‹ Élatée; la ville, le temple d'Athéna CranaiaChapitre 75 sur 186 · I.ES EX-VOTO · texte numérisé non relu

I.ES EX-VOTO

formés par un homme couché sur un lit de banquet, et par une femme, pins petite, couchée à ses pieds; les représentations des Dioscures, et les plaques carrées décorées de'*bas -reliefs, entre autres Aphrodite dans un char traîné par Himéros et Pothos (F. Lenormant Gazette archéologique, 1881-82, p. 155, et s.; cf. Gaz. des Beaux-Arts, 1882 (mars), p. 201-224. L. Viola, Scoperle di Antichità in Taranto (1882); cf. Mélanges arc h. de l'École franç. de Rome, II, p. 399 et s.).

M. Arthur J. Evans a fait dans le Journal of hellenic Sludies (1886, p. 1 et s.) une étude spéciale des terres-cuites tarentines. « Parmi les dépôts découverts, dit-il, trois sont d’un intérêt spécial comme indiquant la proximité de sanctuaires locaux. Le premier se compose de figurines plus ou moins parfaites, dont

Apollon portant la lyre est le type principal, avec des Muses et autres personnages féminins (ces terres-cuites sont au Musée de Naples) ; leur accumulation marque le voisinage d’un temple d’Apollon. Le caractère des objets trouvés dans les deux autres dépôts plus considérables les rattache respectivement aux sanctuaires de Kora et de Dionysos Chthonien (p. 7). »

M. Evans a rapporté nombre de terres-cuites de Tarente à l’Ashmolean Muséum d’Oxford, et parmi elles il forme une classe spéciale de celles qui sont en relation avec les cultes locaux, comprenant des plaques à relief, des figurines et des masques (p. 8). Les types de ces terres-cuites sont les mêmes que F. Lenormant avait déjà signalés et décrits.

Les catalogues dressés par M. Evans contiennent 60 numéros (p. 19-31); il faut y ajouter trois figurines, une tête de jeune homme imberbe, couronné ou casqué; une tète de jeune homme à longs cheveux flottants, à face de Faune ; une tête d’Aphrodite (p. 31).

Parmi un grand nombre d’objets divers (pierres gravées, disques perforés, moules etc.) que M. Evans désigne comme étant de provenances inconnues ou douteuses (catalogues, p. 40,41, 42, 44), nous devons noter que sans doute quelques-uns au moins proviennent des temples et sont des ex-voto.

Enfin, au Musée de Périgueux nous avons eu l’occasion de voir treize fragments de terres-cuites tarentines rapportées par M. le capitaine Marinier en 1883. Ce sont deux masques estampés, des hommes couchés, des femmes assises les mains sur les genoux, etc. Nous avons tout lieu de croire cette collection inédite.

b) Métaponte. Temple d’Apollon Lycien.

M. Michèle La Cava a trouvé près de ce temple un dépôt de terres-cuites (F. Lenormant, Gazette archéologique, 1881-82, p. 163).

d) Pæstum.

En 1821, on a trouvé un très grand nombre de terres-cuites à Pæstum, la plupart représentant Perséphone tenant un petit cochon ( Annali dell’ Inslit., 1835, p. 50 ; Gerhard, Bullet. dell’ lnslit., 1829, p. 189; Gerhard, Ant. Bilduierke, PI. XCVI ; Newton, Halicarnassus, Cnidus and Branchidae, p. 33 (note) ; Mélanges arch. de l'Ecole franç. de Borne, II, p. 401, 402).

e ) Capoue.

M. Paul Girard (Rev. archéol., août 1876, p. 114), a signalé la découverte de quelques terres-cuites, des femmes tenant un enfant sur leurs genoux, qu’il croit provenir d’un temple de Vénus Génitrix.

M. Fernique (ibid., août 1877, p. 110, Note sur les récentes acquisitions du Musée de Capoue ), a dressé un catalogue des plus importantes de ces terres-cuites ramassées (fonds Paturelli) sur l’emplacement d’un temple dont il a été retrouvé beaucoup de débris. Mais il n’est pas certain que toutes les figurines soient des ex-voto, parce que au sanctuaire était juxtaposé^ une nécropole. « En étudiant les objets provenant de ces fouilles, on ne sait donc presque jamais s’ils étaient destinés à la décoration du temple, si c’étaient des ex-voto, ou s’ils appartenaient à la nécropole » (p. 112). Cette indécision nous oblige à ne pas entrer dans de plus longs détails.

Nous trouvons mentionnées dans un article bibliographique non signé, et sans références, des terres-cuites provenant du temple de Jovia Bamusa à Capoue. Ce sont probablement les mêmes dont a parlé M. Fernique ( Mélanges arch. de l’École franç. de Borne, II, p 401.

f) Gables.

Bullet. dell’ Instit., 1845, p. 52, 53 :

« Le docteur Braun a montré bon nombre de ces ex-voto en terre cuite qui, ces jours derniers, ont été découverts par hasard dans le voisinage de l’antique Gabies, sur le bien de S. E. le prince Borghèse, au lieu appelé Pantano. 11 explique comment

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toutes ees pièces qui représentent des visages humains de face ou de profil, des yeux, des seins de femmes, des phallus, des coeurs, des pieds, quelques boeufs et pieds de l±œufs, appartiennent tous à un vaste trésor votif, lequel se sera amassé là parce que probablement s’y trouvaient des eaux thermales salutaires. »

g) Prénesle.

M. Fernique a fait en 1878 (Rev. archéol., 1878, I, p. 233 et s.) une étude des terres-cuites découvertes en très grand nombre à Préneste, et qui proviennent du temple de la Fortuna Primigenia. Ce sont : ;

A. Des membres votifs; pieds de toutes grandeurs, mains, bras, jambes, poitrines, etc.

B. Animaux domestiques, bœrffs, porcs, laies.

G. Têtes de femmes plus ou moins archaïques; tètes d’hommes (plus rares); deux têtes de faunes.

D. Des statuettes oupetits bas-reliefs représentant des femmes ou des hommes drapés ; un jeune homme à demi drapé tenant de la main gauche une espèce de bâton tortillé qui repose à terre ; un autre jeune homme nu, penchant légèrement la tète sur l’épaule droite et caressant un chien placé à côté de lui ; une femme de profil, drapée, portant une urne; une femme allaitant son enfant.

M. Fernique est revenu sur ce sujet dans son livre sur Préneste, p. 128, et a complété le catalogue précédent (catalogue des antiquités Prénestines, p. 210, § 8. Collection Barberini). 11 énumère 35 numéros ; presque toutes les figurines sont des figurines de genre, comme une tête d’acteur comique (n° 216), un Silène portant une amphore (219), des bas-reliefs représentant quatre chevaux placés deux à deux et se faisant face (234) ou une Amazone à cheval foulant un guerrier (235, 236) ; Bacchus soutenu par un Silène (239) ; un acteur comique (243); des basreliefs bachiques (220, 226, 233), etc.

Ajoutons à cet inventaire, comme un complément indispensable, et pour bien montrer qu’à tout prendre les découvertes que nous relatons n’ont rien qui ne pût être prévu, la liste des passages d’auteurs anciens où il est question de terres-cuites consacrées à des divinités, et la liste des monuments figurés où sont représentées de telles offrandes 1 .

1. Nous empruntons cette liste aux notes des chapitres 1, 2, et 3 de la se-

а) Plat., Phædr., p. 230 B : Nuuoüv ré tivmv xaî ’AysÀcéou ispov octzo twv x.opôv T£ y. 7.1 àyaA[j.7.To)v â'oixev eivau.

б) Plia., XXXIV, 34 : Miramque mihi videtur, cum statua rum origo tam vêtus Italiæ sit, lignea poli us aut fictilia deorum simulacra in delabris dicata, usque ad devictam Asiam, unde luxuria.

c) Anthol. Palat., VI, 280 :

T lyMpzzry. 77 pà yv.y.oio zà zv p.Tzcr.vu. , Ti)v r’ èpursivii'j tjfv.lpc/.'j, zov te yÂp.y.ç pùzopcy. y.zy.pû cpalov, tkç te y.opc/.ç, Aip.vâzi, y.opa y.bpcr., mç STrisr/.'cç, ctvôszo, x«t tk y.opàv ivfîvp.cr.z’ ’Apzéÿ'eiïi.

d ) Pers., VaC, II, 69-70 :

Dicile, pontifices, in sacro quid facit aurum?

Nempc hoc qaod Veneri donalæ a virgine puppæ.

e) Lactant., II, 4, 13 :... pupas, non a virginibus quarum lusibus venia dari potest, sed a barbatis hominibus consecratas1.

a) Bas-relief du Vatican ; on y voit un autel, couvert de fruits et d’offrandes variées, près duquel se tiennent un homme et une femme; l’un et l’autre, la main tendue, portent une figurine qu’ils vont consacrer 2.

b) Bas-relief en terre cuite de Pompéi 3 ; c’est un de ces dressoirs que l’on plaçait dans les temples pour recevoir les offrandes; on y voit, posés parmi des vases et des corbeilles, deux

conde partie du mémoire deM. Pottier : Quant ob causant Græci in sepulcris figlina sigilla deposuerint (1883); il est impossible, on le sait, de trouver lorsqu’il s’agit de terres-cuites un archéologue mieux et plus sûrement informé.

1. C’est à dessein que nous ne signalons pas les textes où il est question de figurines consacrées dont la matière n’est pas nettement indiquée. Quelques-unes cependant devaient être en terre cuite. Yoy. Pottier, op. laud., p. 59, notes 4, 5, G, etc.

2. M. Pottier indique seulement que ce bas-relief se trouve au Vatican (p. 63, note 3).

3. Ce bas-relief signalé par Mazois, Ruines de Pompei, III, p. 22, et dessiné dans le Diction, des Antiquités de MM. Daremberg et Saglio, fig. 5, (art. Abacus), n’est pas indiqué par M. Pottier.

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gros oiseaux qui rappellent à s’y méprendre les oiseaux de terre cuite recueillis dans les nécropoles, et qui sont si nombreux, par exemple, dans la collection de la Société archéologique, à Athènes (Voy. Martha, Catalogue etc., passim.).

c) Bas-relief de Tiréa (Péloponèse). Femme assise devant un arbre qui porte parmi ses branches une statuette ( Annali dell' Jnstit., 1829, p. 132 et tab. G; Le Bas, Voyage archéoL, Mon. fig., pl. 98 bis ; Bütticher, Banmkultus der Hellenen, üg. 48 ; Daremberg et Saglio, DiçjAon. des Antiquités , fig. 448, art. Arbores Sacræ).

d) Bas-relief sur un marbre en forme de base de candélabre. Des masques grotesques sont pendus à des branches d’arbre (Bôtticher, Baumkultus der Hellenen, fig. 14 et 15).

e ) Peinture de vase ; Apollon devant un laurier auquel sont attachées des bandelettes et des tablettes votives semblables à celles qui ont été trouvées à Corinthe. (Bôtticher, Baumkultus der Hellenen, fig. 2; Daremberg et Saglio, Diction, des Antiquités, fig. 443, art. Arbores Sacræ).

f) Peinture de vase. Derrière un autel se trouve planté un arbre à deux branches ; de l’une des branches pend une tablette ronde décorée d'une figure humaine (Bôtticher, Baumkultus der Hellenen, fig. 8).

g) Deux peintures de vases où sont représentés des masques grotesques et des bandelettes attachés à des branches (Bôtticher, Baumkultus der Hellenen, fig. 14 a, 14 b).

h) Peinture de vase. On voit une fontaine monumentale, décorée de colonnes ioniques; à mi-hauteur sont suspendues des tablettes votives; sur un degré, près du sol, sont posés une statuette de femme et un buste en forme de buste estampé; la ressemblance de ces deux ex-voto avec des figurines de terre cuite très connues est frappante f ( Monmnenti dell' lnstït., IV,

1. Lorqu’il s’agit de monuments figurés, il est très difficile, on le conçoit, de reconnaître exactement si les objets représentés sont en terre cuite plutôt qu’en cire, en bronze ou toute autre matière. Aussi n’avons-nous énuméré ici que les offrandes qui, pour une raison ou une autre, nous semblent représenter des terres-cuites Si nous nous sommes trompé, peu importe en somme; la matière n’a pas pour la question qui nous occupe une signification essentielle. Voy. à ce sujet Pottier, Quam ob catiscim etc., p. 54, et 2e part., chap. ii.

LE TEMPLE d’aTHÉNA CRANAIA.

14 et 18; O. Jahn, ds. Arch. Zeitung , 1848, p. 240; Daremberg et Sagiio, Diction, des Antiquités, üg. 395, art. Aquæ).

i) Vase de Ptolémée, en onyx. Sous des arbres dont les branches portent des offrandes de tout genre, masques, tablettes, pipeaux rustiques, clochettes, etc., on voit une table chargée de vases, canthares, rhytons, etc., et une statuette de femme portant deux torches qui ressemble fort à une figurine de terre cuite (Glarac, Musée de Sculpture, 11, pl. 125. Botticher, Baumkultus der Hellenen , fig. 19 ; Daremberg et Sagiio, Diction, des Antiquités, fig. 6, art. Abacus ).

Ce catalogue n’est certainement pas complet; il le sera de moins en moins à mesure que les fouilles se multiplieront en Grèce, en Asie mineure, en Italie, car il est certain que rarement un temple sera exploré sans qu’on recueille sur l’emplacement même ou dans les environs immédiats quelques figurines de terre cuite.

Mais si les Musées doivent s’enrichir encore de pièces rares ou belles, il nous semble que l’on peut déjà établir deux catégories dans lesquelles tontes viendront nécessairement se ranger, car les figurines que nous avons énumérées ou bien se rapportent directement au culte de la divinité à qui elles ont été consacrées, ou bien n’ont avec ce culte aucune relation précise.

Souvent, en effet, les archéologues qui signalent des figurines provenant d’un temple ont bien soin de montrer qu’elles représentent la divinité vénérée en ce lieu (à l’Asclépéion d’Athènes,

I, d\ à Eleusis, I, f; à Corinthe, II, a; à Tegée, II, c ; à Olympie

II, f-, au Cabirion de Thèbes, III, e; à Cnide IV, d, 1; etc.); et c’est là une première classe bien distincte d’ex-voto; souvent aussi les figurines rapnellent avec évidence la nature, les attributs, les préférences du dieu à qui elles sont offertes, comme les coqs d’Esculape, ou les chiens, les serpents, les pavots (I, e), les chiens et les hochets d’enfants offerts à Artémis, déesse de la chasse, et protectrice des jeunes filles (I, e), les membres détachés offerts à la divinité des eaux thermales gabiennes (VII, f), etc.1.

Mais plus souvent encore, et ici les exemples sont tellement

1. Voy. Monumenti dell' lnslit , 1845, pl. 14, 18. Daremberg et Sagiio, Diction. des Antiquités, p. 335, fig. 395; cf. Pottier, Quam ob causcim Græci in sepulcris figlina sigilla deposucrint, p. 64.

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nombreux qu’il est inutile de les citer, les figurines consacrées en ex-voto n’ont de près ni de loin aucun rapport non seulement avec le culte du temple où on les a retrouvées, mais même, d’une façon bien plus générale, avec la religion même. Ce sont les figurines de genre, dont le sujet, comme le style, varie à l’infini, depuis les charmantes petites femmes coquettes, jusqu’aux caricatures obscènes et grotesques, en passant par les images de dieux et de personnages mythologiques, cycle de Dionysos, d’ Apollon ou de Déméter, que leur présence dans les temples des divinités qui leur sont étrangères relèguent pour le moment au rang de simples bibelots.

Cette division s’établit d’elle-même, avec la plus grande simplicité, parmi les ex-voto du temple d’Athéna Cranaia. Le premier groupe est représenté seulement par deux statuettes et cinq têtes d’Athéna, dont une même est d’identification un peu douteuse, et par un bouclier, voilà tout ce qui rappelle, parmi tant de figurines, et dans son propre temple, le culte d’Athéna. Le second groupe comprend toutes les autres pièces de la collection, les divinités, Déméter, Aphrodite, Éros, Dionysos, les simples héros mythologiques, Léda, Actéon, les masques et bustes estampés, les simples mortels, avec la même variété de types et de sujets que les plus riches collections de terres-cuites de la Grèce propre, d’Asie ou d’Italie, les figurines grotesques, les masques comiques, les animaux familiers.

Ces remarques, toutes banales qu’elles semblent, nous entraînent à de graves réflexions.

On sait avec quelle ardeur les archéologues se sont appliqués à l’étude des terres-cuites trouvées dans les tombeaux, et combien de théories ont été émises sur les origines et le sens de cette coutume qui faisait déposer dans la demeure des défunts tout un mobilier funéraire. Mais seul M. Pottier, dans son mémoire « Quam ob causam Græci in sepulcris figlina sigilla deposuerint (Paris, 1883), a songé que pour résoudre ces questions l’étude du mobilier religieux a une grande importance; il a montré que la négligence de ses prédécesseurs était une faute, et que l’usage votif des terres-cuites est en étroite corrélation avec leur usage funéraire. D’accord avec M. Pottier sur ce point capital, nous voudrions ajouter à sa thèse quelques compléments.

Ce qui frappe, lorsqu’on étudie les catalogues de terres-cuites funéraires, c’est qu’à très peu d’exceptions près, — comme les

Éros de Tanagra et de Myrina, les Sirènes de Myrina, qui se trouvent en nombre restreint, et dont le sens proprement, exclusivement funéraire n’est pas douteux, — la grande multitude des figurines n’a aucun rapport direct avec le culte des morts. Ce qui frappe de même lorsqu’on examine les collections d’exvoto, et plus particulièrement celle du temple d’Athéna Cranaia, c’est que la représentation d’Athéna, c’est que les sujets religieux y tiennent la place la plus modeste.

Il y a plus, si nous ne croyons pas qu’on ait jamais trouvé dans un temple des figurines spécialement funéraires, comme les Éros ou les Sirènes, il est certain qu’on trouve constamment dans les tombeaux des figurines qui sembleraient devoir être purement votives, comme les images des dieux, des bras, des jambes, des mains, etc., pour ne point parler des idoles de déesses courotrophes, des masques estampés et des statuettes de Déméter ou de Dionysos, qui tantôt étaient adorés comme des divinités ordinaires, tantôt comme des divinités funéraires. Il est plus certain encore que l’on ne peut le plus souvent trouver aux figurines de provenance votive ou sépulcrale, si on les étudie en elles-mêmes, sans s’occuper d’autre chose que du sujet choisi et de la forme plastique, aucun sens ni religieux ni funéraire. Bien plus, comme l’a très bien montré M. Pottier, toutes ces figurines, les femmes gravement enveloppées dans les plis de leurs manteaux, les jeunes filles élégamment attifées êt coiffées, les enfants rieurs, les poupées articulées, les hochets, les caricatures, les animaux, les plaques estampées ou découpées, se retrouvent encore avec bien des usages divers, comme par exemple d’orner les maisons privées. Il en résulte nettement que tout ce monde d’argile, qui représente depuis les divinités qu’on adore jusqu’aux humbles animaux qui peuplent la demeure humaine, n’a par lui-même aucun sens particulier, ni funéraire, ni religieux.

Mais, de même qu’on peut se demander, à propos des terrescuites trouvées dans les tombeaux, quelles idées poussaient les survivants à les y déposer, de même on peut rechercher quels motifs décidaient les fidèles au choix de telles offrandes.

Il n’y a pas ici à rechercher d’explication dans les mythes de la plus haute antiquité hellénique, dans les coutumes d’une civilisation primitive, dans des croyances religieuses perpétuées jusqu’aux plus belles années de l’âge classique. L’offrande aux divinités est naturelle à toutes les religions. C’est par des dons,

LES EX-VOTO

par des contributions volontaires que toute puissance infernale ou céleste, comme toute puissance humaine, est adoucie et rendue favorable. Les prêtres, au nom du*peuple assemblé, immolent des victimes, brûlent de l’encens et associent tous les fidèles aux cérémonies qu’ils célèbrent; mais ces sacrifices propitiatoires ne suffisent pas à la piété ni aux ambitions des croyants; chacu^ en son nom, et par lui-même, veut gagner la faveur divine ; chacun prend dans sa demeure un objet à lui, qui lui est particulièrement cher; il le porte aux pieds de son idole qu’un pareil sacrifice ne saurait laisser insensible. La nature de l’objet importe peu; tout le prix de l’offrande est dans l’intention. C’est ainsi que de nos jours encore, partout où la renommée d’un miracle éclatant attire la foule des dévots, les sanctuaires les plus vénérés reçoivent en offrandes les objets les plus divers, auxquels il est le plus souvent impossible d’attacher la moindre idée religieuse; chaque fidèle est en cela son seul juge.

La nature de l’ex-voto change avec celui qui offre. Dès lors s’explique tout naturellement que bien des fidèles ne croient pas assez faire pour la divinité en se privant de quelque objet dont le long usage a pu diminuer à leurs yeux la valeur. Il faut un plus grand sacrifice ; on se procure donc à prix d’argent une offrande choisie avec soin ; à la déesse Athéna, on donnera une figurine qui la représente elle-même, tout en armes, ou une jolie statuette de jeune fille à la promenade, dont la vue gracieuse pourra réjouir ses yeux augustes ; on n’aura qu’à choisir, selon ses ressources, ses idées et son goût, dans les riches boutiques des coroplastes.

Les ex-voto devaient en effet donner lieu à un commerce, comme de nos jours; il y en avait pour toutes les bourses et pour tous les goûts. Par ce commerce s’explique le grand nombre de figurines semblables, souvent sorties du même moule, que l’on trouve dans les temples. Les marchands avaient des séries d’objets similaires, dont quelques-uns étaient particulièrement à la mode à certaines époques. C’est ainsi que nous avons retrouvé un très grand nombre de statuettes représentant de^ jeunes femmes drapées dans le goût et le style tanagréen, dont le modèle délicat semble avoir plus que tout autre charmé les fidèles d’Athéna Cranaia. De même, à notre époque, des chapelles auxquelles s’attachent des faveurs et des grâces particulières, sont tapissées de cœurs d’or ou d’argent, tous semblables, et de la même fabrique 1 .

1. Cet alinéa et les deux précédents sont empruntés à l’article cité du Bull, de Corresp. hellén., 1887, p. 413, 414.

LE TEMPLE d’aTHÉNA CRANAIA.

On comprend maintenant que les mêmes sujets, les mêmes personnages, les figurines sorties de moules tout à fait identiques, se trouvent dans les temples et se trouvent dans les tombeaux. Sortant des mains du coroplaste, étalées à l’auvent des boutiques, toutes ces statuettes diverses n’ont à priori ni sens religieux, ni sens funéraire ; elles ne prennent l’un ou l’autre qu’à l’instant où les dévots les achètent pour les offrir aux dieux, ou les parents, les amis d’un mort pour les enfermer dans la tombe de celui qu’ils ont perdu; et pour nous qui les retrouvons, les unes ont un sens funéraire parce qu’elles sortent d’un tombeau, les autres un sens religieux parce qu’elles proviennent d’un temple ; sauf pour les exceptions bien rares que nous avons eu soin de noter, les terres-cuites sont indifférentes par elles-mêmes; l’intention seule de celui qui les consacre ou les enterre établit entre elles une distinction.

Ce principe établi, bien des points encore obscurs s’éclaircissent. D’abord, tout ce que nous venons de dire des figurines de terre cuite, s’applique aussi bien à toute une classe différente d’objets qui se sont trouvés à profusion dans quelques nécropoles, surtout à Tanagra et à Myrina, et qui, jusqu’à présent n’ont été signalés nettement que dans le temple de Zeus à Dodone *. Ce sont, sans parler des vases, des objets de bronze, de fer, d’os et de terre cuite destinés aux usages les plus divers de la vie publique ou familière, depuis les pointes de lances jusqu’aux petites spatules dont se servaient les femmes pour étendre leur fard. A Dodone, ces objets s’étaient rencontrés en grand nombre; à Élatée, nos catalogues montrent que nous en avons aussi recueilli beaucoup, dont la ressemblance avec ceux de Dodone va quelquefois jusqu’à l’identité complète. Mais à Dodone, ils semblent constituer avec les plaques de bronze estampées et les lames de plomb inscrites — sans parler des figurines de bronze qui peuvent être assimilées aux terres-cuites — tout le trésor des ex-voto; les terres-cuites sont en nombre infime et de provenance mal définie. A Élatée ils sont mêlés en foule aux statuettes, absolument comme dans les tombeaux, et l’on peut dire dans la même proportion. La nécropole de Tanagra contenait une multitude de ces objets, mais on sait combien les fouilles ont été irrégulières et désordonnées ; ils ont été dispersés, souvent perdus ou délaissés, parce que les paysans n’y at-

1. Cet alinéa est emprunté au Bull, de Corresp. hellén., 1887, p. 414.

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tachaient aucune valeur. Les fouilles méthodiques de Myrina ont été particulièrement riches en objets de cette classe; le catalogue dressé par MM. Pottier et S. Reinadh {La Nécropole de Myrina, ch. IY, le mobilier funéraire) a de grandes analogies avec le nôtre.

M. Pottier, dans son mémoire latin sur les terres-cuites funéraires, n’a pas manqué d’ailleurs d’établir une assimilation entre ces ex-voto et les objets de même nature trouvés dans les tombeaux, comme entre les figurines1. Son argumentation tire une force nouvelle de la découverte d’un mobilier religieux en tout semblable au mobilier funéraire. Peut-être même M. Pottier aurait-il pu insister un peu plus sur ce point, car si, même après ses savantes et lumineuses discussions, il peut paraître à quelque contradicteur que l'indifférence des figurines de terre cuite n’est pas absolument prouvée, l’assimilation désormais nécessaire entre ces ex-voto et les ex-voto de notre seconde catégorie nous semble trancher définitivement la question.

Nous irons même plus loin que M. Pottier, et nous déduirons avec rigueur les conséquences du principe que nous admettons. M. Pottier, et son collaborateur M. S. Reinach, admettent que dans quelques pièces du mobilier funéraire « l’idée de la substitution paraît avec évidence 2. » La substitution consistait d’ailleurs à placer dans les tombeaux non point l’objet lui-même qu’on avait l’intention d’y déposer, mais un objet de moindres dimensions, ou de valeur moins considérable qui le remplaçait. C’était une manière de tromper honnêtement le mort.

Parmi ces objets, on place les bijoux faux3 ; mais nous ne voyons pas bien l’intérêt que les vivants avaient à faire un tel calcul, puisque rien ne les contraignait à donner des bijoux vrais. D’ailleurs, ces bijoux se rencontrent dans les temples commedans les tombeaux (voy. notre catalogue, nos 78, 38 et s.); il nous semble naturel et simple de les ranger dans la catégorie ordinaire des ex-voto ; ce sont des objets comme les autres, n’ayant ni plus ni moins de valeur funéraire ou religieuse. Si on les consacrait aux dieux ou si on les donnait aux morts, c’est très probablement qu’ils coûtaient moins cher que les bijoux vrais et précieux.

Quant aux « terres-cuites qui rappellent ou remplacent les

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