APPEL AU PEUPLE DE PARIS
En face de la réaction qui proclame la déchéance de Paris, qui prépare l'anéantissement de la République, en ameutant contre elle l'invasion des campagnes après l'invasion prussienne, il ne faut pas que les républicains s'entre-égorgent.
Dans la confusion actuelle, inévitable résultat de nos immenses désastres, des dissentiments se sont élevés entre nous. Des incidents désagréables ont surgi entre les républicains qui suivent le Comité central de i'Hôteld e- Ville et les républicains qui suivent la députation et les mairies. On s'est mutuellement reproché d'être sorti de la légalité, de la légalité qu'il est pourtant irapossibled'observer en pleine révolution.
Quel que soit le bien fondé ou l'exagération des récriminations réciproques, nous ne voulons pas d'une lulle terrible et fatale, nous ne voulons pas que notre République se noie dans le sang des républicains.
Citoyens électeurs, en tant que gardes nationaux, vous avez nommé le Comité central ; en tant qu'l^abitants de Paris, vous avez nommé vos députés et vos municipalités. Eh bien ! vos représentants et mandataires n'ont pas le droit de risquer dans les hasards d'une bataille des rues l'existence d'une République qu'ils compromettent déjà par leurs maladresses.
Peuple souverain, c'est à toi qu'il appartient de mettre fin à la lutte entre tes mandataires, en les soumettant à une prompte réélection ; c'est à toi de juger le différend et de faire tomber ton verdict du haut de l'urne électorale.
Notre salut est dans l'union et dans la concorde. Entre républicains, entre concitoyens et Français, ce n'est point aux fusils ni aux canons de prononcer, mais au suffrage universel.
Citoyens, au scrutin !
Paris, 25 mars 1871.
Elie Reclus, F.-D. Leblanc, Elisée Reclus, Paul Reclus.
No 38.