‹ Égypte et PalestineChapitre 25 sur 80 · CÉRÉMONIES DU MARIAGE · texte numérisé non relu

CÉRÉMONIES DU MARIAGE

Je vais à la noce d’Ac...; je trouve chez lui son cousin Am... qui se marie aussi. Ac... épouse la sœur d’Am..., et ce dernier prend pour femme, une lille adoptive d’une grande princesse.

Am... est âgé de dix-huit ans et son cousin de vingt et un ans, je crois. Am... paraît peu disposé à se marier, il me lait certaines révélations que je ferai connaUre dans

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un jirochain article. 11 a été élevé chez les Frères, et il parle bien français ; il a une figure sans expression, il est blanc et un peu scrofuleux ; il a un beau vêtement vert clair.

Ac... a fait de grands cadeaux à sa future, il doit lui donner je ne sais combien de bourses (la bourse vaut 100 francs environ). Il donneras tabaris à chaque eunuque qui le portera ou l’accompagnera dans le harem; la baigneuse recevra 40 francs ; il nous montre ses poches pleines d’argent et d’or. Il avoue- qu’il se trouvera embarrassé parce qu’il connaît sa cousine.

Am. . . nous raconte que les eunuques les porteront dans le harem ; que là, ils dîneront avec leur femme, chacun seul à seul avec elle, sans témoins ; il ne veut pas en dire plus long. La femme sera vêtue richement, elle aura les mains, les cils et les sourcils peints.

Il paraît que vers midi on a été chercher la fiancée d’Am... au sérail pour la conduire chez son futuri II y avait musique, plus de quarante voitures, cinquante eunuques; Je trouve que c’est beaucoup. Am... espère arriver à une haute position par le moyen de sa femme. En France, à dix-huit ans, un jeune homme ne pourrait pas songer à cela.

Ac... paraît s’occuper de son mariage, il a une fort jolie figure, il paraît bon garçon et tout à fait européen. Il va faire ses ablutions dans une pièce à coté de la notre.

Am... se soucie peu de faire la prière, il la fera quand il sera vieux; il paraît fort voltairien.

Nous descendons au rez*de-chaussée, et l’on me pré-

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sente au père d’Aiu...; nous nous serrons la main. Les (leux mariés se rendent en silence à la mosquée; il y aura cortège seulement au retour.

Nous nous mettons à table ; j’ai à ma droite M. M..., à ma gauche un jeune Arménien qui parle bien français. Nous n’avons ni cuillers, ni fourchettes, ni couteaux ; il y a un grand nombre de plats, mais ils sont ordinaires. Ce n’est pas recliercbé comme chez B... A peine assis, un domestique nous a fait passer à chacun, une serviette. On boit dans le même verre; il est recouvert d’une telle quantité de matières grasses, que l’on dirait du verre dépoli : il faut avoir bien soif pour boire là dedans.

Nous commençons par le potage, dans lequel flottent des morceaux de viande. Entre autres plats, on nous sert du poulet bien cuit, du macaroni presque à l’européenne, des boulettes de viande. 1\ y a force hors-d’œuvre sucrés et du lait caillé.

On sert sur un grand plateau de cuivre; nous sommes assis sur des chaises ; nous mangeons dans le grand salon de réception qui est situé entre les deux cours ; le service se fait très-vite et nous avons à peine le temps de mâcher. Pas de dessert; à la fin du repas, on sert cependant du riz, deux gelées et une espèce de confiture de cerises au sirop. 11 faut aller chercher les cerises au fond du plat ; 011 nous donne pour cela des cuillers spéciales en écaille, avec des ornements au manche.

Bans les repas arabes, le pain sert d’assiette pour mettre ce que l’on a été chercher dans le grand plat. Par politesse, on avait mis devant moi une assiette sur

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laquelle rArménien mon voisin, met de la viande qu’il détache du grand plat.

Après le dîner, nous allons à la cérémonie; nous rencontrons le cortège, nous passons au milieu des gens et nous nous faufilons derrière les mariés. J’avais un tarbouck, ce qui me donnait l’air moins Européen,

A la tête du cortège, li y avait trois ou quatre Mashallas pour écarter les curieux ; après eux, des musiciens sur deux rangs , puis les domestiques de la maison ; derrière, les amis; enfin, les deux mariés se tenant par la main et donnant leur main à des intimes. Quelques amis fermaient la marche avec des Mashallas chargés de retenir la foule.

Des ordonnateurs allaient et venaient entre les rangs pour activer ou ralentir la marche du cortège. Il y avait deux énormes fanaux rouges qu’on portait devant les mariés pour les éclairer.

Les amis marchaient en se tenant par la main'; l’usage veut qu’ils regardent le marié en marchant, ce qui est très-fatigant. En passant devant un bacal, le cortège a reçu les honneurs d’un coup de fusil. Les femmes, visage découvert, se mettaient partout aux fenêtres, sur les terrasses pour nous voir passer. Elles faisaient entendre leur « la, la, » habituel.

Les mariés avaient de beaux costumes, mais pas rouges ; ils laissent cette couleur aux gens de la classe inférieure. Am... paraissait indifférent, Âc... soucieux. Les passants essayaient de les voir.

Avant d’arriver à la porte de leur maison, le père d’Ain, a jeté aux serviteurs et aux gens de la maison

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des piastres égyptiennes en or. Nous entrons clans la maison, et je vais me placer sur le côté de la porte du harem... Le père d’Am... s’est avancé et a attiré les mariés sur la porte. L’iman a récité une prière; devant lui, un individu taisait semblant de lire dans ses mains; l’assistance répétait : Amen.

La prière à peine terminée, les amis se sont précipités sur les mariés et leur ont administré des coups de ])oings. Pourquoi, je n’ai pu encore le savoir. Puis le père d’Am... a fait rentrer les mariés et le tapis du harem s’est abaissé. Pendant qu’on récitait des prières, le tapis était soulevé, et j’apercevais sur les escaliers sept à huit eunuques. Il pouvait y en avoir davantage; ils attendaient le marié pour le conduire à son épouse.

Dans le harem, on n’entendait que des coups de tambourin et une espèce de musique que je n’ai pu comprendre; c’était fort imposant, et on aurait fait un fort joli tableau. J’avoue que ce spectacle me donnait de l’émotion.

Les deu.Y mariés seuls sont entrés dans le harem ; le père d’Am... a jeté de l’or au.\ serviteurs devant la cour du harem, et je les ai vus se battre pour le ramasser.

Le père d’Am. .. a été au salon, où j’ai été le saluer et lui serrer la main. En sortant, j’ai vu Sakinaà la fenêtre. Les musiciens commençaient à chanter; le premier chanteur était de la maison d’Ismaïl-Pacha, il ne pourrait chanter sans la permission d’Ismaïl.

MadameX... me promet de me faire inviter à une noce cophte qui aura lieu dans une quinzaine de jours. Cette noce doit durer trois jours ; par faveur spéciale, je serai

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placé avec les dames; pendant trois jours il no laudra pas quitter la maison. Comme dans toutes les noces, on mangera du couscous au repas principal : c’est l’usage. Le couscous doit être au mouton. Les invités doivent faire un cadeau à la mariée. Le fiancé est un bijoutier cophte qui a quinze ans, la future a dix ans. Le futur n’a jamais vu sa future; c’est comme chez les Arabes. La femme a été choisie par la mère.

Dans ces noces, les hommes sont à part et les femmes à part, comme dans les maisons arabes. On ne fait que manger, boire, et faire de la musique.

Dans une fête de ce genre à laquelle assistait madame X..., les dames qui avaient trop mangé rendaient des gaz par en bas, se déchaussaient pour avoir plus d’air, et après s’être grattées entre les doigts du pied, elles passaient publiquement leur main sur leur figure.

Chez les chrétiens comme chez les Arabes, les préliminaires du mariage sont les mêmes, comme on a pu le voir. Ainsi le jeune homme n’a pas vu la jeune fille, les mères seules s’occupent du mariage, etc., etc.

Chez les juifs, mêmes fêtes; mais madame X... me parla d’un usage curieux. 11 parait que la jeune lllle juive, quand elle se marie, doit se mettre dans un bain chaud, puis dans un hain d’eau spéciale froide, puis se rejeter dans un bain d’eau chaude.

En général, les contrats de mariage sont écrits par un cheik.

Quand un homme se marie pour la première fois, s’il est peu fortuné, il invite peu de monde; s’il est riche, il peut se marier jilusieurs fois en grande pompe.

DU MAIUAGK.

Ou peut l'puusor une remuie divorcée, trois mois el dix jours après (ju’elle «i cjuilté sou dernier mari, j)as avant, car elle pourrait être enceinte. Ou doit lui demander si elle a eu ses règles deux ou trois lois.

11 paraît que dans la haute Egypte, si le mari vient dire à son beau-père qu’il a trouvé une Icmnie déflorée, le beau-père entre dans la cbambre de sa bile, lérnie la porte derrière lui, tue la mallieureuse et la jette dans le ^il.

En Egypte, la polygamie est permise par la loi juive, seulement la loi civile s’y oppose en Europe. Cepeiidant, pour que le mari puisse prendre une deuxième Icnmie, il faut le consentement de la première. Le divorce est aussi j)ermis, mais il faut le couseiilcmeut de la femme. .Si une femme mariée depuis dix ans n’a pas eu d’enfants, son mari peut la renvoyer. Ouand un Israélite a deux l'emmes, il les place dans des maisons séparées pour éviter les querelles.

Ouelques heures avant son mariage. G... eut un moment d’épauebement. Il nous disait (ju’un Turc([ui se marie deux fois peut faire une seconde grande noce du vivant de sa première femme. S’il épousait une veuve, il ne ferait pas de noce. G... nous assurait qu’il n’é])Ouserait jamais une autre femme tant que la première vi^

DU mariagü:.

vrait, « Mais, lui disais-je, si la femme était méchante, qu’elle ne vous convînt pas, et qu’elle vécût longtemps? — Je ferais comme lesTurcs, répondait Carf..., je la supprimerais. » Et comme je ne comprenais pas, il me dit qu’on la faisait mourir, qu’on l’empoisonnait. A la bonne heure donc! voilà qui est clair.

Les femmes n’aiment pas leurs maris. Elles lui sourient, l’appelent aJasidi, » elles vont au-devant de lui, lui baisent la main, le débarrassent de sa canne, mais au fond elles le détestent cordialement. Les femmes cophtes sont pires que les Arabes.

Les musulmanes, qui ignorent l’état des finances de leurs maris, tâchent toujours de leur faire dépenser le plus d’argent possible. Dans les riches maisons musulmanes, la grande dame dirige tout, ayant sous ses ordres une série de maîtresses.

La plupart des maris levantins tiennent leurs femmes enfermées, et assez fréquemment ils ont un harem à côté de chez eux, c’est-à-dire une maison dans laquelle ils ont d’autres femmes. Si leur vraie femme se plaint, ils ne se gênent pas pour la maltraiter. Ils la font venir à leur gré dans leur chambre et la renvoient ensuite, absolument comme les Arabes. Ils ne passent pas la nuit avec elle.

MadameX... me raconte qu’une dame levantine, qui demeure à côté de madame Constant, est fort maltraitée })ar son mari. C’est elle-même qui le sert et lui fait la cuisine. 11 paraîtrait que les femmes arabes sont plus heureuses, car elles ont de nombreux domestiques.

fin général, les Levantins ne veulent pas introduire

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d’Européen chez eux ; la proscription atteint même les dames européennes, qui pourraient apporter quelques idées d’indépendance. Madame X... connaît une dame levantine qui est fort malade, elle a proposé de m’introduire auprès d’elle; mais le mari a toujours refusé. C’est un homme fort méchant.

Dans un mouvement d’expansion, Ac... m’avoue que son oncle a une femme légitime, plus une esclave blanche, plus une Abyssinienne. La véritable femme sait à ])ropos faire place à l’une ou l’autre des concubines. Eu cas de querelle, l’oncle donne raison à son épouse.

Les femmes arabes et chrétiennes commettent de nombreuses infidélités. Sous prétexte d’aller au bain, elles vont passer quelques moments entre les bras de leurs amants. J’entrerai dans quelques détails quand je traiterai du libertinage et des harems.

Au Caire, les maris trompés font peu de tapage.

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