‹ Egypte et Palestine; observations médicales et scientifiquesChapitre 49 sur 68 · QUELQUES NOTES SUR LA LÈPRE EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

QUELQUES NOTES SUR LA LÈPRE EN GÉNÉRAL

Jérusalem, juillet 1862.

À Jérusalem, viennent les lépreux des villages environnants. Pour avoir une maison à eux, ils doivent donner environ 400 piastres. S'ils n*ont rien, on ne les repousse pas, mais ils doivent habiter deux ensemble. Les lépreux ont un cheik ou chef, le dernier mort a eu pour successeur un ancien lépreux; le cheik décide des questions importantes. Les lépreux vivent en société, et ils mettent en commun le produit des aumônes qu'ils reçoivent, ils vont à l'affût des aumônes. En général ils se divisent en deux bandes: Tune, la plus considérable, se met sur la route de Jaffa, au point où la route se divise

en route de Jaffa et en route conduisant au couvent de Sainte-Croix, Une autre bande, ce sont d'ordinaire des femmes s'élevant à trois ou quatre au plus, s'établit sur le côté de la route qui côtoyant les murs, descend au chemin de Bethléem .

Ils sont accroupis à terre, couverts de mauvais haillons, sales, et ils montrent leurs horribles infirmités qui effrayent plutôt qu'elles n'inspirent de la pitié. Au retour, ils partagent le produit des aumônes. Le matin , ils vont aussi s'établir sur les routes, et les paysans en allant au marché et en revenant, leur doivent soit des fruits, soit un peu d'argent.

Quand j'ai eu l'idée de les étudier, le cheik a été consulté pour savoir si on devait partager entre tous, l'argent que je donnais à chacun isolément. Il a décidé que l'argent que je donnais, appartenait exclusivement à ceux auxquels je le donnais.

En général, pour aller mendier, les lépreux passent dehors la ville, ils sortent par la porte la plus rapprochée de leur maison et ils contournent le mont de Sion.

On prétend qu'il n'y a pas d'exemple ici d'Européens ayant gagné la lèpre. Les lépreux croient que je vais les guérir; ils l'espèrent du moins, je le voudrais.

Ils se marient entre eux, c'est-à-dire qu'un lépreux achète une lépreuse, il la paye 400 piastres environ. Un derwichefaitle marché, et la femme appartient au mari. Ces femmes lépreuses agissent comme les femmes du peuple, elles portent leur fortune sur leur tête, après avoir cousu ensemble les pièces d'argent, elles cachent leur petit trésor avec leur gros voile blanc. Quand elles

sont dans la détresse, elles détachent de leur chapelet une ou deux pièces. La présence de cet argent sur leur tête, fait qu'elles ne veulent jamais se découvrir, car elles ont grande frayeur de montrer leur trésor.

Les lépreux désirent ordinairement avoir une femme pour faire leur ménage et les servir comme domestique. Je demandais à Tun d'eux, s'il était marié avec une lépreuse. Il me dit que non, qu'il le regrettait beaucoup, mais qu'une lépreuse coûtait environ 400 piastres, et qu'il n'avait pas d'argent pour en acheter une aussi cher. On ne croirait pas que la possession d'une lépreuse fût aussi recherchée.

Ce même homme nommé Mustapha Batiri (de Bâtir), lépreux depuis une année, a deux femmes. Je lui ai demandé si elles pouvaient le quitter puisqu'il était lépreux, il me dit d'un air féroce que non, qu'elles ne pourraient le quitter, que s'il voulait divorcer, mais qu'il ne le ferait pas. Les parents des lépreux viennent parfois les voir; j'ai remarqué une vieille femme qui venait visiter son fils, c'était un triste spectacle.

IjCs lépreux qui ont quelque chose, mendient par habitude et aussi, je crois, pour tenir compagnie à leurs camarades d'infortune. Ainsi Éloué me disait un jour : « Moi, je ne vais pas mendier sur la route de Jaffa, parce que si les gens de mon village venaient au marché et rae voyait, ils diraient: « Tiens, voilà Éloué la lépreuse qui mendie. »

D'ordinaire, du reste, tous ne tendent pas la main, un ou deux se chargent de cela ; les autres font nombre, le soir il en sort environ huit ou neuf, qui, ai-je dit, se divisent

en deux bandes. Ils sont à l'affût des larges aumônes. L'autre jour, 23 juillet, vers trois heures et demie, je ne pouvais avoir de lépreux, parce que le patriarche grec allait entrer et que les lépreux devaient aller se mettre sur son passage. Il a dû leur donner 25 piastres (5 francs).

Les lépreux ont le caractère fort triste et taciturne; les paroles les plus gaies les font à peine sourire. Éloué, vu son jeune âge, est relativement fort gaie; ainsi elle est bavarde, elle m'amusait beaucoup, quand elle me décrivait les sept formes de la lèpre. Elle n'a peur de rien, elle vous montre ce que l'on veut voir. Quand elle était seule accroupie à terre, elle s'amusait à faire, avec des morceaux de bois une sorte de panier ; quand je la dessinais cela l'amusait aussi beaucoup. A son âge, il est triste d'être condamné à vivre dans un pareil milieu. Elle est mariée avec un horrible lépreux, mais qui parait intelligent.

J'ai beaucoup amusé Ëloué quand je lui ai dit que si j'attrapais sa maladie, je voudrais habiter avec eux, mais que je voudrais être leur cheik et j'ai demandé si on voudrait de moi pour cheik. Elle me disait que la lèpre ne m'atteindrait pas, mais que si je devenais malade, ils me prendraient avec plaisir pour cheik.

27 juillet.

J'ai appris le 25 juillet que sur les vingt lépreux qui composent la colonie de Jérusalem, il n'y avait réellement que deux ménages de lépreux. Abd-el-Gader a épousé Eloué; Mahmoud-Achmed que l'on pourrai! ap-

peler Thomme momie a épousé une femme lépreuse et aveugle.

Il a bien fait de la prendre aveugle ; c'est pour faire son ménage m'a-t-il dit.

Jusqu'ici, sur huit cas, il y a trois transmissions de la mère à Tenfant : Abd-el-Gader, Eloué, Anna Meser. Jusr qu'ici, il me semble que la lèpre transmise par les pa* rents débute de bonne heure, même pendant T enfance , puisque Anna Meser parait avoir vingt-cinq ans ; mais pour être certain, il faudrait connaître Tâge des sujets. Pour Abd-el-Gader et Éloué, c'est facile : l'un a vingt ans, l'autre quinze à seize ans.

Comme chez ceux qui accusent la lèpre de leurs parents, la maladie arrive plus tôt, on peut dire que les lépreux par hérédité, meurent plus jeunes.

Jusqu'à présent, 25 juillet, j'ai toujours vu la lèpre par hérédité transmise par la mère, et pas d'exemples de lèpre venant du grand-père ou de la grand'mère, des oncles ou des tantes. J'interroge ces gens avec grand soin, mais me répondent-ils bien ?

L'insensibilité gagne d'intensité et d'étendue à mesure que le mal fait des progrès ; mais ces progrès sont parfois cachés. Ainsi, j'ai vu hier chez Abd-el-Gader, des parties étendues de peau parfaitement saines, comme la partie interne des avant-bras, comme certaines portions de la cuisse complètement insensibles aux piqûres. Tandis que la veille, un homme peu malade, sentait même sur des parties affectées de la lèpre. L'insensibilité paraît remonter davantage du côté des membres supérieui*s que du côté des membres pelviens; ainsi

Abd-el-Gader sentait, quand je le piquais à Tunion de la cuisse avec le tronc, tandis qu'il ne sentait pas à la partie supérieure, à la partie antérieure et postérieure de répaule. La sensibilité ne commençait à se montrer qu'à la partie moyenne de l'omoplate et de la clavicule pour augmenter peu à peu, à mesure qu'on se rapprochait de la ligne médiane.

Âbd-el-Gader avait même la plante du pied et le talon

insensibles; je n'ai pas osé lui enfoncer des épingles jusqu'à l'os, mais je les ai enfoncées à un centimètre de profondeur sans qu'il en résultât la moindre douleur. Piquer profondément n'est pas convenable avec les Arabes, qui ont grand peur de perdre leur sang.

L'insensibilité de la face est un signe important de la maladie avancée, mais chez Abd-el-Gader, elle n'existait pas partout; chez lui, le cuir chevelu était sensible.

KOTES FOURNIES PAR ÉLODÉ SUR LES LÉPREUX EK CiNÉRia

Chaque année, me dit-elle, le personnel des lépreux se renouvelle.

Elle me dit qu'il y a au village, une lépreuse qui a mal aux genoux ; elle ne peut pas marcher (je l'ai vue, une fois étendue sur le sol) . Les lépreux ne vivent pas trop longtemps ; le plus ancien y est depuis huit ans, il ne peut pas marcher; les autres y sont depuis moins longtemps.

Eloué me dit qu'actuellement au village il y a':

Onze hommes; huit femmes ; trois filles et un garçon; sur ce nombre quatre de la religion grecque : trois

femmes et un homme. Deux de ces dernières femmes viennent de Ramalah ainsi que l'homme, l'autre femme vient de En-Arich. Les enfants n'ont pas la lèpre.

L'avant-dernier cheik est mort, le jour avant Pâques dernier, d'un coup de sang, dit-on. Le nouveau cheik s'appelle Hady-Achmed, il a mal à la gorge.

La variété des petits boutons fait mourir vite, dit-elle.

C'est le plus vieux que Ton prend pour cheik ; celuici achète ce qu'il faut pour tout le monde, les lépreux partagent l'argent qu'ils reçoivent en mendiant. Elle me raconte que lorsqu'un chrétien lépreux meurt, le prêtre vient et l'enterre dans le cimetière des chrétiens. Quand

c'est un musulman, on fait venir un cheik de la mosquée d'Omar, le mort est enterré jsans être porté à la mosquée et on fait les prières d'usage.

Elle dit qu'ils peuvent aller dans la ville. Quand un nouveau lépreux vient, il doit donner quatre cents piastres pour avoir une chambre; ces quatre cents piastres sont partagées entre les autres lépreux. Les lépreux pauvres sont admis sans argent, mais ils doivent demeurer deux dans une chambre. Elle dit que tous les trois mois, leurs frères et leurs parents viennent les voir.

A Jérusalem, les parents n'ont pas peur de gagner la maladie, mais ils pensent que la maladie se gagne plus facilement dans les villages que dans la ville.

Tous les enfants que les lépreux ont avec eux, sont des enfants de lépreux.

Ambdé que j'ai vue, était mariée avec un cheîk qui est mort.

Quand un lépreux épouse une femme, il ne Tacheté pas à ses parents, mais il la paye elle-même.

Éloué me dit qu'Abd-el-Gader aurait dû lui donner quatre cents piastres, mais comme il était pauvre, elle s'est donnée pour rien.

La lépreuse transforme l'argent, prix de son achat, en piastres dont elle fait une sorte de collier qu'elle place sur sa tête suivant l'usage des paysannes de la Palestine, elle coud toutes ces pièces par le trou qu'on leur a fait. Cette somme qui est sa fortune, elle la tient cachée sous son grand voile. Elle a peur de la montrer. Elle me la montre cependant quand il n'y a personne. Quand elle a absolument besoin d'argent, elle découd une pièce. Éloué a pour vingt francs de petites pièces sur sa tête.

Il parait que le mariage entre lépreux se fait ainsi : Quand rht)mme et la femme sont d'accord, on fait venir un cheik qui écrit sur un papier la somme que l'homme doit donner à la femme, puis le marié paye un grand dîner à tous les lépreux.

Quand dans un village, un homme ou une femme est atteint de la lèpre, pn chasse le malade et il doit se réfugier à Ramleh (près de JaCTa), à Naplouse ou à Jéru'^ salem .

A Naplouse, il y a une trentaine de lépreux, il y en a à peine à Ramleh, il y en a toujours quelques-uns à Jafla. Ambdé a eu une petite ûlle du cheik qui est mort à Pâques. Ce cheik déjà marié, avait eu d'une première femme lépreuse un petit garçon et une petite fille. Cette première femme avait eu un bouton de lèpre sur le nez, elle était de Naplouse, elle est morte.

iNOTËS SUR LA LÈPRE. 191

Ramalah fournit beaucoup de lépreux, il y en a trois en ce moment qui sont de Ramalah, et qui demeurent dans leur ville natale ; de plus, il y a ici quatre lépreux de la même localité, ce qui fait un total de sept lépreux.

Éloué ne croit pas que la nourriture rende malade ; elle croit que la lèpre vient de frayeur ; elle dit que les lépreux qui ont les doigts rétractés ou coupés, peuvent encore avoir des enfants. Elle me dit qu'il y a maintenant à Ennebrond, sur la route de Nazareth, un homme sain de corps, fils d'un lépreux, dont les enfants n'ont pas la maladie. Cela n'a rien d'extraordinaire.

Éloué veut me décrire la lèpre, je la laisse faire et j'écris sous sa dietée : Il y aurait sept espèces de lèpre.

Première variété. — Tous les doigts tombent, os et viande.

Deuxième variété. — Les doigts sont fléchis, crochus, à moitié ouverts .

Troisième variété. — Comme, dit-elle, Achmed-Mah* moud (dessiné). Il vient de gros boutons sur le bras, le bouton devient jaune au sommet, il en sort du pus jaune, la place des. boutons reste rouge toute la vie.

Quatrième variété. — Une autre variété affecte Electié; elle a eu de la fièvre, les os lui ont fait mal, des boutons sont sortis aux jambes, aux bras, à la figure, mais non sur le ventre. Ces boutons sont nombreux, dès qu'ils sont sortis, on ne souffre plus des os, tandis qu'on souffrait avant l'éruption des boutons.

Dans cette variété, me dit Éloué, les boutons ne s'en vont jamais, et il n'en vient pas d'autres. Les malades ont de la fièvre^ du mal de tèteé

19â INOTËS SUR LA LÈPRE.

Cette variété ne tue pas.

Cinquième variété. — Elle débute par le mal à la gorge; il vient des boutons qui partent ensuite. Celui qui a mal à la gorge a de la peine à avaler les aliments. Il devient aphone.

Sixième variété. — D'autres deviennent rouges sur tout le corps , ils n'ont pas mal à la gorge ; il leur vient de petits boutons qui partent aussitôt.

Septième variété. — Samlé est comme cela, dit-elle, elle appelle cette variété Abou-Mles.

Le corps devient lisse comme de la soie ; les malades perdent les sourcils, les cils, puis il vient de gros boutons à la partie antérieure des cuisses, ces boutons deviennent rouges comme du feu, ils laissent des traces comme la petite vérole. Ils ne reviennent plus.

On ne meurt pas de cette variété.

Samlé, me dit-elle, est guérie ; mais elle ajoute qu'elle ne peut rentrer chez elle au village, parce qu'elle a perdu ses sourcils. Éloué se croit atteinte de cette même variété : — Tout cela rCe$t que du bavardage ; car Samlé a des sourcils et Éloué n'a plus de nez, en grande partie du moins. Quoi qu'il en soit, Éloué m'a dit des choses intéressantes qui devront me guider plus tard dans mes recherches.

9AID , Acé te «MiMTM MM.

Damiette, 2 juin 186S.

Mendiant, il ignore son âge, il parait avoir quatorze ans. Il est né à Damiette et demeure dans le quartier de

Charabassié. Je le trouve devant l'hôtel. Ce malheureux enfant dit qu'il est malade depuis ses premières années ; personne n'avait cette maladie dans sa famillg, mais il est idiot et répond de travers aux questions qu'on lui adressé, aussi je cesse de l'interroger. Mon examen lui cause une grande frajiBur.

Il a une double kératite interstitielle chronique, avec tache sur les cornées des deux côtés; cornées blanchâtres.

Il a le nez épaté et en quelque sorte écrasé, il a perdu le cartilage de l'extrémité ; de là, la forme bizarre de son nez, comme on le voit dans le dessin (pL VU, fig. 2) .

Cheveux à demi longs, sur la totalité de la tête ; tête arrangée comme celle de beaucoup de derviches; air hébété ; dents belles; lèvres assez saillantes. 11 s'exprime en mauvais arabe et d'une façon inintelligente et inintelligible. Son nez imprime quelque chose de spécial à sa physionomie. Il a une tumeur au niveau de la partie externe de l'arcade sourcilière gauche, elle paraît tenir à une induration sous-cutanée, elle adhère à la peau. Est-ce le début d'un tubercule éléphantiaque? Je l'ignore; cette saillie a environ le volume du petit doigt.

La figure ne présente pas autre chose. Il n'a pas encore de poils ; corps bien fait ; circoncis. Les testicules sont à leur place et de petit volume, mais aussi gros qu'il le sont à son^ âge, le scrotum est normal, le ventre me parait peut-être un peu plus gros, mais cette disposition est peu appréciable. Rien de particulier à noter pour les bras et les cuisses, ainsi que pour le cou. — A l'aine des deux côtés, gros paquets ganglionnaires indolents.

Côté droit. — La cuisse droite est saine comme volume, la peau est également saine ; mais au niveau du genou, elle présente des espèces de mamelons et tubercules durs et noirâtres.

La jambe droite est un peu grêle, elle le paraît surtout à cause du gros volume du pied, qui est difforme comme j'ai pu le faire voir.

Le pied droit est fort gros, aussi y a-t-il contraste avec la jambe qui est assez maigre. 11 y a surtout saillie au niveau de la malléole externe et à la partie interne du pied. Sur le dos du pied; on aperçoit deux plis dont l'un existe chez tous les malades affectés d'éléphantiasis.

Toutes les dernières phalanges des cinq orteils sont tombées ; à leur extrémité, cicatrices avec des sortes de sillons. A l'extrémité de la plante, la peau s'est gangrenée et il y a une plaie blafarde, ne suppurant pas. Tout autour de cette plaie, la peau est amincie ou parait amincie. Placée dans une espèce de creux, cette plaie est rouge, ne saigne pas, et n'est pas recouverte de bourgeons charnus. Je n'avais jamais rien vu de pareil ; c'est probablement à cette absence de bourgeonnement, de suppuration qu'est due l'absence des cicatrices. Le malheureux entortille les bouts de ses pieds avec un chiffon et malgré sa misère, il porte de mauvais haillons ; son vêtement se compose d'une affreuse chemise d'une saleté repoussante. Il sent horriblement mauvais.

Au niveau de l'extrémité des trois premiers orteils, on voit des dépressions indiquant le mode de cicatrisation* La peau s'est retournée un peu en dedans comme elle le fait pour la cicatrisation ordinaire. Même chose

pour les deux derniers orteils; seulement cela ne peut s'apercevoir dans le dessin ; ces sillons sont à la partie inférieure de l'extrémité des deux derniers orteils.

Côté gauche. — La cuisse gauche est saine, et la peau de celte région, à Tétat normal.

Tubercules noirâtres au genou ; là, deux plaies saignantes, rougeâtres dues à la chute par élimination gangreneuse d'une partie de la peau.

La jambe parait grêle , elle Test un peu réellement, mais elle le parait surtout à cause du volume du pied gauche. Tubercules noirâtres, à la jambe.

Deux saillies au pied au niveau des moUéoles, plante du pied énorme, hypertrophiée. Les doigts du pied repoussés en haut et très-gros, prennent les dispositions les plus bizarres. Le gros orteil et le deuxième bien disposés ; le troisième placé au-dessus du deuxième, celuici est plus petit qu'il ne devrait l'être; le quatrième est presque au-dessus du deuxième; le cinquième a disparu complètement.

Au niveau de Textrémité du cinquième métatarsien, sillons profonds dus à la rétraction de la peau. Gela est bien figuré dans le dessin.

La plante du pied énormément développée, forme deux parties mamelonnées; l'une, au-dessous des quatre premiers orteils, l'autre au-dessous du dernier orteil.

On voit les deux plis caractéristiques au-dessus du pied gauche.

Ce pied est affreusement déformé*

Ganglions cervicaux petits^ durs, mais peu nombreux*

MEMBRES SUPERIEURS

Les deux bras sont grêles, mais ne présentent pas de tubercules.

Main droite. — Elle parait amaigrie, déformée ; mouvements dé Tarticulation radio-carpienne difficiles, sur les faces palmaire et dorsale, la peau est tendue; aussi la main semble-t-elle être de bois.

La face palmaire surtout, présente une série de saillies différentes que j'ai bien représentées. La dernière phalange du pouce droit n'existe plus; là, il n'y a pas de cicatrice avec dépression, mais on voit un angle fai- * sant crochet à l'extrémité. L'extrémité de la première phalange fait saillie sur le métacarpien, comme on le Voit dans le dessin.

Les deux dernières phalanges de l'index sont tombées, l'extrémité du doigt est arrondie et sans dépression.

Le médius a perdu deux phalanges et demie ; à cette extrémité il y a une plaie rouge, non saignante, la peau est rétractée tout autour, entre la peau rétractée et la partie rouge, les tissus sont blancs, mais tout cela est blafard ; la peau est ulcérée et l'os fait saillie ainsi que les tissus ; c'est une saillie rougeâtre, mais qui ne suppure pas.

Il ne reste plus à l'annulaire que les trois quarts de sa première phalange; le haut est arrondi et la cicatrice sans courbure.

Le petit doigt est intact, mais fortement rétracté en de-

dans, en crochet, ainsi que je le fais voir dans le dessin.

L'ensemble de la main droite est horrible à voir.

Main gauche. — Le pouce a disparu en totalité. Les deux dernières phalanges de Tindex sont également tombées ; à l'extrémité se voit un petit ongle en forme de cro* chet.

La dernière phalange du médius n'existe plus, il y a un petit ongle à l'extrémité.

L'index et le médius ont la forme d'une pyramide; ils sont rétractés.

L*annulairea perdu la moitié de sa dernière phalange; il est recourbé en dedans, il y a un ongle à l'extrémité et cet ongle a la forme ordinaire.

Le petit doigt est recourbé en dedans, il a perdu la moitié de la dernière phalange, à l'extrémité on voit cependant un morceau d'ongle.

La totalité de la main gauche forme une palette par sa face palmaire et la paume delà main fait saillie.

Ganglions épitrochléens durs et gros; ils ressemblent à du bois par leur dureté.

Il dît s'être brûlé autrefois fortement la main gauche; en effet, on voit une cicatrice blanchâtre bien représentée par le dessin. Ces cicatrices sont blanches et contrastent avec la^peau du sujet qui est foncée comme celle des Égyptiens. Dans l'endroit où se trouve cette cicatrice blanche, l'épithélium ne s'est pas dessiné; il y a eu destruction de la partie externe superficielle de la peau et de l'espace qui recèle l*épithélim; d'une manière générale les cicatrices sont tendues mais non bridées.

Je pique Saïd avec une épingle, il sent bien à la partie

i98 NOTES SUR LA LÈPRE.

moyenne des côtés du dos, du ventre; moins bien à mesure qu'on pique vers les parties latérales du corps. La figure est sensible.

Les jambes, les pieds, les cuisses, les bras et les mains absolument insensibles.

J'enfonce Tépingle dans la cuisse jusqu'à moitié, jusqu'à faire jaillir du sang, sans qu'il éprouve la moindre douleur. Seulement la vue du sang l'effraye, il ne s'aperçoit pas des affreuses piqûres que je lui fais.

Damiette, 3 juin 1862.

Né à Damiette ; il ignore son âge, mais il a vingt-cinq ans environ.

Il n'a jamais vu de maladie pareille à la sienne dans sa famille.

Il est d'une intelligence bornée, presque idiot, moins idiot cependant que Saïd que j'ai vu le 2 juin.

De taille moyenne, mendiant ; il parcourt les rues et les bazars de Damiette ; le plus souvent, on le rencontre étendu dans la rue, dans la poussière; il s'enveloppe de mauvais haillons, sales, infects; comme celui que j'ai dessiné hier, il exhale une odeur des plus repoussantes.

Il paraît que ce malheureux souffre parfois, car un des employés de l'entreprise m'a dit l'avoir entendu gémir l'hiver dernier, c'est probablement le froid qui cause ses souffrances, peut-être souffre-t-il d'avoir les

pieds dans la boue, car à Damiette il pleut Thiver, mais beaucoup moins qu'à Alexandrie.

Mohamed ramène sur lui ses mauvais haillons avec ses mains mutilées.

Il a de grands cheveux longs et noirs comme un Européen, aussi il se comporte comme un derviche, il vit sans contrainte. *

Il n'est pas assez fortuné pour avoir des sandales, il entortille le bout de ses pieds avec des chiffons, il garantit ainsi l'extrémité des orteils qui sont complètement insensibles. Ses chiffons lui servent aussi à envelopper les ulcérations qu'il a aux jambes.

Il a la figure d'un idiot, ce qui frappe surtout chez lui, c'est son nez qui est épaté et écrasé comme celui de son camarade Saîd ; il a perdu le cartilage de l'extrémité. Il a des moustaches; des favoris et de la barbe au menton. Sa barbe n'est pas taillée comme celle des musulmans, mais il la laisse pousser comme elle veut. Son corps est fort bien fait ; j'excepte les pieds et les mains dont je vais parler plus tard. Au niveau du dos et des fesses, sa peau présente de grandes étendues irrégulières, blanchâtres ou plutôt moins teintées en noir que le reste.

Je lui enfonce une épingle profondément dans les mains et dans les pieds, sans lui faire aucun mal ; il ne s'aperçoit même pas que je le pique à la partie inférieure de la jambe ; mais cette expérience des piqûres n'est pas parfaite parce qu'il a peur et qu'il est prévenu.

OXFORD

MRMBBBS INFÉRIEURS

Au deux aines, ganglions durs, indolents, très-voluniineux, faciles à sentir sous la peau.

Côté droit. — Au niveau du grand trochanter, on voit les traces d'une ancienne plaie qui s'est cicatrisée : elle proWent de ce qu'il couche par terre. Pour la même raison, il a, au niveau de la tête du péroné en haut une véri tablé ulcération .

Grandes taches noirâtres au niveau du genou ; là, la peau est plissée, noirâtre, épaissie.

Plaie grande comme une pièce de un franc, au niveau de l'extrémité inférieure du péroné en bas. Celte plaie blafarde non recouverte de bourgeons charnus, laisse écouler une sérosité sanguinolente qui coule à terre.

Saillies au niveau des malléoles.

Le pied est très-gros et difforme, relevé en haut et en dehors ; à sa partie externe, on remarque une série de plis.

Gros orteil. — Il est contourné sur lui-même; la dernière phalange est tombée. A l'extrémité et presque verticalement, il y a un ongle et dirigé presque de haut en bas et de dedans en dehors.

Deuxième orteil. — Deux phalanges disparues ; ongle petit, difforme au sommet.

Troisième orteil. — Dernière phalange tombée ; petit morceau d'ongle au bout et un peu en bas.

Qîuitrième orteil. — Dernière phalange tombée; pas de trate d'ongle.

Cinquième orteil. — Dernière phalange disparue ; tronçon d'ongle au sommet.

Le pied est dur comme du bois, l'impression du doigt ne s'y conserve pas.

Côté gawhe. — Ecchymose au niveau du grand trochanter, résultant de la pression du corps.

Au niveau du genou, peau noirâtre, plissée, épaissie ; on voit aussi des tubercules noirâtres. Saillie au niveau des deux malléoles. Le pied est énorme.

Le gros orteil est intact, très-gros; ongle bien disposé.

Le deuxième orteil est complet, gros ; l'ongle recourbé en bas.

Le troisième a perdu sa deuxième phalange et la presque totalité de sa première ; petit morceau d'ongle à son extrémité.

T^e quatrième et le cinquième orteil manquent : seulemei\t on voit l'endroit où était le quatrième orteil. Cicatrice au niveau de la malléole externe.

Cet homme a été circoncis, il a la verge d'un volume ordinaire.

Deux beaux testicules et de belle forme. Â droite, un peud'hydrocèle.

Fies testicules sont d'une grande sensibilité; il prétend que je lui fais mal en le touchant même légèrement. Or, ce fait est important, car les Arabes ont ces organes presque complètement insensibles.

MEMBRES SUPERIEURS

Je ne lui trouve pas de ganglions cervicaux malgré un examen attentif.

Pas de ganglions épilhrocléens à droite. Ganglions gros, durs, indolents à gauche.

Main droite. — Elle a la forme d'une palette, il peut ployer les tronçons de doigt qu'il a encore; il peut mouvoir l'articulation radio-carpienne, la face palmaire offre des plis nombreux que j'ai bien figurés.

La peau de la face dorsale est tendue, dure et comme bridée, comme striée, on voit qu'elle est épaissie. J'ai bien représenté cette disposition, mais elle se voit aussi fort bien sur les photographies de M. Ghambart.

Pouce. — Les deux phalanges tombées, un petit morceau d'ongle à l'extrémité.

Index. — Les deux dernières phalanges tombées, pas d'ongle au sommet, mais une cicatrice à dépression linéaire.

Médius. — Deux dernières phalanges disparues, tronçon d'ongle au sommet.

Annulaire. — Comme le précédent.

, Auriculaire. — Les deux dernières phalanges et la moitié de la troisième ont disparu ; pas d'ongle au sommet.

Main gauche. — Elle a la forme d'une palette comme la main droite ; Mohamed la renverse en arrière ; articulation radio-carpienne mobile.

Pou^e. — Dernière phalange perdue, à l'extrémité; bout d'ongle, placé en dedans et à la partie antérieure du tronçon du pouce, ce bout d'ongle a la forme d'un crochet.

L'index, le médius et l'auriculaire ont perdu chacun deux phalanges et demie ; l'annulaire les deux dernières

phalanges. Excepté au pouce, il n'y a nulle part trace d'ongles.

Ulcération à la face palmaire de la main au-dessous de l'index; j'ai figuré cette ulcération dans mon dessin. Ce nj^alheureux meut encore ces tronçons de doigt; avec ses deux mains, il peut se servir, mais il est maladroit et il a des colères terribles, quand il ne peut arriver à faire ce qu'il désire à cause de son infirmité.

— Il a de belles dents, la bouche bien formée. Il est presque idiot, il raconte qu'il a un frère qui n'est pas malade comme lui ; il est malade, lui, depuis cinq ans. Il dit qu'il y a dix lépreux à Damiette. 11 attribue sa maladie à une frayeur; il serait tombé au feu. Il ne peut donner aucun détail sur le début de la maladie, sur la manière dont le mal lui est arrivé, ni sur les accidents successifs qu'il a eus depuis cinq ans. Je l'interroge en vain, comme je l'ai fait sans succès avec Saïd son camarade, n se prête difficilement à l'expérience des piqûres; il a appris que par mes épingles, je fais sortir du sang à un compagnon ; il faut le forcer à se laisser piquer.

— Il est très- sensible à la partie moyenne, antérieure et postérieure du tronc, à la poitrine, au ventre, aux bras, mais l'expérience n'est pas concluante. Aux cuisses, il parait sensible, mais aux pieds et aux mains, insensibilité complète. Il me dit qu'on pourrait lui traverser les mains et les pieds avec un couteau, et il saisit une main avec ses dents, il la mord à arracher le morceau. Cet homme a les pieds gros, mais pas d'éléphantiasis. Au toucher, la peau des bras et des cuisses n'est pas sensible, mais si on presse médiocrement, il dit souffrir

beaucoup et sa douleur n'est pas en rapport avec la pression que j'exerce.

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Damiette, 4 juin 1863.

Femme née à Damiette, elle ignore son âge (quarante ans ?) ; ni son père ni sa mère, ni son grand-père ni sa grand'mëre n'avaient la même maladie. Elle demeure à Damiette, dans un quartier où elle est seule malade; elle ne connaît personne ayant la même maladie.

Elle se nourrit de tout, ne fait rien.

Malade depuis sept ans.

Au début, elle avait comme le feu aux pieds et aux bras; les mains ont commencé à être malades. Il lui est venu d'abord un tubercule au dos de la main gauche, puis cela a gagné; elle n'a rien, dit-elle, sur le corps.

Elle a la figure malade en même temps que les mains et les pieds ; elle a bon appétit, mais elle dort mal la nuit. Elle est divorcée à cause de son mal. Elle a une fille dont elle ignore Tàgemais qui se porte bien; elle aurait cependant le nez elles bras un peu malades; mais elle avoue n'en être pas bien sûre. Elle dit que personne n'entend rien à cette maladie, elle a consulté le médecin (qui applique du fer); celui-ci lui a répondu qu'il n'y avait plus moyen de la guérir.

État dctml. — Odeur repoussante. Voix éteinte. Tête horrible, cheveux coupés courts. Sur la figure, tubercules de la couleur de la peau, celle-ci est inégale.

Nez perdu en totalité.

Les joues et le menton sont tuberculeux, ces tubercules du volume d'un gros grain de chènevis, ont, comme je l'ai dit, la couleur de la peau.

Cicatrices aux lèvres. Kératite interstitielle de la cornée droite. — Aux bras, tubercules énormes, plaies ulcérées, tubercules avec plaques squamiformes aux bras, à l'avant-bras, et aux mains. Elle n'a pas perdu de doigts ni aux mains ni aux pieds.

Il parait qu'elle n'a rien au corps, au ventre, aux cuisses, qu'elle ne veut pas montrer. A la partie antérieure de la jambe gauche, ulcère énorme; la peau est morcelée, et il en découle une sérosité rougeâtre.

Ces masses de plaques qu'elle a aux mains et aux bras sont vertes, elles ressemblent assez à des écailles de truites, dans l'intervalle, la peau parait saine mais étirée.

Elle souffre; elle est engourdie dans les parties malades.

Les deux ailes du nez ont disparu : la totalité de l'aile gauche et la moitié de l'aile droite. Peu de sourcils. >

Je n'ai pu savoir si elle était sensible; je l'ai oublié.

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