MARS — 16 AVRIL
Nous sommes au lendemain du 18 mars; Paris est là, étonné, surpris, devant ces inconnus qui viennent de ramasser le pouvoir abandonné. Leurs noms au bas des affiches blanches arrêtent les uns, indignent les autres, surprennent tout le monde ; — ces inconnus cependant prennent toutes les mesures nécessaires pour réorganiser la cité.
Bien que les maires et les députés affirment — ce que nous croyons parfaitement — qu'ils ne se sont pas effacés un instant et que, seuls, sans force armée, ils ont travaillé à rétablir l'ordre et la paix dans Paris, l'opinion publique les accuse de s'être peu montrés et de n'avoir songé, dès le commencement, qu'à se dé-
gager plus ou moins habilement d'une situation dont la redoutable responsabilité les épouvantait. Et vraiment, qui les blâmerait (ce n'est pas toutefois le gouvernement) de n'avoir pas fait ni tout ce qu'ils pouvaient, ni tout ce qu'ils devaient, en présence d*un mouyement qu'ils avaient laissé s'accomplir, qu'ils étaient incapables de diriger et, ô chose amère! dont ils sentaient si bien qu'ils ne bénéficieraient pas.
Cependant, une réunion provoquée par M. Tolain a lieu à la mairie du 2® arrondissement ; elle envoie une délégation à M. Ernest Picard, pour essayer de s'entendre avec lui; mais celui-ci répond, en tournant ses pouces sur son ventre, qu'il ne peut rien faire sans l'assentiment de ses collègues, et le général d'Au- ' relie de Paladines, que la délégation est allée trouver en désespoir de cause, déclare qu'il ne peut rien, mais rien, et que le salut de la France n'appartient plus en ce moment qu'aux municipalités.
C'est alors qu'au milieu du désarroi le plus complet, sur la poussière que fait en fuyant à Versailles toute cette administration désorganisée, ces inconnus, allant au plus pressé, cherchent à régulariser une situation exceptionnelle. Ils s'efforcent d'éviter les complications terribles qui menacent à chaque instant de surgir et cherchent à conjurer des conflits sans cesse aplanis et se renouvelant sans cesse. Puis,
animés d'un désintéressement qui n'était pas sincère et qui, pour cela, devrait aujourd'hui leur mériter plus d'indulgence de MM. Picard, Favre et Simon, ces inconnus ayant conscience d'avoir rempli leur mission, rapportent au peuple le mandat qu'ils en ont reçu. Ils le font d'une façon très-habile, et leurs proclamations, à tous ces malheureux dont les noms, — peut-être à juste titre pour certains, mais à coup sûr très-injustement pour d'autres, — vont, deux mois après, traîner flétris des épithètes d'assassins et d'incendiaires, et rouler au grand égout de l'histoire dans une promiscuité souvent inique, leurs proclamations font l'étonnement des bourgeois et des rares avocats oubliés à Paris par le gouvernement du 4 septembre, et qui sont stupéfaits de ne trouver aucun de ces noms inscrits sur leur tableau.
Plus d'avocats ! avait crié le peuple aux dernières élections, et il se tenait parole. Une révolution sans avocats! C'était à n'y pas croire (4).
Ces inconnus, c'est-à-dire le Comité central de LA GARDE NATIONALE, appellent Ics citoycus au vote : € A ce moment notre mandat est expiré, et nous vous le rapportons, car nous ne prétendons pas prendre la place de ceux que le souffle populaire vient de ren-
(1) On se rappeUe la fameuse affiche PLUS D'AVOCATS ! qui tapissait les murs de Paris aux élections de février pour TAssemblée . nationale.
verser. Préparez donc et faites de suite vos élections communales, et donnez-nous pour récompense la seule que nous ayons jamais espérée : celle de vous voir établir la véritable République [*] . »
Une autre proclamation [^], annonçant que l'état de siège est levé et que la sûreté des citoyens est assurée par le concours de la garde nationale, est placardée le même jour, et le Comité central fixe les élections au mercredi prochain, après avoir déclaré que le vote se fera au scrutin de liste et par arrondissement [^]. Un avis ultérieur indiquera le nombre des conseillers à élire par arrondissement.
Le Comité central des vingt arrondissements, afin que les élus puissent aller « le front haut et le cœur plein d'énergie » prendre possession de leur siège à THôtelde-Ville, invite le Comité de la fédération républicaine de la garde nationale à déterminer le minimum des suffrages sur lesquels ils pourront asseoir leur mandat; il pense que ce minimum doit être égal au moins au huitième des électeurs inscrits (le Comité répondit, mais un peu tard [*] ) ; de plus, et sans prétendre s'ingérer dans l'administration publique, le Comité des vingt arrondissements croit devoir indiquer au Comité central qu'il serait bon de fixer à une année la durée des fonctions de membre de la Commune [^].
Les députés et les maires, « pénétrés de la néces-
silé absolue de sauver la République, » et peut-être bjen aussi de faire tourner le mouvement à leur profit, -— ce qui est tout naturel, — se réunissent le dimanche 20 mars à la mairie du 3® arrondissement, où ils sont rejoints par une quarantaine de chefs de bataillons. Ils envoient au Comité central, pour s'assurer de ses intentions, des délégués qui, après de longs pourparlers, ne reviennent qu'à neuf heures du soir, accompagnés des membres du Comité :
alors s'engage une interminable discussion de quatre heures qui n'aboutit à rien; on voulait rédiger un manifeste commun, mais on se sépare sans avoir pu s'entendre, et le Comité central fait afficher que n'ayant pu établir avec les maires une entente parfaite, il se voit forcé de procéder aux élections sans leur concours. Les électeurs sont convoqués pour le jeudi 23 mars ; le nombre de conseillers à élire est fixé à quatre-vingt-dix, soit un par vingt mille habitants et par fraction de plus de dix mille [^] .
De leur côté, les maires annoncent au peuple qu'ils ont résolu de demander à l'Assemblée nationale l'adoption de deux mesures qui doivent, selon eux, ramener le cahne dans les esprits : l'élection de tous les chefs de la garde nationale et l'élection d'un conseil municipal élu par les citoyens ['] . Réunis de nouveau, le lundi» à la mairie du 2<^ arrondissement, maires et adjoints font placarder que l'Assemblée a voté l'ur-
gence du projet de loi relatif aux élections, et ils supplient la garde nationale d'attendre patiemment fa décision que va prendre l'Assemblée nationale p]. Une partie de la presse, ayant à sa tête M. Guéroult de V Opinion nationale [^], invite les électeurs à ne pas voter, et V Officiel, qui ne plaisante pas, prévient charitablement ses confrères que s'ils commettent encore de semblables attentats à la souveraineté du peuple, une répression sévère en sera la conséquence.
Pendant ce temps-là, l'Assemblée ou, mieux, M. E. Picard, s'écrie : « Est-il possible, dans une telle situation, de faire des élections sous la présidence des inconnus qui tiendraient les urnes? (C'est cela! Trèsbien!) A ceux qui demandent pour Paris une autorité issue du suffrage universel, je demanderai : Comment reconnaît-on, à Paris, l'autorité de ceux que Paris a élus il y a si peu de temps? Ils lui demandent de renoncer à une insurrection criminelle ; on ne les écoute pas. (Très-bien! très-bien!) Oui, sans doute, la situation réclame toute la sollicitude de l'Assemblée, et je ne conteste pas l'urgence. Mais pour qu'il puisse y avoir des élections, il faut qu'elles soient libres; alors, nous serons unanimes pour demander pour Paris, pour toute la France, des élections municipales. (Trèsbien! très-bien!) Mais, en ce moment, nous n'avons qu'une chose à faire, fermer la plaie ouverte, et cela
ne serait pas possible en acceptant une demande d'urgence qui signifierait qu'on peut, à titre de transaction, dans les circonstances actuelles, faire des élections à Paris. (Applaudissements.) »
Et là-dessus, Tirard, le conciliateur, voulant écarter tout soupçon, et surtout celui de connivence, déclare solennellement que les municipalités s'opposeront aux élections (Applaudissements) ; elles refuseront et les listes électorales (Nouveaux applaudissements), et les urnes et les locaux. (Triples salves d'applaudissements.)
Le lendemain, les représentants de la Seine prient la population^ bien qu'ils ne doutent pas du sentiment douloureux dont elle doit être saisie [*®], d'attendre patiemment que Paris soit appelé régulièrement à voter par l'Assemblée, et cela afin d'éviter les désastres qui naîtraient en ce moment de tout conflit entre les citoyens. Une seconde affiche [**] rédigée d'une façon plus brillante et plus colorée : « La patrie sanglante et mutilée est près d'expirer, et nous, ses enfants, nous lui portons le dernier coup, » et signée des députés et des maires, fait un nouvel appel aux citoyens ; maires et représentants déclarent hautement qu'ils veulent le maintien, l'affermissement de la grande institution de la garde nationale^ dont l'eans' tence est inséparable de celle de la République. Et NOUS l'aurons.
Qu'Us veulent que Paris retrouve sa liberté muni cipale.
Et NOUS l'aurons.
Mais, pour cela, ils invitent les électeurs k ne pa répondre à l'appel du Comité central, à ne pas voter que pour eux, maires et représentants, ils ne preii dront aucune part à ces élections, protestant d'avanc contre leur légalité.
Certains commandants, MM. Quevauvilliers, Sebillt Poisson, Simon, Poyet, Noirot, Béchet, Collet, Thore pour donner plus de force à cette déclaration, foi appel à la garde nationale, alin qu'elle se tienne prêl à venir seconder « cette œuvre de conciliation doi le principe est accepté. »
Sur ce, grande émotion ! Le club de l'École de mi decine, de concert avec la réunion de la rue de Maison-Dieu et celle de la rue d'Assas, vote un blàn aux députés de Paris qui désapprouvent les électioi immédiates de la Commune; ces réunions regrette! aussi le silence des députés qui ont cru devoir s'ab tenir ["], La Délégation des vingt arrondissemen se réunit en séance place de la Corderie ; la présideni est donnée au citoyen Lefrançais; Dupont de Bussi et Dumont — Dumont, un des blessés du 22 janvie dont la blessure saigne toujours, dit le Cri du Peupl — sont les assesseurs. Là, dans cette séance, Malo député démissionnaire et adjoint au n" arrondiss
ment, raconte les faits qui ont motivé cette décision des maires et des députés ; il ne discute point sa part de responsabilité dans cet acte politique dont il ne cherche pas non plus à cacher le côté anormal et douloureux. Il parle de son voyage à travers la France, de ce qu'il a entendu à Bordeaux, de sa crainte de voir le Prussien abuser de l'état de démoralisation terrible où se trouve le pays; de ses angoisses en voyant la patrie menacée à nouveau et la République compromise.
c Puis il s'est tout à coup arrêté, et il a fondu en larmes. Ces larmes ont effacé sa signature sur ce document qui a épouvanté la démocratie. — Le Cri du Peuple. »
En somme, cette réunion des délégués des vingt arrondissements, votant sur la proposition du citoyen Régère, amendée par le citoyen Vallès, décide :
c Qu'elle accorde son plein concours au Comité fédéral de la garde nationale, siégeant à l'Hôtel-de- ViUe;
( Qu'elle engage le Comité à persister dans la résolution de procéder le plus tôt possible aux élection? de l'administration communale.
(L Le Comité donne mandat à ses délégués de tout faire pour que le but soit poursuivi d'ensemble par le Comité central, la députation parisienne et les municipalités.
« Ont été nommés par l'assemblée les citoyens Lefrançais, Theisz, Ch. Beslay, Régère, P. Denis, Th. Ferré, Dumont, Camélinat, Gérardin et Vallès,— ce dernier qui n'accepte pas, voulant garder entière et intacte sa liberté et ses droits de journaliste. »
Le 22 mars, pendant qu'avait lieu la manifestation des Amis de Vordre à la place Vendôme, ont affichait une proclamation des maires et adjoints qui, vu Xmgence et en attendant la promulgation de la loi qm conférait à la garde nationale de Paris son plein droit d'élection, nommait provisoirement l'amiral Saisset commandant de la garde nationale, le colouel LaBglois chef d'état-major, et Schœlcher commandant ca chef de l'artillerie.
A cela, le Comité central répond froidement que devant la désertion des députés et des maires, t répudiant des engagements pris à l'heure où ils étaient candidats, > et devant la réaction qui, soulevée par eux, lui déclare la guerre, il est parfaitement résolu à accepter la lutte et à hriser toute résistance; en conséquence, afin que les électeurs puissent voter dans le calme de la volonté et de la force, le Comité remet les élections au dimanche 26 mars; il ajoute qu'il prendra les mesures les plus énergiques pour faire respecter les droits du peuple [*^]. Eï, dans une autre proclamation, il s'écrie : « Conformément au droit républicain, vous tous convoquez vous-
mêmes par l'organe de votre Comité, pour donner aux hommes que vous-mêmes aurez élus un mandat que vous-mêmes aurez défini. — Paris ne pousse personne dans les voies de la République ; il est content d*y entrer le premier [*^]. »
Le Comité central des vingt arrondissements s'adresse aux citoyens, auxquels il déclare que l'ordre n'a jusqu'ici été troublé que par ceux qui se contentent d'écrire ce mot sur leur drapeau; il les invite à voter et à donner au mouvement accompli le 18 mars la seule solution qui convienne, c'est-à-dire la constitution d'une représentation municipale ramenant dans Paris la sécurité que n'a pu lui procurer aucun des gouvernements autoritaires qui l'ont opprimé jusqu'ici. — Aux urnes! aux urnes! s'écrie le Comité, et que, le travail, l'ordre et la liberté étant assurés, le fiisil soit aussitôt remplacé par l'outil [*^].
Le Conseil fédéral des sections parisiennes de V association internationale des travailleurs lance aussi son manifeste ; il s^adresse plus spécialement aux travailleurs : « Le principe d'autorité est désormais, ditil, impuissant pour rétablir l'ordre dans la rue, pour faire renaître le travail dans l'atelier, et cette impuissance est sa négation; l' insolidarité des intérêts a créé la ruine générale, engendré la guerre sociale : c'est à la liberté, à l'égalité, à la solidarité qu'il faut demander d'assurer l'ordre sur de nou-
velles bases, de réorganiser le travail qui est sa condition première; » et il espère que le peuple de Paris tiendra à honneur de voter pour la Commune ["].
L'amiral Saisset ne reste pas inactif, et tout en naviguant de la Bourse au Grand-Hôtel, fait afficher que l'Assemblée nationale reconnaît enfin les FRANcmsES MUNICIPALES de Paris; qu'elle accorde l'élection de tous les officiers de la garde nationale, y compris le général en chef; que la loi sur les échéances sera modifiée, et qu'enfin elle élabore un projet de loi sur les loyers, favorable aux locataires qui paient audessous dei^SOOfr. [*']. Cette afûche laisse la population indifférente et donne au Comité central tous les petits boutiquiers qu'il pouvait ne pas avoir encore. Âh! nous sommes déjà bien loin du temps où on criait : Vive Saisset ! et il n'y a que les maires et les députés qui puissent avoir pensé à lui pour en faire le commandant de la garde nationale de Paris. C'était un choix au moins singulier que celui de l'homme qui venait de dire en pleine Assemblée : « Oui, appelons la province, et marchons, s'il le faut, sur Paris. Il faut qu'on en finisse. »
Au milieu de ce désordre, les affiches des maires donnent lieu à des protestations particulières, et nous citerons les citoyens Malon [^% Melliet [*^], Dereure [*°], Millière [**], qui protestent contre Tap-
position de leurs noms au bas de certaines affiches : f Je proteste avec énergie contre ceux qui ont l'impudence de mettre mon nom au bas de ces afiiches que je réprouve et condamne, > s'écrie Dereure ; et Léo Melliet, qui les considère comme devant précipiter l'eflfervescence au lieu de l'apaiser, et amener des conflits, déclare que son devoir est d'éviter ce danger à tout prix ; quant à Malon, il ajoute à sa protestation une déclaration [**] par laquelle il annonce aux électeurs que dans un but de concorde et de conservation de notre chère République, il croit de son devoir de se rallier aux élections qui doivent avoir lieu le 26 mars, et pense que c'est là le seul moyen de rentrer dans l'ordre, sans qu'une goutte de sang français soit versée par des mains françaises. Le cordonnier Dereure fait aussi afficher une sorte de déclaration de principes dans laquelle il pense, comme Malon, que les élections rendront Paris à lui-même et rétabliront l'ordre dans la cité [*^].
Quant au Comité central, il lance proclamations sur proclamations ; il rappelle que la tâche est ardue pour tous, mais que tout le monde a fait son devoir. Cependant, quelques bataillons, égarés par des chefs réactionnaires et encouragés dans leur résistance par des maires et des députés « oublieux de leurs mandats, » ont essayé de faire une opposition « incompréhensible > aux volontés de la garde nationale ; certains journaux
aussi se sont plu à calomnier ses actes et à agiter le fantôme prussien.
On a. vu que les Prussiens, nous jugeant à notre valeur, « ont reconnu notre droit. *
Nous avons laissé passer cet orage ; mais pour que Ton arrive au but sauveur, c'est-à-dire rétablissement définitif de la République par le contrôle permanent de la Commune, appuyé par cette seule force : la garde nationale élective dans tous les grades ; — pour arriver à cela, il faut que tout le monde aille au scrutin ; il faut qu'il n'y ait d'abstentionnistes que ceux qui caressent traîtreusement l'espoir de revenir à la monarchie et à tous les privilèges qui en sont le cortège [**].
Puis vient un autre appel plus pressant encore : ici, il donne des explications sur ce qui s'est passé, cherchant à rassurer les uns, à intimider les autres; il raconte que c'était .pour lui un devoir sacré {Vimurrection est le plus saint des devoirs, disent ironiquement les journaux réactionnaires) que de faire une révolution dans les circonstances actuelles, où le maintien de la République et le droit commun pour Paris, c'est-à-dire un conseil municipal, étaient deux choses indiscutables. Puis il se sert très-habilement des malheureuses paroles de Jules Favre (séance du 2i mars) et conclut : « Avant l'accomplissement de l'acte après lequel nous devons disparaître, nous
avons voulu tenter cet appel à la raison et à la vérité p^. »
Les deux délégués à l'intérieur, E. Vaillant et Ant. Arnaud, signent une proclamation qui se termine par ces mots : « Au vote donc, citoyens ; que chacun de vous comprenne la grandeur du devoir qui lui incombe, de l'acte qu'il va accomplir, et qu'il sache qu'en jetant dans Furne son bulletin de vote, il fonde à jamais la liberté, la grandeur de Paris ; il conserve à la France la République, et fait pour la République ce que naguère il faisait si vaillamment devant l'ennemi : son devoir ['®]. » On ne peut nier que la plupart de ces proclamations ne fussent très-habilement rédigées.
Le club de l'École de médecine, un des plus impor- \ tants de Paris, réuni au Comité républicain et à l'Association républicaine du 6® arrondissement, invite le Comité central à bien s'assurer si la concession faite par l'Assemblée de Versailles, reconnaissant le Comité central et accordant pleins pouvoirs pour les élections, n'est pas un piège, et aussi s'il s'agit bien de la Commune politique et non simplement de la municipalité.
Ces citoyens demandent que les élections soient maintenues à dimanche, et le Comité central répond qu'il est absolument d'accord avec eux et leur affirme que les élections auront lieu dimanche, sans aucun compromis avec les maires ou députés [*'].
Si le club de l'École de médecine est rassuré, Paris
ne l'est pas autant, car il se hérisse de barricades ; il y en a partout ; je n'y travaille pas, bien qu'invité d'une façon pressante par quelques fédérés qui fument leur pipe en riant des curieux auxquels il font apporter leur pavé à la barricade. (Le hasard fit que passant au même endroit, c'est-à-dire place de la Roquette, le dimanche 28 mai, des lignards qui montaient la garde m'obligèrent à ôter quelques pavés de cette même barricade — c'était injuste, mais les raisons qu'ils me donnèrent étaient trop convaincantes pour que je m'y refusasse ; seulement, je constatai philosophiquement que ni les uns ni les autres ne m'avaient consulté sur mes convenances avant de me parler de ce petit travail.)
Le citoyen Ranc, qui pense que le moment est venu de tamponner {tamponnons, disait Ranc, tamponnons) ^ fait afficher une proclamation par laquelle il adjure les maires d'appeler eux-mêmes Paris au scrutin qui seul peut mettre terme à une crise qui, autrement, serait sans issue ["]. Arthur Arnould est du même avis et invite les bons citoyens à aller au scrutin, afin de sortir au plus vite de la situation révolutionnaire créée par le 18 mars; alors Paris rentrera dans son état normal avec quelques libertés essentielles de plus, et « après avoir accompli un grand acte de légitime défense et sauvé la République [*^]. »
Delescluze, Cournet et Razoua, dans une procla-
mation un peu longue, mais qui explique la situation d'une façon assez nette, font allusion aux bruits de restauration monarchique et ne voient — eux aussi — qu'un moyen d'éviter la guerre civile où les poussent les défenseurs du trône et de l'autel : c'est de voter, mais de voter pour des hommes irréprochables ; € car, pendant que la réaction a des trésors d'indulgence pour les plus grands misérables, voleurs publics, faussaires ou traîtres, du moment qu'ils servent à leurs passions, elle est merveilleusement habile à exploiter contre les républicains les calomnies les plus infâmes. » Ils concluent à ce que Paris vote comme un seul homme pour un conseil municipal républicain p®].
Les élections vont donc se faire bon gré, mal gré — malgré surtout les mitrailleuses que remue imprudemment et maladroitement Tirard le conciliateur.
Plus sage que lui, le Comité central déclare qu'entraîné par son ardent désir de conciliation, il avait ouvert à ses ennemis une main fraternelle; mais, devant la continuité de certaines manœuvres, il maintient le vote pour le dimanche 26 mars ; il invite, du reste, ses adversaires à lui prouver qu'il s'est trompé en s'unissant à lui dans le vote commun de dimanche[^*].
Enfin les maires, ne pouvant plus faire autrement, se décident à avouer à leurs administrés que toutes les tentatives qu'ils ont faites auprès de Versailles
feont restées infructueuses [^*] ; ils se lamentent sur leur situation, placés qu'ils sont entre la guerre civile pour leurs concitoyens et une grave responsabilité pour eux (mais qu'est-ce que cela nous fait à nous ? — il est bon qu'il n'y ait pas toujours profit et gloire à remplir une fonction publique), et ils finissent en somme par ne voir plus qu'un moyen, celui de terminer le conflit par le vote et non par les armes. Làdessus, ils font afficher une proclamation qui apprend aux habitants, ahuris au milieu de tous ces pourparlers, que maires, adjoints, députés p^] et membres du Comité central, convaincus que le seul moyen d'éviter la guerre civile et de sauver la République est de voter, les électeurs sont invités à se rendre au scrutin le dimanche 26 mars. Tous signent, dans une confraternité touchante, cette mémorable affiche p*].
Un malin, M. Loiseau, fait même publier un petit avis par lequel il prévient les électeurs que les fonctions de maires et d'adjoints ne sont pas incompatibles avec celles de conseillers municipaux p^], et M. Louis Blanc lit à la Chambre une déclaration signée Quinet, Peyrat, Brisson, Langlois, Greppo, Adam, Martin Bernard, Brunet, Millière, Tirard, par laquelle ces Messieurs conjurent les membres de l'Assemblée de reconnaître qu'en prenant en toute connaissance de cause le parti que leur imposait la plus alarmante des situations, en appelant les citoyens de Paris à
prendre part aux élections d'un conseil municipal, les maires et députés signataires de la précédente proclamation ont agi en bons citoyens.
Cette proposition est renvoyée à la commission d'initiative, et ces Messieurs en sont pour leurs frais.
Les murs se couvrent d'affiches ayant toutes trait aux élections ; celles du Comité règlent le mode du vote dans tous les arrondissements [^^]; d'autres viennent de quelques petits groupes isolés et ne sont réellement que des professions de foi posant incidemment la candidature de leur auteur; — toutes invitent chaudement le peuple à aller voter.
Les frères Reclus, après avoir parlé des incidents désagréables qui ont surgi entre les républicains qui suivent le Comité et ceux qui suivent les maires, cherchent à se tenir prudemment entre ledit Comité et les maires et les députés, qui, selon eux, n'ont pas le droit de risquer dans les hasards d'une bataille des rues l'existence d'une République qu'ils compromettent déjà par leur maladresse; ils font appel au suffrage universel, pensant que ce n'est ni aux fusils ni aux canons à se prononcer [^'].
Ranvier, maire du 20® arrondissement, et son adjoint Flourens, appellent les citoyens au vote, et ne leur cachent pas qu'ils les verraient avec plaisir nommer les membres du Comité central. Un de leurs arguments m'a touché : e: Citoyens, les hommes que
vous avez chargés de défendre provisoirement vos intérêts, et qui siègent en ce moment à THôtel-de- Ville, vivent de leurs trente sous de gardes nationaux, eux et leurs familles. — C'est la première fois qu'un tel exemple de désintéressement se produit dans l'histoire. — Faites en sorte de nommer des hommes aussi dévoués, aussi honnêtes, et vous aurez, sauvé la France p®]. j
De son côté, le maire provisoire du 5® arrondissement. Régère, et ses deux adjoints, Aconin et Murât, font à peu près le même appel : « Électeurs du 5^ arrondissement, vous prouverez par votre vote que vous vous associez à cette force immense, récemment révélée, qui résulte de l'union, de la fédération de la garde nationale; — que vous ne blâmez pas ces jeunes citoyens dont l'énergie, le talent, la probité, l'audace heureuse ont subitement transformé une situation et vaincu la vieille politique [^^]. »
Quant au Comité central, il se retire dignement et surtout habilement ; il donne en partant son adresse. Sous couleur de conseils au peuple, il l'engage à ne prendre que des hommes vivant de sa vie, souffrant de ses maux, lui dit de se méfier des parvenus, des ambitieux et des bavards (plus d'avocats ! plus d'avocats!), d'éviter ceux que la fortune a trop favorisés, « car trop rarement celui qui possède la fortune est disposé à regarder le travailleur comme un frère, >
et enfin, et surtout^ de porter ses suffrages sur ceux qui ne les brigueront pas [*°].
Les comités électoraux ne sont pas inactifs ; il y en a partout, rue de la Procession, rue des Terres-Fortes, place delà Corderie, rue Maison-Dieu... Une page ne suffirjsdt pas à cette énumération. Celui du 18® arrondissement, qui a sept conseillers à élire, lance une proclamation dans laquelle il déclare qu'en présence des dernières manœuvres de la réaction aux abois, « de ses cris d'agonie de bête fauve blessée à mort, » on doit répondre par un cri unanime : Au scrutin! Des candidats absolument honorables, ajoute-t-il, suffiront d'ailleurs à nous venger des ridicules calomnies déversées contre nous [^^]. Chaque club, chaque réunion a sa liste; j'ai sous les yeux celle du club de l'École de médecine ["]... Mais je remarque que la plupart fusionnent leur liste avec celle du Comité central des vingt arrondissements.
C'est lui qui a la haute main dans les élections ; il dirige et il patronne ; il lance un manifeste, pièce fort importante et qui est une sorte de programme, de mandat qu'il donne et qu'il demande aux citoyens de donner aux futurs élus [*^]. Si ce mandat est rempli avec intelligence et fidélité, Paris sera devenu la cité la plus libre et la plus heureuse de toutes les villes, et ne sera pas seulement la capitale de la France, mais la capitale du monde, et il propose une liste
dont presque tous les candidats devinrent, à ces élections ou aux élections complémentaires, membres de la Commune. Plus tard, au journal le Rappel, qui demandait ce que c'était que ce fameux Comité, il répondra : « Ce Comité existe depuis le 5 septembre 1870; c'est lui qui a fait le 31 octobre, V affiche r<yuge, le 28 janvier, en envoyant chaque fois ses membres peupler les prisons. Les membres du Comité central de VHÔtel-de-Ville, ceux de la Commune de Paris en ont presque tous fait partie. » Il ajoutera que, sans se préoccuper de ses vues particulières, il est décidé à soutenir énergiqmment la Commune, et, s'il est nécessaire, à lui servir de bouclier contre ses adversaires et même contre ses nouveaux amis, en cas de besoin.
Le trait final s'adressait au Rappel.
Parmi les signatures qui sont au bas de ce document, nous remarquons celles des citoyens Lacord, Armand Lévy, Gaillard père, Briosne, Napias-Piquet, Piazza, etc.
Les sections de ^Association internationale des Travailleurs du Panthéon et du 13® arrondissement réunies approuvent hautement ce manifeste , et invitent énergiquement les électeurs à voter [**]. AUeï voter — dit Y Union républicaine centrale à ses concitoyens — c'est le salut de la République [*^] !
De leur côté, quelques particuliers cherchent i attirer sur eux l'attention au point de vue des élec-
»; ainsi le citoyen Tridon, malade et vexé d'être
\ son lit^ réduit à contempler la lutte où va se
ier le sort de la République et de la France,
ent assailli, dans son anxieuse impuissance, des
lies les plus grandes, et il les communique aux
ûaux sous forme de lettres [*^]. Lefrançais donne
'amment sa démission d'adjoint à la mairie du
arrondissement, démission que, par respect pour
électeurs, il n'eût jamais consenti à donner à
Ricard [*']. Le citoyen Lacaille, capitaine au
bataillon, 1^^ de marche, profitant d'une protes-
Q au sujet de sa signature « enlevée par abus de
ance » et apposée au bas des affiches de la mai-
du l«r arrondissement, s'adresse aux gardes na-
lux, et, sans leur dire net : Prenez-moi, il les
ge à aller voter et à se rallier au Comité cen-
il termine par ces mots : « A bas les armées
ionnaires ! Vive la République ! vive la Com-
aix Pyat lance aussi son manifeste ; il trouve que fvolution du 18 mars a un caractère tout spécial !a distingue des autres; c'est d'être « toute popu-
, toute collective, communale une révolution
Dmmandite, anonyme, unanime et, pour la pree fois, sans gérants. » Il engage les citoyens à r : Allez-y ! mieux vaut voter que tuer ! Aujouri le vote ! Sinon, demain le fusil ! Et quand l'on-
til [*®] ? Vennorel, dont le quatrième numéro de son journal V Ordre posait incidemment la candidature, semble se résumer dans un article remarquable que je ne puis prendre que pour une profession de foi [*°].
La rédaction de la Nouvelle République, dans un placard imprimé en caractères énormes en tête de son numéro du 24 mars, appelle aussi les citoyens au scrutin ; elle termine en criant : Vive l'ordre ! Vive Paris libre dans l'État libre ! Ce placard est signé A.Breuillé, G. Caulet, Ch. et G. Dacosta, Simon Dereure, A. Grandier, P. Grousset, etc. ["].
Quelques journaux publient des listes ; la plupart, cependant, s'abstiennent, pensant que l'opinion républicaine est suffisamment éclairée sur les candidatures démocratiques, et ils ont raison, la multiplicité des listes ne pouvant amener que de regrettables confusions. Le Père Duchêne publie une grande liste de candidats où se trouve répété en tête de chaque arrondissement le nom deBlanqui [^*], et il veut qu'on vote : « Ah ! foutre, il veut y voir tous ses amis ; quiconque ne sera pas fidèle à son rendez-vous sera pour lui un mauvais bougre et devra, aux yeux des vrais patriotes, être déclaré suspect à la révolution. > A sa liste, il joint une grande proclamation aux bons bougres de patriotes, sur la position de la question politique en vue d'éviter Veffusion du sang, et une apostrophe aux -citoyens peu soticieux des intérêts de la
Béptiblique, qui s'abstiendraient de se rendre au vole. Elle Père Duchêne recommande tout particulièrement aux électeurs le citoyen Protot, le seul patriote'qu'il y ait dans toute la satanée séquelle des bonnets carrés : € C'est en même temps un patriote éprouvé, un sansculotte pur sang, un socialiste parfait et, ce qui ne gâte rien, un bougre solide au poste, malin comme un paysan, vaillant comme un soldat et capable de faire rentrer, rien qu'en se montrant, toutes les taupes de la réaction dans leurs trous. Six pieds de haut et une poigne de forgeron, au physique comme an moral, i
Le journal de Pilotell, la Caricature, publie aussi sa liste [^^] ; mais ni celle-ci, ni celle du Père DwMiie, ne diffère sensiblement de celle du Comité central des vingt arrondissements dont le succès paraît assuré.
Certains citoyens refusent la candidature qui leur est offerte; il en est jusqu'à trois. Le citoyen Viard, délégué du Comité central, se désiste de sa candidature dans diverses réunions publiques, comme l'indique une petite note publiée par le Cri du Peuple du 28 mars et V Officiel du 29 ['^^J. Le Cri du Peuple la fait suivre de cette réflexion : « Nous le regrettons sincèrement... Nous savons qu'il eût apporté dans l'accomplissement de son mandat toute la franche audace, toute la virilité républicaine d'un homme qui a l'audace et la foi. Il n'accepte pas leTposte
d'honneur; nous sommes sûrs de le retrouver an combat. » — Le citoyen Henriot, du 15® arrondissement, trouvant qu'il existe une trop grande différence entre ses opinions politiques et celles des citoyens portés sur la liste de sa municipalité, déclare que c'est à son insu que MM. les adjoints ont accolé leurs noms au sien et qu'il n'accepte pas une candidature portée dans de semblables conditions [^^]. — Le citoyen Edouard Moreau, du Comité central, refuse aussi toute candidature : c J'ai reçu un mandat limité; je l'ai rempli, et je le dépose au jour dit, afin de prouver que je sais tenir ma parole. Je ne suis pas assez connu dans la démocratie pour n'avoir pas besoin de donner un gage de bonne foi avant d'accepter une nouvelle mission [^^]. »
Pendant ce temps-là, quelques communes des environs de Paris procèdent à leurs élections municipales, et la commune de Saint-Ouen, entre autres, prévient ses habitants d'avoir à se mettre en garde contre les menées malveillantes ou réactionnaires qui ne manqueront pas d'être faites pour les induire en erreur, et elle les engage à voter pour des citoyens dont la moralité et le passé soient sans reproche ["].
Enfin le 26 mars arrive; il fait un temps superbe. « Quelle journée! s'écrie Vallès; ce soleil tiède et clair qui dore la gueule des canons, cette odeur de bouquets, le frisson du drapeau! le murmure de
cette révolution qui passe tranquille et belle comme une rivière bleue, ces tressaillements, ces lueurs, ces fanfares de cuivre, ces reflets de bronze, ces flambées d'espoir, ce parfum d'honneur; il y a là de quoi griser d'orgueil et de joie l'armée victorieuse des républicains. » En somme, le vote a lieu avec calme, et si la journée se passe bien, ce n'est assurément pas la faute d'un sieur de Beaufond, colonel et agent du gouvernement de Versailles, qui fait afiGcher pour ce jour-là un appel aux chefs de bataillons de la garde nationale [^®]. Les 1^^, 7®, 8®, i2« et 16® arrondissements sont ceux où il y a le moins d'empressement, et toute la journée la population promène au milieu des barricades un air étonné ; la situation semble plus la surprendre que l'efirayer ou la réjouir.
La commission chargée de l'examen des électionsdéclare qu'il y a incompatibilité entre le mandat de député à l'Assemblée de Versailles et celui de membre de la Commune, et cela pour d'assez bonnes raisons, celle-ci entre autres, qu'il y a impossibilité matérielle à suivre les travaux des deux Assemblées ; cette commission pense que les étrangers peuvent être admis à la Commune, dont le drapeau est celui de la République universelle (cette déclaration a lieu à propos de l'élection de Frankel) ; et en raison des grandes irrégularités qui se trouvent sur les listes
électorales de 1871, irrégularités qui viennent de plusieurs causes : le plébiscite impérial, — celui du 3 novembre, — les décès pendant le siège, — le nombre considérable des réfugiés, — le chiffre de ceux qui ont quitté Paris, etc., elle propose de valider toutes les élections qui ont obtenu le huitième des voix, ainsi que les six élections qui resteraient en suspens, en s'en rapportant pour celles-ci à « la majorité relative des citoyens qui ont rempli leur devoir étroit en allant au scrutin [^^] . »
La Commune adopte la conclusion du rapport; on proclame solennellement au son du canon lé nom des élus. J'emprunte au Monde illustré quelques lignes qui donnent à cette journée sa véritable physionomie : « Une immense estrade a été élevée devant la porte centrale de THôtel-de-Ville. Des draperies rouges et des faisceaux de drapeaux rouges décoraient cette tribune, sur laquelle avaient pris place les quatre-vingts nouveaux élus, les uns en frac noir et en cravate blanche, les autres en costume d'officiers de la garde nationale et le sabre au côté.
« Tous les bataillons fédéralistes avaient été invités à venir saluer de leurs vivats et de leurs acclamations l'avènement de la Commune.
« Le nombre qui arriva sur la place de THôtelde-Ville fut considérable. Clairons chantai^t leurs fanfares et tambours battant leurs marches marchaient
en tête. Chaqae bataillon envoyait immédiatement sa députation et son porte-drapeau, qui se rangeaient au pied de l'estrade municipale.
€ Lorsque le défilé fut exécuté, la place de Grève se trouvait couverte de gardes nationaux qui, à la proclamation du nom de leur élu, éclataient en cris de : Vive la République ! vive la Commune ! agitant leurs képis au bout de leurs baïonnettes.
€ Le spectacle était vraiment grandiose et bien fait pour frapper les imaginations. »
Et Vallès, fou de joie, s'écriait : « Quoi qu'il arrive, et dussions-nous être de nouveau vaincus et mourir demain, notre génération est consolée ; nous sommes payés de vingt ans de défaites et d'angoisses ! »
Quelques citoyens remercient oui, comme le citoyen H. Mortier qui fait après coup sa profession de foi [®°] ; M. Cléray, dont le nom a paru à tort à Y Officiel, réclame contre cette erreur qui, peut-être, lui paraissait cruelle ce jour-là, mais qui doit lui sembler douce aujourd'hui ["] ; d'autres remercient non, et MM. Desmarest, Ferry et Nast, se trouvant trop isolés au milieu des membres du Comité central, se retirent, ne pouvant accepter des fonctions « dont les termes ne sont pas encore définis, ni l'indépendance assurée [^^]. » Immédiatement après, MM. Rochart. Barré, Brelay, Loiseau, Tirard, Chéron, Leroy, . Robinet, Pruneau, Marmottan, de Bouteiller, Murât,
donnent leur démission. D'un autre côté, par suite d'options des citoyens Arnaud, Varlin, Delescluze, Theisz et Blanqui, des élections complémentaires deviennent nécessaires, et la Commune de Paris convoque les électeurs pour le 5 avril [^^].
Mais les Versaillais ont attaqué : « Malgré la modération de notre attitude, ils ont attaqué ! Ce matin, les chouans de Charette, les Vendéens de Cathelineau, les Bretons de Trochu, flanqués des gendarmes de Valentin, ont couvert de mitraille et d'obus le village inoffensif de Neuilly, et engagé la guerre civile avec nos gardes nationaux. — La Commùsion executive, »
Une petite affiche de la Commune ajourne les élections en raison des opérations mihtaires engagées [®^] . Mais la Délégation des vingt arrondissements, qui vient déjà de réclamer la pubUcité des débats du pouvoir communal, déclarant « que beaucoup de citoyens refuseraient la candidature aux élections complémentaires, si la publicité n'assurait pas leur responsabilité p^], » invite en outre la Commune à doubler le nombre de ses membres (il faut bien qu'il y en ait pour tout le monde), et à procéder immédiatement à des élections supplémentaires, en même temps qu'aux élections complémentaires ; cette délégation s'appuie sur ce que la Commune de 1792 était composée de 240 membres, et pour une population
bien inférieure à celle d'aujourd'hui; sur ce que la direction des municipalités de leur arrondissement augmente singulièrement les attributions des membres de la Commune; sur ce que, dans les circonstances actuelles, en raison d'événements inattendus, la Commune peut avoir ses membres disséminés, et qu'elle ne serait plus en nombre pour voter [^^].
De temps en temps, en effet, arrive une démission : MM. Ranc et Parent ouvrent la marche, le premier parce qu'il n'est pas d'accord sur plusieurs points au sujet de la direction imprimée au mouvement communal ; il redevient « simple soldat de Paris, de la Commune et de la République. » Quant à M. Parent, il ne peut plus s'associer à une action politique et militaire pour laquelle un contrôle suffisant lui fait défaut [^®].
Il se fonde de tous côtés des ligues, des comités de conciliation, mais, pour la plupart, sans aucune valeur politique, composés qu'ils sont presque tous de gens très-prudents et surtout très-malins qui ne songent qu'à manger les marrons tirés du feu par le Comité central. Toutes ces réunions proposent à la Commune de se démettre en masse et de procéder à de nouvelles élections ; leur mot d'ordre est celui-ci : Si nous recommencions? C'est là tout ce qu'elles ont trouvé ; aussi, ne doit-on pas s'étonner que ces ligues, sans attitude nette et franche, n'apportant aux deux
parties aucune solution, aucune sanction, mais simplement des conditions inacceptables, se compromettant perpétuellement en des démarches équivoques, aient vu leur intervention toujours frappée de stérilité.
Les unes disent à la Commune de se renfermer strictement dans l'édification des franchises municipales, et de s'engager à déposer son mandat aussitôt qu'une loi équitable appellera tous les citoyens à des élections libres et discutées. Ce groupe de républicains tente d'organiser une petite manifestation, et son affiche, considérée comme un appel à l'insurrection^ est déchirée et les afficheurs arrêtés [^'].
D'autres, plus sincères, cherchent à établir la conciliation sur des bases vraiment républicaines; ils soutiennent la Commune, manifestent ouvertement le désir d'en tâter, mais dans des conditions plus douces : « Il faut qu'on sache que derrière le parti qui a pris l'initiative, d'autres groupes existent, prêts à l'appuyer, prêts, au besoin, a alterner avec lui [®*]. » D'autres encore, comme les membres de la Ligue d'union républicaine des droits de Paris, en héritiers pressés de jouir, affirment aussi « qu'il faut, pour assurer la libre expression du suffrage universel, procéder à des réélections générales de la Commune de Paris [^®]; » — et tout cela sans grands moyens priatiques pour faire mettre bas les armes aux combattants.
Malgré certains de ses membres, Vallès entre autres, qui s'élève avec force contre les élections complémentaires : « On ne vote pas pendant la bataille ! La Commune doit se retirer tout entière ou rester sur la brèche, telle que l'ont laissée les hasards de la lutte, mutilée par les démissions ou décimée par l'assassinat. — C'est son honneur, son rôle et son devoir, » la Commune invite les citoyens à voter, le 10 avril, pour les élections complémentaires ['°], et, le lendemain, considérant qu'on ne peut vraiment pas convoquer au scrutin des gens qui se battent sur les remparts, ajourne les élections ['*].
Grande colère du Père Duchêne, qui déclare que c'est plus qu'un crime, une faute. La Délégation des vingt arrondissements est du même avis et croit qu'il serait très-possible aux gardes nationaux « de voter dans des urnes improvisées, » et elle attaque carrément la Commune : « On vous accuse de vouloir accaparer le pouvoir. Le mot de dictature a déjà été prononcé. Dès que l'opinion publique ne sera plus avec vous, l'opinion publique se retournera contre vous. Faites attention ! » Et cette bonne Délégation, qui prenait au sérieux la déclaration patriotique d'une partie de la bourgeoisie de Paris, prête à se lever si Versailles s'obstine à ne pas reconnaître les droits de la première cité du monde ['^] : {si le gouvernement de Versailles restait sourd à ces reven-
dications légitimes, qu'il le sache bien, PARIS TOUT ENTIER SE LÈVERAIT POUR LES DÉFENDRE. - Ligue d'union républicaine des droits de Paris), et qui ne voulait pas que cette déclaration vaillante, mais évidemment irréfléchie, restât à l'état de lettre morte, veut qu'on double les membres de la Commune et que Von procède immédiatement aux élections ['^].
Enfin, pressée de toutes parts, la Commune de Paris, assurée par Cluseret que les citoyens qui étaient aux avant-postes pourraient facilement voter, met définitivement les élections complémentaires au dimanche 16 avril [^^ '^], mais ne se prononce pas sur le vœu émis par la Délégation communale du l®'" arrondissement, c'est-à-dire que le vote nominal à bulletins ouverts soit seul autorisé, « parce qu'il ne peut y avoir de vraie démocratie et d'élections libres que là où les électeurs acceptent la responsabilité de leurs actes ['^]. »
U Alliance républicaine lance une proclamation dans laquelle elle déclare qu'en présence de cette population debout, les armes à la main, combattant héroïquement pour la revendication de ses libertés, il n'est permis à personne de déserter ses devoirs de citoyen; qu'en outre, les nouveaux élus doivent savoir que, quelque lourdes que soient la tâche et la responsabilité, les citoyens ne leur permettront ni les défaillances ni les désertions dont certains ont donné l'exemple ["].
Rochefort n'accepte pas la candidature qui lui est offerte : « Je serais, je n'ai pas besoin de le dire, extrêmement honoré de faire partie de la Commune de Paris... Je puis, à la rigueur, écrire; mais il m'est impossible et surtout défendu de parler et de veiller. Mes forces me trahiraient bientôt, et cela sans profit pour personne ['®]. » Le docteur Robinet déclare aussi que le mauvais état de sa santé lui empêche plus que jamais de rechercher ou d'accepter aucune fonction publique ['®]. Dupont de Bussac répond dignement à une offre de candidature : « Il ne saurait me convenir d'entrer dans des affaires déjà engagées sans discussion de ma part p^]. » Et Laurent Pichat dé- [ cline toute candidature aux élections municipales. [ Mais, pour quatre qui n'en veulent pas, combien L désirent mordre au gâteau, tout brûlant qu'il soit ! f Les groupes s'organisent au l*^'' arrondissement; la [ Délégation communale veut former un Conseil consultatif devant seconder les membres de la Commune et se tenir en communication constante avec la population ["] . Un groupe de républicains faisant de la conciliation par l'action propose des citoyens de nuances diverses : MM. Floquet et Johannard, Clemenceau et Sérailler, espérant qu'ils maintiendront la révolution du 18 mars dans sa vraie voie, qui est : l'autonomie de Paris et l'établissement définitif de la République nationale par la fédération des
communes librement formées ["]. Rochefort, que le nom seul de Millière exaspère, bondit en voyant sur la liste de ce comité cette mention : Millière, député démissionnaire, et il s'écrie : « Mais il y a là une erreur matérielle. La déclaration que M. Millière a publiée dans plusieurs journaux n'implique nullement qu'il soit démissionnaire... »
Cela rassemble un peu à une querelle de Prussien ; cette déclaration [^^] n'implique pas, en effet, la démission de Millière; cependant personne ne s'y est trompé, et tout le monde a regardé Millière comme démissionnaire — Millière lui-même, n'en déplaise à Rochefort.
La ligue de YÉquilibre européen lance aussi son manifeste électoral : « 11 faut, dit-elle, empêcher l'énergie de la Commune née de la lutte, constituée par le combat, de dégénérer en violence ; » elle refait son programme et le propose une fois de plus aux électeurs p^].
Le Comité central d'artillerie se présente modestement au peuple, en lui disant : « Pour que l'artillerie ne soit et ne devienne une force aveugle, et ne tombe entre les mains des intrigants, tu enverras à la Commune un ou plusieurs des membres de son comité central [^^]. » Et si vous lui demandez, à ce comité, ce qu'il est, il vous répondra qu'émanant du suffrage universel, il est une institution démocratique dans sa
plus large expressimi; mais si vous vous adressez à Férat, du Comité central, la réponse sera plus amusante : € 1] y a même un détail assez curieux ; nous étions établis à l'Hôtel- de-Ville depuis le 49 mars au matin, quand, dans l'après-midi, on vint nous dire que dans le même Hôtel-de-Ville il y avait un autre Comité central qui siégeait en permanence (Rires). Je fus délégué pour aller à la recherche de ce comité concurrent, et dans une salle de l'Hôtel-de-Ville, je finis par découvrir un Comité central d'artillerie qui n'avait été nommé par personne.
€ Lullier, vivement. — Je vous demande pardon, il avait été nommé par moi (Hilarité). » (S^ conseil de guerre de Versailles. Audience du 18 août.)
Puis ce sont les membres de la Commission provisoire déléguée à l'administration du 16® arrondissement, c'est-à-dire les citoyens Napias-Piquet, Pigault, Qerjaud, etc., qui racontent ce qu'ils ont fait pour l'arrondissement dont le service communal avait été désorganisé par la fuite de deux commandants de la garde nationale et la démission de deux membres de la Commune; en attendant que le peuple les relève dans de prochaines élections, ils promettent de remplir leurs fonctions de délégués sans s'arrêter devant aucun obstacle réactionnaire [*^]. Le Comité central des vingt arrondissements lance sa liste ["]; c'est encore celle qui triomphera en grande partie. En
attendant, le Comité de vigilance du 12® arrondissement proteste contre les candidatures des citoyens Brandely et Barthélémy, « non tant à cause de leurs personnes, fort honorables du reste, mais parce que ces candidatures, produites complètement en dehors d'eux, ne sont pas, comme cela a pu le paraître au Comité central, l'expression de leurs vœux p*] ; et ce Comité propose Chalvet, ouvrier, et Fontaine, architecte, membre de l'Internationale. Plus tard, dans une note publiée par VAffraiichiy le nom de Chalvet fut remplacé par celui de Garand, mécanicien [*®]. Dans le même arrondissement, la Fédération républicaine |)orte comme candidats le maire provisoire, Philippe, et Lonclas, le chef de la 12® légion p^].
Le Comité électoral du 18® arrondissement présente A. Régnard et Josselin [^*], et le Comité républicain de vigilance A. Régnard elJaclard [^*], pendant qu'un groupe de républicains adopte la candidature de Razoua. Quant à Cluseret, je lui ai entendu poser sa candidature à l'Élysée-Montmartre, où les électeurs avaient été convoqués par une affiche que signèrent le Comité de la 18® légion, le Comité d'initiative de La Chapelle et un groupe de citoyens du 18® arrondissement [^^].
Le Comité de vigilance du 19® arrondissement, qui siège salle de la Marseillaise, « considérant les services rendus à la patrie et à la démocratie univer-
selle » par Menotti Garibaldi, Tadopto pour candidat [**], pendant que la réunion des délégués de la garde nationale vote la candidature du citoyen Passedouet. Au 20® arrondissement, le Comité de vigilance présente P. Mallet ; au 3« arrondissement, c'est un groupe de républicains qui met en avant la candidature du citoyen Albert May, lauréat des cours de chimie, physique et droit cmnmefrcial de Rouen; le Comité radical de 6« arrondissement présente Courbet et Rogeard, et le Comité électoral des C« et 7« arrondissements adopte, pour le 7® arrondissement, la candidature de Sicard.
Le Comité électoral du l^r arrondissement, joint aux gardes nationaux fédérés dudit arrondissement, porte les citoyens Grandjean le commandant du 196®, le docteur Pillot, le publiciste Yésinier et le comptable Michel Joly p^] ; la candidature de Rossel y est aussi appuyée par d'autres groupes. Dans le 9® arrondissement, le Comité de vigilance avait d'abord arrêté la liste suivante : Briosne, Combault (de rinternationale), Gromier, Pontalier (de Tlnternationale p^]); plus tard, un groupe de républicains, parmi lesquels je vois Brunereau, Gromier, présente cette liste : Millière, Briosne, Vauthier, Cliassin et Picchio [*'] ; en somme, le Comité de vigilance patrona les candidats appuyés par le Comité des vingt arrondissements, c'est-à-dire la liste qu'il avait pré-
sentée, à l'exception de Gromier qui fut remplacé par Chassin [««].
a Connu depuis longtemps dans tous les clubs de Paris par ses opinions socialistes — et par son active coopération à la révolution du 48 mars, » le citoyen Edouard RouUier est présenté dans le 13® arrondissement par divers groupes républicains, et soutenu par le journal la Sociale [^^] .
Naturellement, la liste du Comité central des vingt arrondissements est la bonne [*°°] ; quelques journaux publient aussi des listes. Ainsi, le Bonnet rouge présente Rossel au lieu d'Andrieux, Landeck à la place de Châtelain^; L. Rabuel et Fontaine lui semblent préférables aux citoyens Rénaux et Barthélémy, et nous ne saurions lui en vouloir beaucoup de présenter aux élections, aux lieu et place du citoyen Dupas, le citoyen Secondigné, son rédacteur en chef. La liste de la Sociale diffère sensiblement de celle du Comité central des vingt arrondissements, et le Père DuchénSy qui venait d'avoir une grande colère contre les citoyens membres de la Commune qui n'ont pas fait les élections et qui ont Vair decaner, foutre! publie aussi sa liste, dans laquelle il ne se sépare de celle du Comité que pour lancer la candidature de MM. Dupont de Bussac, A. Pierre, Durassier, Levraud et Considérant.
Malheureusement, la plupart des professions de foi sont faites dans les clubs, dans les comités... autant
en emporte le vent. En voici cependant quelques-unes sauvées du naufrage, celle du capitaine Pierre, courte et bonne : « Pas de défaillance et surtout pas de lâcheté, car, quand le canon gronde, on doit être administrateur et soldat [*®']. » C'est ce même capitaine Pierre qui avait fait aflicher, le 7 avril, sur les murs de Paris, la fameuse proclamation : Linfanterie de ligne à la population de Paris [*°*]. Puis vient LuUier, qui se dit républicain éprouvé par Tétude et par la lutte, et qui offre sa tête et son bras pour aller défendre la sainte cause par le conseil et par Tépée [*"^]. L. Rabuel veut la décentralisation administrative et Vunité politique [*®^]. Michel Bordet veut sauver la République et affirmer la révolution sociale ; en outre, il prétend ne faire partie d'aucun comité, d'aucun club ou réunion patronale, et néanmoins ne néglige pas de signer : membre de l'Internationale (cercle des études sociales [*°^]).
Et voici Courbet :
Il entre ! le voilà ! superbement coiffé D'un large panama qu'il pose à la patère,
a dit Vermersch; mais, cette fois, le peintre d'Ornans est songeur ; il est tout stupéfait de n'avoir pu, depuis trente ans, faire comprendre par sa peinture ses idées révolutionnaires et socialistes, et se voit dans la douce nécessité de faire une profession
de foi. Il y dit que, sous l'Empire, retranché dans son individualisme^ il lutta sans relâche contre le gouvernement d^alors, non seulement sans le redouter, mais encore en le provoquant [*®^].
Après Courbet , Landeck , qui vient d'échapper aux fusillades réactionnaires de Marseille, et qui apporte sa vie à Paris [^^'']; Secondigné, V ennemi implacable des privilèges et des castes, qui veut lutter pour les Maigres contre les Gras, et qui veut que, désormais, les sueurs du peuple profitent au peuple [*°*]; Piazza, le commandant du 85® bataillon, qui parle de conciliation, mais qui, cependant, ne conseille pas de s'endormir là-dessus, etc. [*°"].
Enfin, les élections complémentaires ont lieu; on sait ce qui arriva : l'abstention triomphe sur toute la liste, et la Commission nommée pour la validation des élections déclare qu'il est du devoir de la Commune de valider toutes celles qui ont obtenu la majorité absolue sur le nombre des votants. — Cela est malheureusement adopté par 26 voix contre 13 [**®]. J'ai fait suivre le rapport de la Commission du chiffre de voix obtenu par certains candidats non élus, et d'un tableau comparatif des votes du 26 mars et du 16 avril; ces choses ont leur intérêt [^** ***].
Dès le lendemain des élections, Rogeard s'écrie : « Nos élections du 6® arrondissement sont nulles, et bien d'autres avec elles. » Il demande le second tour
et publie un projet de déclaration qu'il se propose de faire signer aux candidats qui se trouvent dans le même cas que lui; si, par malheur, la Commune nous valide, ajoute-l-il, je persisterai avec douleur à m' invalider moi-même [**^]. Félix Pyat, qui ne serait peut-être pas fâché de s'en aller, déclare que s'il eut été présent, il aurait voté avec la minorité ; il croit que la majorité se trompe, et il craint qu'elle ne veuille pas revenir sur son erreur, ce qui le forcerait, à son grand regret, à donner sa démission avant la victoire [***].
Mais les délégués des électeurs du 10® arrondissement, tout en étant d'accord avec lui sur le principe des élections, le somment de ne pas quitter sa place et de rester jusqu'à la lin du combat [***]. Un groupe d'électeurs lui déclare en outre que c'est à eux seuls qu'appartient le droit de sanctionner sa conduite et de le révoquer si ses votes cessaient d'être conformes avec leur opinion [***], et quelques citoyennes lui écrivent :
« Citoyen,
m Pour nos maris et nos fils absents, retenus devant l'ennemi, nous vous demandons de rester à votre poste.
« Des citoyennes du iO^ arrondissement. »
Et le malheureux Pyat rentre dans la fournaise en
murmurant : « Cette lettre n'est pas la moins d minante des trois. J'obéirai. »
Rogeard donne sa démission [**'], ainsi que Bri qui déclare « qu'avant de se rendre à l'Hôte Yille, il se soumettra, comme les candidats qui pas été validés, à une réélection, aux conditions velles qui auront été arrêtées f**®]. »
Mais la parole était au chassepot ; il n'y eut d'élections, et la Commune ne fut jamais comp