FEMMES ESCLAVES
Ici, tout le monde a des esclaves, mais si le maître est européen, les esclaves ont le droit de s’échapper et on ne peut les faire reprendre par le consulat qui refuse de se mêler de ces affaires.
Si un Européen veut acheter des esclaves, il fait faire le marché par un musulman son ami, qui lui prête son nom. S’il veut prendre une femme du pays, il la fait épouser par un de ses domestiques qui la lui cède immédiatement sans s’en être servi, car un Européen ne peut épouser une jeune fille. Ceux qui prennent des femmes Égyptiennes n’ont que des veuves ou des femmes séparées de leurs maris.
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L’entremetteuse Rossina me raconte que deux de ses esclaves se sont échappées en la volant. Elle a été se plaindre au consulat, mais on l’a renvoyée en lui disant qu’elle n’avait pas le droit d’avoir des esclaves.
II... me dit que son père, mort il y a dix-huit mois, avait acheté peu avant de mourir, deux jeunes esclaves blanches de quatorze à seize ans. II... étudiait à Paris. A son retour, il a trouvé ces deux esclaves blanches chez lui. Il m’assure qu’il ne les a pas encore touchées. Il paraît que ces esclaves se tiennent debout devant lui, mais ordinairement il leur ordonne de s’asseoir’. S’il avait des rapports avec elles, elles deviendraient plus importantes dans la maison. En général, les maîtres qui couchent avec leurs esclaves, continuent à les faire servir; mais pour lui, il cesserait de les considérer comme domestiques.
H.. . me parle aussi de deux esclaves phthisiques qu’il a dans sa maison : l’une est blanche, l’autre est noire. Il paraît ne rien faire pour les guérir. J’ai su par madame deX..., qu’elles couchaient dans une chambre à part, parce qu’elles étaient malades. II... me dit qu’on ne montre à personne les deux jolies esclaves blanches, pas même aux dames qui viennent visiter le harem; j’ignore pourquoi on les tient ainsi cachées.
Chez M. N..., je vois une femme esclave noire, trèsgrande, ayant trois cicatrices sur chacune des joues. Elle a également un grand nombre de cicatrices sur les autres parties du corps. Les dents incisives de la mâchoire inférieure sont arrachées : il paraît que c’est un usage dans son pays. Sur le maxillaire supérieur, les
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dénis sont longues, écartées, saillantes et dirigées en avant, de même que le rebord alvéolaire qui, au lieu d’être droit, est obliquement dirigé en bas et en avant, disposition fort curieuse.
Cette femme, âgée d’une vingtaine d’années, p^’ésente, à la lèvre supérieure, les traces d’un trou placé à la partie inférieure du sillon moyen labial ; trou qui donne passage à un anneau de perles. Quelquefois, on pratique ce trou à la lèvre inférieure. Les cheveux sont courts (ils ont été coupés, il y a peu de temps) et crépus. Cette femme est née à Denka, pays situé au-dessous de l’Abyssinie. Là, règne l’idolâtrie. Quand il ne pleut pas, les 'habitants furieux lancent des flèches contre le ciel. Au sud de Denka, le pays est habité par des anthropophages.
Cette femme a été amenée jeune à Kartoum avec une sœur. Là, elle a été vendue, car elle avait été enlevée. Son premier maître l’a donnée à un de ses amis, qui l’a rendue enceinte. Mais le fils de cet ami a profité de l’absence de son père, pour la vendre de nouveau, et
elle a été amenée au Caire où M. N... l’a achetée.
Il paraît que ces femmes sont très-bonnes ou trèsmauvaises, il n’y a pas de milieu. Celle-ci regrette son époux et elle demande qu’on la renvoie à Kartoum. Madame N... le lui a promis, quand son enfant aura été sevrée. Cette femme a une enfant superbe, mais moins noire que sa mère. Cette petite fille a des joues énormes, et elle jouit d’une excellente santé.
Aujourd’hui, l‘5 mars 1862, Z... me mène voir des esclaves blanches; on ne les visite qu’avec une difficulté extrême. On en amène peu; je dis peu, relativement à
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la quantité fournie autrefois par les guerres. La Grèce en fournissait une grande quantité ; les mamelouks étaient, pour la plupart, des Grecs pris à la guerre, et amenés en esclavage. Ces mamelouks ont été élevés par leurs maîtres aux plus hautes dignités. Avoir été mamelouk est un titre, bien qu’un mamelouk ait été nécessairement esclave.
Ces marchands d’esclaves sont des Circassiens, gaillards au costume original; le voici : chapeau pointu garni de fourrures; une pelisse; de grosses bottes; une double cartouchière sur la poitrine; un long poignard à la ceinture. Tous les jours, on rencontre ces hommes dans les rues du Caire, mais il est difficile de distinguer les marchands d’avec ceux qui vont en pèlerinage.
Z... était parvenu à savoir qu’il y avait des marchands dans une okelli, près de la mosquée de Seitna et Ilossein. Nous nous v rendons en voiture. Z... s’adresse
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au boab qui nous fait monter au premier étage. L’ okelli a un aspect assez misérable. Z... me demande s’il doit me présenter comme un acheteur sérieux ou comme un médecin chargé de faire des achats. Je lui dis d’agir à sa guise.
Arrivés au premier étage, nous pénétrons dans une pièce où j’aperçois deux grands Circassiens, l’iin de cinquante-cinq à soixante ans, à barbe blanche, l’autre d’une quarantaine d’années. Au fond, sur une natte je vois une jeune fille qui, en nous apercevant, détale au plus vite et pénètre dans une autre chambre où il y a plusieurs jeunes filles ; elle ferme la porte sur elle. Les
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marchands me font asseoir sur un divan qui est fort misérable. Z... se tient respectueusement à ma gauche, mais debout. Bientôt arrivent d’une chambre voisine deux autres Circassiens plus jeunes, de vingt-cinq à trente ans. Ils ont l’air assez dur, sauf le plus jeune. Ils ont le regard sévère, ils portent de grandes moustaches et un long poignard à leur ceinture. Quand ils sont au grand complet, l’un d’eux va frapper à la porte de l’appartement qui renferme les femmes ; la porte s’ouvre, les Circassiens s’arrêtent pour me laisser passer, et j’entre le premier.
Cet appartement a pour tout meuble, des nattes étendues sur le sol et une sorte de moustiquaire appliqué le long du mur. Dans le fond, je remarque huit jeunes filles, debout, appuyées comme des statues contre le mur. Elles sont assez mal vêtues, cependant elles ont fait leur toilette. Ces malheureuses ont l’air timide et craintif, mais elles ne paraissent pas avoir peur de moi. Z... prétend qu’elles voudraient être achetées.
Au moment où j’entrais dans la chambre des esclaves, j’éprouvais une violente émotion ; mon cœur battait avec force. Je savais que j’allais voir quelque chose de dégradant, et puis ces quatre marchands ont quelque chose de Croque-mitaine.
D’un côté, il y a sept esclaves; de l’autre, une toute petite fille de sept ans environ. Je les examine toutes, puis après avoir surmonté mon émotion, je lui demande le prix de la plus âgée.
Ces pauvres filles avaient mis leurs plus beaux habits; malgré cela, comme je l’ai déjà dit, leur accoutrement
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n’était pas riche. Toutes ces esclaves tiennent à être achetées, car alors, comme elles tombent toujours dans les mains de gens riches, leur sort est heureux. Ainsi les Turcs et les riches Arabes achètent une jeune fille blanche ou noire, à l’occasion du mariage de leur fille, afin qu’elle ait une compagne. D’autres fois, ils achètent une esclave jeune pour la faire élever et la marier à leur fils.
Toutes étaient très-blanches; je n’ai point voulu examiner leurs seins, leur bouche, leurs narines, ni leurs organes génitaux.
Celle que j’avais choisie, avait une figure maigre, mais intelligente; à coté d’elle, il y en avait une qui n’était pas mal; une autre était assez grande, mais elle avait la figure commune.
J’ai dit au marchand que je ii’en trouvais aucune à ma convenance. Le prix de celle qui me convenait, était de trente cinq bourses, trois mille cinq cents francs. J’ai regardé encore, et j’ai fait signe au marchand de passer dans la pièce à côté. Là j’ai dit que c’était cher, que cette somme n’était rien pour moi, mais que je n’en trouvais aucune à ma convenance; j’ai demandé si on n’avait rien de mieux à me présenter, on m’a répondu négativement. Comme je n’offrais aucun prix, les marchands ont dit qu’ils comprenaient bien que j’étais venu, seulement pour voir, non pas pour acheter. J’ai répondu que j’acheterais, si je trouvais quelque chose de joli.
Z... ma dit que j’aurais dû offrir quinze bourses; je n’aurais pas osé, dans la crainte qu’on ne me laissât la marchandise sur les bras.
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J’ai salué les marchands et je me suis retiré. J’ai donné un haschich au concierge qui ne le demandait pas. J’avais mis un tarbouk pour ne pas éveiller de soupçons.
Nous allons ensuite à coté de Bab-el-Nan, pour voir des esclaves noires, mais il paraît qu’elles ont été menées chez le cheik des marchands. Il paraît que ces gaillards ont un cheik, comme- toutes les autres corporations du Caire.
On préfère acheter de toutes petites filles, afin de pouvoir les élever.
Des jeunes filles que nous avons vues, deux avaient de quatorze à quinze ans; les autres de dix à douze ans; la plus petite de six à sept ans.
Les marchands circassiens vendent aussi de petits garçons destinés à faire des mamelouks. Ils ne laissent voir leur marchandise qu’à des gens du pays ou à ceux qu’ils supposent être dans fintention d’acheter, On va dans leur okelli voir les esclaves. Ce n’est qu’e'xceptionnellement qu’il peut être permis à un Européen de les visiter. Le plus souvent, du reste, ces marchés sont faits par des femmes. En général, les jeunes esclaves en vente, sollicitent f acheteur, soit qu’elles soient poussées par le marchand, soient qu’elles ne se trouvent pas bien auprès de lui.
M. A... me rappelle un fait dont j’avais entendu parler (ce doit être inexact). Il paraît que lorsqu’on veut savoir si une esclave est ardente, on la met dans un bassin d’eau froide, puis on note de combien l’eau descend. Si le niveau de l’eau s’ahaisse beaucoup, c’est
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signe que la femme est ardente. Tout cela est une plaisanterie. On voudrait essayer ainsi la puissance aspirante du vagin. Ici, on appelle tout par son nom.
II... a plusieurs esclaves chez lui. Il me dit qu’elles ne demandent jamais rien, mais (ju’elles laissent deviner leur envie. Pour lui, il fait semblant de ne pas s’en apercevoir.