‹ Élatée; la ville, le temple d'Athéna CranaiaChapitre 61 sur 186 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

LA SCULPTURE AU TEMPLE D’ATHÉNA CRANAIA. POLYCLÈS ET SA FAMILLE. XÉNOCRATÈS

Les Phocidiens n’ont pas marqué leur place dans le développement artistique de la Grèce ; le métier de sculpteur en particulier ne semble pas avoir été en grand honneur parmi eux, car un seul nom de sculpteur phocidien est parvenu jusqu’à nous, celui de Téléphanès. Pline, qui le mentionne, dit que les anciens critiques faisaient de lui les plus grands éloges; ils l’égalaient même à Polyclète, Myron et Pythagoras, et citaient de lui plusieurs statues, entre autres celles d’Apollon et de l’athlète Spintharos. Mais comme il habita longtemps la Thessalie — d’autres disent qu’il se mit au service des rois de Perse Xerxès et Darius — il n’était pas très connu. Encore n’est-il pas bien certain que Téléphanès fut Phocidien ; il était peutêtre Phocéen1. On ne trouve nulle part cité aucun nom de peintre ou de toreuticien originaire de Phocide, pas même un nom de coroplaste, malgré le développement que prit dans ce pays l’industrie des vases et des figurines de terre cuite.

Bien plus, si l’on excepte Delphes, qui a tout naturellement

1. Plin., N. H., XXXIV, 68 : « artifices qui compositis voluminibus condidere hæc miris laudibus célébrant Telephanem Phocæum, ignotum alias, quoniam Thessaliæ habitaverit et ibi opéra ejus latuerint, alioqui suffragiis ipsorum æquatur Polyclito, Myroni, Pythagoræ ; laudant ejus Larisam et Spintbarum pentathlum et Apollinem ; alii non hanc ignobilitatis fuisse causam, sed quod se regum Xerxis atque Darii offlcinis dediderit existimant. » Cf. Brunn, Geschichte der griechischen Künstler, I. p. 298; Overbeck, die antiken Schriftquellen z. Gesch. der bild. Künste, p. 186, n° 1039.

LF. TEMPLE D’ATHÉNA CRANAIA.

une place à part, et où se réunissaient les offrandes de toutes les cités et de tous les états de la Grèce, aucune ville de Phocide n’était bien riche en œuvres d'art. Certes, toutes n’étaient pas aussi barbares que Tithronium, où le temple d’Apollon n’avait pas de statue i, ou que Panopée, où, si l'on montrait une statue d’Asclépios ou de Prométhée, il n’y avait aucun monument public, ni maison municipale, ni gymnase, ni théâtre, ni agora2; mais si les statues ne manquaient que par exception dans les temples phocidiens — un temple sans image du dieu est chose peu naturelle — ces statues se recommandaient bien plus à la dévotion des fidèles par leur antiquité qu’à l’admiration des gens de goût par leur beauté. C’étaient d’antiques xoana, comme l’Athéna de Daulis3, l’Artémis d’Hyampolis 4, la Déméter de Stiris, dans un humble sanctuaire construit en briques crues5, le Dionysos et l’Artémis de Bulis6. C’ét. lient ailleurs des œuvres anonymes, que Pausanias signale par acquit de conscience, en voyageur scrupuleux qui veut tout dire7. Les moins banales sont le plus souvent d’origine étrangère, de style éginétique quelquefois 8, d’ordinaire attiques, comme l’indique non pas la signature de leur auteur, mais le marbre pentélique dont elles sont faites9. Une seule exception mérite d’être signalée : près d’Anticyre, sur une hauteur, se trouvait un temple d’Artémis qui renfermait une œuvre de Praxitèle, une Artémis suivie de son chien, le carquois à l’épaule, et tenant une torche de la main droite 10.

Hors des temples, les statues étaient très rares. Pausanias signale seulement quelques statues de marbre dans l’agora d’Ambrossos 11 ; à Anticyre, dans un gymnase, la statue d’un pancratiaste, dans l’agora, des statues de bronze12. On sait enfin

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