ai eu plusieurs fois l’occasion d’examiner des cicatrices qui étaient le résultat de cette opération. Comme elles sont très-larges, et à peu près semi-lunaires, je me demande si le rasoir dont se sert l’accoucheuse ne fait pas une perte de substance. Quelqu’un me disait que la peau des jeunes enfants est tellement tendue qu’elle se retire quand on l’incise : de là, la forme des cicatrices. Voici, pour plus de détails, l’observation du petit-fils du frère du Reïs qui m’accompagnait en remontant le Nil.
Cet enfant est né à Abou-Simbel, et il paraît que là cette pratique est générale. Que les enfants naissent l’été ou l’hiver, comme la chaleur est très-forte et que les enfants ont trop de sang, dit-on, la sage-femme les taillade. Je compte les cicatrices et j’en trouve :
Sur le dos, 90 ; — sur le ventre et la poitrine, 55 ;
Sur la cuisse gauche, 5 ; — sur la droite, 6 ;
Au bras gauche, dO; — au droit, 12 ;
Sur la figure, 15.
Toutes sont un peu noirâtres. Dans les points où elles existent, la peau est déprimée légèrement et lisse.
Les enfants sont tatoués depuis l’âge de quatre ans jusqu’à l’âge de dix-huit ans.
Tatouage se dit en arabe, Dach.
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Talouer, verbe, Dacha.
Les gens du peuple disent : Daha.
Tatoué, Dachet.
Le tatouage se pratique surtout dans les provinces et dans la haute Égypte ; au Caire on ne tatoue pas ; cependant quelques personnes s’y font tatouer.
Les femmes se tatouent bien plus que les hommes. Les personnes distinguées ne sc tatouent pas. Les fellahs se tatouent et les Turcs ne se tatouent pas.
Le tatouage est fait par les femmes qui pratiquent la circoncision ; ce sont celles qu’on appelle Rhagar ou Hallab. Les Rhagars sont toujours errants; on prétend qu’ils sont musulmans, mais qu’il y a des cophtes parmi eux. On dit dans la haute Égypte qu’ils volent les enfants pour les vendre dans un autre pays.
On tatoue en faisant des piqûres avec une aiguille. Sur ces piqûres on met du kohl et on pique une seconde fois avec des aiguilles enduites de la même substances. Quelquefois on pique avec des aiguilles, puis on établit une couche de kohl sur les piqûres.